Année 1810

2 janvier 1810 Etrennes
Les visites reprennent comme par le passé. Les grands et leur subalternes en faisaient et en recevaient hier avec toutes les formules de l’étiquette. Il n’y a que les dragées et les pièces d’or qui ne se donnent pas avec profusion comme autrefois : les Anglais nous privent tous les jours de ces deux marchandises.

4 janvier 1810 La colique de Madrid
Un chirurgien des chevaux légers de cette Garde, nommé Deplace, vient en passant de publier deux opuscules de son métier. L’un est intitulé : « Aperçu sur la colique de Madrid », l’autre : « Titénéologie ou discours sur l’allaitement maternel ». Ce sont deux petites brochures qui ne contiennent pas beaucoup de doctrine. La première nous apprend seulement qu’une colique épidémique a fait de grands ravages parmi les régiments français en Espagne et a ajouté à la destruction de l’espèce humaine.

Dans les Annales des sciences et des arts : 1809 (1810), 2 on trouve cet « Aperçu sur la colique de Madrid et de ses environs, par M. Deplace. L’auteur décrit d’abord les symptômes de la colique de Madrid, dont les principaux sont des nausées fréquentes, des vomissements presque continuels de matières verdâtres et tenaces, une constipation opiniâtre, des douleurs violentes à la région ombilicale, des angoisses cruelles qui arrachent des cris aigus et même des hurlements. L’abdomen se déprime et s’approche plus ou moins de la colonne vertébrale, il est dur et rénitent; le pouls est élevé, fréquent, mais point fébrile. Dans toutes les périodes de la maladie, les urines sont rouges et chargées. La paralysie est assez souvent la terminaison de cette fâcheuse affection. En recherchant les causes de la colique de Madrid, l’auteur croit les trouver dans la situation de la capitale des Espagnes, qui y rend la température sujette à des changements subits. Ces changements, en portant leur action immédiate sur la peau, dérangent ou suppriment la transpiration insensible, et il se fait alors un reflux sur le canal intestinal. C’est donc à une constitution spasmodique d‘une partie des intestins ou de tout l’abdomen, suite d’une suppression de la transpiration insensible, que l’auteur attribue la colique de Madrid qui y paraît endémique, et c’est d’après cette indication qu’il propose les pédiluves, les vésicatoires, les rubéfians appliqués sur la région lombaire et le bas-ventre, les antispasmodiques, les émétiques et les purgatifs (Recueil périodique de la Société de médecine de Paris. Septembre 1809). »

13 janvier 1810 Hommage à Beck
Tous les musiciens de Bordeaux, amateurs et artistes, ont fait célébrer dans l’église Saint-Seurin un service pour le repos de l’âme de M. Beck, leur doyen. Les personnes les plus distinguées par leurs fonctions et par leur goût pour les arts y avaient été invitées. Elles étaient au nombre de plus de 300, placées dans le choeur. Le restant de l’église était remplie de personnes des deux sexes, accourues en grand nombre malgré la rigueur de la saison, le thermomètre étant alors à 7° au-dessous de zéro.
Le choeur de l’église était tendu en noir; à la suite on avait élevé un grand catafalque très bien illuminé. Les musiciens étaient au-devant, au nombre de plus de 80 exécutants, sans compter beaucoup d’auxiliaires qui n’avaient pu se placer à l’orchestre, faute de partitions.
La cérémonie a commencé par l’ouverture composée en 1790 par Beck pour servir d’ouverture au drame du comte de Cominges. On a ensuite chanté la fameuse messe de Requiem de Jommelli et le De profundis de Gluck. Le clergé a fait solennellement sa petite cérémonie. On a fait aussi une collecte pour les pauvres, puis les musiciens ont congédié l’assemblée en lui jouant l’ouverture d’Orphée, magnifique composition du défunt, d’abord destinée à un ballet de ce nom et que l’on substitue, même à Paris, à l’ouverture du même opéra de Glück depuis que ce dernier ne peut plus se fâcher de cette petite modification.
J’ai publié dans le bulletin polymathique une notice sur M. Beck, attendu que le président Mathieu n’a pas osé faire imprimer l’oraison funèbre qu’il avait débité aux philomates dernièrement. Le paperassier Lhospital nous menace d’un éloge sur le même sujet; Il doit le faire imprimer lorsqu’on aura agréé le projet de buste qu’il projette de faire élever dans le foyer du Grand Théâtre. Cet homme a toujours des idées après tout le monde et se donne pour le plus solide protecteur des arts qu’il a déshonorés par ses écrits et par ses moeurs.

