Année 1821

L’année 1821 inaugurant un nouveau volume des Tablettes (MIC 1698/10), Pierre Bernadau tient à nous livrer un nouvel Avertissement sur sa méthodologie, dont sont extraites ces quelques lignes :
« Comme j’ai écrit curante calamo, à mesure que les événements dont je parle passaient sous mes yeux, mon style a du être nécessairement diffus et incorrect ».
Et il anticipe sur l’improbable bénédictin qui retranscrira les Tablettes dans leur intégralité :
« Ce sera l’affaire du bénévole chargé de suppléer à la précipitation de ma plume et au dégoût que j’éprouve à chercher à corriger ce qu’elle a tracé ; car si je voulais rectifier ma rédaction, j’y apercevrais toujours des défauts et les corrections seraient à l’infini ».
Enfin, il résume son travail en empruntant joliment à Montaigne :
« Ici, je travaille pour moi et me tiens en déshabillé ».

L’année 1821 est très occupée par la construction du Pont en pierre de Bordeaux, dont on apprend ici qu’il a été un temps « épaulé » par un pont en bois, dit pont-de-service.

1° janvier 1821 Etrennes … surprenantes
Le froid d’aujourd’hui, qui a fait baisser subitement le thermomètre à deux degrés au-dessous de zéro, n’a pas empêché les visites et cadeaux d’étiquette de circuler. A la vérité, le plus grand nombre des complimenteurs envoient leurs billets de visite par des commissionnaires et il y a eu des maisons où, pour éviter même la peine de descendre, le maître avait placé derrière la porte d’entrée une boîte pour recevoir les billets !
Les marchands d’étrennes ont fait, cette année, de bonnes affaires à Bordeaux. On dit qu’ils ont vendu jusqu’à 100 000 Fr. de sucreries et de colifichets pour cadeaux. L’industrie française s’est surpassée en bagatelles en tous genres. Elle a fait sucer la famille royale en pastille aux démocrates et avaler la charte en gaufres aux aristocrates. L’art du [cartonnier?] a créé les cadeaux les plus étranges, tels que le caca du duc de Bordeaux en bonbonnière et le pot à piler de Madame en boîtes à confitures. Nous ferons la remarque statistique, à l’occasion de ces frivolités, que l’on vend en ce moment 310 sous la livre de dragées qui, avant la Révolution ne valait que 24 sous.

21 janvier 1821 Travaux du Pont aux flambeaux
On reprend avec une nouvelle activité les travaux du pont de Bordeaux et les ouvriers y travaillent maintenant jusqu’à minuit. C’est une mauvaise besogne que celle faite aux flambeaux dans l’hiver.

27 janvier 1821 Difficultés au Grand Théâtre
La troupe des théâtres de Bordeaux s’étant syndiquée a rouvert hier les spectacles pour subvenir aux besoins pressants des acteurs qui étaient mal payés, même par les créanciers réunis, dont tout le monde se plaignait. On parle de remettre à la tête d’une direction provisoire Beaujolais, l’ancien fermier de nos spectacles, qui est toujours protégé par la mairie et surtout par l’adjoint Labroué, avec lequel il a de grands rapports d’intimité !

On retrouvera ce Labroué dans une curieuse affaire de séquestration d’enfant, dans une note du 28 mars 1822.

27 janvier 1821 Almanach des Muses bordelaises de Romain Dupérier
Apparition de la 8° année de l’Almanach des muses bordelaises par M. Romain Dupérier. C’est encore plus mauvais que par le passé, l’auteur paraissant tomber en enfance. Il va vendre dans les cafés sa brochure en adressant une invitation rimée à ceux qu’il croit disposer à l’acheter. Cet homme devient aussi vil que sot.

