Année 1801

12 janvier 1801 Dutoya (voir 22 juin 1797)
Dutoya, ancien procureur au sénéchal, vient de se tuer d’un coup de pistolet, de désespoir de n’être pas un des avoués les plus occupés. Cet homme avait beaucoup d’ambition et de morgue. Il avait même des prétentions à la magistrature, attendu qu’il avait été un instant commissaire du gouvernement au tribunal correctionnel en l’an IV. J’y ai été gratuitement son substitut.

3 Ventôse 1801 Cimetières
Le préfet vient de publier une ordonnance fort sage sur les inhumations. Il veut qu’elles aient lieu à six pieds au-dessous du sol et que les cimetières soient murés et toujours fermés.

15 Ventôse 1801 La demoiselle Pénicaud (suite du 16 Germinal 1799)
La demoiselle Pénicaud, maîtresse de l’imprimeur bordelais Racle et qui voulait que ses enfants fussent de ce dernier et non du médecin Lannefranque son mari, a définitivement perdu son procès à Paris. Ainsi, elle ne sera pas déclarée adultère par jugement, quoiqu’elle le soit réellement. Une pareille instance est le scandale des moeurs et appartenait au siècle de la Révolution.

20 Ventôse 1801 Encore le docteur Caillau
La vaccination est à la mode dans toute la France et se répand de ce pays dans tous les autres de l’Europe. L’expérience prouvera si nous avons eu raison de substituer l’inoculation du virus de la vache à celle du virus humain. En attendant, il faut noter qu’un médecin de Paris nommé Raugue est venu à Bordeaux pour vacciner le monde crédule. Le préfet a créé à cet effet un professeur des maladies des enfants qui est le gascon Caillau, ancien instituteur, qui est devenu médecin par la grâce de la Révolution. Il a fait beaucoup de sauts et de courbettes pour se faire remarquer et devenir quelque chose.

21 Ventôse 1801 La paix avec l’Empereur d’Allemagne
On a fait hier à Bordeaux la publication solennelle de paix avec l’Empereur d’Allemagne. Toutes les autorités civiles et militaires de la ville (les tribunaux exceptés qui ne crurent pas de la dignité de la justice d’aller caracoler) sortirent de la préfecture à cheval, passant par hors la ville jusqu’à la porte de Saint Julien où un bûcher fut allumé, un second sur la place Royale et un troisième sur celle Féger aux Chartrons. Le préfet, en habit de conseiller d’État, y mettait le feu, puis des canonnades et la lecture de la proclamation du gouvernement. La fête était assez mesquine. Il y eut le soir comédie gratis, concert sur la terrasse de la Comédie et danses au Jardin public avec illuminations dans toute la ville. Quelques rimailleurs distribuèrent des couplets en l’honneur de la fête. J’ai imprimé un rondeau assez gai pour être chanté au bal du maire d’Ambares.

22 Ventôse 1801 Le Théâtre de la Gaité
Partie des comédiens du défunt théâtre du Lycée, qui a fait banqueroute, ont fait l’ouverture aujourd’hui d’une nouvelle salle aux baraques de Tourny, sous le titre de théâtre de la Gaité. Un des acteurs nommé Sénanges a fait pour l’inauguration un vaudeville imprimé sous le titre de La Répétition. C’est un mauvais à propos sans esprit ni invention et qu’on a cependant imprimé.

Ce Théâtre de la Gaité sera la proie des flammes exactement un an plus tard (voir 21 Ventôse 1802).

26 Ventôse 1801 Un Corsaire à 4 mâts
On a lancé ici il y a quatre jours le navire L’Invention, corsaire à quatre mâts de la façon d’un ancien capitaine nommé Thibaut. L’ex ministre de la marine Bruix était présent et a imprimé dans le journal une lettre honorable pour l’auteur de cette découverte. Elle appartient aux Anglais, quoi qu’en dise notre bordelais, qui prétend en avoir donné le plan en 1794 au comité de salut public qui l’a vendu. Il est certain que les journaux ont publié, il y a quelques années, que les Français avait fait paraître sur la Tamise un navire à quatre mâts. On dit que sa manoeuvre est embarrassante et exige plus de monde. A la vérité, les mâts sont plus bas et moins gros que les autres. Le nouveau se nomme le mât intermédiaire. Nous verrons ce que cela deviendra. Les anglais n’ont pas voulu de cette invention, disant qu’un navire ainsi mâté est plus coûteux qu’un autre et fort sujet à chavirer.

