Année 1795

1795 est l’année de la réaction thermidorienne et son cortège de règlements de comptes. On assiste aussi à un début de la libéralisation des cultes.

Mardi 20 janvier 1795 Liberté des cultes
Dans quelques communes, les dévots ont fermé les clubs et rouvert les églises. Cela a réveillé la bile du représentant Bordas qui vient de publier un soporifique arrêté pour défendre de dire l’office et de sonner l’Angelus. Cependant, un décret explicatif, et plusieurs autres, permet la liberté des cultes. Le sort de la République serait-il attaché à un Orémus ?

24 janvier 1795 Religieuses libérées … mais pour quelle raison !
Il y a longtemps que le petit nombre d’hommes sensibles qui existe avait dit que l’incarcération des religieuses était injuste puisque, les femmes n’étant rien dans l’ordre public, ne devaient pas être astreintes au serment civique. Aujourd’hui, on a mis en liberté, par ordre du député Treilhard, toutes celles qui étaient arrêtées pour ne l’avoir pas prêté. Le nombre de ces détenues allait à plus d’une centaine.

30 janvier 1795 Détrônement de Marat
A l’ouverture du Temple de Bordeaux, on s’est porté en foule sur la Montagne où est le buste de Marat et il a été brisé. Treilhard était présent au détrônement.

Le Temple de la Raison, avec en son coeur la Montagne, se trouvait dans la ci-devant église Saint-Dominique, maintenant église Notre-Dame.

30 janvier 1795 Fermeture du Club National
La Convention a approuvé formellement l’arrêté des représentants qui fermait provisoirement le club national de Bordeaux. Ainsi nous osons lui prédire que ce provisoire a bien l’air d’un jugement définitif. Les honnêtes gens respireront donc un peu sans crainte que leurs vertus, leur patience et surtout leur fortune ne soient dénoncées. Cependant, l’opinion publique est encore vigoureusement jacobinisée et il y a bien des tenants puissants pour le règne de la terreur qui disent encore:
Alors que l’on va bien, il est bien doux de mettre en réquisition l’avoir de son voisin.

1° Ventôse 1795 Une première liste de dénonciations
On lit à tous les coins de rue une affiche de six pieds de haut intitulée : Les intrigants démasqués ou les meneurs du club dénoncés à l’opinion publique. Elle est signée des détenus Casteran, Dutasta, Cogoreux, Chaussade et Tustet. Ce sont bien les premiers intrigants de Bordeaux. Mais il n’y a que des fripons qui puissent connaître les menées et l’argot de leurs camarades. Cette liste libelliste contient une quarantaine de noms de clabaudeurs du club, le méprit et l’épouvantail des gens de bien.

La première de ces listes de dénonciations venait de terroristes eux-mêmes qui, « lorsqu’ils commencèrent à être poursuivis par la clameur publique, imaginèrent pour certains pouvoir détourner l’orage qui les menaçait en dénonçant publiquement ceux de leurs complices qui étaient déjà connus pour être encore plus criminels qu’eux », comme l’explique Bernadau. C’est ainsi que furent publiés, les 29 Pluviose et 9 Ventose de l’An III (février 1795), deux fascicules de dénonciations de 62 terroristes – pour l’essentiel des membres du Club national – par cinq d’entre eux, emprisonnés alors aux Orphelines et figurant tous en bonne position dans le Livre rouge. Un troisième fascicule, quoique annoncé, n’a jamais été publié.

6 Ventôse 1795 La Clairville quitte Bordeaux
Début d’une chanteuse nommée Gasse, mauvaise actrice et bonne musicienne. Elle vient pour remplacer Clairville que le chagrin d’avoir perdu son mari et les tracasseries que lui a fait éprouver l’histrion Brochard, forcent de quitter Bordeaux. C’était la seule chanteuse qui chantait sur ce théâtre.

Après le drame vécu par Clairville, la chanteuse poursuivit son métier en se faisant applaudir dans les rôles des grands opéras de Gluck, de Piccini et d’autres encore. Elle aura encore quelques démêlées avec les Autorités et ses opinions royalistes lui valurent un avertissement sévère de la part du bureau de police du Bureau Central le 16 frimaire an VI (6 décembre 1797) : elle était imprudemment apparue sur scène avec un magnifique panache blanc. Elle jouera aussi à Agen, à Toulouse et, en 1801, elle faisait partie de la troupe du théâtre Feydeau à Paris.