Romain du Périer de Larsan appartenait à une ancienne famille parlementaire de Bordeaux. il était né au château de Livran, paroisse de Saint-Germain d’Esteuil en Médoc, le 16 juillet 1757. Il apparaît sur la scène bordelaise pour la première fois en mars 1793 avec son Journal Amusant. Dans cette feuille littéraire, «il ne fait jamais de politique, il ne dit pas un mot des événements graves qui se passent sous ses yeux, mais il fait savoir qu’il est un bon républicain, qu’il s’est dénobilisé pour se sans-culotider et il signe toujours : le citoyen Romain Dupérier». Il fut arrêté le 15 octobre 1793 chez lui, rue Rohan, et interné au fort du Hâ. Il rédigea, en partie pendant sa captivité, qui dura jusqu’à fin 1794, un très long poème de plus de six mille alexandrins qu’il intitula d’abord : Les Prisons, poème héroï-comique, historique, et burlesque en 5 chants. Il le reprendra plus tard, en l’augmentant de sept autres chants et il le publiera sous le titre nouveau : Les Verrous Révolutionnaires, poème héroï-comique et en vers alexandrins, dédié au neuf thermidor. Après sa sortie des prisons de la Terreur, il eut une assez longue carrière littéraire jusqu’à sa mort en 1828.

31 janvier 1821 Le Pétard du Louvre
On ne parle aujourd’hui que d’une explosion qui a eu lieu le 27 au matin dans un cabinet attenant l’appartement du roi, où l’on mettait le bois pour l’usage journalier de Sa Majesté. Une bûche remplie de poudre y a éclaté, sans faire d’autres dégâts que de casser quelques carreaux d’une fenêtre qui éclaire ce cabinet. Les observateurs n’ont pas manqué de recueillir ce mot de Louis XVIII que certains journaux ont été fâchés d’avoir publié. Les gens de garde près du Roi étant accourus au bruit de l’explosion, il leur a dit : « Allez dire à mes nièces que ce n’est pas moi qui ai mis le feu à tout cela et que je n’ai pas eu peur ». D’après les rapports officiels, le cabinet où la bûche chargée de poudre a éclaté est séparé de celui du roi par trois chambres et, auprès de ce cabinet, est un petit escalier qui sert à communiquer à l’appartement de la duchesse d’Angoulême. Ces rapports faits aux chambres n’ont abouti qu’à envoyer une députation au roi pour lui témoigner leur sensibilité sur cet événement et à une enquête des gens de police auprès de Sa Majesté qu’un simple juge d’instruction s’est chargé de faire avec le juge de paix. Peut-être saura-t-on quelque chose sur cette explosion que l’on appelle assez hautement à Paris le Pétard du Louvre. On dit que la duchesse d’Angoulême l’avait préparé pour déterminer le roi à abdiquer en faveur du comte d’Artois qu’elle gouverne et qui n’est nullement libéral.

Ce fait est rapporté en ces termes dans Histoire de la Révolution Française, Volume 6, 1845 : « Le 27 janvier, aux Tuileries, du côté des appartements de Madame, on entendit une forte détonation. Les personnes accourues sur les lieux constatèrent qu’il y avait plusieurs fenêtres dont les vitres avaient été brisées ; on découvrit enfin, sous un escalier dérobé, un baril qui avait pu contenir environ six livres de poudre. Au bruit de la détonation, Louis XVIII avait dit : « Voilà un pétard bien insolent! » Puis, comme Madame, accourue auprès de lui, paraissait toute troublée, il ajouta : « Tranquillisez-vous, ma nièce, ce n’est rien. Sachez seulement que ce n’est pas moi qui ai mis le feu au pétard ! » Par cette réponse, le Roi laissait deviner qu’il soupçonnait les royalistes d’avoir machiné cet attentat. »

1° février 1821 Boutiques de la Bourse
On fait de nouvelles boutiques en planches aux galeries inférieures et supérieures de l’hôtel de la Bourse. Elles sont sur un plan régulier, bien entendu pour la commodité comme pour le décor. Celles d’en bas ne sont placées que sur un côté des allées et sont plus éclairées et moins susceptibles de fractures que celles qui y étaient auparavant. Elles seront ouvertes toute l’année et destinées aux seuls marchands de Bordeaux, qu’on ne forcera plus de déloger pendant la foire pour céder leur place aux marchands étrangers, comme cela se pratique. Ces derniers auront les boutiques de la galerie supérieure et des baraques qui sont sur la place. On supprime en même temps les boutiques qui étaient dans les embrasures des portes de la salle où les commerçants se réunissent tous les jours. Ainsi, ce local aura un air moins marqué que par le passé.