Dans le site : http://5500.forumactif.org/t2097-votre-avis-sur ce navire est ainsi décrit :  » L’Invention, corsaire, premier quatre mâts moderne de 1799, un pont, 28 canons (26 de 6 et 2 caronades de 12), 133 pieds de long et charpente allégée. Décor simple du style des frégates de la fin du XVIIIe siècle. Plus simple certes mais navire atypique, clipper avant les clippers ».
On apprendra le 5 Fructidor 1801 la prise du Corsaire par les anglais.

30 Ventôse 1801 Une séance de la Société des Sciences et des Arts
Notre société des Sciences et Arts a fait des siennes ce soir avec assez peu de bonheur et de publicité. Le préfet Dubois, qui en est membre, a ouvert la séance par un petit discours contre le vandalisme, mal imaginé et mal lu. Ce n’étaient que des généralités sur la culture des sciences et des arts, du vague et du pathos assez insignifiant et qu’on pouvait lire dans un club ou ailleurs sans que cela eut du caractère. Le secrétaire Leupold a fait ensuite un compte rendu des travaux particuliers de la société, duquel il est résulté que tous les membres qui ont écrit n’ont fait que des chefs-d’oeuvre. Le soi-disant médecin Capelle, la mouche du coche dans cette confrérie, a lu le programme imprimé de la solennité. On y apprend qu’un de ses membres (le préfet) avait fait il y a quatre mois les fonds d’un prix de 300 livres pour le meilleur discours sur cette question : Le port de Bordeaux offre-t-il des avantages particuliers pour faire le commerce de l’Inde, en concurrence avec les autres ports de France ? Trois mémoires ont été envoyés, dont deux se partageront le prix et l’autre aura la mention de l’accessit. Les auteurs ont désiré garder l’anonymat, mais on se dit à l’oreille que l’un est de Mazois, négociant breton établi à Bordeaux depuis la Révolution où il a marqué en civisme; l’autre est un négociant de Bayonne. On ne l’a pas nommé plus que l’accessitaire. La société dit que les ouvrages sont très bons et on en promet la lecture à la fin de la séance. Un propriétaire du Médoc nommé Bergeron, ci devant conseillé à la cour des Aides, a ensuite ennuyé le public par un long mémoire sur les moeurs et usages du Médoc. Il a parlé longuement des coutumes, habillements et préjugés de cette contrée, comme si il était question d’un pays nouvellement découvert dans la mer du Sud. Il n’a dit que des minuties ridicules sur les moeurs des paysans de son canton qui ressemblent à tous les autres. On a été très peu satisfait du style et de l’invention de cette longue et plate vespérie qui a duré près d’une heure. L’ex avocat de la cour des Aides, Cayla, a communiqué des notices sur la maison natale de Montaigne et sur la ville de Castillon qui la voisine. Ceci a paru être écouté avec plus de plaisir, par des hommes qui estiment tout ce qui rappelle le nom du philosophe aimable qui fut l’ornement de Bordeaux dont il fut maire. Le dissertateur nous a fait une description symétrique du château qu’habitait l’auteur des Essais, en pillant un