Année 1799

L’année 1799 est marquée par la « fusillade du 20 Thermidor » qui a beaucoup marqué les bordelais et, particulièrement Bernadau. La fin de l’année est marquée par le coup d’état du 18 Brumaire.

21 janvier 1799 Fête du « Serrement »
On a célébré aujourd’hui l’anniversaire du 21 janvier. Le cortège qui composait la fête s’est rendu à l’église de Saint-Dominique attendu le mauvais temps. Il y avait un ordre du Directoire pour que tous les fonctionnaires absents fussent inscrits au procès verbal de la prestation de serment de haine à la royauté. Aussi cette cérémonie de la liberté a-t-elle été un peu forcée et les colomnistes ont dit que c’était la fête du Serrement.

29 Pluviose 1799 Les « tripots » chez Fenwick et à Gobineau
On a cité en police correctionnelle hier l’épouse du consul américain Fenwick pour le jeu qu’elle tient chez elle en l’absence de son mari. Elle a fait la malade et l’affaire est assoupie. La police a été moins intraitable vis-à-vis de la veuve James qui tenait le café Gobineau et qui vient être fermé comme tripot.

Joseph Fenwick (1762-1849) a été le premier consul des Etats-Unis en poste à Bordeaux, nommé par Georges Washington. Il a fait construire l’hôtel Fenwick entre 1793 et 1800 par l’architecte Duffart, à l’angle du pavé des Chartrons et des quais. Originaire du Maryland, il exerçait les fonctions de négociant en vins et eau de vie, et  d’agent commercial dans l’import export. Il était marié depuis 1792 à Catherine Eléonore Ménoire, née en 1772.

12 Germinal 1799 La société des Sciences et des Arts de Bordeaux
La société dite des Sciences et des Arts de Bordeaux a été transférée dans la salle basse de l’Académie qu’elle s’imagine remplacer, le département l’ayant fait sortir de la salle publique du ci-devant District qu’on lui avait cédée depuis un an. Cette société est toujours piètre, malgré qu’elle prétende s’occuper de grandes choses. Ses membres n’ont que de la suffisance. Aucun d’eux n’a jamais imprimé une ligne et, cependant, ils éloignent les hommes à talent qui en seraient l’ornement. Ils n’aiment pas ceux qui paraissent supérieurs à ceux de leurs petites coteries.

Il serait étonnant que Bernadau n’ait pas postulé à cette Société, qui n’a sans doute pas répondu à sa demande !

14 Germinal 1799 Partarrieu
Le commissaire du tribunal Partarrieu avait accusé un ancien recruteur nommé Vareilhes de l’avoir insulté en loge et de l’avoir suivi au sortir de la Comédie pour le bâtonner. Le tribunal correctionnel a relaxé l’accusé aujourd’hui à la suite d’une audience très nombreuse. Ce sont des propos révolutionnaires qui ont valu cette avanie au dit Partarrieu.

On retrouvera ce Partarrieu en 1802 comme l’un des protagonistes de l’affaire du Livre rouge de la Terreur à Bordeaux.

16 Germinal 1799 Racle et la demoiselle Pénicaud (suite du 5 novembre 1796)
On ne parle ici que du procès que l’imprimeur Racle vient de perdre à Paris pour une femme de Bordeaux nommée Pénicaud, catin prononcée comme sa mère, quoique de bonne famille. Elle fut mariée par son père à un chirurgien de Paris nommé Lanefranque, ayant toujours conservé des liaisons avec Racle fils. Celui-ci a forcé sa maîtresse à demander la nullité du mariage et l’amoureux a eu l’impudeur d’intervenir au procès, comme père des enfants survenus depuis. Il a chez lui la Pénicaud et ne veut pas la rendre à son mari. Le mariage a été déclaré valide et Racle a été condamné à remettre les enfants à Lanefranque. C’est une infamie dont ce dernier est victime et que sa femme et son amoureux n’auraient pas dû susciter pour leur honneur.