10 Ventôse 1795 Chauffage des hôpitaux par recyclage des « Montagnes »
Un décret vient d’ordonner la démolition de toutes les montagnes, collines et rochers que le fanatisme sans-culottier avait élevé dans divers coins de France. Si cela avait duré, on aurait vu les plaines du haut pays s’élever en autant de montagnes qu’il y avait de clubistes. Celle de Bordeaux a été démolie il y a trois mois et le bois a servi au chauffage des hôpitaux.

12 Ventôse 1795 Liberté des Cultes
On vient de décréter de nouveau la liberté des cultes sans aucun signe extérieur. Peu de gens seront friands d’entendre la messe après ce qui a coûté aux dévots qu’on avait précédemment autorisés à prier à leur guise. Les juifs seuls en profitent et reprennent ici leurs sabbats.

12 Ventôse 1795 Mayeur
L’histrion Mayeur récrimine dans nos journaux contre la dénomination de théâtre de la Montagne donné par crainte à sa salle d’abord ouverte sous le nom de Vaudevilles-Variétés. Cependant, ce Mayeur, tout en faisant la bonne âme, était l’an passé un médiocre terroriste de Bordeaux. Mais il veut jouer le rôle du jour. Il avait rempli celui du Pape à la ridicule mascarade qui se fit le 20 frimaire pour l’inauguration du Temple de la Raison.

François Marie Mayeur de Saint-Paul, né à Paris en 1758, surnommé « le niais de bonne compagnie » composait des farces, faisait des vers mais s’attira très tôt quelques ennuis avec une diatribe contre la reine « l’Autrichienne en goguette » qui lui valu un exil jusqu’en 1792 où il vint s’établir à Bordeaux.
Il y établit ce théâtre de la Montagne, appelé aussi théâtre des Sans-Culottes ou Théâtre Mayeur, qui fut construit par une société de capitalistes et d’entrepreneurs, sur l’emplacement qu’occupaient les ci-devant Grands-Carmes, sur les fossés de ce nom, à l’angle du cours Victor Hugo et de la rue Honoré Teissier. Il avait figuré dans toutes les niaiseries politiques de l’époque, en particulier lors de la mascarade appelée Fête de la Raison, où cette déesse se trouvait « comiquement » représentée par la comédienne Duchaumont, drapée à l’antique, quoique presque nue. Mayeur, assisté de quelques acolytes, représenta consciencieusement le rôle d’honneur qu’on lui avait confié, en compagnie, pour certains du nain Richefort que de Galard a popularisé par ses caricatures sous la Restauration, pour d’autres de l’acteur Labenette dit Corse, juché sur un mulet et revêtu du costume papal, se livrant à des plaisanteries impies et distribuant des bénédictions burlesques au peuple qui l’applaudissait.

13 Germinal 1795 Compain
Le fougueux maratiste Compain était depuis quelques jours ici, où il devait former la troupe du Vaudeville. Des jeunes gens l’ont entendu aujourd’hui faire l’apologie de sa conduite au comité de surveillance de Jullien dont il était l’âme. On a tombé sur lui à coup de cannes. Au lieu de s’enfuir prudemment il a riposté. Alors on l’a maltraité tellement que sans l’assistance généreuse d’un municipal, on le laissait mort sur la place. On l’a emporté bien blessé à l’hôpital, n’ayant aucun secours à attendre chez lui, vu la misère où le retient sa mauvaise conduite et le putanisme de sa femme.