peu ce que j’en ai dit dans mes Antiquités bordelaises. Il prétend que Montaigne vivait en épicurien, qu’il a résidé à Bordeaux rue G. Tell, maison actuellement numéro 17, sur la porte de laquelle étaient ses armes. Passant ensuite à Castillon, Il y trouve des tracés de l’ancien séjour des sarrasins et prétend que les maures y furent défaits par Charles Martel au septième siècle. Cette opinion nouvelle et qu’aucun monument n’atteste, si ce n’est des manuscrits du médecin Aymen, est en opposition avec celle des historiens qui s’accordent à dire qu’ Abdernane fut défait près de Tours. Vint ensuite une petite digression sur la bataille des anglais contre les Français, où Talbot fut tué, ainsi que plusieurs seigneurs bordelais qui étaient sous cette bannière, entre autres le brave Chabanes qui va mourir à Bordeaux le 20 juillet 1453. Il était inhumé aux Augustins comme on le dit dans la Description de cette ville. Ses armes étaient sur la porte de l’ancien palais de Lombrière, on ne sait pourquoi. Cette lecture a fait quelque plaisir malgré sa longueur et ses mensonges.
Le professeur de législation Dufai a lu, pour le compte de l’ingénieur du département Brémontier, un extrait de Mémoire sur le dessèchement des marais de Bordeaux. Il n’y avait que du pathos et des choses triviales dans ce morceau qui a fort ennuyé. Le premier chant d’un poème sur les vestales par Lamontaigne a un peu égayé par des images agréables et des vers heureux. C’est un travestissement anacréontique de l’histoire des prêtresses Vesta. La séance a été terminée par la lecture des deux mémoires couronnés sur le commerce de Bordeaux par rapport à l’Inde. Ces écrits nous ont paru faibles de discussion et sans utilité. Ce n’est point avec des phrases qu’on ravive le commerce, mais par l’agriculture et un gouvernement sans faction. Il ne veut que liberté des mers. Laissez faire et laisser passer doit être son unique devise. Nos dissertateurs se croient des Colbert ou tout au moins des Raynal pour avoir répété ce que tout le monde sait. Ils n’annoncent ni profondeur en matière de négoce, ni connaissances approfondies en statistiques pour traiter un aussi vaste sujet.
Sur le fond, cette séance académique a été très mesquine en lectures et en spectateurs. Tous s’y ennuyaient et nous avons vu bailler jusqu’aux sociétaires. Nous doutons qu’ils reviennent de longtemps à braver les regards publics. Cependant, ils ont annoncé un prix pour l’an XI sur les moyens de connaître les tonneaux affûtés et d’empêcher que le vin n’en contracte le goût. C’est l’académicien Bergeron qui fonde le prix. Un autre est promis pour l’an X par la Société sur les moyens de diriger le cours de la Garonne vers sa rive gauche et de dégager le port de Bordeaux des vases qui l’obstruent. Cette question peut être présentée sur le papier, mais sa discussion n’offrira aucun moyen humainement praticable. C’est disserter sur la lune. Il paraît que cette société travaille beaucoup sous l’influence de cet astre.

