Année 1802

6 janvier 1802 Le tragédien Lafon
Une chanteuse de ce département nommé Désirée Pelet vient de remporter un prix au conservatoire de musique à Paris. Elle n’est nullement connue ici. On parle beaucoup en ce moment du bordelais Lafon qui montre beaucoup de talent pour la tragédie. C’est le fils d’un mauvais chirurgien de campagne, comédien par occasion et qui portait le petit collet lors de la Révolution. Il obtint la place d’instituteur à l’école chrétienne abandonnée par les ignorantins, se rendit ridicule dans une Société populaire des surveillants, plaisantée par le journaliste Cornu. M. Lafon a imprimé en 1792 une tragédie : La mort d’Hercule, dans laquelle il joua le premier rôle au théâtre Molière en 1792. Depuis, il entra dans une Comédie et parvint peu à peu à obtenir des succès à Paris.

Né Pierre Rapenouille, Pierre Lafon (1773-1846) est un tragédien, né à Lalinde et mort à Bordeaux. Il écrit à 19 ans une tragédie en cinq actes La Mort d’Hercule, pièce jouée à Bordeaux en 1793. En 1800, il entre à la Comédie-Française où il se fera connaître sous le nom de « Lafon des Français ».
Pierre Lafon fut en son temps l’un des tragédiens les plus vénérés de Paris. « Le beau Lafon » comme on le surnommait, fera même ombrage au grand Talma qui en sera très affecté dans les premiers temps. La beauté physique et le talent d’acteur de Lafon lui ont valu d’innombrables succès auprès des femmes et notamment auprès de Pauline Bonaparte.

25 Pluviose 1802 Le nain Moreau
Il y a en ce moment au théâtre français un nain nommé Moreau qui joue les arlequins. Il y fait foule. Sa taille est de trois pieds huit pouces et son âge 40 ans.

Ce nain mesurait donc à peu près 107 cm. On trouve, à son sujet, dans L’Esprit des Journaux de 1806 cette mention : « Ce nain, qui n’a que 40 pouces, est fort bien tourné, il a de l’intelligence et les traditions de son emploi. Sa petite taille qui contraste avec celle des autres acteurs, choque la vraisemblance et comme son organe caduc est très déplaisant, l’ennui succède promptement à l’étonnement qu’excite la petitesse de son corps ».

11 Ventôse 1802 Les pompes anti méphitiques
La police vient de faire une longue ordonnance sur la vidange des latrines de Bordeaux. Elles seront faites dorénavant au moyen d’une machine dont on a voulu introduire l’usage avant la Révolution sous le nom de pompe anti méphitique.

C’est Jacques-Louis de Lormel de la Platière, né à Paris en 1760, qui venant à Bordeaux en 1788, y fonda un établissement de vidanges inodores, sous le nom de Pompe anti-méphitique, établissement qui n’eut pas le succès escompté et qu’il abandonna pour faire de la politique, dès que la Révolution éclata. Il sollicita de la municipalité l’autorisation d’ouvrir une nouvelle salle de spectacle, sous le nom de Théâtre National, mais sans succès. En 1793, il monta une imprimerie, sous le nom désormais de Delormel, avec Moreau, ancien ouvrier typographe de la Loterie royale de France (voir 30 septembre 1796).

