Année 1820

2 janvier 1820 Etrennes
Aujourd’hui et hier, les escouades empressés des complimenteurs ont circulé dans les rues comme de coutume pour y colporter leurs phrases banales. Cependant, on a remarqué que les boutiques à bonbons ont été moins fréquentées que l’an passé, où elles le furent moins que la précédente année. Depuis 1817, le commerce qui avait repris diminue progressivement dans toutes les parties.

12 janvier 1820 La Garonne prise par les glaces
La Garonne a commencé hier à charrier d’énormes glaçons. Il y a 14 ans que cette rivière fut prise dans presque toute sa largeur devant Bordeaux, du 18 au 26 de janvier. Le thermomètre était alors de 8 degrés au-dessous de zéro ; il n’est encore qu’à 5 degrés.

7 février 1820 Fontaine du Poisson Salé
La nuit dernière, on a cassé tous les bancs en pierre de la place Dauphine et renversé la fontaine du Poisson Salé. On attribue ces destructions aux tailleurs de pierres qui ont été renvoyés de l’atelier du pont, à cause des excès par eux commis sur la personne de plusieurs de leurs camarades. Par cet excès d’humeur, ils se font de l’ouvrage, lorsqu’on leur en refuse. Au reste, cette fontaine du Poisson Salé, reconstruite il y a 4 ans en l’honneur du duc d’Angoulême, était un chef d’oeuvre de mauvais goût, laissant perdre beaucoup d’eau et arrosant les personnes qui venaient en chercher parce qu’elle tombait de trop haut.

Voir 14 avril 1819

7 février 1820 Les Montagnes russes de Vincennes
Le directeur-fermier des théâtres de Bordeaux, n’ayant plus le privilège des spectacles après le mois d’avril prochain, vient d’en imaginer un nouveau qui pourrait bien lui faire perdre les profits faits pendant les 15 années de sa ferme expirante. Ce sont des Montagnes russes, à l’instar de Paris, qu’il fait élever à Caudéran dans un local qu’il a acquis à cet effet. Il y joindra un spectacle d’enfants, une guinguette et un bastringue. Quelque industrieux que soit le-dit Beaujolais, il n’est pas présumable que cet établissement prospère, mais il lui procurera le moyen de réunir pour sa main beaucoup de filles, au milieu desquelles il aime à vivre. Au reste, on fait aussi des Montagnes russes au lieu-dit Vincennes ; raison de plus pour penser que toutes ces montagnes feront crouler la fortune des capitalistes qui veulent y élever leurs spéculations.

D’après Ernest Laroche dans A travers le Vieux Bordeaux, « Les premières montagnes furent installées à Bordeaux, à deux pas de Bel-Orme, dans l’établissement des Folies Bojolais, route de Saint-Médard, par un certain Aveline, maître charpentier qui demeurait au ruisseau de Benatte. L’étonnant directeur des Folies Bojolais, qui fut tour à tour écuyer,gérant de cirque, directeur du Grand Théâtre, chanteur, aéronaute et le reste, gagna à ce nouveau jeu des sommes très rondelettes …
Il arrivait, on le comprendra aisément, très souvent des accidents. Des gens téméraires, les femmes surtout, prenaient un plaisir extrême à descendre la montagne la tête en bas, au risque de se la casser mille fois – La tête ! »

7 février 1820 Mort de Jean Marie Caillau
On a inhumé hier le docteur JM Caillau, médecin albigeois, qui s’agitait à Bordeaux depuis une vingtaine d’années pour y acquérir gloire et argent. Cet homme avait une très faible pratique de son art, mais avait publié forces brochures sur la médecine infantile, dont il avait fait créer une chaire à l’Ecole élémentaire de médecine et, au moyen du bruit qu’il cherchait à faire dans les journaux, il était parvenu à faire croire qu’il s’y connaissait exclusivement dans les maladies des enfants.

Bernadau évoque à de nombreuses reprises, toujours en termes désobligeants, le docteur Caillau, l’origine de leur conflit étant abordée dans la note du 23 mai 1799. Les avis bien négatifs de Bernadau ne doivent pas occulter le fait que ce médecin soit un véritable précurseur de la pédiatrie (voir J. Battin, Médecins et malades célèbres, Glyphe,2009).
On trouve dans la Biographie Universelle, 1861 cette note :
« CAILLAU (Jean-Marie), médecin et littérateur, né à Gaillac en 1763, entra dans la congrégation de la doctrine chrétienne, dont il sortit en 1787 pour se charger de quelques éducations particulières. Vers l’année 1789, il se livra à l’étude de la médecine, principalement à la partie de cet art qui concerne les maladies des enfants, fut employé en 1794 et l795 dans des hôpitaux militaires, et reçu docteur à Paris en 1803. De retour à Bordeaux, il continua les cours de médecine qu’il y avait ouverts dès l’année 1800, fut, en 1819, nommé directeur de l’école de celle ville, à la formation de laquelle il avait concouru, et mourut en 1820. Un grand nombre de ses écrits furent couronnés par les sociétés savantes. Ses principaux ouvrages sont : Avis aux mères de famille sur l’éducation physique, morale, et sur les maladies des enfants, Bordeaux, 1796, in-12.— Journal des mères de famille, Bordeaux, 1797 à 1798, 4 vol. in-8. — Précis analytique du cours de médecine infantile, fait à Bordeaux, 1801, in-8. — Médecine infantile, Bordeaux, 1819, in-8. — Époques médicales depuis Hippocrate jusqu’en 1811, imprimé dans l’Annuaire de la soc. royale de Bordeaux pour 1820. »

(-) février 1820 L’assassinat du duc de Berry
Le courrier de la Lotterie de Paris apporte ce matin une nouvelle qu’on ne répétait d’abord qu’avec hésitation ; c’est l’assassinat qui a eu lieu du duc de Berry, dimanche soir, 13 du courant à la sortie de l’Opéra, par un garçon sellier de Versailles nommé Pierre-Louis Louvel.