La rue Guillaume Tell était l’ancienne rue des Minimes et l’actuelle rue du Maréchal Joffre. Le fait que Montaigne ait eu une résidence dans cette rue a été très débattu.

10 Germinal 1801 Epidémie de « Bastringue »
Depuis quelques jours, les bordelais sont affligés d’un rhume avec fièvre scarlatine, espèce d’épidémie peu dangereuse qui parcourt l’Europe et que les Espagnols ont nommé le Rigaudon et nous le Bastringue, nom d’une contredanse à la mode.

Quelques jours plus tard, Bernadau parle de Bastringue purpurine.

15 Germinal 1801 Exploitation des terrains du château Trompette
Le prix pour le meilleur plan d’exploitation du terrain du château Trompette de Bordeaux et pour les constructions à y faire vient d’être décerné à Paris à un architecte de cette ville nommé Labarre et l’accessit à Combes et Clochard fils, architectes de Bordeaux.

Les moyens financiers faisant défaut, ce concours ne semble guère qu’un exercice d’école. Les projets n’auront pas le moindre début de réalisation. Ils reviendront à l’ordre du jour sous l’Empire pour être aussitôt renvoyés à plus tard, et l’aménagement des terrains sera effectué entre 1816 et 1826.

21 Germinal 1801 Assaut d’escrime
Il y a eu aujourd’hui au manège Ségalier un assaut d’escrime en présence du commissaire de police et de sa cour. Un maître d’armes et un amateur ont remporté les prix, consistant en un sabre donné par Pierre Pierre à qui ce jeu plait. Il est inconséquent de le récompenser dans un pays où le duel est proscrit et où l’humeur querelleuse n’est que trop affligeamment fréquente.

25 Germinal 1801 Le comte de Livourne à Bordeaux
Le Prince jacobin d’Étrurie, sous le pseudonyme de Comte de Livourne, est entré ce soir avec sa suite à Bordeaux. Quatre voitures à l’espagnole accompagnaient la sienne qui était escortée d’un détachement de dragons. On a crié sur son passage force « Vive le roi » assez déplacés. Il a été loger au Département qui était éclairé ainsi que le chemin du Sablona et le cours de la Convention. Le commissaire général et les maires de Bordeaux étaient allé l’accueillir à cheval au moulin d’Ars où flottaient les pavillons de France, de l’Empire et de Toscane. Un monde infini était sur son passage, à pied, à cheval et en voiture. L’escorte était plus brillante que l’escorté.
26 Germinal 1801
Le prince a été ce soir à la Comédie et l’on avait mis sur l’affiche : Honoré de la présence de Mgr le comte de Livourne et de son épouse.
Entre les deux pièces, assez ordinaires d’ailleurs, on a lu sur le théâtre de mauvais vers à la louange de leurs majestés. Ils sont de la façon du fils du légiste Martignac qui a fait siffler ces jours derniers à Bordeaux un vaudeville intitulé Ésope chez Xantipe. Les Jacobins ont trouvé ce compliment très aristocratique, les gens de goût l’ont trouvé encore plus mal imaginé qu’exécuté, le prince l’a trouvé trop servile et sa femme l’a trouvé ironique, car on parlait de ses grâces : elle est petite, laide et un peu bossue. Le soir, il y a eu gala et illuminations à la préfecture. On dit que le général Saint-Cyr y a fort chapitré le commissaire général de police d’avoir laissé lire au théâtre des vers aussi déplacés et que la princesse en a paru de mauvaise humeur.
28 Germinal 1801
Le Prince a donné ce soir gala, grand bal et feu d’artifice au Département. Il y avait 200 invités ou invitées parmi les fonctionnaires actuels ou passés. L’assemblée était brillante. Le Prince a ouvert le bal avec Mlle de Meyer, très belle personne. Il a mis le feu à l’artifice et ensuite, quand tout le monde a été à table il en a fait le tour en disant de part et d’autre des choses flatteuses aux convives, puis s’est retiré dans son appartement d’où il n’est plus sorti. Il est sérieux et flegmatique quoique jeune et bien fait. Sa femme a l’abord très riant et affable. L’un et l’autre parlent bien français. Ils sont pieux comme des espagnols. Leur aumônier qui les suivait a dit la messe dans leur chambre au Département et leurs gens allaient à celle des non-conformistes aux Irlandais, ce qui a été remarqué.
30 Germinal 1801
Le Prince et toute sa suite a quitté hier matin cette ville. Le préfet et le général l’accompagnaient jusqu’aux frontières du département. Ils partent mécontents des bordelais et les bons observateurs les voient au contraire s’éloigner avec plaisir. Leur présence alimentait la haine des partis. On dit que le Prince va prendre la couronne de France, ou la poser sur la tête à un de ses pages, que les imbéciles disent être le fils de Louis XVI. Pour nous, nous ne pourrons jamais concevoir comment ils oseront aller se promener à Paris, où leur oncle a péri sur l’échafaud. Au reste, on ne cite pas un mot piquant, pas une belle action, émanés de ces majestés depuis près d’un mois qu’elles sont en France.

