Année 1798

23 janvier 1798 Le Serment traditionnel
Hier, la Nation a célébré ici le 21 janvier par une réunion de tous les fonctionnaires publics qui se sont rendus aux Jacobins, en vertu d’un arrêt du Département qui les y enjoignait. Plusieurs mauvais et méchants discours y ont été proférés, après quoi chaque fonctionnaire a prêté individuellement le serment de Haine à la royauté et d’attachement à la République. On a adressé un beau Verbal envoyé au Directoire exécutif. La garde nationale n’était composé que de sans-culottes.

20 Pluviose 1798 Les deux Sociétés de médecine
En Messidor de l’an IV, plusieurs médecins, chirurgiens et apothicaires formèrent à Bordeaux deux sociétés hippocratiques. La première sous le nom de Société clinique de santé se réunit à l’Académie, l’autre s’intitulant Société philanthropique de santé alla s’établir aux Jacobins. Ces deux académies viennent d’être ridiculisées dans nos journaux par un soi-disant malade hollandais. Elles ont senti l’insignifiance de leurs dénominations et se sont de suite rebaptisées tout bonnement en Sociétés de médecine. On dit qu’elles se proposent de se réunir en une seule. Nous le désirons, car l’amour propre et l’esprit systématique sont bien funestes chez des académiciens guérisseurs.

20 Pluviose 1798 Un prêtre émigré fusillé
On a fusillé hier sur la place du château Trompette un prêtre nommé Mascard, convaincu d’émigration par une Commission militaire. La sentence a été rendue après quatre heures d’opinion entre les juges. Ils étaient divisés et l’on sait que le commandant du bataillon basque en garnison à Bordeaux (le commandant Harriste) était finalement pour la déportation et que deux autres juges partageaient son avis humain. Au reste, ce Mascard était un septuagénaire, autrefois assez mauvais sujet, qui s’était fait dans le temps plusieurs affaires par la pratique du fouet qu’il avait adoptée pour ses pénitents.

Prêtre bénéficier de l’église de Sainte-Eulalie, à Bordeaux, Mascard fut arrêté en décembre 1797, après que la crise politique du 18 fructidor (4 septembre) eut renouvelé la persécution. Tous ceux que les Autorités pouvaient se dispenser alors d’envoyer en Guyane, à cause de leurs refus des serments et promesses, étaient fusillés sous des prétextes politiques. Le prêtre Mascard avait d’abord, comme insermenté, quitté la France, d’après la loi de déportation rendue le 26 août I792. Il était revenu après la chute de Robespierre. Enfermé dans le fort du Hâ, il ne douta plus qu’on ne le fît périr et, amené devant une commission militaire, il fut condamné à être fusillé dès le lendemain, comme «émigré rentré ». Dans l’intervalle, il désirait très ardemment recevoir le saint Viatique avant d’aller au supplice : ce désir fut connu du vénérable prêtre Maignen, aumônier de l’hôpital de Blaye , qui lui procura cette consolation, ainsi qu’à une vingtaine d’autres prêtres détenus comme lui dans la même prison. Dés ce moment, la tristesse du prêtre Mascard se changea en joie; et il reçut la mort comme les Saints reçoivent la couronne de l’immortalité, en janvier I798. (D’après Aimé Guillon de Montléon Les Martyrs de la foi pendant la Révolution française, ou, Martyrologe des Pontifes, Prêtres, Religieux, Religieuses, Laïcs de l’un et l’autre sexe, qui périrent alors pour la foi)

8 Ventose 1798 Assassinat pour sodomie
Il a été commis hier un assassinat sur un perruquier assez mal famé de cette ville et qu’on a trouvé percé de coups de poignard dans sa maison. On accuse de ce crime un jeune menuisier allemand auquel il avait fait contracter une maladie dégoûtante en le sodomisant.

On apprendra un peu plus loin, à la date du 14 germinal, que le menuisier Melin qui avait assassiné le perruquier de la rue du Hâ vient d’être condamné à la guillotine.

16 Ventose 1798 Arrestation des négociants anglais
Au point du jour, on a pressé à main armée tous les matelots qui se sont trouvés sur les barques, batelets et navires dans Bordeaux. Cela a produit mille cinq cents marins, dont on a besoin à Rochefort, d’où ils s’échapperont comme ci-devant. D’un autre côté, la police a descendu chez tous les négociants anglais, qui ont été mis en arrestation aux Orphelines.