21 Ventôse 1802 Le feu au Théâtre de la Gaité (voir 22 Ventôse 1801)
Le feu a pris cette nuit à la baraque de Tourny, dit Théâtre de la Gaité.
Tout a été la proie des flammes. Le propriétaire n’a eu que le temps de se sauver avec sa famille. Il avait gagné beaucoup à faire voir d’abord des fantoccini sous le titre de la Naissance de Jésus-Christ, puis a mené une troupe de variétés fort achalandée. Depuis trois mois, on y courrait pour voir la pièce intitulée 1-2-3-4 qui est une critique des diverses Constitutions de la France. Elle en était à 39 représentations.
23 Ventôse 1802
Avant-hier, le théâtre du Lycée et aujourd’hui le Français ont donné une représentation au bénéfice du nommé Beaujolais, Directeur Propriétaire de la salle de théâtre de la Gaité. C’est une petite indemnité de la perte de 30.000 livres qu’il a fait dans cet incendie. Il est beaucoup plaint.
25 Ventôse 1802
Le bataillon de la 83e qui est ici en garnison a refusé la gratification qui lui a été offerte pour les secours actifs que les soldats ont donné à l’incendie de la Gaité et ordonné que cette somme fut livrée au malheureux directeur.
27 Ventôse 1802
La fameuse pièce de circonstance dite 1-2-3-4 étant imprimée, les théâtre du Lycée et des Français s’en sont emparé. Mais aujourd’hui qu’on allait la jouer, la police en a fait enlever les affiches et en a défendu la représentation. Le motif patent était la discussion élevée entre ces deux théâtres dont le premier seul avait acheté son droit à l’auteur. Mais la cause secrète est que les terroristes ont menacé de se porter à des voies de fait si on les persiflait plus longtemps. On les accuse même d’avoir mis le feu au théâtre de la Gaité par ce motif de vengeance. Au reste, cette pièce est bâtie sur une fable insignifiante, sans situation comique : il n’y a qu’un dialogue fort trivial. Les couplets sont tournées d’une manière assez piquante et quelques-uns sont heureux. Le sujet consiste dans l’arrivée de deux marins naufragés qui abordent sur une île où les habitants attendent un gouvernement que doit leur apporter un homme blanc.

18 Germinal 1802 Une louve enragée
Une louve enragée a été tuée aujourd’hui à Sadirac près Bordeaux par un paysan de ce lieu nommé Chaloubie père. Il a eu le bonheur d’en délivrer son fils qu’elle avait terrassé. Tous les 2 sont blessés. Le préfet leur a fait remettre 300 Fr. de récompense avec une lettre de félicitations. Il serait à désirer que plusieurs captures pareillement se répétassent dans l’Entre deux mers où l’on aperçoit en ce moment bien des animaux dangereux, des voleurs, des Jacobins où des prêtres fanatiques.

21 avril 1802 Inscriptions romaines
Le chincaillier Darle, en faisant construire une maison derrière la sienne sur le terrain de l’ancien palais de Lombrière, a découvert à 20 pieds sous terre deux pierres sépulcrales dont l’inscription d’un très beau style est d’autant plus précieuse qu’on y parle de Citoyens d’Aquitaine. Cette qualité n’était encore prouvée par aucun monument. Ceux-ci ont trois pieds de hauteur sur deux de longueur et se trouvent consacrés à la mémoire d’une famille Valoris Félix. Nous les avons décrits dans nos manuscrits et la note en sera envoyée au Magasin Encyclopédique. Nos antiquaires déraisonnent à perte de vue sur ces pierres. On a trouvé dans la même fouille deux pierres sur lesquelles on avait écrit avec un couteau : Caesar- [?]. Mais ces lettres étaient grossières et modernes.

On trouve dans Les Inscriptions romaines de Bordeaux (1887) de Paul Courteault la note suivante : « Le premier monument a été élevé à Valerius Félix par sa femme Valeria Victorina; le second à sa veuve, Valeria Victorina, par leurs enfants. Le mari est mort à 40 ans, la femme à 60 ans, sans doute une trentaine d’années après lui, ce qui explique pourquoi les lettres de la seconde inscription sont sensiblement moins belles que celles de la première. »

30 Floréal 1802 Satire bordelaise
Un jeune toulousain nommé Delisle vient de publier une brochure en vers contre les auteurs bordelais intitulée : Satire bordelaise. L’ouvrage n’a pas le mérite du genre, qui est d’être gai et mordant. Mauvais vers, plates épigrammes, nul fiel, aucun talent poétique et mauvaise foi pour apprécier certains auteurs, ignorance du nom et des ouvrages d’un plus grand nombre, tels sont les principaux défauts de cette misérable rimaillerie qui n’a fait aucune sensation. Quand on veut critiquer autrui, on s’impose de devoir le surpasser, ou, tout au moins, de montrer un talent égal et surtout un goût sûr et sain.
(Note de Bernadau : Voici le distique qui nous concerne ou au moins nos Antiquités bordelaises :
Bernadau, de son orgueil trop ivre,
Dans un accès d’humeur brûle son mauvais livre.)

Le titre exact de cet ouvrage est : Satire bordelaise, ou satire littéraire sur Bordeaux et les auteurs que cette ville renferme par A. D.***
Quelques jours plus tard, Bernadau nous apprend que « un rimailleur de Cubzac nommé Princeteau vient de publier une réfutation de la Satire bordelaise, sous le titre ridicule de : Satire d’une satire qui n’est pas satirique. La critique est encore plus plate que l’ouvrage critiqué ».

