Année 1803

21 janvier 1803 Nouvelles mesures
Une ordonnance de police de ce jour enjoint à tous les marchands de la ville de se servir des nouvelles mesures et déterminer le poids en kilogrammes des diverses façons de pain chez les boulangers.

Le gramme est introduit par la loi du 18 germinal an III (7 avril 1795) ; il est défini comme « le poids absolu d’un volume d’eau pure égal au cube de la centième partie du mètre, et à la température de la glace fondante ».
Le 22 juin 1799, un étalon en platine d’un kilogramme (nom originel, le grave), soit la masse d’un litre d’eau, est déposé (ainsi qu’un étalon du mètre) aux Archives de France. Le 10 décembre 1799, l’étalon est ratifié officiellement comme « kilogramme des Archives » et le kilogramme est défini comme égal à sa masse.

10 Floreal 1803 Une antiquité rue Montaigne
On a découvert aujourd’hui un morceau d’antiquité en faisant les fondements d’une maison qui est sur le cours de Tourny, à l’endroit où l’on vient de faire une percée pour faire communiquer le terrain des Récollets avec le Grand chemin, rue Montaigne. C’était un pavé, trouvé à 15 pieds de profondeur, formé de grandes plaques d’une espèce d’ardoise ou terre noire. Vinet place vers cet endroit les anciens thermes de Bordeaux. Cette découverte a fait
peu de sensations dans cette ville, comme on s’en doute bien.

L’interprétation ancienne de thermes dans des découvertes archéologiques se révèle souvent inexactes. Des thermes publiques ont été découvertes en 1984 à l’angle de la rue du Maréchal Joffre et de la place Rohan.

15 Floreal 1803 Le dôme de la Bourse
On travaille en ce moment à couvrir la cour de la Bourse au moyen d’un dôme en bois ouvert par des lanternes à l’italienne. Cette entreprise est le résultat d’une souscription faite entre les négociants qui auront par ce moyen une superbe salle pour se réunir tous les jours, ce qui ne pouvait pas se faire commodément sous les arceaux de la Bourse. Ce travail coûtera beaucoup, mais ce sera le plus utile de tous ceux qu’on ait fait à Bordeaux depuis 50 ans.

C’est l’architecte Michel Bonfin qui réalisa une chape en bois qui permettait, quoique de façon disgracieuse, d’abriter les négociants des intempéries. Ce dôme persista jusqu’en 1865.

25 Floreal 1803 Notice historique sur l’art de guérir à Bordeaux
La Société médicale d’émulation a tenu aujourd’hui une séance publique à l’ancien collège des Lois, le lieu où se donnent les leçons de l’école élémentaire de médecine. Plusieurs lectures d’ouvrages ont été faites. Nous ne croyons pas devoir les rappeler comme étant hors de notre portée. Nous y avons lu, comme associé honoraire, une notice historique sur l’art de guérir à Bordeaux depuis les premiers temps.

26 Floreal 1803 Hommage à M. Latapie
Depuis le premier de ce mois, un cours de botanique est tenu par un certain soi-disant médecin nommé Villers, dans un jardin qui a appartenu à un chanoine à côté de la Chartreuse. Les leçons sont peu suivies 1° parce qu’il y a peu d’émulation à Bordeaux, 2° parce que le professeur n’est pas fait pour l’exciter. Il paraît qu’il ne sait pas ce qu’il enseigne. Avec le temps, il apprendra. C’est sans doute à cet effet que le préfet a fait imprimer à l’usage des personnes qui suivent ce cours un livret d’indication des plantes du jardin. Ce n’est pas ainsi qu’enseignait M. Latapie qui, tout en expliquant Linné, avait trouvé l’art d’attirer une multitude infinie d’auditeurs de tout âge et de tout sexe à ses leçons, semées de traits agréables et d’érudition. Le Villers n’est qu’un charlatan à qui tous les moyens de gagner de l’argent sont égaux.