Suivent pour cette note et bien d’autres ultérieures de nombreux détails, par ailleurs bien connus, sur les circonstances, la mort du duc, le procès et l’exécution de Louvel.
Parmi celles-ci, citons cette note de bas de page de Bernadau qui n’a d’autre intérêt que de rapporter ce qui pouvait se dire à Bordeaux : « On dit que le Prince avait déshonoré la soeur de son meurtrier … »

18 février 1820 Pont de Bordeaux
Les travaux du pont de Bordeaux reprennent avec une nouvelle activité. L’agrandissement du chantier du côté de cette ville annonce qu’on y va travailler aux arches sur les deux bords de la rivière. La première de tête, ayant baissé de 4 pouces sous le poids dont on l’avait chargée, est essayée en ce moment par un doublement de sa charge. Il vient d’être défendu aux bateaux du Haut-pays d’en traverser les piles et on leur a construit un quai de débarquement vis-à-vis la porte de la Grave : on en a fait un pour les bateaux venant du bas de la rivière, vis-à-vis de la porte du Pont Saint-Jean. Ces deux quais paraissent devoir bientôt être hors de service, parce que les sables, que les éperons et la chaussée de Bouliac font enlever, se jettent du côté de Bordeaux. Les suites de ce mouvement d’atterrissement nous confirment dans l’avis que nous avons toujours eu depuis le commencement de la construction du pont de Bordeaux, que ce monument ruinera le commerce de cette ville et perdra sa rivière, avant un demi-siècle.

C’était bien l’avis du commerce bordelais qui s’opposait à un pont qui ne pouvait que condamner la partie du port de la Lune située en amont de l’ouvrage et en particulier les chantiers navals de Paludate, ce qui finit par se produire.

10 mars 1820 Décès de l’architecte Dufart
Hier est décédé M. Duffart, architecte à Bordeaux où il dirigeait les travaux que la Mairie fait faire depuis trois ans sur le terrain du ci-devant château Trompette. Il était âgé de 60 ans, et quoiqu’il ait passé la moitié de sa vie dans l’exercice de sa profession, il est mort sans laisser aucune fortune, quoiqu’il eut vécu avec sagesse et probité, ou plutôt par cela même qu’il était honnête homme. M. Duffart était natif de Bayonne et a commencé à se faire connaître à Bordeaux, où il a toujours habité, par le plan du Palais Gallien qui est gravé dans l’histoire de cette ville. Les principaux ouvrages qu’on cite de lui sont la maison Fenwick à l’entrée des Chartrons et le Théâtre Français où il s’était réservé un logement plus agréable que le reste de l’édifice.

Jean-Baptiste Dufart a construit, entre 1793 et 1800, l’hôtel de Joseph Fenwick, premier consul des États-Unis à Bordeaux nommé par George Washington, et le théâtre Français, ouvert le 12 décembre 1800. Il s’était réservé dans le théâtre un logement qui porte encore le nom de pavillon Dufart. Il est nommé ingénieur de la voirie de Bordeaux en 1806 où il succède à l’architecte Lhote puis, en 1817, directeur du projet des terrains du château Trompette. Quand il meurt, le château est détruit mais la nouvelle place commence à peine à apparaître. On connaît de lui un plan du palais Gallien dessiné à l’échelle de 40 toises, gravé par Lagardette, pour l’Histoire de la ville de Bordeaux, de dom Devienne.

2 mars 1820 Grave accident à la cathédrale Saint-André
Un violent coup de vent Nord-Ouest qui a régné tout le jour, ayant renversé le fronton de la porte d’entrée de Saint-André du côté du Nord à 5 h 30 de l’après-midi, les débris ont tombé sur la voûte au bout de la croisée de cette église et l’ont fait crever dans leur chute. Les pierres ont atteint un grand nombre de personnes, alors réunies pour le Salut, et en ont tué 14. Il y a à peu près autant de blessés, auxquels les prompts secours administrés pour les retirer sous des décombres ont servi à les arracher à une mort prochaine. Les ouvriers ont travaillé jusqu’à minuit pour sauver les personnes qui étaient sous les pierres et cela avec la plus grande appréhension parce que, une heure après que la voûte a été crevée, il s’en est encore détaché quelques pierres branlées, soit par l’effet de la chute du fronton (note de Bernadau : il avait été refait à neuf lors des dernières réparations faites aux deux clochers de cette église et on critique d’autant plus cette restauration que l’architecte Combes, qui les avait conduites, est mort), soit par la violence de l’ouragan qui a effrayé jusqu’à 9 heures. Cet épouvantable désastre a jeté la plus grande consternation dans la ville. Cependant, l’ouragan n’a occasionné aucune autre chute de bâtisse dans Bordeaux. Il m’a enlevé le chapeau au pont de la Maye.