30 Floreal 1802 Légion d’Honneur
On vient de décréter la formation d’un corps d’invalides de l’intrigue et de l’adulation sous le titre de Légion d’honneur. Elle sera composée d’hommes que le premier Consul aura distingués dans le militaire, l’administration, les sciences et les arts. Cela coûtera beaucoup et ne paraît pas fort utile, si ce n’est pour servir de pierre d’attente à la restauration de la Féodalité.

La Légion d’honneur naît le 19 mai 1802 par la volonté du Premier consul, Napoléon Bonaparte, dans un contexte hostile. Après de longues discussions au Conseil d’Etat, elle est adoptée par 56 voix contre 38 au Tribunat et 166 voix contre 110 au Corps législatif. La nouvelle institution s’inscrit dans le vaste programme de réorganisation de l’Etat, au même titre que le code civil, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, le corps préfectoral ou les grandes écoles.
Bonaparte est conscient de la nécessité de rétablir un système complet de récompenses, inspiré des anciens ordres honorifiques balayés par la Révolution, mais respectueux de l’égalité entre les citoyens.
Visionnaire, Bonaparte poursuit trois objectifs :
• Réconcilier les Français épuisés par dix ans d’instabilité politique et de conflits militaires.
• Fédérer autour d’un idéal commun : l’honneur individuel et l’honneur national
• Unir le courage des militaires aux talents des civils, comme le symbole fort d’un Etat puissant et unifié.
Ce qu’annonce la création de la Légion d’honneur est majeur : pas de privilèges, ni d’exemptions, ni de rétributions, mais la reconnaissance du seul mérite individuel acquis et non transmis.
(http://www.legiondhonneur.fr/fr/page/fondements-et-histoire/103)

9 Prairial 1802 Séance au Museum
Le Muséum a tenu aujourd’hui sa quatrième Veillée des muses. Le professeur d’histoire naturelle à l’école centrale, Villers, a débuté par la lecture d’une longue dissertation sur les aberrations de la nature à propos d’une poule à quatre pattes et d’un chien à deux queues. Le dissertateur s’est fort étendu sur les mystères de la génération animale et a presque fait un cours d’accouchement, ce qui n’était guère séant dans une réunion de jeunes personnes des deux sexes. Un autre discoureur qui devait parler ensuite a été découragé par la manière dont il a vu que le public prenait la lecture. Cela n’a pas empêché le bel esprit Lamontaigne de lire une dissertation d’une lettre de Werther qui était aussi fort érotique.

25 Prairial 1802 Accoucheuses et enfants abandonnés
Le préfet vient de prendre un arrêté qui ordonne que les accoucheuses du département seront soumises à un examen avant de pouvoir exercer et que les personnes connues pour avoir quelques moyens et qui ont mis des enfants à la Manufacture seront obligées de les retirer. La misère est grande à cet hospice par le grand nombre d’enfants légitimes qu’on y porte avec les bâtards.

Les cours à des élèves sages femmes étaient donnés dans l’hospice de la Maternité des Incurables, place Saint-Julien, par madame Coutanceau, nièce de la célèbre Madame du Coudray, qui sera pensionnée par le gouvernement pour y faire son enseignement avec son mari, l’accoucheur Coutanceau. L’Almanach de la préfecture de la Gironde de 1806 rend hommage au couple d’accoucheurs méritants : « On doit l’établissement de cet hospice au zèle et à la persévérance de M. Coutanceau et de Mme son épouse, qui en avait conçu le projet dés 1782. Leurs sollicitations auprès des diverses autorités furent longtemps infructueuses : ce n’est qu’en 1794 qu’il fut créé. La direction fut confiée aux soins de ceux qui avaient le plus concouru à sa formation, et qui justifièrent par leur zèle et leur désintéressement, la préférence qui leur avait été justement accordée. »

3 Messidor 1802 Puberté précoce
On montre ici dans une baraque un enfant né il y a 30 mois dans la paroisse de Guitres qui a la taille d’un autre de 10 ans et la force d’un homme. Il en a même tous les caractères de virilité, ce qui fait que les dames courent sans vergogne pour s’assurer de la vérité du phénomène.