30 Ventose 1798 Une pièce du citoyen Cizeau
La fête de la souveraineté du Peuple a été célébrée aujourd’hui dans l’église de St André, dont on accommode la nef pour servir de Temple décadaire. Il y a eu quelques discours et beaucoup d’applaudissements. Le soir, le Grand Théâtre a donné une pièce de circonstance intitulée Les Peuples et les Rois devant la Raison. Les patriotes même n’ont pas pu s’empêcher d’avouer que cette comédie était on ne peut pas plus ennuyeuse. Elle appartient au citoyen Cizeau, substitut du commissaire au tribunal criminel et ancien comédien. Un journal a publié le lendemain contre cet auteur un épigramme dont voici la pointe :
Pour couper le fil du bon goût
Ici de son Cizeau la Parque fait usage.

Le Temple décadaire avait été édifié dans la nef de la cathédrale Saint-André depuis 1791. La maison nationale André avait été transformée par les révolutionnaires en magasin de fourrage et de munitions. Le portail Sud avait même été démoli pour permettre le va-et-vient des charrettes de fourrages.

11 Floreal 1798 Le Papier vinaire de Tournon
Un médecin libraire de cette ville nommée Tournon a annoncé avec beaucoup d’emphase qu’il avait trouvé dans une barrique un tissu formé de la lie et sur lequel on pourrait écrire ou dessiner. Il appelle cela papier vinaire. Le moindre tonnelier aurait pu apprendre au docteur qu’il n’y a pas là de quoi phraser, à moins que l’on ne veuille embêter les sots par des sornettes et faire parade de niaiseries comme le dit Tournon est coutumier du fait, depuis 10 ans qu’il vante son talent à Bordeaux sans que personne s’en doute.

Dominique-Jérôme Tournon, médecin en chef des hôpitaux militaires de Bayonne et de Bruxelles, ancien professeur de botanique, professeur-adjoint à l’école de chirurgie de Toulouse, ville où il est né, a publié quelques ouvrages, parmi lesquels on peut citer : Liste chronologique des ouvrages des médecins et chirurgiens de Bordeaux, et de ceux qui ont exercé l’art de guérir dans cette ville, avec des annotations, ou encore Flore de Toulouse, ou Description des plantes qui croissent dans les environs de celte ville, 1811. Il a écrit dans le Journal de Santé et d’Histoire naturelle, dans le Journal de Médecine, et il a été membre de l’académie des sciences de Bordeaux, et de plusieurs autres sociétés savantes.

17 Floreal 1798 Capelle, suite du 29 décembre 1797
Le tribunal criminel vient de condamner à deux ans de réclusion et au poteau le vieux Capelle qui avait frappé de deux coups de rasoir le geôlier du fort du Hâ où il était enfermé correctionnellement pour avoir frappé le président du tribunal qui avait prononcé un jugement civil qu’il attendait moins défavorable. C’est un fou digne des petites maisons, ainsi que toute sa famille, notamment son fils le médecin qui fait ici un journal scientifique que personne ne lit.

7 Prairial 1798 Le Temple décadaire à Saint-André
Les autorités constituées ont fêté hier la reconnaissance dans la nef de Saint-André appelée du nom de salle du Temple décadaire. On a séparé ce local du reste de l’église par une claire-voie. Il est décoré de peintures patriotiques comme des décorations d’opéra. Tous les fonctionnaires sont assis dans des sièges, élevés comme des sénateurs. On trouve toutes ces peintures mesquines et sans goût. Cependant, cela coûte 12 000 Fr. de réparations.

7 Prairial 1798 Le citoyen Brémontier et les dunes de La Teste
Le citoyen Brémontier vient de publier un pamphlet sur les irruptions progressives de sable sur les côtes de La Teste. Il prétend que la mer, en vingt siècles, peut arriver jusqu’à Bordeaux et l’engloutir si l’on en juge par ses progrès déjà vérifiés sur cette côte. Il estime que les plantations d’arbres et d’arbrisseaux qu’il indique opposeraient une barrière au flot et consolideraient les dunes de sables mouvants.
Le système de plantation des dunes rapporté par Brémontier a été mis en avant, dés 1773, par Desbiey, en 1784 par Baurein, en 1790 par Journu, en 1795 par Duplantier.