10 Floreal 1799 Règlement de compte contre Tournon (suite du 11 Floreal 1798)
Un soi-disant médecin toulousain nommé Tournon vient de publier à Bordeaux une petite brochure, sous tous les rapports, intitulée : Liste chronologique des officiers de santé qui ont écrit leur art dans cette ville. C’est un catalogue des divers ouvrages des auteurs, médecins, chirurgiens ou apothicaires, morts ou vivants à Bordeaux avec une très succincte notice historique. J’ai eu la complaisance de lui en fournir 19 que le faiseur de liste ne connaissait pas et, cependant, il a vendu 30 sous sa brochure dont personne ne veut pour rien. Ce prétendu médicastre est un aventurier plein de suffisance qui voulait usurper la place de démonstrateur de Botanique sur Latapie qu’il dénonça en 1793.
A l’époque, il trouva le moyen de se faire nommé Commissaire pour l’arrangement des biens trouvés dans les maisons nationales, puis être pendant quelques temps Garde de la bibliothèque publique de Bordeaux. On l’accuse d’avoir escamoté beaucoup de livres qu’il vend en ce moment avec les bouquins de feu Pallandre, son beau-frère.

On comprend mieux l’aigreur de Bernadau contre le médecin Tournon, beau-frère du libraire Pallandre que Bernadau n’appréciait pas et qu’il avait dénoncé en 1791.

10 Floreal 1799 Suite des hostilités avec le docteur Caillau
Le soi-disant médecin Caillau vient de publier contre le prétendu médecin Tournon une réfutation des inepties et erreurs répandues dans la brochure que ce dernier a imprimé il y a quelques mois sous le nom de la Liste des auteurs médecins et chirurgiens. Il y a du sel mais pas d’aigreur dans cette critique : les charlatans se respectent pour le malheur du public. Le catalogue médicinal du docteur toulousain est bien dans le cas d’éprouver de plus vives censures si l’on voulait prendre la peine d’en relever les bévues et les inexactitudes; mais on a respecté le malheur d’un sot qui n’a pu vendre son papier barbouillé.

22 mai 1799 L’Hospital et le plafond de la Comédie
Le bavard L’Hospital vient de publier une critique contre les nouvelles peintures faites à la salle des spectacles par Drahonet sous le titre d’Adieu au plafond de Robin et aux décorations de Gonzales. Ce pamphlet rimé est du dernier ridicule. L’auteur devrait enfin songer qu’on s’en donne beaucoup en parlant des arts que l’on ne connaît pas.

C’est au peintre Jean-Baptiste Robin que fut confié, à la fin du XVIIIe siècle, le soin d’orner la coupole de la salle de spectacles. Le thème retenu par l’artiste fut « Apollon et les muses agréent la dédicace d’un temple élevé par la ville de Bordeaux ». L’œuvre est un triple hommage, à la fois allégorique et réaliste, aux arts, aux artisans ayant bâti le théâtre (on distingue des tailleurs de pierre et l’angle sud-ouest du bâtiment) et à la ville de Bordeaux (les scènes du port témoignent tant de l’activité de la ville que de sa richesse). L’éclairage originel de la salle provoqua la détérioration de la peinture. De fait, vers 1798, les fumées avaient impitoyablement noirci l’œuvre de Robin qui dut être remplacée. Lors des réparations faites en 1799, Drahonnet fut chargé de la décoration et fit peindre, par Lacour père, un nouveau plafond.
Divers peintres se succédèrent au fil des ans pour offrir le fruit de leur inspiration à la coupole jusqu’à ce qu’en 1917 Maurice Roganeau exécute une fidèle reproduction de la peinture originale.

22 mai 1799 La Callipédie de Quillet traduite par JM Caillau
Le soi-disant médecin Caillau vient de publier une traduction en prose de l’œuvre de la Callipédie de Quillet. Il a l’air de vouloir faire beaucoup de bruit d’un travail qui reste peu utile et fort ordinaire. Mieux ferait-il d’étudier les médecins plutôt que les poètes. L’impression de cet ouvrage fait honneur aux presses de Pinard de cette ville.

