Année 1818

2 janvier 1818 Tombes à Sainte Croix
Au lieu d’aller faire des visites insignifiantes que l’étiquette des temps gothiques a établies parmi les hommes du jour, nous nous sommes transportés au cimetière de la paroisse Sainte-Croix de Bordeaux pour y examiner quelques tombes qu’on vient de découvrir et dont chacun raconte ce qui n’est pas.
Elles nous paraissent très ordinaires et sont possiblement formées d’une seule pierre qui ne porte aucun signe d’antiquité. Elles ont dû servir à l’inhumation de quelques personnages considérables de leur temps, qui ne voulaient pas mourir comme de pauvres gens. Ces tombes qui sont au nombre de sept, étaient toutes placées à la profondeur de 7 à 8 pieds dans la direction exacte de l’Est à l’Ouest et ne renfermaient aucun ossement, quoique toutes recouvertes par une pierre d’une seule pièce. Dans le temps où elles ont été employées, on n’avait pas encore adopté la mauvaise coutume d’enterrer dans les églises les morts pour empester l’air qui y viennent respirer les vivants.

2 janvier 1818 Ravez (voir 4 septembre 1793)
La chambre des députés a nommé pour l’un de ses vice-présidents M. Ravez, de Bordeaux, sans doute parce qu’il occupe la place de sous-secrétaire d’État que son ami Laîné a fait créer exprès pour l’en gratifier. Nous ne pensons pas que le mérite législatif ait eu aucune part à cette nomination car le dit Ravez, qui jouissait à Bordeaux de la réputation d’un homme habile, n’a fait aucune sensation dans la dernière session; Et même un rapport qu’il y fit sur la liberté de la presse parut en somme au-dessous du médiocre sous tous les rapports.
M. Ravez, fils d’un ancien huissier au conservatoire des foires de Lyon, quitta cette ville en 1793 lorsqu’elle fut livré à la mitraillade ordonnée par la Convention nationale. Il venait chercher à Bordeaux un navire pour passer en Amérique et y tenter fortune. Comme la sortie de France était alors difficile, il attendait une occasion à cette fin, lorsque la jeunesse Bordelaise refusa en août 1713 de s’enrôler dans ce qu’on appelait la première réquisition. Ces jeunes gens formèrent une espèce de club à Belleville. M. Ravez le présida avec un certain talent qui le fit remarquer alors. Ce club ayant été forcé de se dissoudre, il dut sa fortune aux recherches qu’on fit de sa personne, comme réquisitionnaire fuyard et surtout comme chef d’attroupement. Il trouva un asile chez M. Deleyre, dont ensuite il épousa la fille, ce qui lui procura une existence. Il se livra à la carrière du barreau dès 1797 et s’y fit remarquer. Voilà l’origine de sa fortune. Elle peut devenir plus considérable, car il manoeuvre très adroitement, sous un air sans prétentions.

Auguste Ravez était lié à un autre président de la Jeunesse Bordelaise, Jean François Cornu. Quand on pressa celui-ci, lors de son rapide procès au terme duquel il sera guillotiné, de révéler l’endroit où se cache Ravez, Jean-François Cornu déclara : « Si je le savais, et qu’on me dit : Tu vas être libre, je dirais : Mon corps est à vous, mais mon secret, ma liberté et mon âme sont à moi. Et je crois ces sentiments très républicains. »
Ravez s’était prudemment retiré dans la propriété de monsieur Delayre, où il aura le temps de mieux connaitre l’une des filles de la maison, Marie-Anne, qu’il épousera en 1796.

8 janvier 1818 Encore une pique contre les Libournais
Une ordonnance du roi ayant ordonné la formation d’une Société d’agriculture dans tous les chefs-lieux arrondissements pour correspondre avec une société centrale établie à Paris, celle de Libourne a été installée hier. Le père du ministre favori Decazes en a été élu président, comme on pense bien. Cela donnera de l’importance aux Libournais qui seront de cette coterie pour répandre dans leur ville la moindre instruction qui y manque complètement. Il n’y aura point de société d’agriculture à Bordeaux, parce qu’il est décidé que la Société des sciences suffit à tout dans cette ville, à ce que nos savants prétendent.