Les souverains d’Etrurie, en quittant Bordeaux, se rendent à Paris. Les Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l’empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour nous en disent plus sur ces souverains, à l’occasion de leur passage aux Tuileries :  » Au mois de mai 1801 arriva à Paris, pour de là se rendre dans son nouveau royaume, le prince de Toscane, don Louis Ier, que le premier consul venait de faire roi d’Etrurie. Il voyageait sous le nom de comte de Livourne avec son épouse l’infante d’Espagne Marie-Louise, troisième fille de Charles IV. Malgré l’incognito que, d’après le titre modeste qu’il avait pris, il paraissait vouloir garder, peut-être à cause du peu d’éclat de sa petite cour, il fut aux Tuileries accueilli et traité en roi. Ce prince était d’une assez faible santé, et tombait, dit-on, du haut-mal.
Don Louis [était], il faut en convenir, doué de peu d’esprit, moins encore d’agréments. Lorsqu’il dînait aux Tuileries, il ne répondait qu’avec embarras aux questions les plus simples que lui adressait le premier consul ; hors la pluie et le beau temps, les chevaux, les chiens et autres sujets d’entretien de cette force, il n’était rien sur quoi il pût donner une réponse satisfaisante. La reine sa femme lui faisait souvent des signes pour le mettre sur la bonne voie, et lui soufflait même ce qu’il aurait dû dire ou faire ; mais cela ne faisait que rendre plus choquant son défaut absolu de présence d’esprit. La reine d’Etrurie était, au jugement du premier consul, plus fine et plus avisée que son auguste époux. Cette princesse ne brillait ni par la grâce ni par l’élégance ; elle se faisait habiller dès le matin pour toute la journée, et se promenait dans son jardin, un diadème ou des fleurs sur la tête, et en robe à queue dont elle balayait le sable des allées. Le plus souvent aussi elle portait dans ses bras un de ses enfants encore dans les langes, et qui était sujet à tous les inconvénients d’un maillot. On conçoit que, lorsque venait le soir, la toilette de sa majesté était un peu dérangée. De plus, elle était loin d’être jolie, et n’avait pas les manières qui convenaient à son rang. Mais, ce qui certainement faisait plus que compensation à tout cela, elle était très bonne, très aimée de ses gens, et remplissait avec scrupule tous ses devoirs d’épouse et de mère ».

8 Prairial 1801 La Monnaie au Grand Séminaire
L’atelier de la Monnaie vient d’être transféré aujourd’hui du quartier des Capucins où il était depuis 50 ans au Grand Séminaire rue de la Raison. Ce déplacement a convenu au directeur Lhoste qui s’ennuyait d’habiter un quartier un peu désert. Il va bien le devenir davantage et ce n’était pas sans raison que monsieur de Tourny y avait sagement placé cet établissement. Mais peu d’hommes conçoivent les vues sages de cet illustre Intendant.

La rue de la Raison est bien sûr la rue du Palais Gallien.
Les premiers ateliers monétaires bordelais apparaissent à Bordeaux au VII° siècle, sous les rois méro­vingiens et sont installés dans le complexe palatial de Saint-Projet. La Moneda se situait, d’après Frédéric Boutoulle, au nord de l’enceinte de Saint-Projet, donnant sur la rue Porte-Médoc (actuelle rue Sainte Catherine), à proximité de l’impasse de la Monnaie, actuelle impasse Sainte-Catherine. Au XIV° siècle, l’atelier fut transféré à côté du palais de l’Ombrière. D’après un plan manuscrit du XVIII° siècle, le premier bâtiment se situait face à la rue du Chai des Farines entre la place du Palais et la porte Cailhau, voisin de la Bourse des Marchands. Puis d’importants travaux sont entrepris en 1727 afin d’agrandir l’hôtel le long du quai Bourgeois. L’hôtel de la Monnaie occupe alors, place de l’Ombrière, jouxtant la Bourse, un immeuble de trois étages dont la façade est dotée d’un fronton triangulaire portant les armes du roi. L’Intendant Tourny le transfère dans la quartier des Capucins, puis, en 1801, il occupera l’ancien Grand Séminaire que les Lazaristes avaient fait édifier à partir de 1730 et qui avait été le siège du Comité de surveillance et de la Maison Nationale pendant la Révolution.