Jean-Marie Caillau avait fait allusion dans ses Petites Affiches au chroniqueur en parlant de ses « soporifiques compilations sur les rues de Bordeaux ». Le ton était donné, Bernadau n’était pas l’ami du docteur Caillau qui le lui rendait bien. On comprend ainsi la saillie de Bernadau lorsque le pédiatre s’attaque à une traduction de la Callipédie, ou la manière d’avoir de beaux enfants.
L’hostilité de Bernadau à l’encontre du docteur Jean-Marie Caillau vient sans doute du fait que celui-ci était un ancien prêtre, disciple de l’abbé Baurein.
Les Pinard, père et fils, étaient établis imprimeurs et marchands de papier d’abord rue de la Chapelle Saint-Jean, puis de 1785 à 1795 au n° 96 de la rue Notre-Dame aux Chartrons. En 1795, après avoir été pendant quelque temps les associés des frères Labottière, ils achètent le fonds de ces imprimeurs de la place du palais de l’Ombrière, devenue place Brutus, qui avait été ruinés par la Révolution.
Les Pinard surent vraisemblablement mettre à profit les circonstances de la Révolution en s’enrichissant rapidement. Leur imprimerie ayant pris de l’importance, ils s’établissent aux numéros 5 et 6 de la rue des Lauriers. En 1816, Pinard transporta son imprimerie au n° 7 des fossés de l’Intendance, puis il quitta Bordeaux et alla s’établir à Paris.

12 Thermidor 1799 Sculptures de Francin … ou de Bellet ?
L’ancien Bureau central, aussi ami des arts que de la raison, avait ordonné que les groupes dus au brillant ciseau de Francin qui étaient sur les pilastres de la porte de Tourny qu’on vient d’abattre seraient portés sur les pilastres de la porte méridionale du Jardin Public pour y être conservés comme un chef d’oeuvres de sculpture. Le nouveau Bureau central, plus jacobin, a improuvé cette mesure et, prétendant que la figure du soleil qu’on voit dans ce groupe représente Louis XV, vient d’ordonner qu’elle serait frappée par les révolutionnaires. Ils ont bien vite exécuté cette dégradation quoiqu’un ancien décret de 1793 ordonne de conserver les monuments des arts, même qui porteraient quelques emblèmes de l’ancien régime.

Claude Francin sculpta, à l’occasion de son séjour à Bordeaux (1748-1765), « les trophées, effigies, blasons et autres motifs qui ornaient les pilastres des Portes Royale et Tourny », d’après Fernand Thomas (Le séjour à Bordeaux de Claude Francin, 1915). Les petits groupes d’enfants sont l’œuvre d’Antoine Bellet.

