Année 1805

18 Nivose 1805 Fin du Bureau de la Statistique (voir 24 septembre 1803)
Le préfet m’a fait appeler hier auprès de lui pour me dire que, des raisons d’économie le déterminant à faire plusieurs réformes dans ses bureaux, il supprimait celui de Statistiques jusqu’à ce que le ministre lui eut accordé des fonds pour faire reprendre ce travail. Il y avait trois mois qu’il était commencé et trois mois suffisaient encore pour l’achever. On a dépensé 5000 Fr. déjà et, avec 600 Fr. de plus, on pouvait faire terminer l’ouvrage que l’avarice du préfet fait ajourner définitivement et auquel il aurait dû être jaloux d’attacher son nom, fut-ce à ses dépends. Les 4/5 de la statistique étaient fait. J’ai déjà remis au préfet les cahiers de la ville de Bordeaux contenant 114 pages, 4 pour l’arrondissement de ce nom et 2 pour l’arrondissement de Libourne. Il y avait prêt à être mis au net l’arrondissement de Lespare. Somme toute, sur 568 communes, 417 avaient remis leurs réponses, et leurs Mémoires étaient analysés.
Au reste, le préfet a voulu mettre beaucoup de formes honnêtes dans ses procédés à mon égard. Il m’a fait délivrer une attestation honorable de travail et, sur l’offre que je lui ai fait d’aider gratis son secrétaire qu’il charge de suivre la besogne, il m’a écrit une lettre portant qu’il accepte ma proposition, regrettant de ne pouvoir m’en témoigner sa satisfaction autrement que par des éloges. J’ai voulu paraître plus généreux que lui et le forcer dans ses retranchements : mais il est invincible en fait de finances.

22 mars 1805 Le cimetière de Terre-Nègre
Quelques soit-disant amateurs d’Antiques viennent de se cotiser pour faire faire des fouilles dans une partie du vacant de Terre-Nègre, situé derrière la rue de la Trésorerie Saint-Seurin, dont nous avons fait connaître les richesses archéographiques dans le bulletin du Muséum de l’année dernière. On a de nouveau découvert des vases domestiques et des médailles qui paraissent appartenir au troisième siècle. Les fouilleurs prétendent que c’était le cimetière des anciens bordelais, quoiqu’il soit avéré qu’il était à Campaure, terrain des Récollets. Nous pensons que ce local dont on fait tant de bruit n’était qu’une manufacture de poterie, à la manière étrusque. Tout cela n’éclaircit point l’histoire de Bordeaux.

Les fouilles de ce grand cimetière biturige ont commencé en 1802 ; des sables noircis par les cendres funéraires on a extrait pendant une vingtaine d’années un très grand nombre de vases, d’urnes, de poteries estampillées, de figurines.
« S’inscrivant dans la continuité géographique et temporelle de la nécropole Charles Gruet, la nécropole de Terre-Nègre, s’implante à la périphérie nord-ouest de la ville antique entre les deux routes conduisant dans le Médoc (chemin du Médoc et chemin de Saint-Médard). Elle fut découverte en 1803 à l’occasion de l’exploitation dans ce quartier d’une sablière. Elle a été explorée jusqu’en 1830 par François Jouannet. Elle est de loin la mieux connue grâce à la collection du mobilier funéraire que son inventeur a minutieusement inventorié avant d’en faire don au Musée des Antiques (actuel Musée d’Aquitaine de Bordeaux), ainsi qu‘aux nombreux articles qu’il a publié dans les revues des sociétés savantes de son époque. L’observation des monnaies retirées des sépultures lui a permis d’avancer la fourchette chronologique des règnes de Caligula à Antonin. Cette nécropole se caractérisait comme celle de la place Charles Gruet, par la coexistence des rites de l’incinération et de l’inhumation. Son éloignement de la cité augustéenne confirme l’expansion de la cité antique commencée vers le milieu du Ier siècle, et qui s’essouffle à la fin du IIe siècle. Le pic démographique que les trois quarts des sépultures de Terre-Nègre, datée de l’époque médio-antonine, semblent révéler, et la construction à la fin du IIe et au début du IIIe siècle de l’amphithéâtre communément appelé Palais Gallien, entre la nécropole de Terre-Nègre et la limite d’urbanisation de la cité du Haut-Empire, tendent à confirmer cette évolution. »
http://www.cervantesvirtual.com/bib/portal/simulacraromae/burdeus/visita/visita7.htm