1° Février 1821 Montagnes russes à Saint-Genes
Ouverture d’un nouveau divertissement connu sous le nom de Montagnes russes à la barrière dite de Saint-Genes, hors les murs de Bordeaux. Cet établissement, formé par une société d’actionnaires artisans qui y ont contribué par leurs propres travaux, ne peut manquer de tomber et d’accélérer en même temps la chute des deux autres établissements de ce genre, celui de Caudéran et celui de Vincennes. Ces jeux sont trop coûteux et uniformes pour tenir longtemps.

12 février 1821 Francs maçons
Il y a eu hier bal paré à la loge des francs-maçons vis-à-vis le théâtre Français. Tout le monde à peu près a pu s’en procurer l’entrée, parce qu’on y jouait et que c’était un bal de spéculation. Aussi était-il mal composé, quoique peu nombreux, et les véritables maçons se sont fait un devoir de n’y pas paraître.

20 février 1821
Il y a eu hier un autre bal aux francs-maçons des Fossés de l’Intendance où il n’y avait que des joueurs et des catins.

La question de l’appartenance de Bernadau aux Francs-maçons reste débattue, bien que l’évolution de sa signature, entre 1897 et 1803, semble être en faveur de son appartenance à cette obédience.

20 février 1821 Démolition du théâtre de la Gaité
On démolit le théâtre de la Gaité de cette ville, comme étant bâti sur le terrain du château Trompette dont les emplacements les mieux situés commencent à se vendre. Beaujolais, qui avait fait bâtir cette salle en 1800, à la charge par lui de l’abandonner à la ville au bout de 18 ans, a obtenu d’en emporter les matériaux qui auraient dû être vendus comme propriété communale, en indemnité de la location du terrain pour lequel il n’a rien payé. Mais cet homme fait comme il lui plaît avec l’Autorité qui se repentira un jour de l’avoir trop favorisé.

23 février 1821 Pyramide du 12 mars
On a fait hier l’inauguration de l’inscription placée sur l’obélisque élevé à l’embranchement des chemins du Sablonat et des Capucins, hors les murs de Bordeaux. Cette inscription consiste dans ces mots : 12 mars 1814 : Vive le roi. Le lendemain, l’archevêque a béni un terrain sur lequel doit être bâtie l’église paroissiale qu’on construira à Talence quand la souscription ouverte à ce sujet sera assez forte.

10 avril 1821 Famille
Mort de Michel Micheau, à St Pierre Martinique où il était allé faire un voyage. L’amitié et la reconnaissance me commandent ce souvenir pour la mémoire d’un honnête homme de parent, qui m’a institué son légataire universel. Puisse sa succession profiter à mon neveu auquel je l’ai donnée.

L’acte de naissance de Pierre Bernadau (Archives Municipales de Bordeaux, série GG, registre 103, acte n° 1919) indique : « Du mercredi 10 aoust 1762. A ésté baptisé Pierre, fils légitime de François Bernadau, maître vitrier, et de Catherine Michau, Paroisse Sainte-Eulalie. Parrain, Pierre Bernadau; marraine, Claire Couvan, né ce matin à deux heures. Signé : Bernadau père, Pierre Bernadau, Claire Couvan, et Bergey, vicaire. »
Ce Michel Micheau était donc un oncle maternel de l’auteur des Tablettes.
Jamais marié, sans enfant, Bernadau a vécu avec sa soeur Jeanne, qui avait un an de plus, et la famille de celle-ci, dont son fils B. Lafaurie et les enfants de celui-ci : Céline (née en 1819), Eugène et Hortense morts en bas âges (en 1821 et 1824), et Alfred, son légataire.

29 avril 1821 Croyance populaire sur les pavés de Saint-Pierre
Il s’est fait en plein midi une crevasse à la voûte du ruisseau de la Devèze, presque vis-à-vis de l’entrée de l’église Saint-Pierre. Cela a eu lieu sans accident. Cette crevasse fait connaître aux bourgeois l’absurdité de la tradition populaire qui portait que, si on levait certain pavé de cette église, Bordeaux pourrait être submergé, attendu qu’un torrent y coule depuis la fondation de cette ville.