Franz Ignaz Beck (1734-1809) est un compositeur allemand ayant œuvré principalement en France, et surtout à Bordeaux où il s’installe vers 1763. À la demande du Maréchal de Richelieu, alors gouverneur de Guyenne en 1765, il se voit confier l’orchestre de l’Opéra des Fossés de l’Intendance avant de triompher au Grand-Théâtre de Bordeaux. Il exerce la même fonction jusqu’à sa mort en 1809.

16 janvier 1810 Projet d’un nouvel hôpital
« Mémoire sur un projet d’hôpital à établir à Bordeaux dans la caserne de Saint-Raphaël, in 4°, 1809 » : Tel est le titre d’un mémoire publié par M. Combes, architecte. Tous ses confrères s’évertuent sur ce sujet afin d’être occupés au nouvel hôpital qui doit être établi à Bordeaux pour y enfermer les mendiants du Département.

7 février 1810 Mariage de Napoléon et Marie-Louise
Convention de mariage entre l’empereur Napoléon et l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche et de Marie-Thérèse de Naples, sa troisième femme. Cette princesse a 18 ans et demi et est la petite-nièce de la feu reine de France. C’est la politique et la peur qui ont présidé à cette réunion. Napoléon, bien conseillé, n’aurait pas dû la faire. Les liaisons de la France avec l’Autriche ont toujours porté malheur à ce premier Etat et il ne serait pas étonnant que le chef de l’autre ne se liguât un jour contre son gendre si l’intérêt politique et la peur lui conseillaient un jour une conduite opposée à celle qu’à présent il tient. On saura que Napoléon avait demandé une soeur de tsar qui lui a répondu qu’elle était trop jeune pour être encore mariée. D’autres disent que la demande a été refusée à Petersburg en termes fort durs.

20 mars 1810 Les imprimeurs Coudert et Dubois
On lit aujourd’hui dans l’Indicateur de Bordeaux une critique de mon nouvel ouvrage où la malhonnêteté se joint à l’injustice…

L’ouvrage en question est le Tableau de Bordeaux, critiqué par Martignac fils, violemment pris à partie dans ce passage des Tablettes par Bernadau, qui en arrive à évoquer aussi les imprimeurs Coudert et Dubois, impliqués dans l’affaire du Livre rouge de la Terreur.

Cet imprimeur nommé Coudert est un ancien espion de police dont le journal, d’abord monté par un homme de lettres de Paris nommé Lepan, a tellement prospéré, qu’après avoir commencé le bien-être du dit Coudert, celui-ci a eu un procès avec son rédacteur qu’il a trouvé le moyen d’éloigner de la copropriété qu’il lui avait promise de sa feuille, au moyen d’un procès inique qu’il lui a suscité. Il faut ensuite observer que cet imprimeur, qui n’était que le Prote du nommé Dubois, mauvais imprimeur qui avait fait les premières formes de ce journal, vit actuellement en concubinage public avec la veuve du dit Dubois pour se dispenser de rendre des comptes à la succession de son ci-devant associé.
Quant aux rédacteur Dumoulin, c’est le fils d’un petit marchand de meubles et de vins, venant on ne sait d’où.