22 mars 1805 Charnier de la Madeleine
On a découvert hier, en baissant le pavé du bout oriental des fossés de ville au bout de la rue Saint-James, un caveau en partie plein d’ossements humains. Chacun disserte à sa manière sur cet édifice. Nous avons prouvé dans le bulletin du Muséum que c’est l’ancien charnier de l’église de la Madeleine qui fit détruite dans une émeute populaire arrivée à Bordeaux en 1548. Ce caveau a été comblé et fermé au bout de quelques jours.

29 Germinal 1805 Mosaïques de Ségalier
On a découvert hier sous le pavé du manège Ségalier, près l’église St Seurin, un superbe parquet de mosaïque romaine ayant 25 pieds sur 37 d’étendue. Nous avons été consulté sur cet ouvrage par les propriétaires de ce local qui le montrent aux curieux pour 20 sous par personne. Nous avons publié dans le bulletin du Muséum une description de ce morceau d’antiquité que nous prouvons être le pavé du prétoire qui existait en cet endroit du temps de Tibère. C’est le plus ancien monument de Bordeaux et celui dont l’époque de la construction est la moins équivoque.

Cette mosaïque est ainsi décrite dans l’Inventaire des mosaïques de la Gaule et de l’Afrique publié sous les auspices de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par Georges Lafaye et Adrien Blanchet : « Sous l’aire du manège Ségalier, au bout de la rue Judaïque Saint-Seurin, près la place d’Amour; avril 1788, et de nouveau en 1804. A 1 mètre du sol ; 8 m X 12 m : Rosaces, guirlande de feuilles de laurier. Au centre, médaillon circulaire avec une sorte de croix de Malte. Noir et blanc.
Le Kaléidoscope, Journal de la littérature, des moeurs et des théâtres du 8 Mars 1828 annonce la réouverture de ce manège d’équitation qui devait fonctionner sur le même modèle en 1805 : « Le manège Ségalier s’ouvre demain. L’impatience avec laquelle étaient attendus les écuyers de MM. Gallien va cesser, et l’arène des jeux équestres va retentir encore au bruit des applaudissements et des bravos de la multitude. Augmentée de plusieurs sujets nouveaux, riche des progrès de tous ses anciens sujets, fortifiée par l’acquisition de chevaux bien dressés, la troupe dont nous annonçons le début pour demain peut, sans présomption, promettre aux nombreux équitomanes que renferme notre ville des plaisirs réels et variés. … Tout le monde voudra revoir ce Charles dont la dextérité n’est pas oubliée, cet intrépide Vincent et ses passes étonnantes, ce Joseph si gracieux, si léger à cheval, qu’il nous rappelle sans désavantage son rival Avrillon. MlIe Angélique, si vive, si gentille, Mme Bourdeaux, dont les premiers essais obtinrent un si flatteur succès, recevront aussi leur part d ‘applaudissements…. »

22 juin 1805 La crainte de la rage
On a commencé aujourd’hui à jeter dans les rues de Bordeaux des saucisses empoisonnées pour faire mourir les chiens qui sont en grand nombre et dont quelques uns sont hydrophobes. La police aurait mieux fait de faire assommer toutes ces bêtes inutiles dans une ville.

Dans de nombreuses villes, des ordonnances interdisaient de laisser les chiens errer dans les rues et obligeaient leurs propriétaires à les garder chez eux ou à les promener en laisse. De fortes amendes frappaient les contrevenants qui se voyaient en outre exposés à voir leurs animaux abattus par les agents de la force publique.

26 Messidor 1805 Retour aux anciens noms des rues (suite 25 novembre)
Une ordonnance de police prescrit un nouveau numérotage des maisons de Bordeaux et le rétablissement des anciens noms des rues. Cette mesure est devenue nécessaire mais trop chère : on exige 42 sous pour chaque plaque de numéro.