27 Messidor 1801 Une plainte d’un patient contre un chirurgien
Le tribunal d’appel a retenti ces jours passés d’un singulier procès entre un chirurgien et son malade. Un riche bourgeois d’Angoulême avait une monstrueuse excroissance que personne ne voulait se charger de lui couper. Il trouve enfin un chirurgien qui entreprend l’opération et y réussi. Lorsqu’il demande cent Louis pour sa peine, on chicane. Le malade en offre 30 qui sont refusés. Procès gagné par ce dernier qui est seulement condamné à payer cette somme. Appel du jugement par l’Esculape qui insiste pour ses cent Louis. Il fait faire un beau mémoire qu’il orne de la gravure du monstrueux nez qu’il a rétabli en bon état. Le tribunal a ordonné, avant faire droit, que des experts chirurgiens lui feraient un rapport sur la difficulté de l’opération et sur le prix qu’ils estiment devoir lui est très alloué. Les plaisants ce sont fort égayés sur cette singulière contestation. Cependant, il faut convenir que le chirurgien qui réclame est un homme fort expert dans son art. Il avait naguère extirpé à l’ex ministre Delacroix une excroissance de plus de 30 livres de chair que celui-ci avait aux parties et qui lui dérobaient son sexe. Nous ne voudrions pas, pour tous les nez du monde, d’être impliqué dans une pareille affaire.

19 août 1801 Déportation des prêtres insoumis
La police a fait arrêter aujourd’hui à Bordeaux plusieurs prêtres insoumis et les a envoyés à la Rochelle pour être déportés à Cayenne. Cette mesure a paru extraordinaire dans ces moments. Il est vrai que nos calotins sont de bien turbulentes gens.

15 Fructidor 1801 Projets de Laclotte
Un architecte nommé Laclotte vient de publier l’établissement à faire sur la rivière de plusieurs lavoirs publics et d’un pont mobile devant la Bastide au moyen de bateaux appelés Vat-et-vient. Nous doutons que ce second projet réussisse, d’autant que le gouvernement qui l’a approuvé n’a pas donné de fonds et qu’on doit bâtir au moyen de souscriptions.

27 Fructidor Une séance de la Société de Médecine
La Société de médecine a tenu aujourd’hui une séance publique qui a été remplie assez brillamment par les lectures suivantes. Discours d’ouverture par Grassi, ordinaire. Le secrétaire Caillau a fait le compte rendu de ses travaux, qu’il a terminé par l’éloge de Mingelousaulx Père et Fils, médecins fameux à Bordeaux au XVIe siècle : assez intéressant. Duburc et Capelle ont parlé de la vaccine, en apôtres de cette nouvelle inoculation qui prend en faveur en Europe et qu’on doit à l’anglais Jenner. Gaubert a lu un éloge du chirurgien bordelais Grossard qui ne méritait pas cet honneur. L’apothicaire Cazalet a fait quelques expériences de galvanisme. La séance a été terminée par l’annonce d’un prix proposé par la Société sur la meilleure analyse de la doctrine d’Hippocrate. Les travaux de cette espèce d’académie, quoique peu distingués, ont un caractère d’utilité et d’intérêt bien différents de ceux de la Société des sciences.

11 Vendémiaire 1801 Grisettes
Les dames Dulamon, Viard et autres élégantes à la mode ce sont promenées aujourd’hui à Tourny, vêtues en grisettes et ce nouveau costume leur a attiré une foule de brocards qu’elles ne craignent plus. Leurs maris devraient, pour leurs repos et honneur, un peu réprimer leurs dévergondages par trop licencieux et publics.

14 Vendémiaire 1801 Invention de la Thermolampe
On parle beaucoup d’une nouvelle manière de chauffer et éclairer tout à la fois une maison, par le moyen d’une machine nommée Thermolampe, imaginée à Paris par un chimiste appelé Lenoir. Ce qui nous fait penser que cette invention est plus coûteuse que le feu et la chandelle ordinaire, c’est que le prix d’entrée au lieu où se fait cette expérience coûte trois sous par personne.