Compain était un des acteurs de notre Grand Théâtre, appelé alors théâtre de la république. Dès l’origine de la Révolution, il s’était montré chaud partisan des principes démagogiques et lorsque la Terreur se fut développée, il devint un des hurleurs les plus acharnés. Dénonciateur patenté et affilié au sans-culottisme le plus militant, zélé partisan de Lacombe, pourvoyeur assidu de la guillotine, Compain devint bientôt le héros des terroristes et le fléau du reste des citoyens.
Un procès-verbal dressé le 3 avril 1795 relate les détails de cet évènement et éclaire cette mention laconique : « Aujourd’hui 4 germinal, à quatre heures de relevée, l’an troisième de la république française une et indivisible, nous, Durand, officier municipal, Fulchie, Rousseau et Fournier, notables, et Cassagne, substitut de l’agent national de la commune de Bordeaux, ayant été instruits qu’il était survenu quelque rumeur populaire sur la place de la Comédie, nous nous y sommes transportés et ayant en effet aperçu un grand rassemblement, nous nous sommes informés de ce qui pouvait y avoir donné lieu. Il nous a été dit que le citoyen Compain avait été assailli par une foule de citoyens, et qu’il avait déjà reçu plusieurs blessures ; qu’il avait été arraché des mains de ceux qui l’avaient saisi par la garde du poste de la Comédie et qu’il se trouvait maintenant dans le corps de garde. Nous étant décorés de nos écharpes, nous sommes entrés dans le corps de garde, où nous avons trouvé le dit Compain assis, qui nous dit avoir été assailli par plusieurs personnes qu’il ne connaissait pas, qui lui avaient porté plusieurs coups et nous avons en effet aperçu que son sang coulait abondamment du côté droit de la tête, près de l’oreille. L’officier du poste nous a dit que le juge de paix de l’arrondissement était venu ; qu’il était allé chercher la force armée pour conduire Compain à l’hôpital et dans l’instant sont arrivés 20 hommes de la gendarmerie, avec un officier et un aide de camp du général ; ce dernier nous a dit qu’ils avaient été requis par le juge de paix pour conduire Compain à l’hôpital.
En conséquence, le dit Compain nous ayant dit qu’il voulait aller à pied, nous avons recommandé à la gendarmerie de bien veiller à ce qu’il ne se passa rien contre les lois. Nous étant alors mis en route avec le dit Compain et le citoyen Latour, juge de paix de l’arrondissement, et escorté par la gendarmerie, à peine étions-nous sur la place de la Comédie, que des huées et des cris effroyables se sont faits entendre. L’indignation des citoyens paraissait portée à son comble. Vainement avons-nous fait tous nos efforts pour calmer la fureur populaire. Nous n’avons pu empêcher que plusieurs coups de canne et de bâtons ne fussent portés à Compain et ce n’a été qu’après les plus violents efforts et au péril de notre vie que nous avons réussi à le conduire jusque devant le club national. Mais en cet endroit, la foule entourait la garde ; faisant alors un suprême effort, nous avons exhorté le peuple, au nom de la loi, à nous laisser conduire ce citoyen à l’hôpital et nous éprouvions déjà la satisfaction de voir quelques citoyens déférer à notre invitation, lorsque Compain, croyant l’occasion favorable, profita d’une petite éclaircie opérée dans la foule pour prendre la fuite vers le terrain ci-devant Intendance. Il était impossible aux gendarmes de le suivre avec leurs chevaux, sans blesser ou écraser quelques citoyens. Mais les notables, Rousseau, Fulchi, Cassagne et deux officiers de la gendarmerie qui avait mis pied à terre, l’ont suivi pour lui porter secours, car le peuple, reprenant toute sa fureur, s’était lancé à nouveau sa poursuite. Ils sont arrivés au moment où Compain venait de recevoir plusieurs coups de bâton, de sabre et de canne à lance ; les citoyens Cassagne et Rousseau furent eux-mêmes blessés en cherchant à arracher Compain à ces furieux. Ils y parvinrent enfin et réussirent à le faire pénétrer dans le bureau du comité de surveillance ; les membres du bureau envoyèrent chercher plusieurs officiers de santé qui prodiguèrent leurs soins au blessé et assurèrent qu’il fallait l’envoyer à l’hôpital, aucun symptôme dangereux ne s’étant encore déclaré ; mais qu’ils ne répondaient pas des suites. En foi de quoi nous avons fait et clos le dit procès-verbal, à sept heures du soir et avons signé : Durand, officier municipal ; Fulchi, notable ; Joseph Fauconnier, notable ; Rousseau, notable ; Cassaigne, substitut de l’agent national. »
Compain ayant en effet été transporté à l’hôpital, il y mourut deux heures après.