Bernadau admire beaucoup François-de-Paule Latapie (1739-1823). Philanthrope, helléniste et ancien inspecteur des manufactures de la province de Guyenne, fondateur du prix de la Rosière de La Brède. En tant que familier du Château de La Brède, il voyage, à partir de 1774, pour le compte du fils de Montesquieu,  Jean Baptiste de Secondat,  en Italie puis en Angleterre. Venu se fixer à Bordeaux en 1775, il est élu comme membre de l’Académie de la ville et il devient aussitôt professeur de botanique au jardin des plantes. Il se distingue alors par ses conférences, ses cours publics de botanique et ses publications de culture pratique des jardins.

M. Jean-Louis Latapie possède une très intéressante lettre d’engagement du citoyen Villers au citoyen Latapie, professeur à l’Ecole centrale à Bordeaux, en date du 3 Ventôse an V :
« Je soussigné, contracte l’engagement d’honneur, dans le cas où le Jury d’instruction de l’Ecole centrale nommerait le citoyen Latapie à la chaire des langues anciennes, ce qui me rendrait seul titulaire de la chaire d’histoire naturelle …
1° de ne faire, pendant le temps que je serai professeur d’histoire naturelle, aucune demande au citoyen Latapie relative à son logement, au cabinet d’histoire naturelle, ou au Jardin des Plantes, de n’exercer contre lui à cet égard aucune poursuite ni administrative, ni judiciaire,
2° je promets également en honneur et conscience de faire, avec son secours, une étude sérieuse de la langue grecque, afin de me mettre en état d’en connaître assez les éléments pour pouvoir les enseigner,
3° de me présenter au Jury d’instruction ou à tout autre autorité chargée de la nomination aux places d’enseignement, pour lui demander la faculté de céder au citoyen Latapie la chaire d’histoire naturelle et occuper la chaire des langues anciennes, aussitôt que le citoyen Latapie jugera que j’ aurai acquis les connaissances que requière cette dernière. »

1° Messidor 1803 Bory Saint Vincent
Bory Saint Vincent, jeune naturaliste de Bordeaux, qui a quitté à l’Isle de France l’expédition du circumnavigateur Baudin,vient de publier un gros livre in 4° avec des planches sous le titre d’Essai sur l’histoire des Îles Fortunées. Il est dédié à son oncle Journu, le sénateur, qui sans doute en aura fait les frais. L’ouvrage est curieux et bien écrit. Tous les journaux l’ont annoncé avec emphase, attendu le nom du mécène. Il paraît que le prétendu auteur de l’a pas fait. On croit qu’il en aura payé la façon à un savant qui était autrefois à Bordeaux et qu’on a nomme Belin de Ballu. Ce qui donne du poids à cette conjecture, c’est que le jeune Bory, en revenant de l’Inde, fit voir à beaucoup de personnes son manuscrit qui n’était point si beau que l’ouvrage actuel et que l’on sait que cet auteur imberbe n’a eu le temps ni la volonté de s’appliquer assez pour méditer et produire un livre qui suppose autant de connaissances que celui-ci. Il est évidemment commandé pour faire réputation au jeune homme, que l’oncle sénateur veut pousser dans le monde.

Jean-Baptiste Geneviève Marcellin Bory de Saint-Vincent (1778-1846) est un officier français, naturaliste et géographe. Quand il apprend le départ d’une expédition scientifique organisée par le gouvernement, il obtient la place de zoologiste en chef à bord de l’une des corvettes participantes puis rencontre Bernard Germain de Lacépède, qui lui accorde sa confiance. Il embarque à bord de l’un des deux navires que le capitaine Nicolas Baudin emmènera autour du monde de 1800 à 1804, Le Naturaliste.
Il s’arrête lors d’une escale à l’île Maurice en mars 1801. De là, il rejoint le 23 mai 1801 la Réunion voisine, où il effectue en octobre et novembre 1801 l’ascension et la première description scientifique générale du Piton de la Fournaise, le volcan actif de l’île. A son retour, il publie un Voyage dans les îles d’Afrique et poursuit sa carrière savante : il est élu correspondant du Muséum en août 1803 et correspondant de l’Institut de France au printemps 1808. En 1804, il publie Essais sur les îles fortunées.
Jacques Nicolas Belin de Ballu (1753-1815) est un helléniste qui fut, entre autres qualités, professeur de langues anciennes à Bordeaux.