9 janvier 1818 L’aéronaute Eliza Garnerin
On montre en ce moment, moyennement dix sous, au manège, le ballon et son parachute qui doivent servir à l’expérience aérostatique que se propose de faire à Bordeaux Eliza Garnerin, nièce de l’aéronaute du même nom, qui parut dans cette ville à la fête de la République en 1799, et auquel on doit l’invention du parachute aérostatique. Cette demoiselle a environ 24 ans, de figure et de manières très communes. Elle n’a aucune instruction mais seulement du courage, ou plutôt de l’abandon pour tenter avec beaucoup de sang-froid ses expériences. Son père est avec elle et c’est lui qui explique avec un ton de charlatan le procédé employé par les aéronautes. Nous avons remarqué, dans le panier d’osier attaché au ballon, un corselet qui doit soutenir sur l’eau la-dite Eliza dans le cas où son parachute viendrait à s’abattre sur la rivière, ce qui prouve qu’elle ne peut pas encore, comme elle le dit, faire dévier à volonté de la perpendiculaire le parachute en tirant, suivant le besoin, les cordes sur les ailes d’un côté pour le faire porter sur le côté opposé.

Élisa Garnerin (1791-1853) est une championne d’acrobatie aérienne et une parachutiste. Elle était la nièce d’André-Jacques Garnerin.
Le 22 octobre 1799, dix jours après Jeanne Labrosse, elle fit son premier saut en parachute de 1 000 mètres d’altitude sans écouter les médecins qui prédisaient qu’« avec ces sauts audacieux, la pression de l’air pourrait mettre en danger les organes délicats de la jeune fille ».
Au cours des années, Élisa Garnerin réalise des cascades toujours plus audacieuses. Lors de la célébration à Paris de la victoire des Alliés sur Napoléon, le 27 septembre 1815, elle se produit devant le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Le 15 août 1817, elle saute en parachute au Jardin des plantes de Rouen.
A cette source Wikipedia, on peut ajouter ses prestations bordelaises.

14 janvier 1818 Anniche Duranthon
La nommée Anniche Duranthon, loueuse de chaises à Tourny, vient rendre plainte en calomnies contre M. de Jouy qui, dans son Voyage de l’hermite en Europe, dit que cette femme était renommée à Bordeaux pour son adresse à remettre des billets doux sur cette promenade. Le fait est notoirement connu, mais difficile à prouver; mais comme celle à qui on le reproche est aussi une fameuse … royaliste et que l’auteur qui l’a livrée au ridicule est ce qu’on appelle un libéral, cette affaire devient une espèce de procès politique auquel des puissants prennent un intérêt qu’Anniche n’inspire pas par elle-même. Au reste, tout cela pourrait bien s’arranger avec quelques écus. C’est l’avocat Peyronet qui a rédigé la plainte parce qu’elle peut faire un certain bruit, dont on n’est pas ennemi.
Nota : un jugement correctionnel qui n’a pas été réformé a condamné M. de Jouy à 10 000 Fr. de dommages intérêts envers ladite femme Duranthon et à tous les dépens. Dans les éditions postérieures à ce jugement, la note dont se plaint ladite a été conservée, seulement le nom de cette femme y est un peu déguisé sous celui de Catiche. Elle n’a plus réclamé contre ce nouveau sobriquet plus signifiant que la vraie dénomination, car ici le peuple appelle une Catiche toute femme entretenue parmi les petites grisettes.

La dame Anniche Duranthon tenait sur les allées de Tourny le théâtre des Funambules, une bâtisse élevée, comme le théâtre de la Gaité, à titre précaire. On la retrouvera en 1820 parmi les regrattières venues à Paris offrir un berceau pour le duc de Bordeaux.