15 Germinal 1795 Eugène Hus
On devait donner aujourd’hui un nouveau ballet de Eugène Hus. Il n’a point été représenté, attendu que la police n’a pas cru prudent de laisser se produire en public ce danseur que l’opinion publique dénigre pour un terroriste. Il a paru sur la scène pour s’expliquer. Il a eu très mauvaise audience. On l’a forcé à demander pardon au public qu’il a chassé avec huées, après une triple génuflexion. Bonne leçon pour ces bateleurs qui partout ont été les propagateurs du sans culottisme et du brigandage assassin. Son camarade Drouin, contre lequel on a de furieux soupçons, a été absous grâce à une pâmoison subite de sa femme dont on estime les talents.

Eugène Hus était premier danseur au Théâtre, mais aussi un maître de ballet, avec « trop d’esprit pour remplir sa tache » d’après Sainte-Luce. Mais il était aussi un terroriste notoire et il bénéficie dans le Livre rouge de la mention : « Le peuple l’a chassé de Bordeaux ».

18 Germinal 1795 Compain, suite et fin
Compain vient de mourir des suites du traitement antiterroriste qu’il a reçu il y a cinq jours. On doit le faire éprouver à tous dénonciateurs connus. Des listes de noms de ceux qui jouaient ce rôle dans chaque section circulent. On en compte 31 dans notre section et j’ai remarqué pour ma part qu’ils étaient tous mes ennemis et que la moitié a contribué à mon embastillement.

Compain figure en effet en bonne place dans les listes de dénonciation des terroristes de Bordeaux avec la mention : « Comédien, homme atroce, le peuple s’est fait justice de ses nombreux forfaits »

22 Germinal 1795 La guillotine à quatre tranchants
Il n’est point inutile de rappeler que le 19 du mois courant, la jeunesse bordelaise s’est transportée au magasin de [illisible] aux Chartrons, où l’on murmurait sourdement qu’était une guillotine à quatre tranchants construite du temps de Lacombe et Jullien. On l’a retrouvée et l’énorme machine, transportée sur le parvis du château, a été détruite en cendres. L’architecte ex-notable Clochard en avait donné le plan conjointement avec l’ingénieur Béchade. Les arts s’étaient bien avilis.

Le 22 janvier 1795, le Comité de surveillance fut informé qu’un bruit circulait dans Bordeaux au sujet d’une guillotine à quatre tranchants; le-dit Comité, étonné d’une annonce aussi extraordinaire, nomma deux commissaires, les citoyens Courtez et Vinatié, pour se transporter sur les lieux, visiter l’endroit où l’on assure qu’est encore cette guillotine, et en faire leur rapport au Comité séance tenante. L’objet en question se trouvait bien dans le magasin du citoyen Fadeville, rue Constantin, n° 15 et les clés du magasin étaient chez le citoyen Lasmartre, même rue, n° 27, dans le quartier des Chartrons. Après s’être fait ouvrir ledit magasin, et à leur grand étonnement, ils ont découvert un échafaud peint en rouge, de très grandes dimensions, ayant la forme d’une salle avec deux grandes portes en forme de portes de grange et cinq à six portes plus petites sur les côtés. Ils observaient aussi un grand escalier de treize à quatorze marches. Sur l’échafaud, une trappe paraissait faite pour recevoir les cadavres, ainsi qu’un trou pour que les têtes disparaissent. Les deux portes principales devait permettre de faciliter l’entrée du chariot qui devait emporter le coffre rempli des têtes et des cadavres.
L’enquête permit d’apprendre que c’était le citoyen Burguet, charpentier rue Traversière n° 18, qui l’avait construit, et que le citoyen Fadeville avait fourni le bois, sur des fonds engagés par le citoyen Clochard, officier municipal. On mit la main sur une autorisation de la Commission militaire, en date du 2 juillet 1794, autorisation signée Lacroix fils, membre de la Commission, et contre-signée par Chaudru, greffier et Pierre Thomas, maire.
Il ne s’agissait sans doute pas d’une guillotine destinée à couper quatre têtes à la fois, mais plutôt d’une construction destinée à entourer une guillotine classique et à faciliter le débit par une gestion plus rigoureuse de la procédure. Pierre Bécamps, toujours soucieux d’éclairer sous un jour plus favorable son héros Lacombe, nous explique à ce sujet que la municipalité était, en pleine Terreur, soucieuse d’hygiène et de salubrité publique : « C’est ainsi, dit-il, que naquit et prit corps l’idée d’un échafaud plus vaste et mieux compris, dont le nettoyage serait plus aisé et qui, en outre, aurait le mérite de rendre moins hideux le spectacle des exécutions ».
Comment se termina cette affaire ? Un groupe de bordelais poussés par la colère et l’indignation vint s’emparer de cette guillotine, entassa pêle-mêle les diverses pièces et en fit un autodafé, allumé par le jeune Grangeneuve, fils aîné du conventionnel guillotiné le 21 décembre 1793 en compagnie de son frère. Quant aux concepteurs de cet instrument de supplice, ils échappèrent, dit-on, par la fuite aux représailles populaires.
On comprend le bourreau Sanson qui, au soir de sa vie bien remplie, répétait avec tristesse quand on lui parlait de la guillotine : « Belle invention ! Pourvu qu’on n’abuse pas de la facilité ».

