Année 1807

3 janvier 1807 Place Napoléon
La place des Salinières vient d’être appelée place Napoléon. Il est question d’élever un monument à l’Empereur sur la porte Bourgogne qui sera décorée en Arc de Triomphe. Le plan est tous tiré : il ne s’agit que d’avoir de l’argent pour l’exécuter.

C’est à la fin de l’année (voir 23 décembre) que les guichets latéraux de la porte Bourgogne seront démolis pour faire place à l’Arc Napoléon.

3 janvier 1807 Impasse Burguet
Il y a eu hier un petit incendie dans l’impasse Burguet, faubourg Saint-Seurin. Le théâtre de la Gaité a donné une représentation au bénéfice de ceux qui ont souffert de cet événement.

L’impasse Burguet évoque la formation de la rue Turenne. Jusqu’au XVIIIe siècle, elle n’était qu’une succession d’impasses : impasse de la Taupe (44 m), impasse Turenne (35 m), impasse Burguet dont on voit encore faiblement les inscriptions respectivement à l’angle de la rue Turenne et de la rue du Palais-Gallien. Le raccordement de ces impasses a nécessité un percement de 45 mètres à travers un jardin, une échoppe et la cour du Mâconnai. En 1850, allongée jusqu’à la rue de la Trésorerie (actuelle rue du Docteur Albert Barrault), la rue Turenne y rencontra l’ancienne rue Ozée ouverte entre la rue de la Trésorerie et la rue de Lerme. Un décret impérial du 25 décembre 1867 décida son prolongement entre les rues Colbert et Paulin. En 1880, le raccordement à l’ancienne rue Ozée et l’ouverture entre les rues de Lerme et Paulin acheva la rue Turenne.

23 février 1807 Les loups à Mérignac
Il y a eu hier une grande chasse aux loups dans les environs de Mérignac. On a pris sept de ces animaux. Ils sont assez multipliés pour qu’on s’occupe de leur destruction. Plusieurs commissaires ont concouru assez heureusement à cette battue. Il convient d’en faire de nouvelles.

28 février 1807 Les exécutions place Saint-Julien
On vient de transporter sur la place Saint Julien le lieu des exécutions qui se faisaient auparavant sur le port, récemment décoré du nom de Napoléon.

Pendant la Terreur, la guillotine était installée en permanence place Nationale (Gambetta). A la fin du XVIII° siècle et au début du XIX° siècle  » la veuve  » reprend du service place extérieure des Salinières (aujourd’hui place de Bir Hakeim) pour supplicier les droits communs. Les travaux de construction du pont de pierre rendent rapidement les exécutions impossibles et la guillotine rejoint, en 1806, la place Saint Julien (de la Victoire).

1° mars 1807 Décret sur les Théâtres
On a organisé les théâtres de Bordeaux d’après le nouveau décret qui ne permet que deux théâtres en activité dans cette ville. En conséquence, la troupe du Grand théâtre jouera deux fois par semaine dans cette salle et cinq sur celle du théâtre Français. La troupe du théâtre de la Gaité donnera cinq jours de la semaine dans sa salle et deux dans celle du théâtre de Molière. Ainsi, par ce fait, nos quatre théâtres se trouvent conservés, avec cette distinction qu’il n’y aura que deux spectacles par jour. Quoique le goût du théâtre soit plus répandu qu’avant la Révolution, nous croyons cependant qu’un seul spectacle par jour aurait suffi dans cette ville. La preuve en est que la plus grande partie du temps, les deux théâtres sont presque déserts.

Le 8 juin 1806, Napoléon signe un décret réduisant le nombre de théâtres de Paris à huit. Cette mesure porte un coup de grâce au foisonnement dramatique de la capitale française. L’article 3 du décret précise que « aucune nouvelle salle de spectacle ne pourra être construite, aucun déplacement d’une troupe d’une salle dans une autre ne pourra avoir lieu dans Notre bonne ville de Paris, sans une autorisation donnée par Nous ».
Tous les théâtres non autorisés sont fermés avant le 15 août. Il est de même interdit de représenter une quelconque pièce dans d’autres théâtres, ni d’y admettre le public, même gratuitement. On ne peut distribuer, sans autorisation, affiches ou billets annonçant un spectacle.
En province, la situation est également réglementée : Ainsi, les villes qui peuvent avoir jusqu’à deux théâtres sont Lyon, Bordeaux, Marseille Nantes et Turin.