8 Thermidor 1805 Fièvre épidémique
Il paraît reconnu qu’une fièvre épidémique ravage les faubourgs du Marais, Sainte-Eulalie et des Chartrons. La mortalité est effrayante dans ces quartiers par défaut de récurement du Peugue.
La société médicale d’émulation a été consulté hier par le préfet par intérim, à l’occasion des maladies qui affligent les faubourgs. Elle a remis un rapport, à la rédaction duquel j’ai concouru, et duquel il résulte que le curement du Peugue et la stagnation des eaux de ce ruisseau sur le marais de la Chartreuse sont la cause de cette épidémie.

L’Album du voyageur à Bordeaux : contenant les vues et monuments les plus remarquables de la ville, avec un texte explicatif, de 1837, explique : « Les marais de l’Archevêché s’étendaient depuis les confins de la ville jusqu’à l’enclos des Chartreux; couverts tour à tour par les débordements du Peugue et de la Devèze, par les eaux même de la Garonne, qui au temps des hautes marées, s’engorgent dans le canal de ces deux ruisseaux, ils exhalaient pendant les fortes chaleurs des miasmes dangereux que les vents d’ouest poussaient sur la ville; alors se déclaraient ces fièvres épidémiques que les bordelais, décimés, confondirent plus d’une fois avec la peste.

10 Fructidor 1805 Banqueroute du chirurgien Lapeyre
On apprend aujourd’hui que le chirurgien Lapeyre vient de déclarer une banqueroute de 50 mille écus et a assemblé ses créanciers pour leurs opposer l’état de ses affaires et leur demander une remise de 60 %. Une pareille proposition est révoltante de la part d’un homme qui ne fait point d’affaires commerciales et dont la profession rapporte au moins 10 000 Fr. par an. Il est bon qu’on sache que cet homme fait chez lui une dépense extraordinaire, qu’il a une maison de campagne avec serres chaudes et statues de marbre, qu’il va voir ses malades en voiture, donne des festins et joue gros jeu tout le carnaval. Il serait bien temps qu’on fit un exemple des fripons qui se jouent de la foi publique et vivent aux dépens des créanciers crédules.

Jean Baptiste Lapeyre est né à Mérignac en 1753. Après des études à Paris, il est nommé lieutenant du premier chirurgien du Roi à Bordeaux en 1783. On le trouve en 1789 sur la liste des 90 électeurs, puis en 1792 sur la liste des électeurs du Département de la Gironde chargés de nommer les députés de la Gironde à la Convention Nationale. Il y figure en bonne compagnie puisqu’on y trouve aussi un certain…Jean Baptiste Lacombe, alors instituteur. En 1793, il était l’un des commissaires du Conseil général de la commune de Bordeaux. 
Lapeyre était chargé depuis 1784 du cours théorique d’accouchement au collège des chirurgiens. En 1804, il succède au Docteur Coutanceau qui, avec son épouse, rendit de grands services à la cause de l’obstétrique, à la tête de la Maternité de l’Hospice des Incurables. Les Almanachs de la préfecture de la Gironde de 1806 à 1813, puis les Calendriers administratifs du département de la Gironde de 1814 à 1818 nous indiquent que Jean Baptiste Lapeyre était directeur de l’hospice de la Maternité d’une part et professeur d’accouchement, rue des Incurables d’autre part, depuis 1807 jusqu’à 1816, année où il est rejoint par Lapeyre fils comme directeur-adjoint. Il décède en 1817 d’une maladie cruelle d’après l’éloge prononcé par son confrère Guerin sur sa tombe. Jean Baptiste Lapeyre fut par ailleurs connu comme ayant un esprit aimable, doux et conciliant, coeur on ne peut plus généreux.