30 Floréal 1795 Inscriptions révolutionnaires
On a changé l’inscription sans culottière de l’obélisque de la Bourse en celle-ci, encore un peu révolutionnaire, si elle n’est pas illusoire : « Protection au commerce, guerre aux fripons ». L’inscription précédente était : « Tremblez agioteurs, les sans-culottes sont debout ». Nous aimons mieux l’ancienne qui sera vraie en tout temps : « Protectione et libertale quid non commercium ».

8 Prairial 1795 Règlements de comptes, à Bordeaux et à Paris
Le comédien Corse a été bâtonné hier en plein théâtre de Molière comme terroriste : la jeunesse a, de là, couru au Grand Théâtre pour demander l’arrestation de tous les apôtres de la sanguinocratie. Le représentant a promis justice et a chargé la municipalité et le comité de surveillance de concerter et arrêter les listes des terroristes d’après les renseignements acquis. Il paraît qu’il convient de mettre ces messieurs hors d’état de nuire.
Dans les premiers jours du mois, ils ont tenté, à Paris, de ressaisir leur autorité ancienne au moyen des complices qu’ils avaient dans la Convention. Durant la nuit du 30 au premier du mois courant, la révolte jacobite a été commandée et, le matin, le faubourg Saint Antoine s’est porté en armes à la Convention pour y demander du pain, l’abolition du gouvernement révolutionnaire, la désincarcération des patriotes énergiques, l’arrestation des membres du comité de gouvernement, le renouvellement du corps législatif etc. Ces demandes ont été faites le sabre à la main. On s’est battu pour empêcher la foule de pénétrer dans la salle des séances. Mais ses portes ont été forcées et la foule l’a inondée après que le sang a eu coulé des deux côtés. Le député Féraud de Tarbes a été tué d’un coup de fusil et sa tête, après avoir été promenée dans Paris, a été des posée sur le bureau du président. C’était Boissy-Danglas. Il a toujours resté au fauteuil, couvert, calme et impassible aux cris, menaces et coups de feu qui l’ont manqué […]

17 Prairial 1795 Confusion Desault / Dussault
L’Humanité vient de perdre le 15 du courant, Dussault, premier chirurgien de l’Europe, âgé de 49 ans. Il avait soigné dans ces derniers temps le fils de Louis XVI.