21 janvier 1818 L’affaire du drapeau tricolore du Mont-de-Piété
Toutes les maisons d’administration publique ayant arboré ce matin un pavillon noir, attendu la commémoration de l’anniversaire de la mort de Louis XVI, on a vu avec surprise un drapeau tricolore arboré sur la porte de l’hôtel où est établi le Mont-de-Piété de Bordeaux. Cela a occasionné bientôt un rassemblement devant cet hôtel et ce pavillon a été descendu et déchiré. Le portier, interrogé, a répondu que le caissier qui demeure dans cet hôtel lui avait dit de mettre de bonne heure un nouveau drapeau sur la porte et que, par ce mot, il avait entendu qu’il fallait en arborer un autre que celui qu’on hissait tous les dimanches et que, dans la presse et l’obscurité, il avait pris le premier venu sans intention ni malice. Cet événement étrange est l’occasion de toutes espèces de commentaires et l’objet de recherches de la police.

23 janvier 1818 Le premier arbre de la place des Quinconces
La municipalité de Bordeaux a planté hier en cérémonie le premier des arbres qu’on doit planter sur le terrain du château Trompette. Il vaudrait mieux qu’on eut l’occasion de célébrer la fin des ventes des emplacements de ce terrain. Il est à craindre que les arbres que l’on va planter n’y ombrageront pas de longtemps des maisons.

La place des Quinconces est aménagée de 1810 à 1828 sur l’emplacement du château Trompette. À partir de 1817, des bâtiments aux façades uniformes formant un hémicycle sont construits sur la bordure ouest de la future place. Le projet, qui datait d’avant la Révolution, est réalisé sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste Dufart. L’aménagement de la place elle-même est réalisé entre 1818 et 1828  : une esplanade rectangulaire, encadrée par des plantations d’arbres, court de l’hémicycle jusqu’à la Garonne. Les arbres sont plantés en quinconces, d’où le nom de la place, en 1818.

31 janvier 1818 Entrepôt des denrées coloniales
Hier a eu lieu la pose solennelle de la première pierre d’un édifice public qui doit être élevé sur le côté sud du terrain du château Trompette et qui servira d’entrepôt pour les marchandises que le commerce voudra déposer à l’arrivée des navires venant des colonies. Nous désirons que cet entrepôt soit bientôt bâti et rempli. En attendant, nous observerons qu’on a mis deux ans à démolir ce château et que les plus grandes pierres provenant de cette démolition ont servi à la construction du pont de Bordeaux, les petites et le moellon ayant été vendu promptement et facilement à divers, tant leur prix était bas.

On remarque ici un problème de date puisque c’est en 1820 que Pierre Balguerie-Stuttenberg incita la chambre de commerce de Bordeaux à s’équiper de lieux de stockage faciles d’accès et permettant de stocker les marchandises dans de bonnes conditions. En mars 1822, la chambre de commerce achète à la ville une zone à bâtir, et confie le mois suivant à Claude Deschamps le projet de construction d’un entrepôt sur ce site, alors qu’il venait de terminer la construction du pont de pierre.
Les bâtiments sont réalisés en 1824 et sont utilisés pour les marchandises débarquées des bateaux arrivant d’Afrique. 
On parle souvent « des entrepôts » Laîné », au pluriel, parce qu’à l’origine il y en avait deux ; un second, situé entre les rues Vauban et Foy, ayant été détruit en 1965.
Cette première pierre posée en 1818, pour un bâtiment dont la construction ne débutera que quatre années plus tard, constitue une énigme !

1° février 1818 L’affaire du drapeau tricolore du Mont-de-Piété (suite)
Aujourd’hui a disparu le sieur Penne, caissier du Mont-de-piété de Bordeaux, laissant dans sa caisse un déficit de 50 000 écus, dont on ne conçoit pas l’emploi qu’il en a pu faire et la manière qu’il a employée pour les détourner. Il avait une bonne réputation de probité et de conduite réglée. On dit qu’il trompait les surveillants en portant comme existants au magasin des effets qui en avaient été retirés par les emprunteurs, établissant sur les registres, au lieu de la remise du gage, le renouvellement du prêt pour un nouveau terme et dont il faisait les frais en palpant la somme remboursée. Il faut que la surveillance des chefs se soit endormie longtemps pour que ces simulations n’aient pas été bientôt aperçues. Cette évasion explique l’événement arrivé à cet établissement le 21 du mois dernier. Il y a tout lieu de présumer que le sieur Penne l’avait préparé, dans la persuasion que le peuple, indigné à la vue d’un drapeau tricolore arboré se serait porté à des excès dans le Mont-de-piété et qu’il aurait pu y avoir un pillage ou un incendie dont le caissier se serait prévalu pour cacher ses vols. Des poursuites sont dirigées contre lui.