15 Fructidor 1805 Calendriers et Almanachs
Voici la saison des calendriers. Ceux qui paraissent en ce moment à Bordeaux sont intitulés : Almanach de la préfecture, Annuaire du département, Almanach du Commerce, Calendrier bordelais, Almanach de la Sénatorerie, Etrennes grégoriennes, etc.. Il n’y a rien de piquant ni de nouveau dans tous ces livrets, si ce n’est qu’ils sont imprimés pour 15 mois parce que l’ère ancienne doit être rétablie en 1806.

Le calendrier républicain, ou calendrier révolutionnaire, fut créé pendant la Révolution, et fut utilisé de 1792 à 1806, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris. Il entre en vigueur le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793), mais débute le 1er vendémiaire an I (22 septembre 1792), jour de proclamation de la République, déclaré premier jour de l' »ère des Français ».
L’année du calendrier républicain était découpée en douze mois de trente jours chacun (soit 360 jours), plus cinq à six jours complémentaires (selon les années) ajoutés en fin d’année pour qu’elle reste alignée avec l’année tropique (environ 365,25 jours).
Le 22 fructidor an XIII (9 septembre 1805), Napoléon signa le sénatus-consulte qui abrogea le calendrier républicain et instaura le retour au calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806 (voir plus loin).

16 Fructidor 1805 Critiques acerbes contre Laboubée
La société médicale d’émulation a aussi fait des siennes en tenant aujourd’hui une séance publique. Le président a parlé de l’influence de Desault en chirurgie, le secrétaire a lu un rapport sur les travaux de l’année, un sieur Ducros a disserté sur l’art des accouchements qu’il ne pratique pas, l’abbé Dufau a lu des considérations sur l’état des sciences et arts à Bordeaux, un périgourdin nommé Brulatour a décrit une machine inventée par son confrère Massé pour réduire le tendon d’Achille et le pédant Laboubée a déclamé un discours sur les moyens de rendre les sociétés savantes plus utiles et plus laborieuses. On a ensuite distribué quelques livres à quatre étudiants en chirurgie, reconnus pour avoir le mieux profité des leçons de l’école élémentaire de l’art de guérir.
Ce qu’il y a eu de plaisant dans toute cette charlatanerie académique, c’est que le pédant Laboubée ayant inséré dans un journal un compte rendu de cette séance dans lequel il donne les plus grands éloges à son propre discours, quelqu’un en a fait imprimer un procès-verbal qu’il donne comme une nouvelle édition de l’article du dit Laboubée. Il tombe à bras raccourcis sur ce dernier et relève l’inconvenance de sa diatribe contre les sociétés savantes, qu’il trouve inconvenantes et ridicules. Il dit que, par ce travail, l’orateur a eu dessein de faire créer une place d’Inspecteur général des Académies de France, avec de bons appointements à son profit. Ce Laboubée est un Mirmidon littéraire, jadis vendeur de marchandises sèches, homme d’une suffisance et d’une bouffissure déplacées, qui se croit appelé à réguler tout le monde et dont la basse jalousie perce dans toutes les actions. On lui a donné à Bordeaux le surnom de docteur l’Embourbé. Le ridicule n’est pas la seule enveloppe de cet homme. Il est connu comme un fesse-mathieu, avare au superlatif, amateur des franches lippées, le coeur dur, hautain et sans moralité. Il y a quelques années qu’il fut singulièrement turlupiné par l’impression d’un pamphlet qu’on lança contre lui sous le titre de Portrait de Vadius. Voyez en la copie dans mes Tablettes en l’an IV. On y dit entre autres cette phrase qui fait allusion à la manie qu’il a de voler les livres chez les personnes qui l’introduisent chez elles et même chez les libraires où il est en mauvaise odeur. On dit que Vadius escamote à ravir, dit le portrait, et que pour lui ce n’est pas toujours un jeu.

Cette longue diatribe de Bernadau contre son confrère Laboubée, qu’il compare au pédant Vadius des Femmes savantes, n’est pas de nature à rendre le chroniqueur sympathique et explique, entre autres faits, sa détestable réputation.