Bernadau semble faire ici une confusion, mais il n’est pas le seul : on trouve, entre autres, sous la plume de A.F. Desodoards la même erreur dans son Histoire de la Révolution de France, Paris, 1820, tome IV, p. 9. Mais il s’agit bien du chirurgien Desault.
Pierre Joseph Desault (1738-1795), était un chirurgien et anatomiste réputé. Il commença dès l’âge de 22 ans à faire des cours qui attirèrent bientôt la foule. Il fut nommé successivement professeur à l’école pratique, membre du collège de chirurgie en 1776, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité en 1782, puis de l’Hôtel-Dieu en 1788. Il enseignait l’anatomie sur des cadavres et non plus sur les planches murales ou sur des pièces de cire. Desault était également remarquable comme professeur et comme opérateur. La chirurgie lui doit un grand nombre d’inventions ou de perfectionnements importants, parmi lesquels on remarque ses appareils pour les fractures, en particulier de la clavicule, et pour les maladies des voies urinaires, dans lesquelles il fut le premier à utiliser les sondes en gomme. Il fut aussi parmi les premiers à pratiquer la trachéotomie. Ses fonctions et sa notoriété l’amenèrent plus tard à être au coeur de l’action, en pleine Terreur. C’est lui qui, au décès de Marat, sera chargé, par le conseil général de la Commune, de présenter un rapport au sujet d’un mémoire du chirurgien en chef à la Charité, Deschamps, qui estimait à 6,000 livres les frais d’embaumement du corps de l’Ami du Peuple, montant ayant paru exorbitant. La réponse de Desault fut sans appel : « la somme demandée ne serait pas excessive s’il était nécessaire de satisfaire l’orgueil d’un riche héritier : mais qu’un républicain devait se trouver déjà dédommagé de ses peines par l’honneur d’avoir contribué à conserver à la patrie les restes d’un grand homme. »
C’est encore Desault qui, lors des évènements de Thermidor 1794, sera amené à donner ses soins à Couthon, grièvement blessé à l’Hôtel de ville, étant tombé de son fameux fauteuil-roulant de paraplégique et d’étant traîné sous une table où on l’avait retrouvé caché. C’est enfin lui qui sera chargé en 1795 de donner des soins au jeune fils de Louis XVI à la prison du Temple. Il ne put le faire bien longtemps car il mourut dans un délire aigu dans la soirée qui suivit sa dernière visite, au Temple, de l’enfant Capet qu’il fut le dernier à rencontrer.

17 Prairial 1795 Mort de Louis XVII
Le 20 de ce mois est mort dans la tour du Temple le dernier fils de feu Louis XVI. Il était âgé de 10 ans. On attribue sa mort à un vice scrofuleux, d’autres à la manie onanismique à lui apprise pour le faire descendre plus vite au tombeau par le cordonnier Simon, son instituteur du règne de Robespierre. D’autres l’attribuent au poison et d’autres en doutent et le croient enlevé. Nous rapportons même les absurdités parce qu’elles entrent dans un journal des mouvements de l’opinion du temps.

L’importance de cette note tient à la justification de Bernadau, qui est en même temps l’explication de ce que l’on trouve, entre autres, dans les Tablettes : « Nous rapportons même les absurdités parce qu’elles entrent dans un journal des mouvements de l’opinion du temps. » Les suppositions, données ici, des causes de la mort du petit Louis XVII, étaient certainement celles qui circulaient en ville à l’époque des faits.

8 Thermidor 1795 Taxation des célibataires et des cheminées …
On vient de rétablir les patentes, mais seulement pour les négociants, marchands et détaillistes, point pour les artisans. Un décret impose aussi une contribution sur les célibataires et les cheminées. Celui sur les chiens n’a pas été adopté.

12 Thermidor 1795 La Marseillaise contre le Réveil du Peuple
Quelques rixes ayant eu lieu entre des jeunes gens qui chantaient les uns la Marseillaise, les autres le Réveil du Peuple, le représentant Besson a défendu aujourd’hui de rien chanter ni déclamer sur les théâtres que ce qui serait annoncé sur l’affiche. En conséquence, nous voilà délivrés des vers et couplets dont on nous assourdissait régulièrement toutes les 24 heures au théâtre depuis neuf mois.

25 Fructidor 1795 Déjacobinisation de Bernadau
Toutes les sections de Bordeaux ont accepté la constitution et les décrets sur la réélection forcée des deux tiers du corps législatif, à la presque unanimité. Les votes ont été donnés en tremblant et sans aucune discussion. La majorité des bordelais était contre les deux tiers dans les conversations individuelles, mais elle n’a pas osé manifester ce voeux en public. Les Jacobins et les terroristes dominent les assemblées primaires et ont étouffé l’élan des pensées honnêtes. Il n’y a été pris aucune des délibérations dont cette ville pouvait s’honorer. Dans la section Michel Montaigne numéro huit, on applaudit à la motion que j’ai faite de brûler tous les papiers du comité épuratoire et de surveillance et d’y allumer le feu avec ma carte de sans-culotte et mon certificat de civisme. Mais cet acte d’approbation n’a été d’aucune suite pour l’exécution.

Pierre Bernadau devait, avec cette proposition, souhaiter effacer les traces de son passé jacobin !