15 Thermidor 1803 Démolition de la Porte Basse
On a commencé aujourd’hui la démolition de la Porte Basse par ordre du commissaire général de police. Cet édifice ne menaçait cependant pas ruine. Il était construit d’immenses pierres dures qui paraissent avoir fait partie de quelque ancien édifice romain. Sur la porte du côté septentrional, était une statue de pierre haute de 28 pouces tenant un livre en main. Le peuple l’appelait Saint-Bordeaux et disait qu’il tournait un feuillet à minuit. On en faisait le palladium de cette ville. Nous pensons que c’était une statue de la duchesse Éléonore d’Aquitaine, célèbre dans notre histoire sous le nom de l’héritière de Guyenne. La Porte Basse devait avoir été construite au Xe siècle lors du rétablissement des murs de cette ville ravagée à plusieurs reprises par des hordes de barbares. Voyez à ce sujet deux dissertations que nous avons publiées dans la première année du Bulletin du Muséum.

L’abbé O’Reilly, dans son Histoire complète de Bordeaux, décrit ainsi cet édifice en 1857 : « La Porte Basse était percée dans le mur de la première enceinte, et rebâtie après le départ et les ravages des Normands. Quelques écrivains l’on fait remonter jusqu’au temps des Romains ; et vers le milieu du XVIIIe siècle (1766), on voulait la faire démolir, parce qu’elle obstruait la voie publique. Le chapitre Saint André, étant seigneur foncier du terrain sur lequel cette porte était bâtie, demanda une indemnité de 50 000 livres avant de consentir à cette démolition, qui devait entraîner la chute d’une maison située sur un surhaussement. On renonça à la démolition ; mais on l’effectua en 1803, sans être obligé de payer cette somme : tous les titres étaient brûlés, tous les droits étaient abolis, la révolution avait appris au peuple à faire des lois et aux chapitres à les subir.
Cette porte, qui était à l’extrémité méridionale de la rue Porte Basse, n’était qu’une informe ouverture de 4 mètres en tous sens ; la muraille avait 2 mètres d’épaisseur. Au-dessus de cette porte, on voyait dans une niche une statuette en pierre d’environ 1 mètre de hauteur, représentant un personnage vêtu d’une longue robe, la tête ceinte d’une couronne de fleurs, avec un livre ouvert à la main. On disait, parmi le peuple qui l’appelait Saint-Bordeaux, qu’il tournait le feuillet de son livre toutes les nuits, à minuit ; on le considérait comme le génie gardien de la ville. On a dit que c’est à la fameuse Éléonore de Guienne que la reconnaissance bordelaise avait érigé cette statue : nous n’en croyons rien. Si elle représentait une femme, comment la tradition séculaire l’appelait-elle Saint-Bordeaux ?
La Porte Basse a disparu ; mais on donne aujourd’hui à tort le nom de Porte Basse à celle dite de Toscanam, à l’entrée de la rue du Peugue, et qui date du Xe siècle, comme la Porte Basse qu’on releva alors. »

29 Thermidor 1803 Démolition de la Porte de la Grave
On a commencé hier la démolition de la porte de ville dite de la Grave. Elle était bâtie d’un très mauvais goût pour être sur le havre et gênait la voie publique. Nous en avons parlé dans un numéro du bulletin du Muséum.

30 Thermidor 1803 Examen des sages femmes (voir 25 Prairial 1802)
On a fait aujourd’hui à la Préfecture l’examen des sages femmes élèves de la dame Coutanceau, professeur breveté par le Gouvernement pour l’art des accouchements à Bordeaux. Les élèves n’ont pas paru bien instruites. En général, cette partie de l’instruction est ici bien négligée et les sages femmes sont aussi rares dans le département que les femmes sages.