9 avril 1807 Une séance de l’Académie
Séance publique de la société des Sciences, Belles-lettres et Arts de Bordeaux. Le préfet y distribue à MM. Bataille et Pinard les prix d’encouragement qu’ils ont obtenus pour les travaux qu’ils ont envoyé à la dernière exposition publique des produits de l’industrie française. Le premier a perfectionné la fabrication de certains instruments de chirurgie, l’autre a fondu des caractères d’imprimerie qui ont été reconnus passablement exécutés, pour être de province.
La société a ensuite accordé une médaille d’encouragement à M. Alaux, peintre, pour un tableau mythologique par lui peint et à M. Gauthier pour une mécanique par lui inventée pour faciliter le soulèvement des corps submergés dans la Garonne.
Le public a ensuite été régalé de la lecture des cinq mémoires suivants : Rapport de M. Guyet-Laprade sur les travaux entrepris pour la fixation des dunes de sables subsistantes sur le bord de l’océan, depuis Cordouan jusqu’à l’embouchure de l’Adour. Ce travail a paru à tout le monde aussi ennuyeux par la manière minutieuse avec laquelle il est écrit que par le ton lamentable du lecteur. C’est un imbécile et un adroit fripon qui voudrait faire quelque bruit.
M. Leupold a lu un rapport sur un ouvrage auquel travaille M. Lescau, son collègue, pour faciliter aux marins les moyens de prendre la hauteur en mer avec promptitude et sûreté. Ce mémoire n’était guère plus amusant que l’autre pour les dames et le commun des auditeurs.
On en peut dire autant de la dissertation lue en troisième lieu par M. Cayla sur notre ancien autel de Tutelle, dans laquelle il n’a fait que répéter ce que tout le monde sait sur ce monument. Vinet, Gruther, Venutti, Don Devienne, tous les géographes et les faiseurs d’almanachs l’ont déjà décrit amplement. À quoi bon la répéter fastidieusement. Mais notre infatigable antiquaire n’a jamais su faire parade que du savoir d’autrui. C’est l’ homme le plus ennuyeux et le plus plat de tous ces académiques.
L’abbé Guilhe a glapi ensuite une imitation rimée du petit poème d’Ausone intitulé : Rosae.
On a donné pour petites pièces des stances sur l’emploi du temps par un bouquiniste de Périgueux nommé Joannet qui a l’honneur d’être le correspondant de cette coterie littéraire. Elle n’est pas moins ridicule dans ses séances d’apparat qu’en déshabillé. Il est étrange que cela puisse subsister.

Les Pinard s’établissent imprimeurs et marchands de papier, d’abord rue de la Chapelle Saint-Jean, puis de 1785 à 1795 au n° 96 de la rue Notre-Dame aux Chartrons. En 1795, après avoir été pendant quelque temps les associés des frères Labottière, ils achètent le fonds de ces imprimeurs de la place du palais de l’Ombrière, devenue place Brutus, qui avait été ruinés par la révolution.
Les Pinard, eux, traversent la révolution sans encombre, bien au contraire, et ils surent vraisemblablement mettre à profit les circonstances de cette triste époque en s’enrichissant rapidement. Leur imprimerie ayant pris de l’importance, ils s’établissent aux numéros 5 et 6 de la rue des Lauriers. En 1816, Pinard transporta son imprimerie au n° 7 des fossés de l’Intendance, puis il quitta Bordeaux et alla s’établir à Paris.
Pierre-Joseph Alaux, peintre et décorateur, fait partie d’une famille qui s’est illustrée pendant plusieurs générations dans l’art.
Jean-Claude Leupold (1774-1840), professeur de mathématiques supérieures et d’hydrographie, fut le promoteur de la première exposition de la Société philomatique.

8 juin 1807 Nominations à Saint-André
Un décret impérial vient d’attacher à l’hôpital Saint-André de Bordeaux 6 professeurs de diverses parties de l’art de guérir. Nous doutons que cette institution soit utile au public. Le profit n’en sera que pour quelques intrigants qui palperont l’argent sans rien faire et qui seront placés là par leurs compères, comme cela est à présent pour les places de médecins et chirurgiens des hospices.

10 août 1807 Boîtes fumigatoires (voir 31 décembre 1788)
Le maire vient de faire établir à trois extrémités de ce port des boites fumigatoires et a nommé une commission de chirurgiens et de médecins pour en faire usage lorsqu’il s’ agira de porter des secours aux noyés devant Bordeaux.

16 août 1807 Saint Napoléon
On a célébré ici avec solennité les fêtes de ce jour, ordonnées par l’empereur en l’honneur de sa naissance et de St Napoléon, son patron, qu’on ne connaissait qu’en Italie et qui vient d’être enregistré au calendrier français. Suivant sa nouvelle légende, c’était un militaire d’Alexandrie qui souffrit le martyr en Égypte sous Dioclétien. Il y a eu en conséquence des processions, comédie gratuite, illuminations, fontaines de vin sur certaines places et gala à l’hôtel de ville.