30 Vendémiaire 1795 Règlements de comptes
Plusieurs décarcérés d’hier s’étaient réunis aujourd’hui pour fêter leur délivrance. Le repas à 500 écus par tète leur ayant échauffé la tête, ils se sont rendus ce soir, escortés d’autres terroristes de leurs amis, pour faire chanter la Marseillaise au spectacle et demander l’amende honorable des comédiens qui avait chanté le Réveil du Peuple. Le projet est avéré et les rôles pour l’exécution distribués dans divers points à la salle. La présence des bourreaux de Bordeaux en loge affectait déjà des citoyens mais leur indignation est au comble lorsqu’ils entendent les monstres demander le chant du massacre. Des cris « à bas les terroristes » se répètent ; on désigne à l’amphithéâtre leurs bateleurs Marcel et Léar, coryphées de la sans-culotterie massacrante de 1793. La jeunesse les entoure, les invectivent, puis les assaillent de coups de cannes : ils fuient, mais lentement en se battant en retraite. Le premier de ces terroristes et le plus coupable, parce qu’il avait certains talents, a le bonheur de se sauver dans le corps de garde avec quelques coups de cannes. Léar au contraire tomba percé de coups de lance à la porte du théâtre est un jeune homme lui trouvant un pistolet dans la poche, l’en achève sur le Champ.

Leard, comédien, était membre du Comité de Salut public et du Comité révolutionnaire de surveillance du Bec-d’Ambès.
Marcel est cité dans le Livre rouge comme «membre du comité révolutionnaire, homme de sang ». D’abord enfant de chœur à Paris, puis comédien, c’est lui qui avait dit un jour au Club national : « En révolution, la vertu est un crime, si on ne trouve pas de crimes aux négociants, il faut leur en supposer » ! C’est ce même Marcel qui, en tant que membre du comité de surveillance, procéda à l’interrogatoire de Chevalier. Et c’est encore lui qui accompagna Parmentier dans sa dernière virée de terroriste, échappant à la mort pour sa part grâce à la protection des grenadiers de service.

2 Brumaire 1795 L’oculiste itinérant Tadiny
Depuis quelques mois un oculiste nommé Tadiny opère des cures merveilleuses à Bordeaux et nous croyons qu’il mérite une mention honorable dans ce « J’ai vu ».

Dans le Bulletin de la société archéologique, historique et artistique Le Vieux papier, on trouve mention, sans doute dans les années 1780, d' »un grand placard, malheureusement déchiré à l’un de ses angles, communiqué par M. Chamboissier, par lequel un oculiste ambulant annonçait son passage, de ville en ville, et faisait connaître les services qu’il offrait aux malades. »
Dans cette affiche, le Chevalier de Tadiny, qui se recommandait Oculiste de Monsieur Frère du Roi, offre ses services au Public pour toutes les opérations qui regardent son état. Il procure des soins pour toutes les maladies des paupières et il possède aussi une liqueur pour fortifier la vue. Il prie MM. les Administrateurs des Hôpitaux de lui envoyer sitôt son arrivée les pauvres avec un certificat de pauvreté; le dit Sieur les opérera gratis en présence de MM. les Maîtres de l’Art. Cette opération se fait en tout temps aux personnes de tout âge.
Il a de plus des yeux d’émail pour toutes les personnes qui pourront en avoir besoin, de mêmes que des tubes à la mode de Paris et des remèdes pour les enfants qui louchent. Les personnes distinguées ne seront pas taxées pour le consulter, les autres paieront 34 sols, que le Sieur Tadiny emploiera pour les pauvres qu’il opère par charité. Il sera visible depuis huit heures du matin jusqu’à midi et depuis deux heures jusqu’au soir.

29 Brumaire 1795 Démolition de l’ancien Hôtel de Ville
Depuis deux mois on travaille à la démolition de l’ancien hôtel de ville de Bordeaux que la municipalité a abandonné depuis quatre ans. C’est un bâtiment qui paraît dater du XIVe siècle. On se propose de placer le grand marché sur ce terrain.
1° Nivôse 1795 Des dangers qui menacent les accoucheurs
Les vols les plus hardis se multiplient. Cette nuit, un chirurgien allant faire un accouchement a été mis par des voleurs dans l’état de nudité où était l’enfant qu’il allait recevoir.

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