6 mars 1820 Quai de débarquement du Pont Saint-Jean
On a commencé hier à livrer au public le nouveau quai de débarquement fait devant l’ancienne porte du Pont Saint Jean pour les couraux qui apportent des grains et farines à Bordeaux et qui ne peuvent plus aborder entre l’espace compris depuis la porte des Salinières jusqu’à celle des Portanets où sont établis les commissionnaires des farines, attendu que cet espace de la rive est couvert par le prolongement qu’on vient de faire du chantier du pont. Le nouveau quai dont nous parlons est fait en bois et s’avance beaucoup dans la rivière, attendu la grande quantité de vase qui s’augmente tous les jours en cet endroit par suite de la construction du pont.

9 mars 1820 Lots du terrain du château Trompette aux enchères
On annonce dans les journaux que les emplacements du terrain du château Trompette seront vendus par la voie de l’enchère dès que les adjudicataires auront fait des mises à prix sur un registre ouvert à cet effet à la mairie. Le prix des ventes serait payé dans le cours des neuf années consécutives, avec l’intérêt de 5 % décroissants à mesure où chaque annuité serait éteinte. Ce mode pourra bien faciliter l’acquisition des emplacements bordant les allées de Tourny, mais il ne tentera pas les capitalistes pour les engager à bâtir dans les nouvelles rues projetées, où les maisons seraient longtemps isolées sur un terrain qui peut en recevoir 400.

9 mars 1820 Inauguration de la Pyramide
On a célébré en grande pompe la fête de 12 mars par la bénédiction de la pyramide élevée en mémoire de cette journée à l’endroit où les chemins du Sablonat et des Capucins se rejoignent, sur le terrain vacant où le maire de Bordeaux accueillit la colonne anglaise en 1814 et fit entendre le premier cri de Vive le roi. C’est la seule inscription qu’on ait mise sur la base de ce monument qui consiste en une pyramide quadrangulaire de 40 pieds de haut, surmontée d’un globe aux armes de France et reposant sur un socle circulaire d’environ cinq pieds de diamètre, entouré d’une claire-voix en fer. Cette pyramide est au sommet de l’angle du terrain vide de cent cinquante pieds de côtés, formé par la réunion des deux chemins à la grande route de Bayonne. Chacun de ces côtés est bordé par une allée d’ormeaux dont le centre est couvert de gazon. L’archevêque a fait la bénédiction de ce monument et tous les fonctionnaires et gardes nationaux qui n’ont pas redouté la pluie de la matinée ont assisté à la cérémonie.

29 mars 1820 Démolition des baraques des quais
On commence à démolir les baraques élevées depuis de début de la Révolution sur le bord du parapet de la place Royale vis-à-vis la Douane et dont la ville retirait une location très forte des marchands de menue mercerie qui y étaient établis au nombre de 12. Il en sera fait sous peu autant des deux cafés et des bains orientaux qui sont sur l’autre bout du prolongement du même parapet en face de l’hôtel de la Bourse. Toutes ces constructions gênaient singulièrement la vue du port dans l’endroit où il est le plus commode d’en montrer le magnifique hémicycle. C’est la construction du pont qui a déterminé cet abattis de masures qui n’auraient jamais dû être bâties sous des magistrats amis de leur patrie.

3 avril 1820 Accident aux Montagnes russes
Un accident a signalé aujourd’hui l’ouverture d’un spectacle nouvellement introduit à Bordeaux sous le nom de Montagnes russes au jardin dit de Vincennes près le cimetière général. Des chars ont versé dans leur course et ont occasionné des contusions et des fractures à une douzaine d’amateurs. De suite, la police a fait fermer ce spectacle. Elle eut mieux fait de ne le laisser ouvrir qu’après des essais répétés des chars et l’examen attentif de la manière dont ils ont les roues engrainées pour ne pas verser dans la grande inclinaison donnée au plan et aux sinuosités qu’ils parcourent en une demi- minute. Cette montagne, appelée russe on ne sait trop pourquoi, est construite en bois, à l’instar de pareilles élevées à Paris sur la plaine des Sablons. Elle a environ 60 pieds de hauteur. 12 chars y sont montés par des cordes et, au sommet, ils sont montés chacun par un amateur attaché sur son siège par des sangles. On paie 40 sous d’entrée et 10 par course pour descendre dans un char. C’est un vrai casse-cou qui n’est ni tranquillisant ni agréable. Ce spectacle, digne d’un siècle de folies périlleuses, n’aura pas beaucoup de vogue à Bordeaux où l’on n’aime pas les plaisirs difficiles et trop chers.

1° juin 1820 L’Abeille Bordelaise, Moreau et Jouannet
On offre aux Bordelais la continuation du feu Journal des Arts, sous le titre de l’Abeille bordelaise, dont le prospectus est jeté aujourd’hui dans le public sous le nom de l’imprimeur Moreau, le rédacteur ne croyant pas devoir se compromettre pour une entreprise dont il paraît ne pas beaucoup espérer. Le rédacteur est un sieur Jouannet, maître de pension, venu de Périgueux avec son latin pour le revendre mieux qu’aux périgourdins, si on l’agréé. Cette abeille volera ici tous les mois en feuillets in-8°, dont l’année fera 500 pages, qu’on payera 6 Fr. par trimestre. On peut dire que ce sera bien voler, si des abonnés bénévoles y consentent.