Brémontier a fait d’abord construire une digue destinée à arrêter le cheminement des sables au point de départ. À environ 70 m de la ligne atteinte par les plus hautes mers, on enfonce dans le sol une palissade de madriers contre laquelle le sable s’accumule. Relevant les madriers à mesure que le sable monte, on crée une « dune littorale » de 10 à 12 m de hauteur, formant barrière. Le sable de la surface est fixé par des semis de gourbet, dont l’épais lacis de racines s’étend rapidement. Brémontier s’attaque ensuite au problème de la fixation des dunes intérieures. Des graines de pins maritimes, mélangées à des graines d’ajonc et de genêt sont semées sous une couverture de fagots de branchages qui maintiennent provisoirement les sables. Au bout de quatre ans, le genêt atteint près de deux mètres de hauteur. Le pin, d’une croissance plus lente, grandit ainsi protégé et distance bientôt les autres plantes qui, en pourrissant, apportent des éléments organiques fertilisateurs (source Wikipedia).

10 Prairial 1798 La fille de la vache
On parle beaucoup de l’accouchement monstrueux d’une vache qui a mis bas une fille. On rappelle à cette occasion qu’une vache de Figueyreau accoucha il y a une trentaine d’années d’une fille qui a vécu avec du poil à une joue et qu’on appelait en conséquence la fille de la vache. Nous ne croyons rien à tout cela, le regardant comme un de ces contes dont les femmes du paganisme se servaient pour couvrir quelque intrigue, en mettant les suites sur le compte d’un dieu amoureux.

Plus de deux siècles plus tard, ces fantasmes perdurent, comme en témoigne ce « document » vu sur Internet. Selon l’Agence de Nouvelles du Nigeria, « les habitants de la ville Ajohnton Ekiti, sud-ouest du Nigeria ont été surpris, et pris de panique après avoir constaté qu’une chèvre qui vient de mettre bas a donné naissance à quelque chose qui ressemble plutôt à un humain. Les habitants de la région ont déclaré que le petit de la chèvre est né avec deux mains, un visage, des cheveux, une tête humaine. Ses organes génitaux sont semblables à ceux des êtres humains. Les populations ont souligné que le petit est mort après quelques heures en raison du manque de soins médicaux. »

7 Messidor 1798 Femmes un peu trop … dénudées
Nos femmes ne rougissent plus de rien. Ce n’est pas tout de paraître le sein et les épaules entièrement découvertes avec les bras tout nus, elles veulent faire montre de tous leur appâts. Deux parurent hier à Tourny, vêtues d’une tunique grecque d’une telle transparence, que l’on apercevait qu’elles n’avaient dessous qu’un simple pantalon rose sans chemise. Le regard de la foule qui s’attroupait autour d’elles força nos nymphes de se jeter dans une voiture et de disparaître.

9 Messidor 1798 Démolition du palais de l’Ombrière
On a commencé hier à démolir le palais de l’Ombrière vendu à une compagnie pour environ 1 million. Il existait depuis le XIIe siècle. Les maisons antiques qui sont appuyées sur le mur du côté de la place et de la rue Poitevine sont conservées à leurs propriétaires, quoique ce ne paraisse qu’une antique usurpation. On doit ouvrir sur ce terrain une rue qui ira de la porte du Palais au Cerf-volant.

Il s’agit de l’actuelle rue du Palais de l’Ombrière, désignée rue du Palais en 1820, puis rue Neuve du Palais de l’Ombrière jusqu’en 1843. On dit habituellement que le Palais de l’Ombrière, transformé en prison Brutus pendant la Révolution, fut rasé en 1800. On apprend ici que le début des travaux date de 1798.