2 mai 1821 Nouvel hôpital Saint André: première pierre
On a posé avant-hier la première pierre de l’hôpital que le duc de Richelieu fonde à Bordeaux, par le moyen du Majorat dont le Roi a fait don l’an passé et dont nous avons, dans le temps, rappelé toutes les circonstances. Cet hôpital doit être élevé sur le terrain de la caserne dite de Saint-Raphaël. Sera-t-il achevé dans 10 ans, ou jamais commencé, demandent les gens ?

6 mai 1821 Galerie des Beaux-Arts
On a commencé à ouvrir au public la nouvelle Galerie des tableaux qu’on a transportés d’une des salles du musée de Bordeaux dans le local qu’occupait la cour royale au Château royal. Ce dépôt paraît plus mesquin qu’auparavant, maintenant qu’il est isolée dans un grand local, quoiqu’on y ait ajouté une collection de plâtres et de bronzes. Cette Galerie doit être ouverte au public deux fois par semaine. On pourrait se borner à une exposition par mois, ce serait plus qu’assez pour les bordelais qui ne sont pas accusés de s’occuper grandement des Beaux-Arts, parce qu’ils n’y entendent rien.

Le site du Musée des Beaux-Arts apporte les précisions suivantes : « Dès sa création, le musée connut des problèmes d’installation dans des locaux inadaptés à ses deux missions essentielles : conserver et présenter. L’ancien couvent des Feuillants, qui avait servi de dépôts aux livres et œuvres d’art saisis pendant la Révolution, ne répondait pas aux exigences de Pierre Lacour. Aussi, ce dernier installa le nouveau musée dans l’hôtel de l’ancienne Académie royale, devenu entre-temps bibliothèque publique depuis le 1er mars 1796. Une « galerie des peintures » fut aménagée et ouverte à la visite tous les jours sauf le mercredi et le samedi, de 9h00 à 13h00. Elle constituait surtout un complément aux élèves de l’Ecole de dessin. Cependant, l’exiguïté des salles et leur encombrement par les livres, la présence des antiques, des moulages et du cabinet d’histoire naturelle de Journu-Aubert, ainsi que le second envoi de tableaux par l’Etat en 1805 rendirent la situation inextricable. Malgré l’aménagement conçu par l’ingénieur de la Ville Richard Bonfin en 1809, la galerie, ouverte le 1er octobre 1810, ne put présenter toutes ses œuvres. Lorsque Pierre Lacour fils succéda à son père le 29 janvier 1814, la question du local se posait avec toujours autant d’acuité, surtout avec les trois envois de 1817. Elle provoqua surtout la perte regrettable du Christ en croix de Jordaens (1593-1678) au profit de la cathédrale Saint-André en 1819.
Installation du musée dans l’Hôtel de Ville : Avant même le départ de l’œuvre flamande, Lacour visita l’ancien siège du Tribunal civil situé dans l’aile nord du palais Royal (actuel palais Rohan), rue Montbazon. Michel-Jules Bonfin, fils et successeur du précédent ingénieur municipal, aménagea les lieux qui ouvrirent au public le 5 mai 1821 ». (http://www.musba-bordeaux.fr/fr/article/le-musee-et-ses-lieux-dexpositions)

9 mai 1821 Le violon Rode (voir 10 Fructidor 1798)
M. Rode, violon fameux, vient de donner pour les pauvres un concert au Grand théâtre. Il a produit 5000 Fr. Cet artiste vient se fixer à Bordeaux, sa patrie, après avoir acquis une brillante fortune par ses talents et sa bonne conduite. Nous nous rappelons l’avoir vu dans notre jeunesse prendre les premières leçons de violon dans la boutique de parfumerie de sa mère, rue du Loup. Son maître était un aveugle mendiant.

10 mai 1821 Bateaux à vapeur
On vient de lancer à l’eau un nouveau bateau à vapeur qui est destiné pour la Martinique. Déjà, nos constructeurs en ont fait un pour Rome et un autre pour le Sénégal. Ces machines prennent beaucoup faveur à Bordeaux, où quatre vont continuellement de cette ville à Pauillac et à Langon. Cela a fait diminuer le prix des places et établit une concurrence favorable aux voyageurs.