Sur l’imprimeur Moreau, voir 20 Ventôse 1804.
On trouve, à son sujet, dans E. Labadie (1900) :
MOREAU (M.-Ae), imprimeur, 1791-1822. Moreau travailla d’abord, à partir de 1770, dans plusieurs imprimeries de Bordeaux. Lorsque la Révolution éclata il était ouvrier typographe à l’imprimerie de la Loterie Royale, située dans l’ancien local du Collège de Guienne. Il s’empara des presses de cette imprimerie et de son matériel, et en 1791, associé avec Delormel, il installa son atelier rue des Ayres, vis-à-vis Saint-Paul, sous la raison sociale « Moreau et Delormel». Mais les deux associés se séparèrent peu après et chacun eut une imprimerie en son nom. En 1794, Moreau a ses presses «rue Guillaume-Tell, n° 18, maison des ci-devant Minimettes, près le Département», et en 1796 «rue des Remparts-Porte-Dijeaux, près le Département». Il imprima des pièces révolutionnaires et plusieurs journaux éphémères de cette époque : la Chronique de Bordeaux de Mittié, l’Écho des Journaux, le Nouveau Journal des Journaux de Lawalle et Kirwan, le Pis Aller, etc.. En 1804, la police fit arrêter Moreau pour avoir imprimé une proclamation de Louis XVIII aux Français. Le 20 juin 1816 il demande au maire de Bordeaux un certificat de royalisme, qui lui est accordé par le commissaire de police *. En 1820, Moreau était encore imprimeur, rue Porte-Dijeaux, n° 69, mais il ne travaillait presque plus.
François René Bénit Vatar de Jouannet (1765-1845) est un archéologue français, « grand-père de la préhistoire ». Il avait succédé à Pierre Bernadau à la Statistique du département en 1817 et vint demander à son prédécesseur son aide : « Il croyait que je serais assez bon pour lui communiquer ce que je pouvais avoir à ce sujet … Loin d’entrer dans ses vues, je lui dis que si le Préfet désirait quelque chose de moi, il n’avait qu’à m’écrire ses intentions et que je verrais ce que j’aurais à faire. Notre intriguant n’a plus reparu et m’en veut pour ne m’être pas abandonné avec confiance à ses perfides intimations ».
Un peu plus loin (31 juillet 1820), Bernadau complète, à sa manière, le portrait de Jouannet :

Ce rédacteur, qui cherche à garder l’anonyme qui convient tant à son obscurité, est un sieur Jouannet, ex-prêtre venant chercher ici du pain, marié à une maîtresse d’école de Périgueux, d’où la famille les a forcé de migrer. Le mari montre le latin en ville, tandis que la femme régenter un pensionnat de petites filles. Celle-ci aide son mari à remplir le journal dont elle fabrique les vers innocents dont il dégorge. Ce digne couple poétique s’est associé au sieur Moreau, mauvais imprimeur de cette ville, dont les presses sont depuis longtemps consacrées aux marchands de chansons et d’orviétans, après avoir fêté, en 1793 et 94, aux révolutionnaires du temps avec lesquels il a commencé sa réputation. Il a ensuite continué à imprimer les pamphlets et même les libelles de tous les partis, ce qui lui a valu, à diverses époques, des confiscations et des détentions par la police qui a toujours l’oeil ouvert sur lui pour tout ce qu’on appelle les impressions de marronage.

L’orviétan est un faux antidote resté fameux dans les fastes du charlatanisme médical, d’où le terme « marchand d’orviétan » qui s’applique aux charlatans de toutes sortes.

5 juin 1820 Vente des terrains du château Trompette
On a commencé hier à vendre les terrains du château Trompette qu’on a partagé en emplacements. Deux seuls ont été vendus sur la façade des allées de Tourny à raison de 300 Fr. la toise. Ce prix est bas en raison des neuf ans de terme que les acquéreurs ont pour se libérer, ainsi eu égard à celui qu’avaient il y a 39 ans les emplacements du Chapeau Rouge qui ne se donnèrent pas à moins de 500 Fr. la toise au comptant.

8 juin 1820 Enterrement de M. Raba
On a inhumé ce soir au cimetière des juifs M. Raba, surnommé [illisible] Toilette, qui est mort ce matin âgé de 83 ans. La fête du sabbat qui arrive demain n’a pas permis d’exécuter à son égard la loi des heures qu’on garde aux enterrements comme au théâtre. Le convoi n’était pas nombreux quoi que sa fortune et le bon usage qu’il en ait fait lui dut procurer beaucoup de partisans. On a remarqué que son rabbin a beaucoup abrégé les cérémonies usitées dans son culte pour les inhumations, sans doute parce que le défunt n’avait pas la réputation d’être un bon croyant et qu’il était décoré de l’ordre du Christ en sa qualité de consul du Portugal, où on le regardait comme professant la religion catholique. S’il y a de l’indifférence dans toutes les croyances actuelles, il y a aussi de l’intolérance pour tous les prêtres. On dit que le défunt a laissé 50 000 Fr. à distribuer aux pauvres de Bordeaux, sans particulariser ceux qui professent le culte judaïque et a voulu qu’on racheta à ses frais tous les prêts faits au Mont-de-Piété qui ne dépasseraient pas 4 Fr. Il ne reste qu’un des six frères de cette famille et lui seul étant marié laisse des héritiers d’une très belle succession, que MM. Raba avaient fait par beaucoup de travail, d’ordre et de probité. Ils étaient venus de Lisbonne à Bordeaux lors de l’expulsion des jésuites du Portugal avec lesquels ils avaient des relations par la famille de Tavora dont ils géraient les affaires.