10 mai 1810 Comité de vaccine
Installation, à l’hôpital de la Manufacture, d’un Comité de vaccine par arrêté impérial, composé d’un certain nombre de médecins et chirurgiens, du maire, du préfet, du premier président et du procureur général de la cour d’appel, le tout présidé par l’archevêque. Il y a un médecin chargé nominativement du dépôt de vaccin sous le titre de Vaccinat. Il a 600 Fr. d’appointements. Le docteur qui en est revêtu est M. Lamothe, vieille caboche médicale, homme systématique qui a été, tour à tour, inoculateur, mesmérien, browniste, crânologue et toujours médiocrement bête. Le gouvernement paraît beaucoup tenir à la propagation de la vaccine et charge même les curés de la prêcher à leurs paroissiens. Les prêtres d’autrefois ne furent pas si dociles pour propager l’inoculation.

25 mai 1810 Un meurtre sordide (voir 6 juillet 1810)
On a arrêté aujourd’hui l’auteur de l’horrible assassinat commis dans la nuit du 21 au 22 de ce mois sur une fille publique nommée Serviau, jeune lyonnaise logeant sur le cours de Tourny, vis-à-vis la rue Rolland. C’est un jeune garçon apothicaire nommé Maigne, natif de Castelnau de Magnoac (Gers). Voici le résultat des meilleures versions qui circulent à ce sujet. L’assassin accosta au Grand-Théâtre cette fille qui avait une mise très brillante. Ils s’accordent pour passer la nuit ensemble. Lorsqu’il la crut endormie, il lui donna un coup de couteau dans le sein. Elle se débattit beaucoup avec l’assassin, étant forte et courageuse et celui-ci d’une faible corpulence. Des traces de sang qu’on trouva à la porte et à la croisée attestaient qu’elle avait tenté de l’ouvrir. Mais après beaucoup d’efforts, elle succomba sous de nouveaux coups. Alors celui-ci, qui paraissait avoir pris la précaution de se mettre exactement nu pour qu’il ne restât aucune trace de sang sur son linge, s’habille et enleva les bijoux de cette fille. Il se retira dans une chambre qu’il tenait au pont Saint-Jean, où une servante le vit entrer, les bas pleins de sang. Ce qu’il y a de particulier dans cette affaire, c’est que le protecteur de cette fille, qui couchait dans une chambre voisine, a prétendu n’avoir rien entendu et ne s’est aperçu du meurtre que lorsqu’il voulu entrer chez elle le matin, à l’heure où il présuma que l’homme qu’il savait avoir couché chez elle pouvait être retiré. Cependant, le bruit qui avait eu lieu lors de l’assassinat avait réveillé le maître de la maison qui était au rez-de-chaussée et qui, du bas de l’escalier, cria une fois : « Madame, pourquoi tant de vacarme ; voulez-vous que je monte ?» A quoi Maigne répondit : « C’est une petite discussion que j’ai eu avec Madame, mais tout cela est terminé à l’amiable. Veuillez nous laisser tranquille comme nous vous laissons. Bonne nuit. »
Depuis Camalet d’horrible mémoire, il n’avait pas été commis d’assassinat aussi atrocement combiné dont les détails soient plus affreux et inouïs. Il occupe le public de toutes les classes.

7 juin 1810 La grande synagogue de Bordeaux
La pose de la première pierre de la grande synagogue des juifs de Bordeaux se fait aujourd’hui en présence des autorités constituées. L’édifice doit s’élever dans la rue Causserouge sur les ruines d’une maison particulière achetée exprès. Il doit coûter, pour tous les travaux, la somme de quatre-vingts mille francs que le consistoire est autorisé à répartir sur tous ses coreligionnaires. Il y a eu, comme on pense, plusieurs discours tant bons que mauvais sur la tolérance religieuse, dans cette cérémonie qui a été très mesquine. Le grand rabbin est un nommé (non déchiffré), homme très peu renommé, même dans sa tribu.