Madame Coutanceau était pensionnée par le gouvernement pour faire des cours à des élèves sages femmes dans l’hospice de la Maternité des Incurables depuis 1794.

25 août 1803 Le clocher de Sainte-Eulalie et Chalifour
On a commencé la démolition de la partie du clocher de Sainte-Eulalie qui avait été frappé de la foudre. Le moyen employé pour faire ce travail, sans danger pour les ouvriers et sans risque d’endommager l’église, consiste à avoir élevé parallèlement au clocher et très près de lui un grand mât par lequel les ouvriers montent à cet édifice et où il font descendre par fort et facile amarrage chaque pierre qu’ils enlèvent et qui est ainsi descendue en bas sans danger et à très peu de frais. Six hommes suffisent à cette opération qui va vite et bien. Elle a été imaginé par le sieur Chalifour, architecte de cette ville, qui n’a demandé que 800 Fr. pour tout le travail tandis que d’autres ouvriers demandaient 4000 Fr. pour établir des échafaudages au moyen desquels l’ouvrage ne serait jamais fait avec autant de sûreté et dans dégrader la toiture de l’église. Ce mécanisme est très ingénieux. Il a suffit pour exécuter en huit jours la démolition des 20 pieds du clocher qui avaient été sillonnés par la foudre et dont les pierres comprises dans cet espace menaçaient une ruine prochaine.

15 Fructidor 1803 Société Médicale d’Emulation
Ce mois est la Fête des Muses. Voici ce qu’en dit celle des sciences physiques sur la société médicale d’émulation de Bordeaux. Après la distribution des prix faite aux élèves en l’art de guérir qui ont paru avoir le mieux profité des leçons de l’année, au jugement d’un jury de médecins et chirurgiens qui les ont examinés hier et avant-hier, le président a fait ouverture de la séance par un discours sur l’art de guérir et ses progrès. Il y avait d’excellentes vues pratiques.
M. Saint-Cric a lu une dissertation sur les avantages et les inconvénients des demi-bains chez les femmes grosses.
M. Ducros a parlé des avantages de la saignée chez les femmes enceintes affectées de convulsions.
Le secrétaire a lu le rapport des travaux de la société dans l’année.
On a lu pour le compte de M. Massé la description d’une machine par lui inventée pour réduire le tendon d’Achille.
M. Laboubée a disserté historiquement sur l’art de guérir.
M. Ducastaing a lu des observations sur les diverses températures de l’air influent sur les femmes en couche.
J’ai donné une notice sur la vie de Sylva, célèbre médecin bordelais
Comme je n’entends rien aux matières dont s’occupe cette société, quoi qu’elle m’ait appelé dans son sein comme associé honoraire, je ne me permettrai pas de juger ses travaux. C’est le devoir des gens de l’art dont la salle était remplie.

Jean-Baptiste Silva (1682-1742) est un médecin né à Bordeaux dont le titre de gloire est d’avoir été appelé à donner son avis sur la maladie de Louis XV en 1721; il préconisa une saignée du pied qui réussit. Grâce à ce succès, il acquit une grande réputation. On lui doit, à cette occasion, un Traité de l’usage des différentes sortes de saignées, principalement de celles du pied (1727), resté célèbre. Dès lors, la fortune lui sourit jusqu’à sa mort, et il devint médecin fort à la mode, surtout auprès des dames.

24 septembre 1803 Bernadau chargé de la statistique du Département
J’ai commencé hier à m’installer à la Préfecture dans un bureau formé exprès sous ma direction pour la Statistique du Département dont la direction m’est confiée. Le préfet a adressé à tous les maires une série de questions qui doivent être résolues dans chaque commune. Ce seront les réponses qui formeront les éléments de mon travail.
Ces questions ont été conçues par M. Delacroix pour la statistique de Marseille d’où il vient. Il en est qui ne conviennent pas à ce département. Plusieurs qui lui sont propres ont été oubliées. Au reste, leur trop grand nombre et la minutie de certaines rendront les réponses difficiles à faire par certains maires passablement ignorants. Enfin vaille que vaille, il faudra faire le travail en suppléant à l’insuffisance des mémoires qui me seront envoyés et en rectifiant les balourdises.