11 février 1818 Gustave Galard
On publie à Bordeaux, par souscription, les costumes des paysans du département auquel sont jointes des caricatures d’hommes ridicules qui se voient dans cette ville. La gravure est d’un M. Galard, homme d’une ancienne famille du pays, mais qui ne l’honore pas par sa conduite immorale. Il a beaucoup de talent pour faire les ressemblances et dessine très bien. L’explication de ces gravures est donné par M. Géraud, rédacteur du journal intitulé Mémorial de Bordeaux. Cette entreprise prospère faiblement.

Philippe-Gustave, comte de Galard (1779-1841), sera reconnu comme un peintre, lithographe et caricaturiste français de talent. Il descend d’une des grandes familles de Gascogne. Portraitiste, miniaturiste, illustrateur, caricaturiste, Gustave de Galard est autodidacte en matière artistique. Il publie de nombreux recueils, parmi lesquels : Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux (1818-1819).

4 avril 1818 Confréries scientifiques Bordelaises
Formation spontanée à Bordeaux d’une Société linnéenne d’émulation par des garçons apothicaires et chirurgiens sous la direction d’un M. Latarade, instituteur, qui fait depuis quelques temps des cours de botanique moyennant souscription et dont nous avons un catalogue des plantes qui croissent aux environs de Bordeaux, qu’il a fait imprimer en 1811 sous le titre de Flore bordelaise. Cette société tient ses assises au fameux Muséum du juif Rodrigues, qui est devenu depuis quelques temps le refuge des charlatans de toutes couleurs. Elle a établi de tenir par an quatre séances dans les champs sous le nom de Fêtes linnéennes, l’une à la St-Jean en l’honneur de Jean Bauhin, restaurateur de la botanique, l’autre à la Saint-Charles en mémoire du prénom de Linné, la troisième à la Saint-Louis et la dernière au jour anniversaire de la fondation de la société. Ces séances se tiennent en plein champ. Ces académiciens champêtres ont établi une succursale à Libourne où il se découvre depuis peu quelques demi-docteurs qui dissertent sur tout, vont classer tout ce qui végète, publient leurs graves travaux sur la bourrache et sur la pâquerette et parlent de la moindre herbette comme on parlerait d’un héros.
À propos de cette nouvelle académie, il me paraît essentiel à l’histoire des progrès de l’esprit humain à Bordeaux de donner ici la liste des cinq autres confréries des scientifiques qui pérorent aussi académiquement dans cette ville au moment présent. Elles se nomment : l’Académie des sciences, belles lettres et arts, la grand-mère de toutes dont Voltaire disait que c’était une brave fille qui n’avait jamais fait parler d’elle; la Société royale de Médecine qui se compose de médecins, chirurgiens, apothicaires, bandagistes et arracheurs de dents de Bordeaux; la société philomatique du muséum Rodrigues où l’on est reçu moyennant 10 écus de souscription au profit du maître de ce cercle; la Société médicale d’émulation formée de tous les élèves dans l’art de guérir qui savent broder quelques phrases ronflantes ; la Société des amis des arts que le préfet Tournon vient de monter de tous les riches qui brocantent des tableaux et des médailles; enfin la société linnénne dont nous avons donné ci-dessus l’extrait baptiste.
Nous n’avons pas cru devoir encataloguer parmi ces académies la Société de charité maternelle parce que ce n’est qu’une réunion philanthropique où, au lieu de faire de l’esprit, on recueille la dîme des âmes sensibles pour venir au secours des mères de famille indigentes.