Lors de la création du Consistoire central par Napoléon, un consistoire régional est créé à Bordeaux en 1808. Un an plus tard, une grande synagogue est fondée sous son impulsion rue Causserouge. Dessinée par l’architecte Arnaud Corcelle, elle s’inspire librement de l’architecture orientale. Centre névralgique du quartier juif, cet édifice monumental est victime d’un terrible incendie au cours de l’année 1873.

25 juin 1810 Restauration de Saint-André (voir 25 août 1787)
M. Combes, architecte de cette ville, vient de publier une Lettre sur la restauration de l’église Saint-André pour répondre aux critiques qu’on a fait de ce travail. Il est certain qu’en général il est bien conçu, mais qu’il a des défauts dans certains détails et que l’on dépense beaucoup trop pour restaurer cet édifice dans un temps comme celui où nous sommes. Il y a à la vérité 120 000 Fr. destinés à ces restaurations; Mais c’est parce qu’on les a sans doute demandés et qu’on aura déterminé la somme à y employer.
Les travaux faits à cette église consistent à couvrir le choeur en ardoises, qui était couvert en bois depuis l’incendie de la charpente le 25 août 1787; à recrépir tout l’extérieur; à rebâtir l’intérieur; à profiler d’une manière uniforme et du haut en bas les pilastres et colonnes gothiques dont les fûts formaient deux étages; à faire de petits autels dans la nef; à faire au fond et sous l’orgue une estrade par laquelle on montera pas 8 marches pour sortir par une nouvelle porte qui va être ouverte dans cet endroit, en attendant que tout le mur de façade ait été refait en forme gothique, comme les autres portes latérales; enfin à restaurer, consolider et armer de paratonnerres les deux clochers qui s’élèvent à coté de la porte principale du côté du nord.

Rappel de la note du 25 août 1787 : « Étant aux Jacobins pour entendre le panégyrique de Saint-Louis prêché devant notre Académie, j’apprends que le feu a pris à l’église St André et je laisse là la fête des Beaux-esprits. il était dix heures et demi lorsque l’incendie a commencé et, à une heure et un quart, il n’y avait plus de bois sur le choeur de l’église. Les flammes dévorèrent tout cela avec d’autant plus de rapidité que le vent était violent, la charpente vieille et qu’il était comme impossible d’en arrêter les progrès en aucune façon. On dit que le feu y a été mis par l’imprudence de quelques ouvriers qui travaillaient à quelques réparations sur le toit et qui, ayant besoin de se servir de feu dans leurs opérations, ne surveillèrent pas assez. Manquant d’eau pour éteindre le peu de bois qui s’était enflammé et ne pouvant se faire entendre par ceux qui pouvaient leur en apporter, ils furent obligés d’abandonner tout, lorsqu’ils virent que leurs efforts étaient infructueux. Quoiqu’il fit jour, les ondes de flammes et de fumée qui se déployaient dans les airs sous des couleurs et des formes variées offraient une perspective magnifique et très pittoresque. C’était une belle horreur. Les curieux paraissaient seuls attristés de la perte future de ce grand monument. Le commun des spectateurs voyait cela avec une sorte d’indifférence, parce qu’il ne manque pas d’églises dans Bordeaux et qu’on en a d’ailleurs guère plus besoin. On sent que les sarcasmes et les railleries n’étaient pas épargnés. Les uns disaient d’y jeter les chanoines, les autres une balle de papier timbré pour éteindre l’incendie, d’autres voulaient que le feu y avait été mis par des personnes qui s’étaient trompées de porte et qui avaient porté le flambeau à la cathédrale, croyant que ce fut l’archevêché. Dans notre siècle, les malheurs de l’église n’affectent point et l’on rit de voir s’affliger les prêtres. Dans ce désastre, on ne plaignait que les travailleurs ou les curieux imprudents que la chute des pierres, des poutres et du plomb fondu qui ruisselait pourraient atteindre. En effet, il y a eu quelques personnes estropiées en tombant, ou écrasées par un morceau de muraille au-dessus de la porte de l’hôpital. Cependant, quelque violent qu’ait été l’incendie, l’ardeur du feu ni la pesanteur des chevrons brûlés n’ont occasionné aucun dommage aux voûtes. On dit qu’elles sont en bon état. Mais le chapitre a interrompu les offices par goût ou par raison. La perte que ce fatal accident a entraîné est estimée à 600.000 livres. »