28 Fructidor 1805 Fin du calendrier révolutionnaire
On apprend de Paris que le 22 de ce mois un senatus consulte a annoncé la suppression de l’ère républicaine et le rétablissement de l’année grégorienne à dater du 11 nivôse prochain ou 1er janvier 1806. Le mathématicien Romme est l’auteur de l’ère française, le comédien Fabre d’Eglantine avait baptisé les mois et tout cela durait depuis le mois de novembre 1793.

28 Fructidor 1805 Le temple protestant du Hâ
Les protestants de Bordeaux ont obtenu un temple en ville pour l’exercice de leur culte. C’est l’église du couvent des religieuses de Notre-Dame, rue du Hâ. Il font réparer ce local. Ils ont depuis 20 ans un autre temple ouvert à l’entrée des Chartrons et un plus ancien rue du Muguet.

14 Brumaire 1805 Obsèques du préfet Delacroix
On a inhumé aujourd’hui notre préfet Charles Delacroix, mort des suites d’une rétention d’urine à laquelle il était sujet depuis qu’on lui fit, il y a 8 ans, l’extirpation d’une excroissance de chair énorme qu’il avait aux parties. Cet homme avait commencé par étudier en droit, puis commis à l’intendance de Limoges sous Turgot, d’où il était parvenu chef de bureau au ministère des finances. En 1793, il fut député à la Convention nationale qui le nomma ministre des finances en l’an III. Il resta dans cette place jusqu’en l’an VII et avait fait fortune dans cette place, étant très avare et peu délicat sur les moyens d’avoir de l’argent. Il était en place lors des conférences de Lord Malmesbury à Lille où il fut très ridiculisé pour son ignorance en diplomatie. Bonaparte l’avait nommé préfet de Marseille, sans trop savoir qu’il avait été un vrai patriote au comité de salut public. De là, il est devenu préfet à Bordeaux il y a deux ans. Tout le monde se plaignait de sa dureté et de sa cupidité. Il ne songeait qu’à amasser du bien. Dans ces derniers temps, il chercha inutilement à être sénateur et fut fort heureux d’être nommé commandant de la Légion d’honneur.
On lui a fait de magnifiques obsèques. Il a été exposé à la préfecture sur un lit de parade dans une salle tendue en noir, puis mis dans un cercueil de plomb et de là sur un char découvert traîné par quatre chevaux caparaçonnés de noir. Le président de la cour d’appel, un conseiller de préfecture, le commissaire général et le général de division portaient les coins du drap. Tous les fonctionnaires civils et militaires suivaient, ainsi que le lycée, les sourds-muets et les hospices. Le curé de Saint-André a fait la levée du corps. Il a fait le tour de la préfecture en dehors, puis on a fait la cérémonie à l’église. De là, le cortège est sorti de l’église par les rues des Minimes et du Hâ, passant ensuite sur les fossés, sur le port, les fossés de l’Intendance, la place Dauphine et la rue Pont-Long. Il a été inhumé à la Chartreuse où sa famille lui fait élever un mausolée [note de Bernadau : Il est maintenant en bois. Nous doutons que la famille le fasse faire autrement car elle a refusé de payer les frais funéraires disant que c’était une dette du département. Cependant, elle a trouvé beaucoup d’argent comptant du défunt. Elle a quitté la préfecture un mois après sa mort puis s’est retiré à Sceaux où sont ses plus belles propriétés]. La cérémonie a duré depuis 11heures jusqu’à 4 de relevée. La cloche de la ville a sonné durant le jour et l’on a tiré de temps en temps le canon.
Lacroix était de Givry en Champagne, d’origine obscure. Il était marié en secondes noces avec une femme dont il y a eu un enfant. De la première, il en a eu deux, dont un sert dans la garde consulaire et l’autre a épousé M. Vermiac, ancien ambassadeur à Constantinople, puis préfet de Lyon, destitué. Celui-ci vivait depuis deux ans avec le beau-père, partageant son amour pour l’argent et s’étant fait adjugé 80 mille francs la fourniture du mobilier du Département que l’on a meublé pour l’archichancelier qui devait y loger. Il n’a donné que de vieux meubles et a volé la moitié de l’argent.
Lacroix était un grand homme sec, froid et d’un air peu avenant. Il avait 64 ans à sa mort. Il n’emporte les regrets de personnes.