Une puberté précoce chez un garçon est le plus souvent liée à une tumeur, bénigne ou maligne, de la région de l’hypophyse dans le cerveau. Dans ces cas, la croissance est très accélérée et le développement sexuel très avancé.

1° Thermidor 1802 Nouvelle critique de Laboubée
Un ancien instituteur de Bordeaux nommé Sacau vient de publier une traduction en vers des Satires de Juvénal. Rien de plus prosaïque et de plus mauvais goût que cette translation prétendue poétique. Ce qu’il y a de plaisant, c’est une préface où le transformateur loue le génie aimable et facile des bordelais et va jusqu’à louer l’instruction littéraire de nos négociants qui feraient bien des vers s’ils en avaient le temps : ce sont les expressions ridicules de M. Sacau. On ne sait si il a prétendu faire un éloge ou un persifflage en parlant ainsi. Cette préface contient encore des éloges ridicules à un certain pédant bordelais nommé Laboubée qui m’a volé, il y a huit ans, le plan de mon Panthéon d’Aquitaine et qui, depuis, paperasse pour ramasser des matériaux d’une Histoire littéraire de la province. Notre travestisseur de Juvénal s’extasie sur le mérite de ce grand homme futur qui publiera, dit-il, un jour une Bibliothèque bordelaise. Cependant, on ne connaît encore rien de ce compilateur qui affiche le bel esprit et l’érudit et qui n’est qu’un sot pédant du genre de Vadius. Il jouit à Bordeaux de la plus détestable réputation et la mérite.

Les critiques contre Laboubée sont nombreuses dans les Tablettes (Voir par exemple 30 frimaire 1797) et dureront jusqu’à son décès en 1812.

29 juillet 1802 Arrivée de Mgr Daviau
Charles François Daviau Dubois de Sauzay est arrivé cet après-midi à Bordeaux en qualité d’archevêque. Sa réception a été fort simple. Le commissaire général avec les trois maires de la ville ont été l’attendre au port de Carbon-Blanc et lui faire le galimatias précédé d’un détachement de hussards et de gendarmerie. Pareille garde était sur le port de la Bastide avec quelques canons qui ont tiré à son arrivée. Le cortège a passé tout droit la rivière dans la brigantine de la ville qu’on avait fait réparer pour cette occasion. Le commissaire de police, son secrétaire, l’archevêque et un prêtre sont montés dans la voiture du premier. Quelques autres qui suivaient portaient les maires et adjoints de Bordeaux, leurs secrétaires, quelques prêtres et des dames. On comptait 9 ou 10 voitures de cortège. La cavalerie escortait ce cortège qui a passé le long du port, sur les fossés du Chapeau Rouge, rue Sainte-Catherine et rue Margaux où est préparé un hôtel garni pour loger l’archevêque. Celui-ci était en habit noir, avec la croix et l’anneau pastoral seulement. Il a l’air d’un imbécile et sa figure n’annonce rien. C’est un homme de 50 ans, de taille moyenne et sans aucune expression. Il fut d’abord chanoine de Poitiers d’où il est originaire et où il ne faisait sensation que par un extérieur de grande piété. Lorsque l’archevêque de Vienne Lefranc de Pompignan donna sa démission en 1789, le Roi nomma M. Daviau à cette prélature, attendu qu’on le lui représenta comme un homme pieux et populaire. Mais la Révolution étant venue plus forte, celui-ci quitta son archevêché et émigra. On assure qu’il a resté longtemps dans la Vendée avec les chouans dont il fut l’aumônier. Il n’a été nommé archevêque de Bordeaux que par supercherie. Bonaparte avait promis un prélat constitutionnel à la députation de la Gironde. On lui fit adopter celui-ci en lui disant qu’il avait été nommé par le roi du temps de la constitution civile du clergé. Il est bien vrai que c’est le dernier prélat nommé par Louis XVI durant la Révolution; Mais il avait refusé le serment. Suivant les renseignements pris sur ce Daviau, c’est un fanatique, petit génie comme ils le sont tous et sans aucun des moyens de représentation qu’il convient maintenant. Son parti a cherché à lui préparer une réputation de piété, ne pouvant lui faire un nom d’homme à talent quoi que successeur d’un homme d’un vrai mérite.