6 juillet 1810 Exécution de Maigne
On exécute à mort aujourd’hui l’assassin Maigne, dont le crime que nous avons détaillé plus haut, a été reconnu malgré les négations du criminel. Autant il avait montré d’audace avant le jugement, autant il a montré de faiblesse après. Il était presque mort au moment du supplice. Les graveurs et les chansonniers se sont exercées à représenter et à chanter ce scélérat.

Daniel Salmon (http://www.cahiersdarchives.fr/index.php/21-publications/justice/79-la-justice-expeditive-sous-l-empire-le-crime-de-raymond-maigne) apporte des détails intéressants à cette affaire :
« Le 21 mai 1810, Françoise Serviau, part seule au Grand Théâtre. C’est une demi-mondaine, dont le souteneur s’appelle Isidore Royère. Dans la soirée elle rentre chez elle, accompagnée, au 22 cours de Tourny. Vers 4 heures du matin, les voisins entendent une discussion violente. Un homme s’enfuit précipitamment dans l’obscurité.
Le lendemain, son compagnon officiel, découvre son corps sans vie, la gorge tranchée. Elle a été tuée de plusieurs coups de couteau. On retrouve une chemise d’homme marquée R.M. et un foulard. Royère qui dormait dans la chambre à coté n’a rien entendu.
Un suspect est vite repéré dans une auberge, au 9, Pont Saint Jean. Il se nomme Raymond Maigne. Il a 21 ans et est né à Castelnau de Chalosse, dans les Landes. Il est élève en pharmacie. Il est reconnu par un des voisins de la victime. Il porte plusieurs plaies sur le corps. Il nie d’abord puis raconte que le 21 mai, il a rencontré, au café de la Bourse, un jeune homme dont il dit ignorer le nom. Ils étaient partis ensemble au spectacle et avaient remarqué une femme dans la salle. Son ami lui avait dit qu’elle avait été sa maitresse à Marseille. Ils étaient partis tous les trois chez la femme Serviau. Après une heure de conversation, ils étaient dans le même lit. L’inconnu voulait punir la dame de lui avoir donné la vérole. Quand Maigne se réveilla, c’est un cadavre qui gisait à ses côtés.
Il est jugé le 20 juin 1810. Les témoins se succèdent pour délivrer des mauvais renseignements sur son compte. Sa version des faits parait peu crédible. Il se plaint, dès le début du procès, de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour préparer sa défense. Le procureur général Buhan lui répond que  » 12 jours est un délai bien suffisant ! « . Maigne est condamné à mort. L’Indicateur précise que « Raymond Maigne écouta la sentence avec ce sang froid et cette arrogance qui n’appartiennent qu’aux criminels ».
Il est exécuté le 26 juillet 1810, vers 15 heures, place d’Aquitaine. L’Indicateur ajoute qu »‘autant il avait montré d’audace avant le jugement, autant il a montré de faiblesse après. Il était presque mort au moment du supplice ».
Ce crime eut un grand retentissement à Bordeaux. Au point d’inspirer une complainte en vers de mirliton.

 » Maignes sur l’échafaud
Déjà vers la sanglante place
Tout un peuple accourt, éperdu,
Plus d’espoir, grand Dieu ! Plus de grâce !
L’horrible fer est suspendu. »

Au passage, qui de l’Indicateur ou de Bernadau a copié l’autre ?