Dès 1805, ce nouveau saint entra dans l’arène des martyrs de l’Eglise. Napoléon, dont on peut légitimement penser qu’il ne fut point étranger à cette nouvelle « canonisation », fit de cette journée, une fête nationale, naturellement chômée des français. La Saint-Napoléon fut fêtée le 15 août 1806, pour la première fois.

16 septembre 1807 Fermeture du théâtre de la Gaité
Le théâtre de la Gaité vient d’être clos par un arrêté du ministre de l’Intérieur qui a décidé qu’il n’y aurait qu’un théâtre à Bordeaux. Le directeur de la Gaité ayant fait construire sa salle sur le terrain du château et n’en ayant la propriété que pendant 15 ans, le Grand Théâtre lui fera 6000 (livres, francs ?) de pension annuelle par forme d’indemnité jusqu’à l’expiration de ce temps. Comme le goût des petits spectacles nuit aux arts et fait abandonner le Grand Théâtre, on a bien fait de chercher à lui donner du lustre. Il a permis aux acteurs de la salle de la Gaité d’achever leur année théâtrale à la salle de Molière qui demeure fermée ainsi que le théâtre Français.

18 septembre 1807 Fin de la Société médicale d’Emulation ?
Il y a eu hier soir séance publique à la Société de médecine, où de Grassi, Caillau, Lamothe, Cazejus et Guérin fils ont lu des mémoires relatifs à leur profession.
Il est bon de consigner en même temps que la société médicale d’émulation, qui existait depuis six ans à Bordeaux, a tenu une séance publique le quatre de ce mois et qu’il paraît que ce sera la dernière, attendu qu’elle n’a plus ni considération, ni moyens pécuniaires pour se maintenir. Nous cherchâmes, il y a deux ans, à retarder l’époque de sa dissolution très prochaine par des règlements que nous fîmes adopter pour sa régénération lorsque nous y fûmes appelés comme associé honoraire. Mais ces médicastres n’ont pas voulu profiter de nos avis, croyant se connaître mieux que nous en fait de mort. Celle de leur société est arrivée, quoi qu’ils en aient dit. Dieu fasse paix aux pauvres trépassés.

Les Mémoires des médecins de la Société de Médecine devaient porter sur la vaccine, puisque le lendemain, Bernadau précise : « La société de médecine publie une notice sur la propagation de la vaccine dans le département de la Gironde ».

13 octobre 1807 Buste de Tourny
Ouverture d’un salon d’exposition à l’école publique de dessin où vient d’être placé le buste du grand Tourny fait en argile par un sculpteur de Paris nommé Brunet, d’après un portrait dont nous avons le premier signalé l’existence chez un notaire de Bordeaux dans le bulletin du Muséum. Ce buste a été fait par ordre du Maire et serait assez ressemblant, si on ne l’avait pas coiffé d’une énorme perruque qui n’est pas dans le tableau, et dont l’Intendant n’a jamais fait usage. Cet hommage rendu au magistrat, au zèle et aux talents duquel cette ville et une partie de l’ancienne Généralité doivent leur embellissement, a excité l’émulation. Et la société des Sciences a proposé pour l’éloge de Tourny père un prix de 600 Fr. dont on dit que le préfet a fourni les fonds. Nous nous proposons de concourir à ce sujet. Il était temps que les Bordelais témoignassent une tardive gratitude à la mémoire d’un homme illustre auquel ils doivent tant et qu’ils ont persécuté de son vivant pour ses bienfaits. On n’a rien écrit sur Tourny et nous sommes le premier qui en avons parlé comme il convient dans nos Annales de Bordeaux et dans le bulletin du Muséum. Les deux histoires de cette ville, quoique publiées après sa mort, n’ont pas même prononcé son nom. On ne connaît aucun écrit où il en soit parlé, que les Ephémérides de Limoges imprimées en 1766 et un Essai sur son administration, imprimé en 1783. Ces deux ouvrages sont d’ailleurs très superficiels et, dans Bordeaux, on est réduit à quelques traditions vagues et à l’examen assez difficile à faire des monuments élevés sous son Intendance.

18 octobre 1807 Règlement de compte avec la Réole
On fait aujourd’hui la bénédiction du grand autel de Saint-André, élevé au milieu choeur de cette église. C’est celui qui était depuis 40 ans dans l’église des Bénédictins de la Réole. Les habitants de cette ville ont fait tant de mal à ceux de Bordeaux en 1793 (lors de la session des représentants conventionnels), qu’il était bien juste qu’ils expiassent leurs péchés d’alors par ce don à notre église.