Le Préfet Delacroix fut le père de Charles-Henri Delacroix (1779-1845), général d’Empire et du peintre Eugène Delacroix (1798-1863). Selon certains historiens, comme Jean Orieux, Eugène Delacroix aurait eu pour père biologique Talleyrand, un des principaux arguments étant que Charles Delacroix était affecté d’une excroissance qui l’empêchait de procréer, qui ne fut opérée qu’en septembre 1797. Cette hypothèse est contestée par d’autres historiens.
C’est le 6 juillet 1797 que furent ouvertes les conférences, à Lille, pour la paix de la France avec l’Angleterre, entre les plénipotentiaires français et lord Malmesbury ; ces conférences furent rompues le 17 septembre.

25 novembre 1805 Nouveau numérotage des maisons
On demande 46 sous à chaque propriétaire pour le paiement d’une plaque de numéro de sa maison, opération inutile et que personne n’a demandé. Toutes les maisons de Bordeaux étaient numérotées depuis 12 ans et le numéro était deux fois plus apparent que celui qu’on y a substitué. Il est sur une plaque de fer blanc de trois pouces carrés, laquelle est attachée avec quatre petits clous sur la pierre. Cela tombera dans 2 ou 3 ans, tandis que les anciens numéros peints sur la muraille seront encore visibles. Le peintre Duchèrne, qui a fait ce travail, a donné cent louis au commissaire général de police pour avoir cette entreprise.
15 Frimaire 1805 Maisons effondrées rue du Canon
Deux maisons rue du Canon viennent de crouler par suite des excavations faites au sol, pour le niveler avec celui des rues de l’Intendance et Porte-Dijeaux. Il n’y a pas eu d’accident.

La désormais rue de la Vieille Tour a connu semblable mésaventure récemment.

24 décembre 1805 Messe de Minuit
Il n’y a point de messe de minuit en ville; les prêtres n’ont pu la célébrer que dans les campagnes, ce dont ils enragent. Mais ils espèrent être moins gênés par la police une autre année, leur crédit augmentant tous les jours.
27 décembre 1805 Te Deum à Saint-André
On a chanté hier à Saint-André un Te Deum en mémoire de la célèbre victoire d’Austerlitz. Tous les fonctionnaires publics y ont assisté et cependant il n’y a pas eu grande musique.

La bataille d’Austerlitz (aujourd’hui Slavkov u Brna, en République tchèque) surnommée la « bataille des Trois Empereurs », se déroule le lundi 2 décembre 1805 dans le sud de la Moravie, et plus précisément entre Brünn et Austerlitz. Après neuf heures de combats, la Grande Armée de Napoléon bat les forces austro-russes de l’empereur François II du Saint-Empire et de l’empereur russe Alexandre Ier. L’Angleterre, qui une nouvelle fois n’a pas souhaité se mesurer à la Grande Armée, reste invaincue, mais seule, ce qui met fin à la Troisième Coalition.

27 décembre 1805 Le liquoriste Roger acquitté (suite du 23 septembre 1804)
On apprend qu’un Conseil militaire rassemblé à Nantes pour juger certaine conspiration vendéenne [note de Bernadau : Il n’y a pas de doute que, depuis l’an V, il existait à Bordeaux une association dite des Fils Légitimes qui était armée et soudoyée pour le compte de Louis XVIII. Deux fois, son secret a été éventé, sans qu’on ait pu s’assurer de la correspondance. Tous ces projets étaient bien fous, mais réels. Un négociant des Chartrons emporta en l’an VIII la caisse sans nuire à l’association. Elle vient de se dissoudre, car on a trouvé dans le Peugue, il y a quelques jours,d’énormes paquets de cartouches que les Fils Légitimes ont extrait de leurs dépôts. En l’an VIII, ils enlevèrent une caisse d’armes dans la Douane même], pour laquelle le bordelais Roger était depuis un an en prison, a acquitté ce dernier, en condamnant à la peine de mort l’ex-municipal bordelais Papin, qui est en ce moment en fuite.

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