20 juillet 1810 Les travaux de Saint-André
Je monte aujourd’hui au bout du premier clocher de Saint-André que l’on répare. On a construit à cet effet 12 échafaudages successifs, chacun à 12 pieds de distance l’un de l’autre, à partir de la galerie où finit la tour et commence la flèche. On monte d’un échafaudage à l’autre par le moyen d’une échelle extérieure. Quoi que tout cela soit fort solide, beaucoup de gens qui ont voulu monter jusqu’à la boule du clocher n’ont pas osé achever le voyage. De ce point élevé de 250 pieds au dessus du sol, la vue est magnifique et s’étend sur la riante campagne de Bordeaux dont on pourrait lever le plan. Avec un télescope, on distingue la ville de Bourg. La restauration de ces clochers, qui n’avait été faite que partiellement il y a une soixantaine d’années, était bien urgente. La pluie ou la foudre avaient fait lézarder une partie de la flèche et calciné beaucoup de pierres. On les a remplacées et pour la consolider, on la cintre dans le bas de deux cercles en fer qui sont posés à 10 pieds de distance l’un de l’autre et reconstruit sur l’ancien plan 20 pieds du bout de la flèche. Une excellente pierre dure à grains fins, trouvée dans les ruines du palais de l’Ombrière, est employée à ces constructions. Elles se font avec beaucoup de goût et de solidité, quoi qu’en aient dit les architectes Chalifour, Rieutort et Bonfin qui ont lancé contre leur confrère Combes plusieurs pamphlets où il y a plus de malignités que de bonnes raisons. Ces pamphlets ont paru sous le titre de : Dialogue sur les travaux de St André – Les clochers de Milan de Strasbourg à leur camarade le clocher de Saint-André de Bordeaux. Le préfet a paru un peu étonné de ces diatribes et a fait suspendre les travaux du clocher jusqu’à ce qu’une réunion d’artistes l’ait rassuré sur leur solidité.

1° août 1810 Le Pont en bois devant Bordeaux
On a fait aujourd’hui l’adjudication des fournitures en pierres et en bois pour servir à la construction du pont qui doit être commencé le premier septembre prochain devant Bordeaux. On promet de l’achever dans trois ans. Le gouvernement donne à ce projet 120.000 Fr. Il doit être en bois sur pilotis et de 22 arches dont les piles seront renforcées en pierre. On a renoncé à le construire totalement en pierre à 14 arches, comme c’était le projet pour lequel on a sondé la rivière devant la Bastide, ainsi que devant Tregey l’an passé. Les gens impartiaux soutiennent que ce pont ne durera pas trente ans et que ses ruines finiront par gâter la rivière devant Bordeaux, où des dunes de sable s’amoncellent déjà d’une manière effrayante.

11 août 1810 Le maire Lynch honoré
Le maire de Bordeaux vient d’être créé comte de l’Empire et membre de la Légion d’honneur. Pour donner du relief à sa dignité, il ne va plus qu’en carrosse, portant pour écusson les anciennes armoiries de la ville,timbrées d’une couronne normale au lieu d’une couronne de comte. Il a des domestiques en livrée rouge, ayant trois croissants sur le bouton, et marche précédé de quatre cavaliers en uniforme rouge.

3 septembre 1810 Une séance de la Société de médecine
Dans la séance que la Société de médecine a tenue aujourd’hui, il a été lu :
1/ un discours d’ouverture par M. Lapeyre, président : Beaucoup d’appareil de doctrine et peu de choses d’un véritable intérêt. Le tableau des progrès de l’art de guérir peint dans un jargon de ruelles.
2/ notice des travaux de la société, par M. Caillau son secrétaire général: Bavardage emphatique et mensonger.
3/ observations sur un vomissement de sang avec fièvre par M. Guitard: Le dissertateur annonce qu’après avoir fait prendre beaucoup de remèdes à son malade, il a eu la douleur de le voir mourir. On ne s’attendait pas à ce dénouement.
4/ réflexions sur l’inoculation et la vaccine par M. Ducastraing fils : toutes les trivialités rebattues font réfléchir dans ce morceau écrit d’un style précieux et qui vire à l’effet.
5/ conseils à un jeune médecin sur l’art de faire naître l’espérance au lit d’un malade par M. Caillau : ce sont des vers assez bien tournés mais un peu lourds que ce docteur s’amuse à faire au lieu de curer. Il eut mieux fait de garder ses conseils pour lui-même.
La société n’a point eu de prix à décerner, mais elle en propose un sur cette question : exposer le tableau des améliorations dont la ville de Bordeaux est susceptible sous le rapport de la salubrité publique.