Les Thermolampes, ou poêles qui chauffent et éclairent, ont été inventés par Philippe Lebon. Major de l’École d’Ingénieurs des Ponts et Chaussées de Paris, Lebon est l’inventeur du gaz d’éclairage et du moteur à explosion.
Concernant l’éclairage au gaz, c’est en 1799 qu’il dépose le brevet de sa thermolampe qui va révolutionner l’éclairage urbain. Sa méthode permet d’isoler un gaz inflammable qui peut être porté à distance pour éclairer et chauffer. Il installe pour la première fois ce système dans l’hôtel de Seigneley à Paris le 11 octobre 1801. Le système se compose d’un vaste four à bois dont les gaz, produits par distillation, sont acheminés au moyen de tuyaux dans les différentes pièces de l’hôtel pour les éclairer, tandis que le chauffage de l’hôtel est assuré par la chaleur produite par le four.
Lebon dépose son brevet sur les moteurs à explosion en 1801. Hélas, décédant prématurément en 1804, il n’a pas eu le temps de développer son projet et ce n’est qu’en 1860 que Jean–Joseph–Etienne Lenoir réalisera le premier moteur à explosion.
Il est très curieux, dans cette note, de voir, en 1801, attribuée cette invention à Lenoir, né en 1822 !

18 Vendémiaire 1801 Professeur au Museum
Le Muséum d’instruction publique, petit établissement décoré d’un grand nom, me nomme professeur d’histoire spéciale et de bibliographie. Messieurs Rodrigues et Goethals, deux spéculateurs soi-disant savants, qui l’ont fondé, croient qu’il est appelé à de grandes destinées parce que le Préfet a autorisé cet établissement et que le Gouvernement a écrit en conséquence une lettre assez insignifiante.

Le Muséum a été construit par l’architecte Combes dans la rue Mably, tout juste ouverte dans le nouveau quartier des Grands-Hommes, depuis la place du Chapelet jusqu’à la rue Condillac. Ce Muséum avait été conçu par deux riches négociants, Jean Goëthals et Isaac Rodrigues, avec l’idée d’y présenter au public leurs collections d’objets d’art, mais aussi d’y dispenser des cours et de s’y livrer à des travaux historiques et littéraires, dont le Bulletin polymatique était chargé de rendre compte.
Toujours méfiant quant à la reconnaissance de ses concitoyens, Bernadau craint déjà l’échec de cette mission, avant même que de l’avoir entreprise : « Il est fort à craindre qu’aucune de ces annonces ne tentera les Bordelais et que nous ne serons que Professeur honoraire ».
Et quelques jours plus tard, il n’est pas beaucoup plus optimiste et se plaint à nouveau : « On a fait hier au Muséum l’ouverture des cours qui doivent y avoir lieu, s’il plait à l’ignorante apathie des bordelais ».

25 octobre 1801 Ouverture du Grand Marché
Le nouveau Grand Marché a commencé à être ouvert aujourd’hui. L’habitude d’aller à l’ancien a fait porter tout le monde à celui-ci. Il est cependant plus vaste et moins incommode que l’autre. Il a fallu que la garde accompagna les régrattières à cette translation après même que toutes les boutiques portatives ont été démolies.