La Société linnéenne de Bordeaux (appelée aussi Société linnéenne d’émulation de Bordeaux) est une société savante, nommée en référence au naturaliste suédois Carl von Linné, fondée le 26 juin 1818 par J. F. Laterrade, professeur de botanique et de mathématique à Bordeaux, et 23 de ses élèves, suite à une excursion botanique à Mérignac. Elle est reconnue d’utilité publique en 1828. D’abord limitée à la botanique, elle s’ouvre rapidement aux autres disciplines et reste très active près de deux siècles plus tard, notamment en entomologie et en mycologie.

30 avril 1818 Pont de pierre
On publie à Bordeaux la loi du 18 de ce mois relativement à l’achèvement du Pont de cette ville, dont les travaux sous-marins ne sont qu’à environ la moitié, quoique commencés depuis sept ans. Le gouvernement donne gratuitement le bail du péage de ce pont pour 99 ans à commencer du 1er janvier 1822 et ce à une compagnie de capitalistes qui s’oblige de le faire achever à ses frais. Il doit avoir 486 m de longueur sur 14 de largeur, dont 9 pour la chaussée du milieu et 2 pour chacun des trottoirs pour les gens à pied. Ce pont se composera de 17 arches en pierres et en brique, chacune de 26 m d’ouverture. Les piles qui le soutiennent ont 4 m d’épaisseur sur 26 de longueur, non compris leurs éperons dont elles seront armées en amont et en aval. On évalue à 7 millions de francs la dépense totale pour la construction de ce monument (note de Bernadau : l’empereur Napoléon avait ordonné la construction de ce pont dont il avait reconnu l’urgence lorsqu’il vint à Bordeaux en avril 1808. Les travaux en ont été commencés en septembre 1810. Ce sont des faits historiques incontestables. On a cependant retiré des culées les médailles et les verbaux faits lors de la pose de la première pierre de ce pont et, dans tous les écrits de présentation, on le représente comme un monument appartenant au règne actuel). La profondeur de la rivière sous les arches est évaluée au terme moyen de 7 mètres en basse mer, à quoi il faut ajouter la hauteur ordinaire à laquelle les eaux s’élèvent à chaque marée qui est de 5 m dans les temps ordinaires et de 6 dans les temps extraordinaires. Nous consignerons ici des détails plus positifs et moins succincts lorsque ce pont sera achevé en observant seulement qu’il est maintenant question de faire, pour aboutir à ce pont, un nouveau grand chemin qui aille en droite ligne depuis la Bastide jusqu’au port d’Arvayres sur la Dordogne. Là doit être construit un autre pont, aussi par une compagnie de capitalistes, sur cette dernière rivière devant Libourne, puis un nouveau grand chemin qui aille joindre la route de Limoges. Ainsi, celle de Paris à Bordeaux serait changée et abrégée. On doit cette dernière addition au ministre Decazes qui, ayant ses propriétés dans les environs de Libourne, en verrait augmenter la valeur par la construction d’une nouvelle route. Déjà il a fait d’immenses acquisitions pour augmenter son domaine du Gibaut (que les plaisants appelle du Gibet), sur lequel il fait élever un magnifique château, puis un village tout autour où il fait des concessions de terrains aux paysans et ouvriers qu’il invite à venir y fonder une colonie. Les embellissements somptueux faits par le sur-intendant Fouquet à son château de Vaux furent le signal des haines du peuple et des courtisans qui attirèrent une éclatante flétrissure à ce ministre favori de Louis XIV.

On trouve dans le Bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, Volume 30 de 1831 le rapport d’un « mémoire de M. le duc Decazes, propriétaire d’un domaine immense situé au Gibaud, commune de Jonzac, département de la Charente – Inférieure, qui contient 1450 hectares de terres arables et 5o de prés, le reste en bois dont la coupe réglée alimente une verrerie et une faïencerie établies à une distance convenable de ces bois. L’auteur a voulu joindre à ces deux usines une fabrique de sucre de betteraves qui pût servir de modèle aux propriétaires des départements voisins, et pour leur procurer cet avantage il leur a offert l’entrée de ses ateliers, un logement gratuit dans la commune et même à son château si l’affluence des personnes devenait trop considérable. Les journaux quotidiens de ces départements ont été chargés de faire connaître ces propositions. Peu de personnes ont répondu à des sentiments aussi désintéressés que dictés par le seul amour du bien public, puisque son plus grand désir était de prouver à tous les propriétaires, d’après sa propre conviction, qu’il est possible, à l’aide de la culture de la betterave, d’augmenter le nombre des bestiaux, par conséquent la quantité d’engrais, de ne point nuire à la récolte ordinaire des céréales et de retirer d’une propriété rurale un revenu plus considérable, enfin de fournir à la classe ouvrière des travaux pendant la saison rigoureuse. »
Le château du Gibaud a complètement brûlé en 1919.