Bernadau connaissait les frères Raba pour avoir visité leur demeure en 1803. Il fait une description très élogieuse du « Chantilly des Bordelais ». parue dans le Bulletin polymathique ainsi que dans un petit fascicule qu’il intitule Promenade à Talence, ou description de la maison de campagne de MM. Raba, frères. Il en attendait sans doute quelque prébende, espoir qui sera malheureusement déçu. Ce petit texte a le mérite d’apprendre au lecteur que Bernadau est … l’heureux propriétaire d’un chien ! Il décrit en effet dans le jardin une statuaire d’animaux, sans doute bien réaliste, puisqu’il précise : « Quoique les animaux ne soient pas tous également bien représentés, cependant leur ensemble fait illusion. Mon carlin fut trompé par un groupe de dogues qui se battent, et courut aboyer auprès d’eux ».

23 juin 1820 Lepeintre aîné
Début de Lepeintre aîné venant du théâtre des Variétés de Paris où il a bien réussi. Cet acteur qu’on était accoutumé à revoir tous les jours avec un nouveau plaisir sur les petits théâtres de Bordeaux où il s’est formé a été bien goûté des amateurs qui ne l’ont pas boudé de les avoir quittés brusquement l’année dernière. Il joue les premiers comiques de son genre avec une grande perfection et sera sans doute très couru pendant les représentations qu’il nous promet: Il gagne 400 Fr. par séance.

On trouve dans Annuaire dramatique pour 1840 une notice d’où est tiré cet extrait :
Lepeintre aîné (Charles-Emmanuel) est né à Paris vers 1780. Issu d’une famille d’artistes, il était destiné par ses parents à devenir peintre, mais n’ayant pas de goût pour cet art il entra, à peine âgé de 12 ans, au théâtre des Jeunes- Artistes, où il suivit les préceptes d’un vieux professeur nommé Petit qui reconnut en lui le germe d’un grand talent. C’est à Bordeaux qu’il fonda sa réputation, aussi Lyon désira le posséder avant que la capitale ne le réclamât. II joua d’abord aux Célestins et fut engagé ensuite pour trois ans au Grand-Théâtre où il tint l’emploi des premiers comiques de la comédie. Son talent s’accrut encore ; Talma qui vint en représentation dans cette ville. le prit en affection et le pressa de se présenter à la Comédie-Française où sa place, lui dit-il, était marquée; mais le directeur du théâtre de Bordeaux lui fit des offres si avantageuses qu’il retourna dans sa ville de prédilection, renonçant au grand répertoire pour le vaudeville. Il finit cependant par céder aux sollicitations du directeur du théâtre des Variétés, et il vint y débuter en 1817 ; son succès fut complet, et on reconnut en lui toutes les qualités d’un excellent comédien.

9 juillet 1820 Expérience d’une « cloche de plongeur » au pont de Bordeaux
On a fait aujourd’hui, près d’une des arches du pont de Bordeaux, l’expérience d’une cloche de plongeur, au moyen de laquelle un homme est resté 40 minutes sous l’eau. Cela facilitera les travaux qui pourraient être nécessaires à la base des piles pour les consolider ou les retaper au besoin.

La cloche à plongeur de Halley est formée d’une chambre de bois étanche et lestée de plomb. Elle est munie de vitres dans sa partie supérieure pour laisser entrer la lumière. L’air peut y être renouvelé par l’apport régulier de tonneaux d’air frais depuis la surface qui sont ouverts sous la cloche. Le système permet également des sorties grâce à un casque relié à la cloche par un tuyau. La pression permet de bloquer l’entrée de l’eau dans la cloche.

16 juillet 1820 Accident au Pont de Bordeaux
Comme on achevait hier l’échafaudage d’une arche du Pont de Bordeaux, une pièce s’est échappée des mains de l’ouvrier et toutes les autres l’ont suivi dans la rivière. Plusieurs personnes ont été victimes de cet accident. Les journaux qui en parlent aujourd’hui osent l’atténuer contre l’évidence qui frappe tous les lecteurs et regardants. À entendre nos feuillistes, l’échafaudage en entier n’aurait pas croulé et il n’y aurait eu que deux ouvriers qui seraient tombés dans l’eau et dont un seul serait péri. Il semble que c’est un crime de lèse majesté de discréditer un édifice qui porte des fleurs de lys. C’est pousser l’ultra-royalisme jusqu’à l’absurdité que de vouloir assassiner ainsi la vérité, même au milieu de ceux qui la connaissent.

28 juillet 1820 Passage à Bordeaux du général Clauzel
Le général Clauzel, qui commanda à Bordeaux durant le gouvernement dit des Cent-jours, a passé hier dans cette ville, se rendant à Paris pour y être amnistié à l’occasion du jugement qui le condamnait à mort pour avoir servi activement la cause de l’usurpateur. Dans ce temps de troubles, Il fait bon de les voir s’apaiser un peu de loin. Il y a tout juste 5 ans que M. Clauzel fut assez adroit pour se dérober aux recherches des personnes qui espéraient le surprendre dans son logement à Bordeaux d’où il s’échappa en plein jour. Il a passé ce temps aux États-Unis. On dit qu’en passant dans cette ville, il voulait faire imprimer un mémoire apologétique de sa conduite à Bordeaux et qu’on ne le lui a pas permis. Il est certain que, pendant qu’il commanda cette ville, il eut l’air d’y faire le méchant et qu’il n’y fit pas réellement le mal qu’il pouvait ordonner de laisser faire. Il se borna à prescrire quelques exils dont il ne suivit pas l’exécution par la rigueur. La fusillade de la place de la Comédie (12 juillet 1815) est due aux provocations faites par de mauvaises têtes aux soldats appelés pour en imposer seulement par leur présence.