On se souvient que, lorsqu’il s’était agi d’aller à La Réole pour rendre visite aux représentants en mission, Bernadau, désigné pour ce déplacement avec un autre membre de sa section, avait prétexté un désaccord avec ce collègue afin de ne pas remplir sa mission. Ce fait fut à l’origine de son incarcération durant trois mois au début de la Terreur.

9 novembre 1807 Echec du Filtre Bordelais
Il y a cinq ou six mois qu’un aventurier, nommé Alexandre, avait formé un établissement pour clarifier l’eau de la Garonne et la vendre ensuite dans la ville sous le titre imposant de Filtre Bordelais. Il avait même obtenu à cet effet un brevet d’invention. On a dit dans le temps que tout cela ne ferait que de l’eau claire : elle ne l’était pas parfaitement, quoique des physiciens complaisants s’obstinassent à démontrer qu’elle était supérieure à toutes les eaux qu’on buvait à Bordeaux. Ce singulier établissement n’a point prospéré, comme cela ne pouvait pas manquer : Il vient de fermer de lui-même et les croupiers en sont pour les frais de leur entreprise, qui n’a réussi que pour l’intrigant qui en avait donné l’idée et qui est parvenu à vivre un an à leurs dépends.

22 novembre 1807 Cambacérès à Bordeaux
Est entrée à Bordeaux à 4 heures de l’après-midi le prince Cambacérès qui, en sa qualité d’archi-chancelier de l’Empire, vient présider le collège électoral du Département. Il est descendu de voiture à la porte d’Aquitaine d’où, après avoir été harangué par les corps constitués, il s’est rendu à pied à l’hôtel de la Préfecture où la ville lui avait fait préparer un logement. Le cortège à passé par la rue Bouhaut, les fossés de ville et des Salinières, le port, les fossés du Chapeau Rouge et de l’Intendance, la porte Dauphine et les rues Bouffard, Monbazon et du Département. La réception a été très belle et le Prince y est apparu avec un ton affectueux. C’est un homme d’environ 65 ans, de haute taille, d’un air affable et de manières nobles, sans roideur. Tous ceux qui ont été admis à son audience se louent de son esprit et de sa douceur. Des applaudissements et non des vivats l’ont accueilli sur toute la route lors de son entrée en ville.

Les fonctions d’archichancelier de l’Empire étaient définies par l’article 40 du sénatus-consulte organique du 28 floréal an XII : il fait fonction de chancelier pour la promulgation des sénatus-consultes organiques et des lois ; il préside les sections réunies du conseil d’Etat et du Tribunat ; il est présent à la célébration des mariages et à la naissance des princes ; reçoit le serment des dignitaires de l’Empire, des ministres et des hauts magistrats ; signe et scelle les commissions et brevets des membres des Cours de justice et des officiers ministériels… Par ailleurs, comme grand dignitaire, l’archichancelier est inamovible (article 34), sénateur et conseiller d’Etat (article 35), membre du grand Conseil de l’Empereur, du Conseil privé et du Grand Conseil de la Légion d’honneur (article 36). Enfin, l’archichancelier préside le collège électoral de Bordeaux (article 45).

23 novembre 1807 Cambacérès à l’hôtel Saige
La ville a donné une fête au prince Cambacérès dans l’hôtel Saige qui avait été magnifiquement décoré à cet effet. Il y avait 1200 invités en hommes et en dames, dont la mise était brillante. La fête a commencé à 10 heures du soir. Le Prince, après avoir assisté au souper et vu ouvrir le bal, s’est retiré. Les invités ont resté jusqu’au lendemain à l8 heures. Ils avaient gratis des rafraîchissements de toute espèce. On est fort satisfait de cette fête qui a été une des plus brillantes qu’on ait encore donné à Bordeaux ; elle a coûté 30 000 Fr. à la caisse de la ville.

25 novembre 1807 Cambacérès reçu par les Frans-maçons
Les Francs-maçons réunis au nombre de 300 ont donné un Gala au Prince Cambacérès dans l’hôtel de l’Intendance. Le prince est grand Maître de l’Orient de France.
Le lendemain, le commerce de Bordeaux a donné une fête au Prince dans les galeries de l’hôtel de la Bourse. Elle a commencé à 10 heures et a duré toute la nuit. Il y avait 1800 invités en personnes des deux sexes. La réunion aussi belle mais plus brillante que celle de la ville. Elle a coûté 20.000 francs.

Bernadau était-il Franc-maçon ? Sa signature, dès 1803 semblerait en attester.

23 décembre 1807 Arc Napoléon
On a commencé la démolition des deux guichets latéraux de la porte de Bourgogne qui doit être désormais l’Arc Napoléon.

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