1° Thermidor 1798 Saillies contre Capelle et Caillau
Deux journaux-affiches viennent de paraître aujourd’hui à Bordeaux sous le titre d’Indicateurs : le prospectus de l’un d’eux est de ma façon. Deux autres journaux bordelais ont cessé de vivre en même temps. L’un est le Journal d’histoire naturelle par un soi-disant docteur nommé Capelle; l’autre est le Journal des mères de famille par un prétendu médecin nommé Caillau, qui s’était fait ici le docteur des enfants et des nourrices. Ces feuilles allaient depuis deux ans. Ainsi tout est compensé.

24 Thermidor 1798 Travaux dans Bordeaux
Au mois de mars dernier, on a commencé à abattre la porte d’Albret et le mois suivant on a effectué la clôture du cimetière de Saint-Seurin et des deux chapelles qui y étaient bâties.

5 Fructidor 1798 Les jardins de Labottière
Decadi dernier, on a ouvert aux jardins de Labottière une fête champêtre à l’instar de celles qui ont lieu à Paris. C’est le Tivoli Bordelais. Les billets d’entrée coûtent 3 écus. On y danse, on y joue au billard, on y court la bague et s’y amuse à l’escarpolette, et le soir, à 11 heures, on congédie les gens par un feu d’artifice. La maison et les allées du parc sont supérieurement illuminées. Il y a un traiteur qui sert à tous prix. Cet amusement a été très couru et cependant nous a paru très mesquin. Ce ne sont partout que baraques et toiles peintes au milieu d’une belle verdure.

10 Fructidor 1798 Le violoniste Rode
Hier, est arrivé à Bordeaux le citoyen Rode, jeune virtuose bordelais, l’un des fameux violons de l’Europe. Il est fils d’un parfumeur de cette ville et en était absent depuis une dizaine d’années. Il a débuté ici au Musée en 1785 en jouant des symphonies à l’âge de 12 ans. Il n’entend d’ailleurs rien à la composition théâtrale.

Jacques-Pierre-Joseph Rode, connu sous le nom de Pierre Rode, compositeur et violoniste français est né à Bordeaux (rue du Loup, actuel n° 21, datant du XVII° siècle) le 16 février 1774, et mort au Château de Bourbon, près de Damazan, le 25 novembre 1830. Musicien précoce, Pierre Rode était déjà un violoniste remarqué alors qu’il n’avait que 12 ans. En 1787, il gagna Paris, où il devint élève de Fauvel, puis de Viotti, qui le fit débuter en public au théâtre de Monsieur, dès 1790. Il sillonna l’Europe pour dévoiler son art et ne revint à Paris qu’en 1799, où il devint soliste à l’Opéra et fut nommé professeur au Conservatoire, récemment créé.

10 Fructidor 1798 Perruques et coiffures
Les perruques masculines et féminines sont depuis trois ans la grande occupation de nos Agréables. Elles ne semblaient pas avoir un aussi long règne, car une marche de trois ans est bien extraordinaire. Maintenant, nos mirliflores des deux sexes sont coiffés à la Titus est à la Caracalla: Leurs têtes à l’extérieur sont rases comme celles qu’on voit sur les médailles du bas empire.

11 Fructidor 1798 Ballon aérostatique (voir 30 Fructidor)
On a lancé hier à l’ancienne Course un grand ballon de papier qui est fait par un garçon papetier nommé Massé. La machine d’environ 30 pieds de diamètre n’étant pas bien lestée et, ayant trop resté sur le réchaud, s’est brûlée à une centaine de pieds de hauteur.

12 Fructidor 1798 Tout est grec maintenant
Tout est grec maintenant : nos femmes ont un côté du sein entièrement découvert, attendu que c’est le costume des statues antiques. Elles sont lestes dans leurs propos et s’efforcent de prendre une démarche voluptueuse autant que possible, parce que c’était l’allure de Thays et de Périnée. On appelle les petits enfants Aristide, Leonidas, Corinne etc., On se chausse en brodequins lacés, les jeunes gens ont tous des chiens comme Alcibiade; les boudoirs sont des gynécées ; les maisons d’éducation sont des Prytanées.