20 août 1820 Critique du tableau de l’embarquement de la duchesse d’Angoulême
Avant-hier et le jour de la Saint-Louis, le public a été admis à visiter la nouvelle Galerie des tableaux appartenant à la ville de Bordeaux et dans laquelle il vient d’arriver depuis deux jours le tableau qui doit faire époque, acheté par le gouvernement pour cette ville, représentant le départ de Madame la duchesse d’Angoulême sur une frégate anglaise stationnée au Verdon le 2 avril 1815. C’est un ouvrage du peintre Gosse, qui en a tiré 10 000 Fr. Tout le monde convient que ce morceau est bien fait sous le rapport de l’art seulement, mais non pour la partie historique et de costumes. Il n’y a de locales de trois figures. Les autres sont hors de la vérité, ainsi que le lieu de la scène. On ne retrouve rien du site et de l’action : le peintre a été mal renseigné et, s’il était venu visiter l’endroit où s’est passée la scène qu’il a voulu représenter, son tableau aurait gagné du côté de la vérité historique. Rien ne fait connaître la rade du Verdon, ni sur la côte, ni sur la rivière. La tour de Cordouan et le Pâté de Blaye qu’il a voulu peindre en perspective ne s’aperçoivent pas de cet endroit, même dans le beau temps. On a critiqué avec raison un matelot demi-nu qui pousse l’esquif dans lequel est la princesse qui va joindre la corvette anglaise placée au milieu de la rivière. La nudité de ce marin est tout à la fois indécente au milieu de plusieurs femmes et inconvenante un jour de grand froid, comme était celui du 2 avril au matin. La forme du navire, du batelet, des avirons et des gaffes n’est point celles qu’ont réellement ces objets sur la Gironde. Des soldats, vêtus à la Béarnaise, ne rappellent ni les Gardes royaux, ni la Garde nationale du lieu et il n’est indiqué que par les mots Garde Bordelaise, écrits sur un drapeau comme sur une enseigne. Nous aimons à reconnaître que le tableau est bien peint, mais que l’on a manqué la scène dans les détails, comme dans l’ensemble, et qu’il n’y a aucun objet reconnaissable, pas même la figure principale que l’on a faite jeune et jolie, ce qui n’était pas vrai, même il y a six ans.

Bernadau confond ici les peintres Nicolas Gosse et Antoine-Jean Gros.
Ce tableau est ainsi décrit dans le site du Musée des Beaux Arts :
Embarquement de la duchesse d’Angoulême à Pauillac
Antoine-Jean GROS (Paris , 16/03/1771 – Meudon , 25/06/1835 )
Date, lieu de création : 1818
Matière et technique : Huile sur toile.
Mesures : Hauteur sans cadre en cm 326,5 ; Largeur sans cadre en cm 504 ; Hauteur avec cadre en cm 377,5 ; Largeur avec cadre en cm 555 ;
Inscriptions / marques : [Signé et daté en bas à droite] : GROS 1818
Numéro d’inventaire : Bx E 61. Autre numéro : : Bx M 6973
Historique : – Commandé le 8 mai 1816 à Gros pour la décoration de la galerie de Diane aux Tuileries par M. Le Comte de Pradel, directeur général, sur un rapport du ministère de la Maison du Roi, pour la somme de 10 000 f. Négociation pour un échange avec le Ministère de l’Intérieur, 1819. – Ancienne collection du musée du Louvre. – Ancienne collection de l’Etat
Mode d’acquisition Collection du musée des Beaux-Arts, par transfert de propriété des oeuvres de l’Etat déposées à Bordeaux avant le 07/10/1910, 2012. Dépôt du Louvre, 1820. don de Louis XVIII, août 1820. Une lettre du maire à Pierre Lacour, conservateur, datée du 12 août fait étât de l’arrivée du tableau. Il sera exposé le 25 de ce mois à l’occasion de la fête de Saint-Louis, dans le Château royal (Hôtel de ville) dans la galerie de la rue Montbazon.

