Année 1806

1° janvier 1806 Abandon du calendrier révolutionnaire
(Lendemain de l’Ere abolie)
Les visites d’étiquette ont repris aujourd’hui parmi les gens en place avec certaine solennité. Les tambours de la ville ont été donner des aubades à tous les fonctionnaires publics.

1° janvier 1806 Euthanasie pour cause de rage
On parle beaucoup d’un malheureux jeune homme de la rue Causserouge qu’on a été obligé d’empoisonner avec de l’opium, attendu qu’il était devenu enragé incurable par suite de la morsure d’un chien hydrophobe. C’est la police qui s’est mêlée de cette affaire, après avoir appelé et consulté les gens de l’art. 
Le théâtre de la Gaité vient de donner une représentation au profit de la mère du défunt.

Bernard-François Balzac, le père d’Honoré, publie vers 1810 une Histoire de la rage où il dénonce cette pratique de l’euthanasie des patients suspects de rage :  » Il y a des exemples où l’avidité de succéder a fait étouffer, comme enragés, des individus attaqués de simples convulsions, que la peur, ou la crainte, ou l’effroi leurs avaient données, ou qui étaient sous l’effet de quelque violente passion, de quelque transport fiévreux, dont ils auraient été guéris ». Il poursuit en citant quelques cas dont il avait connaissance : « Une jeune fille de 18 ans, prise de rage, ne fut sérieusement malade qu’une demi-joumée, et mourut à l’HôteI-Dieu de Paris le 3 mai 1780, faisant des prières pour qu’on ne l’étouffat point ». Ou encore : « Le 23 septembre 1781, un jeune homme attaqué de rage demanda à sa famille son curé, uniquement pour empêcher qu’on l’étouffa dans le cas où il viendrait tout-à-fait à perdre la raison. Ce sujet fut guéri, preuve évidente que la rage était purement imaginaire. Ainsi, plusieurs de ces malades imaginaires se voient étouffés, ou étranglés, ou noyés ».
La simple idée qu’il ait pu se commettre de pareils assassinats le fait frémir. Une loi peut seule les faire cesser, prétend-il. Et il propose un « Projet de loi : Il est défendu, sous peine de mort, d’étrangler, d’étouffer, de saigner des quatre membres, ou autrement faire mourir aucun individu attaqué de rage, d’hydrophobie, ou autre maladie quelconque donnant des accès de convulsions aux personnes, les rendant folles, furieuses et dangereuses, de quelque manière que ce soit, sauf à l’ordre public, et aux familles, à prendre les précautions qu’exigent la sûreté publique et particulière. »

8 janvier 1806 Mesures contre les chiens
Le maire vient d’ordonner aux particuliers de tenir leurs chiens enfermés, ou de leurs mettre un collier, faute de quoi ils seront tués par les agents de la police. On jette aussi toutes les nuits des viandes empoisonnées dans les rues pour détruire tous les chiens parmi lesquels on en soupçonne d’enragés. Il est sûr que jamais le nombre de bêtes de tous genres n’a jamais été aussi considérable qu’en ce moment.

1° février 1806 Le préfet Fauchet
Arrivée de M. Fauchet en qualité de préfet de ce département. Il l’était auparavant de celui du Var. C’est un enfant de la Révolution. Il cherchait fortune à Paris lorsqu’elle arriva. Il fut d’abord Commis dans la première municipalité. S’étant faufilé avec les conventionnels, il fut envoyé par eux aux Etats-Unis en qualité de commissaire du gouvernement. Il est l’auteur d’une brochure sur la constitution de 1791. Il a les formes d’un 93.

Jean Antoine Joseph Fauchet (1761-1834), baron de l’empire, a été nommé le 7 décembre 1805 à l’âge de 44 ans. Il entre en fonction le 7 février 1806 après une carrière déjà bien remplie. Secrétaire général du conseil exécutif provisoire après le 10 août 1792, chargé des recrues militaires des départements autour de Paris, ministre plénipotentiaire aux Etats-Unis en 1793, il est le premier préfet du Var le 2 mars 1800. Cet administrateur habile et à l’expérience variée reste en fonction jusqu’au 7 avril 1809, date à laquelle il prend son nouveau poste de préfet de l’Arno à Florence, où lui est confié également la fonction de 1er ministre de la princesse Bacciochi.