Charles François d’Aviau du Bois de Sanzay (1736-1826) effectue son séminaire à Angers puis occupe un premier poste à Poitiers. Après sa consécration le 3 janvier 1790, il est tout d’abord nommé archevêque de Vienne, puis nommé archevêque de Bordeaux de 1802 à 1826. La cathédrale Saint-André étant inutilisable au moment de son arrivée à cause des importantes dégradations survenues pendant la Révolution, c’est l’église Notre-Dame qui fait office de cathédrale, le temps que les réparations les plus urgentes soient réalisées à Saint-André. L’archevêque de Bordeaux entreprend la reconstruction de l’archidiocèse, tant matériel, avec la remise en état des nombreux lieux de cultes délabrés, qu’humain et spirituel avec la réintégration des prêtres jureurs désireux de se réconcilier avec l’Église, sous réserve d’un acte d’adhésion de leur part.

16 Fructidor 1802 Cranioscopie de Gall
Un médecin de Vienne nommé Gall vient de publier un livre de physiologie intitulé Enthélo-cranioscopie qui fait un certain bruit. L’auteur prétend déterminer le degré d’intelligence de chaque homme par la forme de sa tête. C’est ce qu’on appelle le système de l’angle facial. Il est plus spécieux que solide. L’expérience et les observations comparées en assureront le mérite ou la chute.

Franz Joseph Gall (1758-1828) est un médecin allemand, considéré comme le père fondateur de la phrénologie, qui visait à déceler les facultés et les penchants des hommes par la palpation des reliefs du crâne. Ce lien direct qu’il y aurait entre facultés mentales, anatomie cérébrale et morphologie du crâne pose les fondements d’une discipline qu’il baptisa « crânioscopie » et que l’un de ses disciples, Johann Gaspar Spurzheim rebaptisa « phrénologie » en 1810.

28 Fructidor 1802 Le début de l’affaire du Livre rouge
La police vient d’arrêter chez un imprimeur de Bordeaux nommé Tesseyre une liste de terroristes qu’allait publier un instituteur nommé Bourguignon. Tous les deux sont en prison.

Sur cette intéressante affaire qui a intéressé les bordelais entre 1802 et 1815, voir : Colle Michel, Les Livres rouges de la Terreur, Revue historique de Bordeaux, 2014, 20, p. 211-229

15 Brumaire 1802 Les Annales de statistique de Ballois
M. Ballois, auteur des Annales de statistique, est arrivé ici aujourd’hui. Il parcourt le département pour recueillir des matériaux pour son ouvrage auquel le ministère prend beaucoup d’intérêt, la statistique étant une science à la mode parce qu’elle est nouvelle et qu’on n’y entend rien. Cet auteur est venu me rendre visite, attendu qu’il a appris que j’étais ici le seul homme qui put lui être utile. Je l’ai gratifié d’un exemplaire de mes Antiquités bordelaises. C’est un très jeune homme n’ayant que du babil et de la suffisance, comme tous les parisiens.

Louis-Joseph Ballois, né à Périgueux, en 1778, doit être mis au nombre de ceux qui, les premiers, tentèrent de répandre en France le goût des statistiques. Il était fort jeune encore, lorsqu’il fit paraître à Périgueux un journal politique. Il entreprit en 1802 et continua jusqu’à sa mort la publication des Annales de statistique dont il a paru huit volumes in-8°. Ballois fut nommé secrétaire perpétuel de la Société de statistique créée le 5 février 1805, mais la mort vint le surprendre le 4 décembre 18o5 , ayant à peine atteint 25 ans.
Goûtons au passage la réflexion de Bernadau, typique de l’auteur des Tablettes : « attendu qu’il a appris que j’étais ici le seul homme qui put lui être utile ».

4 Frimaire 1802 La Société médicale d’émulation
La Société médicale d’émulation vient de publier la notice de ses travaux en un cahier de 32 feuillets in 8°, dont la suite paraîtra tous les deux mois sous la forme périodique. Le ministre Chaptal a agréé l’ hommage de ce travail. Cette société est formée de plusieurs médecins et chirurgiens qui veulent se venger du refus qu’a fait la Société de médecine de les appeler dans son sein. La Société médicale d’émulation a obtenu de tenir ses séances dans l’ancien collège des Lois, où son fondateur, M. Moulinié, tient une école gratuite pour l’étude de l’art de guérir. Cet homme est très zélé pour son état et pour l’instruction. On m’a reçu membre honoraire de cette société qui s’est associée quand en cette qualité plusieurs gens de lettres de cette ville.