6 septembre 1820 Le berceau du duc de Bordeaux, Anniche Duranthon Hier seulement le public a été admis à voir, dans une salle du Château royal de Bordeaux, le berceau que les femmes du marché de cette ville ont fait faire au moyen d’une souscription qu’elles ont recueillie dans les maisons et qu’elle se proposent d’apporter par députation à S.A.R. la duchesse de Berry, pour servir l’enfant dont elle est sur le point d’accoucher. On va bientôt arrêter de laisser voir ce berceau, parce que les curieux ont fait beaucoup de dégâts dans les appartements du château. Nous nous sommes servis du nom de souscription qu’on a donné à la quête faite chez les particuliers de cette ville par la nommée Anniche qui s’est mise à la tête de l’opération. Il est certain qu’on a réuni de cette manière une somme d’environ 9000 Fr. et qu’on a dépensé 1200 Fr. pour faire faire le berceau. Ce qui restera suffira pour les frais de voyage des femmes qui se députent en cortège pour l’apporter. Ces représentantes de la halle bordelaise se nomment Duranthon, loueuse de chaises, fermière des promenades de cette ville, Tastet, marchande liquoriste et Rivaille, femme d’un brocanteur de bijoux. La première de ces trois femmes, qui va porter la parole, a obtenu une sorte de célébrité évoquée par ce qu’a dit, de ses propos lestes avec les promeneurs à Tourny, M. de Jouy, auteur du voyage de l’hermite de la Guyenne en France, où elle est plaisantée sous le nom d’Anniche qui est celui qu’elle porte. Elle fit, au sujet de ces plaisanteries, un procès de diffamation à cet auteur, qui fut obligé de composer avec elle pour quelque argent, enfin de se dispenser de comparaître devant le tribunal correctionnel de Bordeaux où la sus-dite Anniche avait sérieusement assigné M. de Jouy. Au reste, les journaux de cette ville ont annoncé officiellement que ces trois députées se rendent en cour en grandes coiffes et jupons courts à la mode de nos harengères, qu’elles espéraient y être présentées par le comte de Chateaubriand, ancien journaliste Pair de France. Elles auraient dû réserver patriotiquement cet honneur à Monsieur Lainé, comme originaire et député de Bordeaux qui sait mieux parler gascon que le bel-esprit poitevin M. Chateaubriand, d’autant que, lorsque le premier était administrateur du ci-devant district de Cadillac, il a eu l’occasion d’apprendre les finesses de la langue des paysans en les haranguant révolutionnairement aux fêtes décadaires, coiffé du bonnet rouge en 1794.

9 septembre 1820 Baraque des secours aux personnes place Royale
On vient d’élever une baraque destinée à administrer des secours aux personnes qui tomberont dans la Garonne et cette baraque remplace les latrines publiques qui étaient établies le long du parapet de la place Royale. L’un et l’autre établissement pouvaient bien subsister concurremment, y ayant assez de place pour tous deux sur le même local. Mais le bien se fait toujours mal à Bordeaux.

18 septembre 1820 Démission de M. Dutrouilh
M. Dutrouilh vient de donner sa démission d’adjoint à la mairie de Bordeaux par rapport à des chicanes que la Cour générale du département lui a faites sur la manière dont il a fait exécuté les travaux du château Trompette. Abstraction faite de toutes discussions administratives, le goût aurait beaucoup à reprendre sur l’exécution bizarre de ces travaux.

29 septembre 1820 Les harengères à Paris
Le trio femelle qui était allé au nom des régrattières de Bordeaux porter un Berceau à S.A.R. la duchesse de Berry, est arrivé dans cette ville au milieu des acclamations de leurs commères. C’est la femme Anniche Duranton, qui a joué le rôle le plus brillant de la députation et dont on célèbre l’habileté dans tous les journaux, à l’exclusion de ses deux acolytes. Voici ce qui s’est passé de mémorable à cette occasion. M. de Chateaubriand, sur le secours duquel elles comptaient pour être présentées, se trouvant en défaveur en cour, c’est Monsieur de Sèze, Pair et président de la Cour de Cassation, qui s’est chargé de cette mission. Elles ont offert le berceau à la princesse le 16 de ce mois ; le 18 elles ont été présentées au roi. Dans ces deux circonstances, elles ont fait quelques folies qui ont fait rire la cour. La princesse les a gratifiées d’une médaille d’or relative à la mort de son mari, avec une chaîne du même métal pour chacune d’elles et, après avoir visité Paris pendant trois jours, elles s’en sont retournées à Bordeaux, après avoir publié la relation de leur voyage dans une Lettre à leurs maris, qui a, à son tour, fait rire la ville et le département par sa naïveté. Nous observerons qu’il n’y a que les dames Anniche et Rivaille qui aient jouit de l’insertion de leurs Lettres dans les journaux, quoi que ce soient précisément elles seules qui ne savent pas lire. Il pleut ici un déluge de vers en leur honneur et le théâtre des Variétés de Paris annonce une pièce sous le titre des Dames de la halle de Bordeaux qui sera sans doute donnée sous peu dans notre ville. En y réfléchissant tout de bon, est-il séant de produire sur la scène des personnes qui ont eu l’honneur de représenter en cour une grande cité ?

On trouve certains de ces vers en l’honneur des Dames de la Halle de Bordeaux sous la plume de Ernest Laroche, A travers le Vieux Bordeaux, 1890, ainsi que cette précision : « En 1820, lors de la naissance du duc de Bordeaux, ces dames envoyèrent à Paris une délégation de recardeyres artisanes qui offrirent au royal nourrisson un superbe berceau, oeuvre du vannier Chevrier, demeurant allée des Noyers. L’une des députés, une bonne femme pleine de santé robuste, Madame Anniche ***, vivait encore il y a quelques années. Elle était, comme bien on pense, plus qu’octogénaire. Elle habitait non loin du cours du Jardin public, où je l’ai connue, entourée de la vénération de ses descendants ».

14 octobre 1820 Curieuse transaction
Il y a aux portes de Bordeaux deux maisons de plaisance, très courues par les amateurs de danse et de bonne chère, l’une sous le nom de Vincennes, l’autre sous celui d’Elysée. L’archevêque vient d’acheter la première et le Séminaire la seconde. Le plus extraordinaire en tout ceci n’est pas la nouvelle destination donnée à ces maisons, mais leur paiement argent comptant par des acquéreurs qui vivent d’aumônes.