4 février 1806 L’aéronautrice Blanchard
L’aéronautrice Blanchard, s’étant déterminée à partir aujourd’hui dans son ballon, a tombé dans la Garonne deux minutes après son départ pour avoir voulu économiser le gaz. Heureusement que des marins sont accourus pour la retirer de l’eau où elle était jusqu’à moitié corps dans sa nacelle, que le ballon tenait encore entre deux eaux. Le point de chute a été le bout du banc des Queyris, vis-à-vis la rue Saint-Esprit. Le ballon était parti de la place d’armes du Château Trompette où l’on n’entrait que pour un écu. La dame Blanchard a été ramenée incognito à son logement dans une voiture. Elle se propose de dédommager de cette expérience par une autre, quand le beau temps le permettra. Les charlatans ne se déconcertent pas si tôt. Cette dame a environ 35 ans et n’entend rien aux sciences. Elle remplace depuis un an, dans le balladinage de ses voyages aérostatiques, son mari qui en a fait une centaine, après celui de MM. Charles et Robert dont il emploie tout bonnement les procédés. Il a parcouru l’Europe, ayant son ballon en croupe dans lequel il est monté une cinquantaine de fois pour de l’argent. C’est la troisième fois que sa femme fait cet essai et il paraît que cela lui profite. Les frais vont à une centaine de pistoles au plus et quoique cette jonglerie soit un peu discréditée, on en retire toujours le double en recette. Ce couple de charlatans entend fort bien à faire valoir sa drogue. Il paraît qu’il ne veut pas quitter Bordeaux avant d’y avoir bien volé.

Sophie Blanchard (1778-1819), fut la première femme aéronaute professionnelle, avec 67 ascensions réussies, ainsi que la première femme à périr dans un accident aérien lorsque le ballon, d’où elle lançait des feux d’artifice, prit feu dans les airs, à Paris, au-dessus des jardins de Tivoli.
En 1804, à l’âge de 26 ans, elle épouse Jean-Pierre Blanchard, qui fut le premier aérostier professionnel au monde, et fait sa première ascension en ballon.
Le couple étant acculé à la faillite, elle décide de devenir la première femme aérostière professionnelle, en espérant qu’un tel évènement attirera suffisamment de monde pour résoudre leurs problèmes financiers.
En 1809, son mari fait une crise cardiaque en plein vol et tombe de son ballon. Il décède de ses blessures. Sophie Blanchard poursuit les présentations de vol libre, se spécialisant dans les vols de nuit.
Elle mène des expériences avec des parachutes, lâchant des poupées depuis son ballon, et s’amuse de temps à temps à larguer des paniers chargés de feux d’artifice accrochés à de petits parachutes.
Elle utilise un ballon à gaz rempli d’hydrogène qui, outre le fait qu’il lui permet d’emporter sensiblement plus de poids, lui évite d’avoir à maintenir une source de chaleur comme pour les montgolfières.
Elle devient une favorite de Napoléon Bonaparte, qui la nomme ministre en 1804, pour succéder à André-Jacques Garnerin. Elle s’attire également les faveurs de Louis XVIII pendant la Restauration, qui lui donne le titre d’« aérostière officielle de la Restauration ».
Le 6 juillet 1819, elle fait une ascension au-dessus des jardins de Tivoli pour lancer un feu d’artifice depuis son ballon. Un léger accrochage avec les arbres lors du vol déplace malencontreusement les fusées sans qu’elle ne s’en aperçoive, et lors de la mise à feu, certaines d’entre elles mettent feu à l’enveloppe du ballon rempli d’hydrogène. Le ballon commence alors à descendre doucement mais heurte le toit d’une maison de la rue de Provence, ce qui renverse la nacelle et éjecte Sophie Blanchard, qui s’écrase dans la rue. Malgré les soins prodigués, elle décède dix minutes plus tard, s’étant brisée la nuque (source Wikipedia).

10 mars 1806 Fossés et quai Napoléon
Le conseil municipal de Bordeaux vient de consacrer à l’Empereur les Fossés Bourgogne et partie de la façade du port qu’on appellera désormais Fossés et quai Napoléon.

1° mai 1806 Marché des Grands-Hommes
On a fait aujourd’hui l’ouverture d’un nouveau marché des comestibles sur la place des Grands Hommes, ancien terrain des Recollets. Il remplace celui de la place Dauphine, mais il va achever de faire tomber celui des Chartrons, qu’il conviendrait cependant de protéger par tant de considérations d’intérêt public.

26 mai 1806 Portrait de Tourny
J’ai découvert chez M. Dufaut père, notaire rue des Feuillants, un portrait du célèbre Tourny, donné, en quittant Bordeaux à M. Marreau, ancien négociant de cette ville, son intime ami et qui a été trouvé dans la succession de ce dernier, dont M. Dufaut avait épousé la fille. Ce portrait est peint à l’huile et d’une très bonne manière. Notre célèbre Intendant y est représenté en habit de Maître des Requêtes, en manteau court et en perruque à la régence. J’ai fait connaître cette découverte dans le Bulletin polymatique du Museum de Bordeaux, années 1806 et 1807. M. Lacour père a été le dessiner et se propose d’en confier la gravure à son fils, jeune homme qui annonce du talent et qui cherche à se faire connaître. Voilà une belle occasion, pour lui et pour son père ! Ils ne diront peut être pas par quelle occasion ils ont connu ce portrait, afin de s’en attribuer tacitement la découverte : sic vos non vobis ! J’ai le premier célébré dans mes Annales notre célèbre Intendant, dont nos bordelais connaissent à peine ce qu’ils doivent à ses soins pour l’embellissement de Bordeaux.