Bernadau fut même l’un des secrétaires de cette Société où il côtoyait le docteur Jean Marie Caillau et le littérateur Laboubée !

10 Frimaire 1802 Démolition du Temple Décadaire
On a commencé aujourd’hui la démolition du Temple décadaire qui était dans la nef de l’église St André. La mode des temples passe et celle des églises revient. Sic transit gloria mundi.

4 Nivôse 1802 L’avocat Ferrère
Le juge criminel Partarrieu, indigné d’entendre singulièrement vanter la fermeté des principes de l’avocat Ferrère, qui crie dans tous ses plaidoyers contre la Révolution qu’il prétend avoir toujours détesté, vient de faire imprimer quelques lettres de ce dernier qui demandait dans le temps à être reçu au Club des amis de la constitution. Ce pamphlet est intitulé : Marandon ressuscité. C’est une réimpression des quelques morceaux publiés dans le temps par le journaliste de ce nom qui en voulait à l’avocat, lequel de son côté voulait se donner un air de popularité. Il y a à la suite certaines notes piquantes, de la façon de l’auteur, qui n’avoue cependant pas hautement son recueil.

Philippe Ferrère naquit à Tarbes le 2 octobre 1767. On trouve un portrait de l’avocat sous la plume de François Anne Louis Phelippes de Coaigoureden de Tronjolly dans Essais historiques et philosophiques sur l’éloquence judiciaire (1829) : « Reçu avocat en 1789, il débuta au barreau de Bordeaux, et on vit qu’un jour il aurait place parmi les orateurs et les jurisconsultes; on lui prodigua de flatteurs encouragements. Pendant les années 1792, 1795 et 1794, il se condamna au silence et à l’isolement, et il leur dut sans doute d’échapper au règne de la terreur. Ce n’est qu’en 1795 qu’il rentra dans la carrière, et alors il se créa cette réputation brillante qui a placé son nom parmi les orateurs les plus distingués de cette ville. Il y reparut, comme il le dit lui-même dans un de ses mémoires, l’âme soulevée par tous les excès et les monstrueux attentats dont il avait été témoin, et par les fureurs auxquelles il avait eu le bonheur d’échapper. On le vit poursuivre sans relâche les auteurs des calamités publiques et privées. On trouve contre eux, dans ses plaidoyers, des morceaux que les grands maîtres ne désavoueraient pas. Les victimes de la révolution, les nobles infortunés, l’humble malheur ne le trouvèrent jamais sans dévouement et sans pitié, et ce dévouement ne fut pas toujours exempt de danger. Jamais il ne leur refusa son ministère et la puissance de sa parole; il les aida même de sa modeste fortune ».

7 Nivôse 1802 Un guérisseur vénérien
Un guérisseur vénérien de cette ville nommée Delage vient d’être bâtonné par des jeunes gens qu’il avait dupé. Peu de jours après, la police l’a chassé de Bordeaux pour avoir osé concocter certaine drogue qui procurait l’avortement.

On trouve, sous la plume de Joseph Capuron, dans son ouvrage paru en 1807 : Aphrodisiographie ou tableau de la maladie vénérienne les propositions thérapeutiques de l’époque : « les saignées générales ou locales, les bains, les laxatifs, les fermentations émollientes, les cataplasmes avec la mie de pain, le riz, la farine de graine de lin bouillis dans du lait, les injections adoucissantes avec la décoction de racine de guimauve, le lait de chèvre, une légère infusion de safran, seront plus ou moins indiqués, selon le tempérament du malade et l’étendue ou le degré de la maladie. Leur vertu est de produire un relâchement salutaire, de modérer la force et les progrès de l’inflammation, et de mettre en quelque sorte la nature en état de triompher seule et sans effort.
Dans la seconde période, on peut administrer les excitants en général , tels que la térébenthine de Chio ou de Venise, seule ou avec la rhubarbe, le baume de Copahu ou du Canada , depuis un jusqu’à deux grammes, délayés dans un jaune d’œuf, dans quelque liqueur ou sirop approprié, ou en bols avec du sucre. Le lait d’ânesse avec une légère décoction de squine, convient aux tempéraments lymphatiques, et avec la décoction de grande consoude ou de fraisier, aux sujets maigres, bilieux, mélancoliques ».

Publicités