20 Thermidor (7 août) 1799 La fusillade du 20 Thermidor
C’était le jour fixé pour la proclamation de la loi des otages. Le Bureau central qui craignait quelques mouvements par suite de la fermentation d’hier faisait escorter les commissaires parlementaires du département d’un détachement de la garde nationale et de soldats de la section. Un grand renfort était aussi à l’hôtel de ville; Mais le mal de tout ceci, c’est qu’on avait affecté de convoquer des hommes reconnus par leurs principes sanguinaires et réprouvés des membres du club des Jacobins de la Grande Quille, pour former le détachement de la prétendue garde nationale, qui est désorganisée depuis plus de trois ans et dont le Bureau central forme un rassemblement inattendu. La proclamation de la loi fut faite devant la Comédie. Beaucoup de bordelais qui étaient assis sur l’esplanade qui est au-devant du café de ce nom, s’étant permis de rire de cette proclamation, le commissaire de police, ayant fait lecture, fait tirer sur le groupe qui était assis. Il n’y eut aucun coup qui porta. Mais les personnes contre lesquelles on avait agi aussi hostilement témoignèrent leur indignation. Plusieurs d’entre elles se rendent au Bureau central pour s’en plaindre et y remonter que c’était une suite des persécutions exercées la veille contre les jeunes gens à l’occasion d’un placard séditieux. Le groupe grossit en avançant et, devant la maison commune, il devint considérable. Tous les fossés et la place du marché projeté en sont couverts. La porte du bureau central était fermée et gardée en dehors par beaucoup de soldats, de patriotes du club de la Quille. Il était midi. Soulignac, un des membres les plus marquants du Bureau central, sort sur la porte de la maison commune et invite les jeunes gens à députer six d’entre eux pour exposer leurs prétendus griefs à l’Administration qui les fera entrer seuls. Six personnes s’offrent et on leur ouvre la porte. Dans cet intervalle, arrive le détachement et le commissaire qui avait fait l’exposition meurtrière au café de la Comédie; On murmure contre ces gens qui, sans aucune provocation, font deux décharges consécutives sur la foule. Sept personnes sont grièvement blessées et trois d’entre elles en sont restées estropiées. Alors tout le monde se disperse, d’autant qu’on roule devant la porte deux canons qu’on avait préparés au milieu de la cour. La consternation est générale dans la ville, à la vue des jeunes gens qui s’enfuient effarés, en criant qu’on fusille à l’hôtel de ville. Ceux qui avaient été admis comme députés sont mis en prison et l’un d’eux est massacré sur le champ par les Jacobins de la garde qui prétendent le reconnaître pour un des meurtriers de certain maire de Toulouse, Goursac, terroriste fameux, qui fut tué en l’an V sur le chemin de Castres par des hommes masqués dans le temps de la réaction thermidorienne.
Cependant, cette émeute n’eut pas de suite; les bordelais virent bien que les autorités constituées étaient de lâches partisans des bourreaux. Toute l’après-midi, la ville parut déserte : on ne rencontrait que quelques jacobins et des soldats qui se permettaient même des propos contre les personnes que des affaires pressantes forçaient de sortir de chez elles. Nous étions de ce nombre; ayant voulu aller prendre l’air l’après-midi, nous vîmes la solitude qui régnait en ville où l’on ne trouvait pas même des enfants. Il n’y avait que de loin en loin des figures hagardes qui avaient l’air de triompher et semblaient regretter, en voyant un honnête homme, de ne l’avoir pas mis au nombre de victimes. Cela nous obligea à rentrer bientôt par des rues détournées. Nous avons en quelque sorte vu cette scène terrible qui sera longtemps célèbre à Bordeaux sous le nom de la fusillade du 20 Thermidor. Nous demeurions alors rue St-James, en face de la rue de Gourgues et, à la seconde décharge que les massacreurs firent sur les fossés, nous crûmes qu’on y tirait le canon tant le bruit fut grand et la fumée épaisse. Nous vîmes les jeunes gens qui fuyaient effarés en criant : Aux armes, on nous égorge. Les uns demandaient des chirurgiens et les autres cherchaient des maisons ouvertes pour s’y réfugier. La consternation de toute la ville fut grande pendant plusieurs jours: Elle se peignait par le silence, car personne n’osait parler de cette journée de crainte d’être entendu des sicaires.
Ils restèrent armés pendant plus de 15 jours au Bureau central, dont la porte était toujours fermée sauf un petit guichet qui n’avait pas quatre pieds de haut et qu’on y pratiqua de suite à cet effet. Tous ces gardes du corps du Bureau central étaient défrayés par lui, dans la cuisine du traiteur de la maison, où nous avons eu l’occasion de les voir faisant leur orgie gratuite. Les hommes qui furent remarqués entre autres à cette tuerie, agissant contre leurs paisibles citoyens, sont l’architecte Chalifour, le juif Mendes, le boulanger Martial, le cordier Satyre-Leris, le maçon, mon dénonciateur Marquet, un autre maçon nommé Brunet, un commis courtier nommé Palard, un graisseux nommé Déjus, autre de mes dénonciateurs en 1793.
Le reste ne vaut pas l’honneur d’être nommé.

Le Directoire touche à sa fin et Bernadau est témoin de cet évènement qui impressionna beaucoup les bordelais en général et notre annaliste en particulier.
La loi avait proscrit les clubs mais cela n’empêchait pas les Jacobins d’en tenir un à Saint-Michel : c’était le club de la Grande Quille, ainsi appelé en référence au clocher de Saint-Michel, dans la cave duquel se réunissaient des jacobins qui proposaient et exécutaient les mesures les plus révolutionnaires, si bien que l’on craignait le retour de la Terreur. Le club de la Grand’Quille fit afficher dans divers quartiers de la ville un placard provocateur portant ces mots : Plus d’anarchistes, ou la mort ! Le 19 thermidor, la municipalité fit arracher ce placard, ce qui n’empêcha pas d’autres placards semblables d’être à nouveau affichés en ville. Les jeunes gens, irrités de ces provocations, se mirent à parcourir la ville en arrachant les placards incendiaires et ils se portèrent aussi devant certaines maisons en criant : A bas les Jacobins, à bas les terroristes ! Les Jacobins, se voyant sérieusement menacés, se réfugièrent alors dans l’hôtel du Bureau central où on leur distribua des armes ; divisés en pelotons ayant chacun à leur tête un commissaire de police, ils dispersèrent la foule sans ménagement.
Le lendemain 20 thermidor les mêmes scènes d’agitation et de désordre se reproduisirent. Une troupe de Jacobins arrivés sur la place de la Comédie rencontra un attroupement considérable de jeunes gens et, devant un danger qu’il pensait imminent, le commissaire donna l’ordre à la patrouille de dissiper le groupe équipé de poignards, couteaux et armes à feu. Dans le feu de l’action, quelques citoyens furent blessés parmi lesquels se trouvait Eugène de Lur-Saluces, qui sera emprisonné. Bernadau raconte la suite en détail.
Il reviendra sur cette affaire le 29 juillet 1836, en dénonçant en particulier un certain Barthez, mais aussi MM. Soulignac fils, Balguerie et Durant.