Bernadau a dû être bien heureux de lire, en 1837, un hommage qui lui est rendu dans l’Album du Voyageur à Bordeaux de cette année au sujet de la place Tourny : « Ce fut aussi cette place que l’on choisit pour y élever sa statue qui fut inaugurée en 1825. Il est juste de dire que c’est surtout à l’instigation de M. Bernadau que cet honneur tardif fut rendu de nos jours à ce grand magistrat. M. Bernadau, qui a toujours montré un zèle honorable pour tout ce qui intéresse le pays, qui a recueilli et conservé avec soin des documents précieux pour l’histoire de notre cité, avait découvert en 1807, dans la maison d’un notaire, un ancien portrait de M. de Tourny ; ce portrait, qui a été gravé par M. Lacour fils , a servi de modèle pour la statue, qui malheureusement est loin d’être un chef-d’œuvre.

20 juin 1806 Talleyrand, prince de Bénevent
Talleyrand-Périgord est nommé Prince de Bénévent. Ce qu’il y a de singulier, c’est que ce pays est pris au Pape, qui cependant vient d’accorder un Bref à cet ex-Evêque pour être rendu à la vie séculière et pouvoir se marier catholiquement avec une de ses anciennes maîtresses.

En 1806, Talleyrand reçoit de Napoléon le titre de « prince de Bénévent », État confisqué au Pape où il ne se rend pas une seule fois, se contentant d’envoyer un gouverneur.
On se souvient du mot de Louis XVIII : Ce que M. Talleyrand a oublié, c’est qu’il n’est pas de Périgord, mais du Périgord !

12 août 1806 Un bateau sans voile ni rames !
On a fait sur la Garonne l’expérience d’un bateau qui doit avancer sans voile ni rames contre le courant. Un ingénieur étranger a fait construire dans ce port cette machine plus singulière qu’utile. Elle consiste en deux bateaux plats, placés à côté l’un de l’autre et unis par un pont. Dans l’entre deux, est établie une roue comme celle des moulins à eau que le courant fait tourner et dont huit hommes accélèrent le mouvement par une manivelle. Ainsi, le bateau remonte par ce mécanisme, mais lentement. On n’en augure rien de bon.

16 septembre 1806 Société médicale d’Emulation
La société médicale d’émulation a tenu aujourd’hui une séance publique que nous prévoyons devoir être la dernière dont on ennuiera le public. Cet établissement tombe en décrépitude et ne fait plus paraître son journal. Celui de la société de médecine l’a écrasé. il existe dans son sein un germe de division qui doit entraîner la dissolution de cette réunion ridicule de chirurgiens, d’apothicaires et de leurs garçons avec quelques beaux esprits qui veulent y dominer sans contribuer à ses dépenses ni à son illustration. Nous sommes instruits qu’un certain pédant nommé Laboubée, renforcé par deux soit disant Lettrés appelés Dargelas et Carteau, y mendient l’amour propre des médicastres d’émulation qui sont ennuyés de leurs soporifiques lectures à prétentions.

8 décembre 1806 Filtre bordelais
Un espèce de mécanicien nommé Alexandre annonce l’établissement d’une fontaine de son invention qu’il va établir devant la porte du havre du Château Trompette, au moyen de l’eau de la rivière qu’il filtrera par les tubes capillaires du linge. Il appelle son établissement Filtre bordelais. L’eau qu’il clarifie sera par lui vendue en ville, à raison d’un sou la cruche. Le préfet et le maire ont approuvé cet établissement. Le public l’accueillera-t-il de même ?

Le Dictionnaire chronologique et raisonné des découvertes en France, de 1789 à 1820, décrit cette invention : 
 »Filtre bordelais, Invention, M. Alexandre de Bordeaux, 1807.
Ce procédé pour lequel l’auteur a obtenu un brevet d’invention de 10 ans diffère de celui de MM. Smith et Cuchet de Paris, et le résultat est aussi satisfaisant. M. Alexandre, dans son établissement à Bordeaux, n’emploie ni sable, ni éponge, ni charbon pilé ; mais il fait simplement passer l’eau par les tubes capillaires que forme une toile de coton à moitié usée. On sait qu’une mèche ou un ruban qui trempe dans un vase et qui pend en dehors, sert bientôt de conduit à la liqueur, qui filtre et s’écoule jusqu’à ce que le vase soit à peu près vide. M. Alexandre a appliqué cette expérience de physique à la purification en grand des eaux de la Garonne, et la société de médecine de Bordeaux en a fait un rapport avantageux. »

21 décembre 1806 Statistiques démographiques bordelaises
La population a diminué cette année à Bordeaux car, suivant les registres de l’hôtel de ville, on trouve qu’il y a eu, en 1805, 424 naissance, 3 décès, 19 mariages et 3 divorces de plus qu’en 1806. Durant cette dernière année, on compte 2840 naissances, 4583 décès, 537 mariages et 2 divorces. Il est réellement constant qu’il y a maintenant vingt mille habitants de moins qu’avant la Révolution. Les locations sont nombreuses et à bas prix, même dans les quartiers les plus passagers de la ville. La gêne se fait sentir dans toutes les classes d’habitants, attendu qu’il n’y a pas de commerce extérieur et point d’exportations de vin.

Publicités