3 septembre 1810 L’architecte Thiac
Thiac, architecte de cette ville, ayant surpris sa femme le cocufiant, a appelé un commissaire de police pour en dresser procès-verbal. Celui-ci a reçu la plainte du pauvre mari et n’a pas cru devoir faire arrêter le jeune homme qui le suppléait.
La plainte est pour le fat, le bruit est pour le sot
L’honnête homme trompé s’éloigne et ne dit mot.

Il ne peut s’agir de Joseph-Adolphe Thiac, l’architecte du Palais de Justice né en 1800, mais plutôt de son père Pierre-Jean-Baptiste, auquel on doit les bains orientaux ainsi que la maison de Jean-Jacques Bosc, rue du Chai-des-Farines.

1° octobre 1810 Début des travaux du Pont
On commence aujourd’hui à fouiller la terre devant la porte des Salinières (Arc Napoléon), pour bâtir les ateliers destinés à renfermer les matériaux que l’on transporte pour bâtir la tête du pont devant Bordeaux. Il ne suivra pas la ligne
actuelle des deux quais du passage actuel de la rivière, mais remontera du côté de la vile au Sud et inclinera au Nord du côté de la Bastide, cette ligne coupant à angle droit la Garonne qui est marquée en cet endroit. Une telle direction est nécessaire afin que l’effort des eaux soit le moins fort possible sur les piles des têtes du pont.

5 novembre 1810 Agénésie anale
Il vient de naître, dans une famille juive, un enfant sans anus. C’est un phénomène en Israël et en médecine. On a fait un anus artificiel à cet enfant qui n’a pu survivre que peu de jours à cette opération.

25 décembre 1810 Décret impérial sur les Journaux
Par Décret impérial du 14 août de ce mois, les seuls journaux conservés à Bordeaux sont : 1/ L’écho du commerce qui doit prendre le nom d’Affiches de Bordeaux et se borner aux annonces qu’on comprend sous ce titre. 2/ L’Indicateur qui sera le journal destiné à la politique et à la publication des actes administratifs. 3/ le Bulletin polymathique que j’ai fondé en 1802 pour le Muséum et qui sera consacré aux sciences et aux arts. Toutes les autres feuilles périodiques nées ou à naître sont supprimées.

31 décembre 1810 Inauguration de l’Athénée de Bordeaux
L’athénée de Bordeaux tient aujourd’hui sa séance d’inauguration. Cet établissement est un démembrement du Muséum et a été formé par le sieur Goethals, co-associé et co-fondateur en 1801 du cercle auquel on a donné le nom pompeux de Muséum d’instruction publique. Le sieur Goethals a plus d’acquis que Isaac Rodrigues qui n’est qu’in ignare juif, dans toute la force du terme. Le premier a des connaissances pratiques dans les arts du dessin, possède beaucoup de notions sur les peintres et les sculpteurs de toutes les écoles. Mais tous les deux sont des brocanteurs scientifiques et c’est ce qu’ils ont de commun. l’Athénée est formé sur le plan de la société philomatique et cherche à rivaliser avec cette société qui pourrait bien prendre un certain lustre, car il y a de véritables gens de lettres et artistes instruits. Il faut en rendre justice à qui elle appartient, fût-ce au diable.

Publicités