29 Thermidor 1799 Visites domiciliaires anti-royalistes
Depuis quelques jours, notre Bureau central use du décret qui permet les visites domiciliaires pendant un mois. Il a fait arrêter à tort et à travers des avocats, des beaux esprits, des femmes, des ouvriers, des ci-devant, par mesure de sûreté. Après avoir fait de bizarres interrogatoires à tout ce monde, l’a élargi sans forme de procès. Il était surtout question de correspondance suspecte, d’armes cachées et de la rédaction du Journal de Bordeaux.

Le Bureau central avait en effet trouvé des armes cachées rue de Gourgues.

23 septembre 1799 Anniversaire de la République
L’anniversaire de la république a été célébré aujourd’hui au Champ-de-Mars par les discours et les champs d’usage. On avait ajouté des courses à pied et à cheval qui ont été assez pitoyablement exécutés. Un chasseur basque et un élève d’équitation ont remporté les prix qui consistaient en une paire de beaux pistolets.

23 septembre 1799 Année bissextile
Il y a de grands débats entre les gens instruits sur l’époque du premier jour de cette année 1800 que l’on sait bissextile, tandis que, suivant le calendrier grégorien, l’année séculaire ne doit être que tous les 200 ans. L’astronome Lalande, consulté, a répondu que la Convention nationale avait décrété que l’an III devait être bissextile et ainsi de 4 en 4 ans; mais que ce décret avait été rendu sans consulter les chronologistes ; que c’était à tord qu’on avait donné six jours complémentaires à l’an VII et que l’année actuelle aurait également dû commencer au 22 septembre ; mais qu’il fallait se conformer à la loi, jusqu’à ce qu’elle fût rectifiée sur les vrais principes astronomiques. Tout cela est vrai à la lettre. Il est plaisant de voir une assemblée législative sermonnée par un astronome et vouloir déranger l’année solaire, malgré lui et les planètes.

Joseph-Jérôme Lefrançois de Lalande, astronome français (1732-1807) se consacra à l’étude des planètes du système solaire. En 1759, il publie une édition corrigée des Tables d’Edmond Halley (1656-1742). Il y ajoute une Histoire de la comète de Halley, la dite comète étant visible cette année là. En 1762, il obtient la chaire d’astronomie au Collège de France qu’il tiendra pendant quarante six ans. Lalande a largement contribué à vulgariser et populariser l’astronomie. De 1789 à 1798, il publie son Histoire céleste française, ouvrage où il décrit prés de 50 000 étoiles.

16 Vendémiaire 1799 La danseuse Clotilde
La danseuse Clotilde vient de débuter dans le ballet de Psyché au Grand-Théâtre. Ses talents l’y ont fait autant accueillir que ses aventures. C’est une femme de haute taille, très musculeuse et d’une force considérable. Elle a dans son jeu plus de force que de grâce et l’on désirerait qu’elle fut un peu plus femme. Elle n’est ni jeune ni belle. Elle avait été arrêtée par notre Bureau central, accusée d’ avoir été au-devant des insurgés de la Gascogne et de leur avoir offert à Bagnères un drapeau blanc dont elle avait brodé les fleurs de lys. Cependant, il a été reconnu que c’était les insurgés qui s’étaient portés chez elle et l’avaient forcé de leur livrer une de ses robes pour en faire des guidons.