9 mai 1818 Démolition de l’église de Saint-Maixant
On achève de démolir l’église de Saint-Maixant, au coin des rues Sainte-Catherine et du Parlement, et quatre belles maisons vont remplacer ce vieux bâtiment qui défigurait ce quartier.

A l’angle de la rue Sainte-Catherine et de la rue du Parlement, s’élevait l’église Saint Maixent du Mouscley. Par la Devèze toute proche, qui coulait alors à ciel ouvert et que l’on avait canalisée sur ce parcours, remontaient depuis la Garonne des plates apportant au coeur de la ville les moules en provenance du Médoc. Un marché aux moules s’était établi sur le minuscule parvis de cette église.

15 juin 1818 Ordonnances sur la décence publique
Publication des anciennes ordonnances pour la décence publique à l’occasion des bains sur la Garonne. On ne respectera pas plus la nouvelle édition que l’ancienne, car on voit les personnes des deux sexes se baigner à la rivière ensemble et avant la nuit. Les spectateurs abondent toujours sur le bord de l’eau dans le port et les événements causés par l’imprudence se renouvellent tous les ans, sans effrayer personne.

18 juin 1818 L’écuyer Francony
L’écuyer Francony débute avec sa troupe au manège Ségalier avec grand concours de spectateurs. Il a en quelque sorte créé ce genre de spectacle il y a environ 50 ans à Bordeaux où il commença par des courses de taureaux dans la rue du Palais Gallien. En ce moment, il est établi à Paris au cercle olympique et il y a fait fortune. Il s’est absenté un instant de la capitale pour recueillir des applaudissements et de l’argent dans les départements où il vient faire une tournée, comme les acteurs renommés.

Antonio Franconi (1737-1836) est un écuyer italien. Arrivé en France vers 1760, il commença par être bateleur et médecin ambulant, puis établit à Lyon et à Bordeaux des combats de taureaux, s’associa en 1783 à l’écuyer anglais Philip Astley qui avait ouvert un manège à Paris, et fonda le théâtre équestre auquel il donna le nom de Cirque-Olympique, et qui acquit une vogue prodigieuse, notamment grâce à la danseuse de corde Mlle Malaga.

2 août 1818 Réparations au Grand-Théâtre
On a cessé aujourd’hui de jouer sur le Grand Théâtre à cause des réparations que l’on commence pour refaire à neuf le corps de la salle qui en a un grand besoin, quoique M. Lacour père eut barbouillé il y a une quinzaine d’années. En attendant que les travaux soient finis, on jouera comme on pourra la comédie et l’opéra dans la salle du théâtre français où la troupe de la Gaité avait coutume de se transporter pour faire une meilleure chambrée les jours de dimanche.