25 octobre 1801 L’aéronaute Garnerin
Il a été lancé hier à Tivoli Labottière un ballon à air inflammable. Il est parti heureusement à quatre heures de l’après-midi et a été tomber au coucher du soleil dans la paroisse de Cestas au sud de Bordeaux et à quatre lieux de cette ville. Tous ses habitants étaient à ce spectacle. Il en coûté trois livres par personne pour rentrer à Tivoli et voir de près l’expérience. La recette a été abondante. L’ex comédienne Latapy qui l’avait acheté avait permis à son fils de monter dans la nacelle avec Garnerin de Paris qui était l’auteur du ballon: mais ce jeune homme a eu peur au moment de l’ascension et le physicien est parti seul. Ce Garnerin est l’aéronaute à la mode. Il a fait plusieurs expériences en France et ailleurs, souvent accompagné de sa femme et gagnant beaucoup d’argent à ce jeu, jusqu’à ce qu’il se casse le cou. Il a même adapté à son ballon un parachute, dont il s’est servi une seule fois à Paris et faillit se disloquer en tombant. Ici, il lança à une certaine hauteur une espèce de parachute auquel était attaché un chat qui alla tomber doucement à la Chartreuse. Cette expérience, quoique suivie, n’a pas produit aucun enthousiasme ; à peine les journaux en ont parlé. On se lasse de tout. Ce Monsieur Garnerin est un jeune homme, mécanicien de profession, grand hâbleur et petit physicien. Il a disputé à Blanchard l’invention du parachute dont il s’est le premier servi.

André-Jacques Garnerin (1769-1823) occupa durant la Révolution le poste d’ « aérostatier des fêtes publiques ». Il s’occupe de l’ascension des montgolfières. Il conservera ce poste jusqu’en 1804, date à laquelle il sera remplacé par Sophie Blanchard. Il effectue le premier saut en parachute le 22 octobre 1797 en s’élançant d’un ballon à Paris au parc Monceau. Il atterrit devant une foule admirative qui pensait le voir perdre la vie. Il en tirera néanmoins une entorse à la cheville. Le 12 octobre 1799, son élève et future épouse, Jeanne Geneviève Labrosse, est la première femme à sauter en parachute. Les 3 et 4 octobre 1803, Garnerin effectuera avec sa montgolfière le premier voyage aérien de longue distance entre Moscou et Polova en Russie sur un parcours de 300 km, puis, les 22 et 23 novembre 1807, il réalise un voyage de 395 km entre Paris (Tivoli) et une forêt près de Clausen en Allemagne, où il finit par s’échouer après un voyage de 7 heures au milieu des orages.

2 décembre 1801 Mont-de-piété
Le préfet a installé hier le Mont-de-piété ouvert sous ses auspices rue du Mirail, hôtel de l’ancien président Leberthon. Des capitalistes connus ont fait les fonds de cet établissement qui prêtera sur gages jusqu’à cent sous moyennant deux pour cent par mois, dont moitié est affectée aux hôpitaux. Il a été créé 12 courtiers commissionnaire, où les emprunteurs qui répugneraient de se présenter au bureau, pourront aller porter leurs effets sur lesquels il leur sera remis la somme que l’huissier priseur aura déclaré pouvoir avancer sans crainte.

A Bordeaux, la première évocation du Mont de Piété date de 1678 mais c’est en 1768, sous Louis XV, que furent présentées par des citoyens bordelais les premières propositions concrètes pour créer dans cette ville une maison de charité à laquelle serait annexée un Mont de Piété. Après plusieurs tentatives infructueuses, le point de départ officiel de la création du Mont de Piété à Bordeaux est dans la lettre adressée le 16 mars 1801 par M. Dubois, Préfet de la Gironde, à la Commission Administrative des Hospices. Ce premier projet n’aboutit pas mais fut suivi immédiatement d’un second, par lequel plusieurs citoyens souscrivaient à des actions pour créer le “Mont de Piété de Bordeaux”, institué par arrêté préfectoral en date du 1er septembre 1801. Il sera finalement inauguré le 1er décembre 1801 et confirmé par décret impérial du 30 juin 1806.

25 Frimaire 1801 Trouvailles archéologiques aux allées de Tourny
En creusant pour planter des bornes sur le trottoir des allées de Tourny près de la rue Mautrec, des ouvriers ont trouvé quelques médailles de cuivre. Elles sont toutes du troisième siècle et n’offrent rien de curieux. Cette découverte, jointe à celle faite il y a quelques mois en bâtissant le Théâtre français, justifie l’opinion que nous avons de l’ancienne existence du cimetière des bordelais du temps des Romains dans ce quartier nommé pour cela Campaure dans nos vieux titres.

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