La Biographie universelle et portative des contemporains de 1834 nous apprend que « Clotilde-Augustine Maflettrai, danseuse de l’Opéra , uniquement connue sous son premier prénom, naquit à Paris le 1er mars 1776, et eut pour maître Vestris père, qui la mit en état de débuter, le 12 mars 1793, dans un pas ajouté à l’opéra d’Iphigénie en Aulide. Elle y partagea, avec Mme Gardel et Mlle Chevigny, le titre de première danseuse. Le genre de Clotilde était la danse noble; elle laissait quelquefois à désirer du côté de l’exécution, négligeait le fini des détails, et ne se distinguait point par les grâces et le moelleux de ses deux rivales ; mais on admirait la beauté de ses formes, la noblesse de sa démarche, l’expression de sa pantomime, ses développements faciles et hardis, l’ensemble imposant de sa personne : jamais beauté ne fut plus digne de représenter sur la scène les divinités de la mythologie païenne.
En 1799, une insurrection royaliste ayant éclaté contre le directoire, dans le département de la Haute-Garonne, Clotilde, qui était venue prendre les eaux de Bagnères-de-Luchon, fut accusée d’avoir été, à la tête d’une troupe de femmes, au devant des rebelles qui étaient entrés dans cette ville au mois d’août, et de leur avoir présenté des panaches blancs, avec un drapeau blanc, parsemé de fleurs de lis qu’elle avait brodées. Arrivée à Bordeaux, elle y fut arrêtée, conduite dans la maison des Orphelines, et menacée d’être traduite devant une commission militaire. Elle obtint cependant sa liberté en prouvant que son seul tort était d’avoir cédé aux menaces des royalistes qui avaient pénétré dans sa chambre, le pistolet à la main, et de leur avoir donné une robe blanche dont ils avaient fait un drapeau.
Clotilde parut, pour la dernière fois, sur la scène lyrique dans le ballet de Télémaque, le 19 avril 1819 et mourut le 15 décembre 1826, dans la cinquante-unième année de son âge. »

20 Vendémiaire 1799 Le kystiotome de Guérin primé
La Société de médecine de Lyon vient de décerner un prix au citoyen Guérin, chirurgien de Bordeaux, pour un instrument par lui inventé, au moyen duquel il abat promptement la cataracte. Il en a fait, il y a 15 ans, l’expérience sur le fils de Montesquieu et a bien réussi. C’est le kystiotome perfectionné.

Le fils de l’immortel auteur de l’Esprit des Lois fut un des premiers malades chez lesquels Guérin fit l’application de son ophthalmostat à ressort.
Dans le fonds de l’Académie royale de chirurgie, se trouve un mémoire fort intéressant, dans lequel le chirurgien rapporte comment son patient, le fils de Montesquieu, refuse de se faire opérer tant qu’il n’a pas lui-même assisté à de semblables opérations. Ce fut dans ces circonstances que ce descendant de Montesquieu, après avoir recouvré la vue, engageait le docteur Guérin à se rendre à Paris pour faire part à l’Académie royale de chirurgie de la découverte qu’il venait de faire. Guérin se dirige vers la capitale et participe à la séance du 19 avril 1787. Il montre à l’Académie son instrument, en décrit le mécanisme, expose les succès qu’il a obtenus, et après l’avoir entendu, l’Académie le nomme par acclamation associé régnicole.

25 Vendémiaire 1799 Un coup des Fils légitimes à Saint-André
On a exécuté ce soir à l’hôpital Saint-André un coup aussi hardi qu’habilement exécuté. 18 hommes armés et équipés comme les chasseurs basques, un officier décoré à leur tête, se sont présentés à 7 heures du soir à la porte de cet hôpital et, après l’avoir fait ouvrir au nom de la loi, une partie en a gardé l’entrée et l’autre a forcé le concierge de les conduire à la chambre des prisonniers. Là, ils ont présenté la baïonnette et des pistolets à quatre soldats du guet qui étaient de garde et les ont forcé de leur livrer deux basques et un émigré, tous devant être jugés demain par la commission militaire comme embaucheurs royaux. Cela fait, ils ont tout amené à la porte et, après en avoir pris les clés, ont emmené leurs recrues et laissé les gardes et le concierge dans l’étonnement. Avant qu’ils aient eu sonné l’alarme dans la maison et au dehors, la bande était disparue, sans que personne en ait pu donner des nouvelles. Ce coup hardi a été exécuté par le moyen des Fils légitimes, bande secrète de royalistes qu’on dit organisée et dirigée par M. Papin, jeune marchand épicier de cette ville, qui s’est donné une réputation ostensible de patriotisme dont il use au profit de son parti. Il a été municipal en 1796.