22 novembre 1820 Mademoiselle Anaïs
Fin des représentations à Bordeaux de la demoiselle Anaïs, actrice du second Théâtre Français de Paris, pour l’emploi des grandes coquettes qu’elle remplit très bien, quoi qu’elle n’ait que peut d’années d’exercice et promet de devenir une excellente doublure de Mademoiselle Mars. Pendant ces représentations, le prix des places n’a pas été augmenté, comme cela se pratiquait abusivement par la précédente direction de nos spectacles.

AUBERT (Mademoiselle Anaïs), actrice du Théâtre-Français, elle débuta en 1816 auThéâtre-Français, dans les ingénuités. Mais, malgré le succès de ses débuts, cet emploi étant alors tenu par Mlles Bourgoin et Volnais, et surtout par Mlle Mars, Mlle Anaïs ne fut donc point engagée par le comité du théâtre, et alla jouer à Londres. Elle revint, en 1831, au Théâtre-Français et ne l’a plus quitté depuis cette époque. Par les avantages extérieurs de sa taille mignonne et de sa voix juvénile, Mlle Anaïs offre une nouvelle et agréable preuve du charme et de l’illusion que le talent peut longtemps prolonger au théâtre (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1864).

5 décembre 1820 Mort de Tallien
On apprend que le fameux Tallien, de révolutionnaire mémoire, vient de mourir à Paris, sa patrie où il subsistait d’une petite pension d’aumône que le roi lui faisait. Il est étrange que le directeur du massacre de septembre 1792, cet agent si actif de l’insurrection du 10 août, soit mort dans l’indigence. On sait que, étant en mission à Bordeaux en 1794, il épousa la demoiselle Cabarrus qu’il fit divorcer d’avec Monsieur Fontenay et que cette femme vendait fort cher dans cette ville la protection de son mari. On l’appelait Notre-Dame de Septembre parce qu’elle s’est montrée couverte de bijoux recueillis sur les massacrés en ce mois. Tallien était un bel homme qui avait beaucoup d’adresse dans le maintien et la conduite: Il fit le 9 Thermidor parce que Robespierre voulait le faire guillotiner. Il suivit Bonaparte au Caire, puis à Alicante et revint sans fortune en France, lorsque nos armées évacuèrent l’Espagne. Depuis, il n’a plus été employé. On pense bien que le Moniteur n’a pas publié de nécrologie de cet homme qui eut les talents et un grand pouvoir sans en avoir trop abusé.
(Note de Bernadau sur Thérésia Cabarrus : Elle divorça depuis avec Tallien pour se marier avec le duc de Chimay. C’est encore une des plus jolies femmes de Paris. Je l’ai vue à Bordeaux en 1793, visitant la prison du fort du Hâ où j’étais embastillé).

Encore une fois, que d’approximations : Thérésia Cabarrus n’a pas divorcé du marquis de Fontenay sur l’injonction de Tallien ! Et de plus, il n’est pas très généreux dans son appréciation sur sa conduite à Bordeaux.
Par contre, son appréciation de Tallien semble juste et mesurée.
Il est enfin très intéressant d’apprendre qu’il a vu Thérésia durant sa propre incarcération au fort du Hâ, peut-être à l’occasion d’une visite de la maîtresse de Tallien à l’un de ses protégés.

11 décembre 1820 M. de Baritault, adjoint au Maire
On a installé hier en qualité d’adjoints du Maire de Bordeaux, MM. de Baritault et Devaux, en remplacement de MM. Vignes et Dutrouilh qui ont donné leur démission, parce que le Maire a voulu les soumettre, d’après l’insinuation du secrétaire de la ville M. de Mondenard, son âme damnée, à lui rendre compte tous les jours par écrit des opérations auxquelles ils se sont livrés dans leurs fonctions administratives, opérations dont le Maire pourrait facilement prendre connaissance par les registres de l’hôtel de ville, ou dont il serait plus séant de se faire rendre compte par les chefs de bureau. M. de Baritault est un émigré qui, ayant vécu en Russie du talent qu’il possède de bien faire des portraits, s’est cependant fait donner la Croix de Saint-Louis comme s’il avait servi comme militaire et qui, depuis la seconde rentrée du roi, était capitaine des Brassards à Bordeaux avec un traitement de 1000 écus comme s’il faisait un service actif très utile. M. Devaux est un avocat très médiocre qui n’étant pas occupé au barreau s’est lancé dans la carrière.

Dans l’ouvrage de Alain de Baritault du Carpia, La famille de Baritault, on trouve bien sûr des détails plus précis, et plus proches de la réalité certainement, sur ce membre de la branche d’Arbis. Il s’agit de Bertrand de Baritault, né à Bordeaux le 31 mai 1771, qui émigra à Coblence en 1792. Il fut alors professeur de peinture à Breslau en Silésie, puis s’engagea avec l’accord des Princes de France au service de la Russie. Arrêté par les Prussiens, il resta emprisonné durant deux mois à Leipzig et réussit finalement à rejoindre le roi à Cambrai. Il fut décoré de l’Ordre de Saint-Louis le 6 décembre 1815, puis nommé quatrième adjoint au maire de Bordeaux par ordonnance royale le 8 novembre 1820. Plus tard, il sera maire par intérim en 1825 et 1826.

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