2 août 1818 Le bateau à vapeur la Garonne
On a lancé ce matin à Lormont le bateau à vapeur qui s’appellera la Gironde et que le consul américain résidant à Lorient a fait construire par les frères Chaigneau pour transporter journellement de Bordeaux aux ports de Langon et de Macau. Ce bateau qui a la forme d’un petit navire naviguera sans voiles et sans rames par le moyen de 2 roues à pelles placées au centre et en dehors et qui sont mises en mouvement au moyen d’une pompe à feu alimentée dans l’intérieur par du bois de pin. La mécanique à piston et bascule qui fait mouvoir les roues qui remplacent les rames a été construite en Angleterre et importée en France par brevet d’invention. On dit qu’elle seule coûte 20 000 Fr. Ce bateau, en sortant du chantier, a remonté contre le courant jusqu’au quai de la Bastide où sera sa station et ce en 12 minutes de temps, quoique rempli d’un grand nombre de curieux. Il manoeuvre en tous sens avec beaucoup de facilité et vire de bord par l’action du gouvernail qui est à l’arrière. C’est un spectacle curieux de voir un bateau de 100 pieds de long et de 20 de large naviguer sur une rivière sans les moyens extérieurs qu’emploient les bateaux ordinaires. Ce spectacle frappe presque autant dans son genre que celui de l’ascension d’un ballon aérostatique. Il y a dans ce nouveau paquebot deux chambres pour les voyageurs. Celle qui est placée sur le devant, qu’on appelle la seconde, est destinée au commun des passagers et les places sont de 50 sous par personne jusqu’à Langon, c’est-à-dire au prix double de ce qu’il en coûte dans les bateaux qui partent avec la marée. Le prix des places de la première chambre qui est placée sous le gaillard d’arrière est de 10 Fr. Celle-ci est plus élégamment décorée que l’autre, et on y a ménagé pour les dames un cabinet de toilette qui n’accompagne pas la seconde chambre. Le pont est également divisé par une galerie pour chaque classe des voyageurs suivant le taux de leur place. Il y a un restaurateur qui va porter des vivres et des rafraîchissements à tous, d’après un prix commun que l’on pense bien être un peu cher. Dans les deux chambres, on est commodément assis, clos et aéré. Il n’y a que le bruit de la machine qui fatigue un peu l’oreille. Le bateau à vapeur fera son voyage soit à Langon soit à Macau dans 4 heures de temps quel que soit l’état des courants. C’est vraiment commode, parce qu’on est sûr d’arriver à heure fixe, ce qui n’a pas lieu avec les bateaux qui se servent de la marée. Cela va faire tomber ceux qui se trouvent établis sur divers ports de cette rivière. Il est fâcheux que cette entreprise tourne au profit d’un spéculateur étranger, d’autant que l’invention en appartient originairement à des Français et que les américains s’en sont les premiers emparés pour la navigation sur les grands fleuves de leur pays.

C’est par erreur, semble-t-il, que Bernadau appelle ce bateau à vapeur la Gironde.
En 1818, M. Church, consul des États-Unis d’Amérique à Lorient, était possesseur, pour la France, du brevet d’importation « de la machine connue en Angleterre et en Amérique sous le nom de steamboat, ou bateau mû par la force de l’eau réduite en vapeur ».
Avec l’aide de quelques capitalistes girondins, il fit construire, par MM. Chaigneau et Bichon, un bateau à vapeur nommé la Garonne qui fut lancé le 3 août 1818. Les principales autorités de la ville, présidées par le comte de Tournon, préfet de la Gironde, assistaient à la cérémonie. La foule était immense, le fleuve couvert d’embarcations. La réussite de l’opération fut saluée par un cri formidable auquel vint se joindre le bruit des deux petits canons du trois-mâts le Triton, qui, au moment même, passait devant Lormont, revenant de la Guadeloupe.
Le 23 du même mois, tous les aménagements intérieurs étaient terminés, la Commission académique, déléguée par M. de Tournon, put examiner le bateau dans tous ses détails, qu’elle a soigneusement décrits. La longueur du pont est de 75 pieds (24 mètres 36). A l’arrière, salle des premières, disposée pour 60 voyageurs à l’avant, salle des secondes, absolument comme aujourd’hui, et avec restaurant; au milieu, la machine; celle de la Garonne sort des ateliers de Watt et Bolton, à à Soho, près Birmingham. Elle est à double effet, basse pression et condenseur, c’est à dire construite avec les plus récents perfectionnements de l’époque. Sa force nominale est de 28 à 30 chevaux. Les roues font saillie sur la coque.
Ce même jour, c’est à dire le 23 août, la Garonne part de Lormont à midi et quart. Le bateau est obligé de s’arrêter trois fois et de ralentir son mouvement à deux reprises pour embarquer les autorités qui viennent le rejoindre. Il remonte malgré un fort courant de jusant jusqu’à un point situé à mi-distance entre le pont de Brienne et les Douze-Portes, puis redescend, et vient s’ancrer à la cale du Chapeau-Rouge. M. Deschamps conclut, des observations de temps et de distance, que la Garonne a marché, en refoulant, à la vitesse de 9 kilomètres à l’heure, et, avec le courant, à celle de 16 kilomètres. Il en conclut que le trajet de Bordeaux à Libourne, par eau, se fera en 10 heures dans les circonstances les plus défavorables, et pourra, quand elles seront propices, ne pas dépasser 6 heures.
(D’après Bordeaux Aquitaine Marine – Alain Clouet – http://variamarine.free.fr/nf_vap.htm)