Elie Papin était négociant à Bordeaux lorsque la Révolution commença. Il s’enrôla en 1793 dans un corps de volontaires nationaux, qui alla combattre les Espagnols à l’armée des Pyrénées orientales. Doué d’une grande bravoure et d’une intelligence militaire fort remarquable, il parvint rapidement au grade de général de brigade. Cependant, il quitta le service militaire et il reprit, en apparence, ses opérations commerciales, mais ne s’occupa réellement que du rétablissement de l’ancienne monarchie des Bourbons.
Il créa dans ce but, à Bordeaux, une association qui, sous le nom d’ Institut royaliste, lutta longtemps contre les divers gouvernements révolutionnaires qui se succédèrent au pouvoir. La plupart des chefs de cette association ayant été découverts et arrêtés par la police du Directoire, en 1798, Papin réussit à la réorganiser en 1802, préparant, à la demande du Comte d’Artois, la révolte de l’Ouest de la France. Dans la nouvelle organisation, Papin fut chargé de l’armée de Guyenne. Mais le complot fut découvert en 1805 et Papin, obligé de prendre la fuite, fut traduit par contumace devant un conseil de guerre, à Nantes, et condamné à mort le 23 frimaire an XIV (décembre 1805), comme ayant concouru à des projets que dirigeaient les ennemis de la France, et particulièrement l’Angleterre.
Il se réfugia en Amérique où, jusqu’à la Restauration, il ne s’occupa plus que d’affaires de commerce. Revenant dans sa patrie en 1814, il essuya un terrible naufrage, où il perdit une assez belle fortune que lui avait procurée le commerce, et fut grièvement blessé en se sauvant avec peine. Il mourut à Agen le 5 août 1825. Tous les honneurs militaires lui furent rendus dans cette ville, et son corps, transporté ensuite à Bordeaux, y fut enterré avec une grande pompe au cimetière de la Chartreuse (source Wikipedia).

23 Brumaire 1799 Le coup d’Etat du 18 Brumaire
Ce soir à 3 heures toute la ville a appris avec étonnement que le corps législatif venait de transférer le siège de sa séance et que Bonaparte, qui gardait l’incognito à Paris et y vivait paisiblement depuis sa fuite d’Egypte, était à la tête du mouvement. Il a publié en qualité de généralissime des Français une proclamation où l’on remarque cette phrase : La République a été mal gouvernée depuis 10 ans. Toute annonce un changement total dans la forme de notre gouvernement. Chaque partie fait ses conjectures et elles seront toutes trompées suivant ce qui se passe dans la Révolution française depuis qu’elle continue.

24 Brumaire 1799 Décret du 18 Brumaire
On proclame ici, un peu à contre-coeur le Décret du 19 brumaire qui supprime le Directoire, créé à la place 3 Consuls, envoie le corps législatif en vacances, et forme à sa place deux commissions législatives de 25 membres pris dans chaque Conseil. Le parti anti jacobin manifeste partout sa joie et l’on chante aux spectacles des couplets que le Bureau central n’a osé interdire.
5 Frimaire 1799 Démolition de l’ancienne salle des Variétés
On a commencé hier à démolir la salle des Variétés, qui fut l’ancien Grand Théâtre de Bordeaux, bâtie provisoirement après l’incendie de la Comédie en 1755. Il y a longtemps que cet édifice mesquin résistait au temps et à l’autorité.

Sur le terrain dégagé, on construira le Théâtre Français (voir 9 Frimaire 1800).

8 Frimaire 1799 Le port de Bacalan
Le port de Bacalan devant Lormont est devenu maintenant impraticable et est abandonné, attendu les vases dont on l’a laissé encombrer. Peu d’entretien aurait préservé cet ouvrage qu’on doit en à l’intendant Tourny.

27 Frimaire 1799 La nouvelle Constitution
Un courrier extraordinaire nous apporte la constitution que Bonaparte vient de donner à la France le 23 de ce mois. C’est un petit règlement en 95 articles qui monarchise singulièrement la République. Un pouvoir exécutif composé de trois consuls électifs dont le premier est seul chef de droit du gouvernement; un corps législatif en deux sections qui ne peut que délibérer sur les projets de lois fournis par le consul qui en nomme les membres. Plus d’assemblée du peuple, si ce n’est pour élire des juges de paix et former des listes de présentation pour choisir les fonctionnaires; une chambre de censeurs constitutionnels qui, sous le nom de Sénat-conservateur de 80 membres, examine si toutes les autorités font leurs devoirs; deux tribunaux dans tous les ci-devant districts ; des préfets et sous-préfets dans les départements pour administrer par des conseillers de préfecture, des maires dans chaque ville, beaucoup de dignités.

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