Cette fonction à la statistique du Département ne durera pas bien longtemps, comme on le verra bientôt.

12 Vendémiaire 1803 Liste des terroristes
On vend assez publiquement une liste de terroristes bordelais imprimée en rouge. Il est étrange que la police ait permis la circulation d’un pareil ouvrage qui, fût-il fait sans partialité, ne sert qu’à entretenir la division parmi les citoyens. Les hommes à dénonciations sont connus. Aucun particulier honnête ne les fréquente ni ne les emploie. Laissons les mourir dans l’opprobre ou même le repentir s’ils en sont susceptibles, mais nous ne souffrons pas qu’on flétrisse leurs familles et surtout que de malheureux quiproquo, des ressemblances de nom, nuisent à de braves gens.

Bernadau a certainement suivi cette affaire qui a fait grand bruit dans Bordeaux, mais, curieusement, il n’est pas très disert sur ce sujet. La Terreur l’avait abattu, l’après Thermidor avait réactivé ses craintes, il voulait certainement se tenir éloigné de la politique. C’est tout juste s’il a conservé dans son Spicilège une Liste alphabétique des terroristes de Bordeaux, dressée dans les sections de cette ville, lesquels furent simplement désarmés pour toute précaution en 1795. Il ajoute une appréciation qui laisse entendre que cette liste n’a pas été écrite par lui-même et qu’il ne la conserve qu’à contrecœur sous le titre :
« Liste manuscrite des agens (sic) de la Terreur à Bordeaux en 1793.
Nota : elle aurait pu être décuplée sans injustice. Les noms qu’elle contient sont assez mal écrits.  »
Et il ajoute : « Nous n’avons pas voulu chercher à la rectifier ; pareil travail est trop dégoûtant ».
Il faut dire aussi que, entre dénoncés et dénonciateurs, Pierre Bernadau avait mis du temps pour trouver son camp et que, ayant en fait appartenu aux deux catégories, il devait préférer s’abstenir de commentaires.

14 Vendémiaire 1803 Le Lycée et le couvent de la Visitation
On vient d’agrandir le bâtiment du Lycée en y ajoutant le couvent de la Visitation. Les deux édifices sont unis par une galerie qui traverse la rue et sur laquelle est un passage soutenu par un arceau. Sous le pavé traverse en même temps un souterrain pour faire communiquer les caves. Ce collège, qui ne vaut pas ceux d’autrefois, se peuple beaucoup et, ce qu’il y a d’étrange, c’est que des places gratuites sont données à des enfants dont les parents étaient assez aisés pour payer et surtout qui ont fui les places publiques alors qu’elles ne rapportaient rien.

Le couvent de la Visitation, situé fossé des Tanneurs (cours Pasteur) est désaffecté au moment de la Révolution. Menacé de destruction, il sert de magasin d’habillement militaire, puis devient une annexe du Lycée, créé sous le Consulat de l’autre côté de la rue Saint-Antoine dans l’ancien couvent des Feuillants. Les bâtiments sont démolis à la fin du XIXe siècle lors de la construction de faculté des Lettres, devenue musée d’Aquitaine en 1986.

29 septembre 1803 Le théâtre de Molière
On a rouvert aujourd’hui le théâtre de Molière dans lequel s’est établi pour quelques mois une troupe de comédiens qui jouent les variétés et les mélodrames pantomimes. Elle est dirigée par un certain Mitié, qui est auteur et acteur et dont on admire les ressources pour faire prospérer la salle. Son répertoire est neuf et gai. Il pourra prospérer maintenant que le goût du beau du bon est passé pour faire place aux monstruosités, aux caricatures révolutionnaires.