30 Fructidor 1798 Ballon aérostatique
Un certain fou nommé Massé, marchand papetier, a tenté aujourd’hui pour la deuxième fois une expérience aérostatique prés de Bordeaux. Il s’agissait de l’ascension d’un ballon de papier de 20 pieds, portant avec lui un mouton, attaché à un parachute, qui devait se déployer à une certaine hauteur et le déposer doucement sur la terre. Après 2 heures d’attente du public, il a manifesté son impatience et le balloniste ayant annoncé avec hésitation qu’il ne pouvait commencer aujourd’hui, on s’est jeté sur le ballon et il a été mis en pièces. La recette a été confisquée au profit des pauvres et le mouton du parachute emporté par quelques mécontents qui ne l’ont plus été. Au milieu de cette main basse, un homme a été rudement blessé par la chute d’un des supports du globe. La police devrait bien surveiller ces charlatans sans moyens.

22 septembre 1798 Ballon aérostatique
Tous les fonctionnaires publics de Bordeaux, réunis au Champ de Mars, ont célébré la fête anniversaire de la République par des discours et des réponses prononcés au milieu de ce jardin sur l’autel de la patrie. La cérémonie a été terminée par l’ascension d’un aérostat lancé sur la terrasse. Il avait environ 30 pieds de diamètre et était fait de toile forte qu’on avait recouvert de figures emblématiques. MM. Chalifour et Desgranges, les premiers qui firent l’expérience aérostatique en 1784, avaient construit ce ballon. Ils montaient la galerie qui y était suspendue et de laquelle ils jetaient de la paille dans le réchaud attaché au milieu. Le temps était très serein. Dans 20 minutes, la montgolfière a été remplie d’air raréfié et elle s’est élevée majestueusement à une heure. Son ascension a été d’environ 300 toises. Au bout d’un quart d’heure, le ballon avec leurs auteurs a été tombé sans accident au village de Capeyran, parcelle de Mérignac. Cette expérience n’a produit aucun enthousiasme parmi les spectateurs. Je crois que c’est parce qu’elle était patriotique.

Les premiers aéronautes bordelais à pouvoir s’envoler ont été, en 1784, trois aventuriers, Darbelet, Dégranges et Chalifour, qui réussirent leur envol en partant de l’hôpital de la Manufacture et en atterrissant, après un vol d’un peu plus d’une heure, dans les vignes de Monsieur Fenwick, à proximité du couvent des Chartreux. D’ailleurs, à cette occasion, Pierre Bernadau célébra le succès de cette entreprise dans son Discours du Gascon sur le Globe aérostatique de Bordeaux.

9 novembre 1798 Une nièce de Bernadau victime de la Picote
Mon unique nièce est morte à Lormont des suites de la picote. Elle était dans ses 12 ans et promettait beaucoup, malgré qu’elle fut un peu disgraciée de la nature.

La petite picote correspondait à la varicelle, alors que la grosse picote correspondait à la variole.
Cette nièce était la fille de la soeur aînée de Pierre Bernadau, Jeanne, née en 1761 et qui avait épousé Jean Lafaurie, avec lequel elle eu un autre enfant, un fils, qui aura lui-même 4 enfants, dont deux, Célina et Alfred, ont vécu et qui ont été les héritiers de Bernadau.

25 Brumaire 1798 Hygiène militaire, de Tessier
Un chirurgien marmandais nommé Tessier vient de publier un petit ouvrage à l’usage des troupes sous le titre de Hygiène militaire. Il n’a pas eu grande vogue, car comme on va à l’armée par force, on ne s’embarrasse pas beaucoup de s’y porter bien. Au contraire, on y désire une maladie pour avoir le droit de s’en revenir. Pour qui et pour quoi se bat-on ?

Le véritable titre de cet ouvrage est : Hygiène militaire, ou règles diététiques pour conserver la santé des Militaires, tant de terre que de mer, par P. Tessier 12, Bordeaux, an 7.

2 Frimaire 1798 Fermeture des Veyrines
L’administration du Département publie un arrêté qui ordonne la suppression des Veyrines. On appelait ainsi, dans le bordelais, des trous pratiqués dans les murs de certaines églises de campagne, par où le peuple faisait passer les petits enfants pour les guérir de certaines maladies. Cette superstition est ici très ancienne et rendait beaucoup aux cures qui avaient eu l’adresse d’en établir dans leurs églises. On compte que l’archevêque de Lussan, visitant un jour le diocèse, trouva une de ses veyrines pour laquelle il gronda beaucoup le curé et où il fit passer son chien pour s’en moquer. On ne dit pas si il la fit fermer. Il est assez singulier qu’une administration civile ait été plus scrupuleuse que lui sur le fait des roueries d’une religion dont on se moque assez constitutionnellement.