9 septembre 1818 Réparations de la porte du Caillau
On commence des réparations à la porte du Caillau et l’on aurait mieux fait de l’abattre afin de hausser le sol en cet endroit qui est très bas par rapport aux rues adjacentes. Un architecte qui veut employer utilement son temps est parvenu à faire croire au Maire que c’était le seul monument antique qui décorât Bordeaux et qu’il était convenable de le préserver de la destruction. Ce prétendu monument est un morceau de mauvaise architecture bâti en 1494 en l’honneur de Charles VIII dont la statue était autrefois nichée sur la façade du côté du port et qui fut jetée par terre lors de l’abat des images de la royauté en 1792.

En 1818, Bernadau demeurait juste à côté de la porte Caillau, précisément quai de Bourgogne n° 26, actuellement 25 quai Richelieu, une autre entrée se situant rue du Quai Bourgeois n° 52. Le numéro 26 est donnée par Bernadau lui-même dans le dernier Tome de ses Tablettes, rédigé « dans le Cabinet de l’Auteur, quai de Bourgogne, maison n° 26 ». Ce sera sa dernière demeure, au moins depuis 1817 (adresse donnée par l’acte de décès de Jeanne Bernadau) et jusqu’à sa mort le 24 avril 1852.
Il évoque cette demeure en ces termes : « La maison que nous occupons sur le quai Bourgeois était habitée en 1770 par M. Taillasson, peintre célèbre, né à Bordeaux en 1746, mort, à l’âge de soixante-trois ans, étant membre de l’institut. Les tableaux qu’il a laissés lui assurent un rang distingué parmi les grands maîtres de l’école française. »

10 octobre 1818 Restauration de Grand Théâtre
La restauration de la salle du Grand Théâtre de Bordeaux étant terminée, y reprennent aujourd’hui les représentations. Le pourtour des loges, le plafond de la salle et le rideau sont repeints avec art et magnificence, sans cependant que ce décor soit aussi beau qu’il l’était dans l’origine. Nous trouvons surtout que le vert du fond des loges est trop terne et nuit aux effets des lumières. On a fait dans la salle un changement qui était réclamé depuis longtemps, c’est d’assoir les spectateurs du parterre. Comme il s’en portera moins qu’auparavant, on a porté le prix des billets à cette place à 33 sous, comme il l’est aux secondes. Le paradis reste à 22 sous.

30 novembre 1818 Affaire du Mont-de piété (fin)
La cour d’assises de Bordeaux condamne comme coupable de découvert le nommé Penne, caissier du Mont-de-piété, qui a emporté 200 000 à l’établissement, ainsi que nous l’avons dit. Le sieur Meyer, contrôleur de cette même administration d’usure, est reconnu avoir été la dupe de la confiance qu’il accordait à son collègue, dont il n’inspectait pas les opérations suivant le dû de sa place. Le directeur Lamaignière a bien mérité de perdre la sienne pour n’avoir pas également vérifié l’état de la caisse et des magasins, comme il en avait le droit et le devoir, ce qui aurait fait voir leur déficit. Maintenant, les gens en place dans toutes les parties sont dans l’habitude de ne songer à leurs fonctions que pour le luxe ou les honneurs qu’elle leur donnent, et le service public n’est pour eux d’aucune considération. Il semble qu’ils doivent participer au système de la légitimité par lequel on veut établir que l’administré est fait de droit divin pour l’administration.

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