Le Théâtre-Molière n’était autre que l’ancienne église Saint-Jacques, ayant
appartenu aux Jésuites, située à l’entrée de la rue du Mirail, et transformée
en salle de spectacle par l’architecte Laclotte. — Il fut livré au public
le 29 avril 1792. — Il s’était acquis et conserva assez longtemps la faveur
populaire. On y jouait, sous l’Empire et sous la Restauration, les gros
drames larmoyants.

29 septembre 1803 Liste de royalistes

On avait publié il y a peu de temps une liste sur laquelle était imprimée en lettres rouges les faits de quelques centaines de terroristes de Bordeaux. On vient maintenant d’en répandre une des prétendus royalistes. Je ne sais par quel hasard mon nom s’y trouve, mais je dois d’autant moins m’en fâcher qu’il est accolé à celui des principaux fonctionnaires et des meilleurs citoyens de cette ville. Au reste, il est étonnant que la police n’ait pas pris des mesures pour empêcher la circulation de pareils imprimés qui n’ont d’autre but que de réveiller des rancoeurs mal éteintes et diviser entre eux les habitants d’une même ville.

28 Brumaire 1803 Péniches pour un débarquement en Angleterre
On a lancé aujourd’hui la première péniche qui ait été construite à Bordeaux. Nos constructeurs en ont entrepris un très grand nombre pour faire partie de la flottille nationale destinée à faire une descente en Angleterre. Ces bâtiments sont très légers, mais ne peuvent tenir longtemps à la mer, s’ils y vont.

28 Brumaire 1803 Gravure de l’autel des Piliers de Tutelle
Je viens de faire graver à mes frais l’autel des Piliers de Tutelle, le plus ancien monument des Gaules qui se voit encore à Bordeaux sur le perron de l’escalier de la bibliothèque publique. Vinet l’avait fait graver en bois dans son commentaire sur Ausone et, depuis, aucun auteur n’en a parlé, pas même l’historien de Bordeaux, l’abbé Venuti, qui a imprimé un recueil de dissertations sur les monuments antiques de cette ville, dont il a fait graver un grand nombre, ni parlé que comme en passant de celui-ci, qui méritait bien plus les honneurs de la gravure qu’aucune des antiquaille qui a dessinées. Je joins une dissertation à cette gravure. L’une et l’autre sont dans le bulletin du Muséum et les annales de Bordeaux.

Au milieu des Piliers de Tutelle, était placé l’autel qui est un des plus anciens monuments des Gaules. Cet autel, fait d’une seule pièce, de marbre gris, a 4 pieds de hauteur, 2 de longueur et 20 pouces de largeur. Il supporte deux faisceaux de laurier. Sur un de ses côtés est le Guttus des sacrificateurs, sur l’autre une patère, offrant la figure d’un génie ailé. Une des grandes faces présente une couronne de chêne, ornée de bandelettes sacrées.

10 Frimaire 1803 Prise d’un navire anglais
On a vendu hier aux enchères du tribunal de commerce les diamants trouvés sur le paquebot le King George, prise faite par un corsaire de Bordeaux. Il a été fait des lots de ces diamants. Le total du prix de leur vente s’est élevé à 600 000 Fr.

10 Frimaire 1803 Nouveau plan de Bordeaux
Depuis 1783 on n’avait pas levé le plan de Bordeaux et les arrangements considérables survenus dans la distribution des rues et des édifices de cette ville n’avaient point été publiés. M. Bonfin fils, ingénieur architecte de la police, vient de faire graver en deux feuillets la carte de Bordeaux tel qu’il est à présent. Ce travail est très bien exécuté et mérite d’être favorablement accueilli.

Richard-François Bonfin (1730-1814) fut nommé par les jurats de Bordeaux ingénieur de la ville le 13 décembre 1751. En 1753 il reçoit le titre d’inspecteur des travaux de la ville. Puis il est nommé architecte, mais sa carrière sera brisée à la fin de la Révolution. Son fils Michel Jules Bonfin (1783- 1848) lui succèdera comme ingénieur architecte de la ville de Bordeaux. Outre ce plan de Bordeaux, on lui doit, entre autres, les bains orientaux et la verrière de la Bourse.

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