Les Veyrines avaient dans le peuple un certain succès, moindre cependant que le tombeau de Saint-Fort dans l’église Saint-Seurin. A la saint Fort, de nombreux parents conduisaient leurs enfants au « tombeau de saint Fort » et les faisaient passer neuf fois au-dessus de la châsse du saint pour leur assurer force et santé. Pourquoi neuf fois ? Sans doute parce que ce chiffre symbolise une suite de prières dans la tradition chrétienne, comme les neuvaines par exemple. Selon la tradition locale, le fait d’asseoir les enfants sur le tombeau de saint Fort procurait des rondeurs aux filles et rendait les garçons virils ! Mais c’étaient surtout les maladifs qui faisaient l’objet de ce rite, comme l’évoque le « musée d’Aquitaine » de 1823 : « Et tous les ans, quand le mois de mai nous ramène la fête du saint, les mères ou les nourrices d’enfants cacochymes viennent en foule visiter ce monument religieux. Elles font neuf fois le tour du tombeau, et à chaque tour elles passent légèrement sur la pierre sépulcrale l’enfant chéri dont l’état maladif les inquiète, espérant que leur dévot pèlerinage lui rendra la force et la santé ».

21 Frimaire 1798 Une nouvelle tentative aérostatique
On a tenté hier de faire partir au Jardin public le globe dont l’expérience a manqué le mois dernier. Ce nouvel essai n’a pas été plus heureux que le précédent, il était toujours dirigé par l’architecte Chalifour que la police a singulièrement protégé comme bon jacobin. Le peuple n’a point témoigné hautement son mécontentement, comme il le fit en 1784 dans le même lieu lors du globe du médecin Grassi et du parfumeur Perier. Trois mutins furent alors pendus, ainsi qu’on en trouve la relation circonstanciée dans nos manuscrits particuliers et dans nos matériaux pour la continuation de la chronique bordelaise.

Bernadau fait ici allusion à sa publication : Discours du Gascon sur le globe aérostatique de Bordeaux. Nouvelle édition, corrigée et augmentée d’une seconde partie. À Auch, aux dépens du loisir, 1784
Cet aérostat, appelé Le Bordelais, était magnifique, construit en forte toile magnifiquement peinte à l’extérieur comme à l’intérieur, suffisamment vaste pour accueillir deux audacieux aventuriers, un nommé Périer, un parfumeur établi place de la Comédie et un médecin réputé, Frédéric-Antoine de Grassi, agrégé au collège des médecins. Grassi était bien meilleur médecin qu’aéronaute car l’expérience tourna malheureusement court et le ballon ne put jamais s’envoler. La foule était tellement déçue qu’elle dévasta le Jardin Royal. Le désordre était tel que les gendarmes furent appelés et les Jurats durent sévir : deux des émeutiers furent condamnés à mort et exécutés en public, pendus aux grilles du Jardin Royal. Le public n’en voulut pas tant que cela au médecin, et l’on chantait à l’époque :
Grassi, c’est en vain qu’on te gronde
D’avoir mal fait le Montgolfier.
Un globe ne peut s’envoyer
Comme un malade en l’autre monde.

1 Nivose 1798 Société de médecine
Il existait ici depuis 3 ou 4 ans deux société de guérisseurs, l’une dite clinique et l’autre philanthropique de santé. Ces dénominations étaient aussi ridicules que ceux qui les portaient. Tout cela vient d’être épuré et établi en une Société de médecine, où on est encore étonné de voir les noms de beaucoup de chirurgiens, voire d’apothicaires.

Cet étonnement de Bernadau témoigne sans nul doute du vieux conflit entre médecins et chirurgiens, ces derniers étant issus des barbiers, formés sur le tas, et mal considérés par les médecins formés quant à eux à l’université et parlant latin. C’est en 1798 que ces vieilles querelles s’éteignent avec la création de cette Société de médecine, rassemblant d’abord médecins et chirurgiens, auxquels se joindront rapidement les apothicaires.

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