Bernadau souhaitera, en date du 25 juin suivant, faire un point sur les bateaux à vapeur. La présentation et l’écriture de cette note montre qu’elle a été rédigée a posteriori.

17 mai 1821 Société linnéenne (voir 4 avril 1818)
Une réunion d’élèves en chirurgie et pharmacie ayant formé à Bordeaux une coterie académique sous le titre de Société linnéenne, publie un petit almanach où elle parle beaucoup de ses travaux et auquel elle donne le titre de Guide du cultivateur fleuriste. C’est une nouvelle édition du Petit potager, dans lequel on apprend aux jardiniers amateurs quand ils doivent semer la ciboule et marotter [?] les aillets, ainsi que d’autres opérations de jardinage que tout le monde sait. Un maître d’école nommé Laterrade est à la tête de cette académie en herbe.

Le titre de l’almanach, publié chaque année, est en réalité : Le Guide du cultivateur et du fleuriste.

17 mai 1821 Mort de Napoléon
Napoléon Bonaparte est mort le 5 de ce mois à l’île de Sainte-Hélène d’une maladie au foie négligée. Il a été inhumé le lendemain avec les honneurs militaires dans la même ville sous l’inspection du gouvernement anglais, qui paraît avoir craint qu’on ne lui enlevât le corps de son prisonnier. Nous rappellerons les détails qui pourront transpirer sur cet événement.

7 juin 1821 Dernière pierre du Pont
Les Préfet a été hier in fiocchi poser au Pont de Bordeaux la pierre qui ferme la dernière arche. Tout l’édifice doit être terminé avec cette année, suivant la loi; mais on n’exécute jamais la rigueur les lois, sauf celles qui sont fiscales.

25 juin 1821 Pêche aux sardines
On remarque avec surprise que les bateaux de sardines n’ont commencé qu’aujourd’hui à venir à Bordeaux et qu’on y expédie ce poisson par terre depuis Bayonne, où il a déjà paru. On doit inférer, de ce retard d’un mois, que la pêche des sardine est devenue difficile sur les côtes de Poitou et de Bretagne, d’où elles nous arrivent ordinairement à la mi-mai, ce qui est fâcheux pour la classe du peuple où l’on veut et l’on consomme beaucoup de ce poisson à Bordeaux.

25 juin 1821 Bateaux à vapeur
Comme on parle beaucoup des bateaux à vapeur, il nous a paru utile de consigner ici quelques faits relatifs à cette invention. Elle est due aux Anglais et a été diversement appliquée par eux. Ils ont les premiers trouvé que l’eau mise en ébullition avait une grande force de percussion et que sa vapeur pouvait être facilement comprimée dans des machines qu’elle mettrait en mouvement, de même que ces machines économiseraient beaucoup de combustible et de bras dans les manufactures. Beigthon imaginât en 1713 une machine à vapeur pour ôter l’eau et élever le charbon hors de la mine de Chacewater, dans la province de Cornouaille. En 1760, Boulton perfectionna cette machine, mais en 1773 l’écossais Watt ajouta non seulement un grand développement à cette invention, mais encore il en appliqua l’usage à divers autres ateliers, tels que les métiers à tisser, l’imprimerie, les foulons et le halage des bateaux sur les rivières. il a fait connaître le premier la grande puissance de l’eau bouillante comprimée pour mettre en jeu des machines de toutes espèces et suppléer une grande force de pression et de locomotion. On lui doit le perfectionnement de l’appareil qui sert à faire naviguer un navire en tous sens sur les rivières, c’est-à-dire la meilleure mécanique de ce que nous appelons bateau à vapeur, qui serait plus simplement appelé Pyroscaphe. On ne peut pas préciser en quelle année Watt inventa cette machine; Nous remarquerons seulement que ce célèbre mécanicien est mort le 25 août 1819, âgé de 85 ans, dans sa terre de Heathfield près de Birmingham et que sa carrière active avait pris fin en 1800. Cette découverte lui procura beaucoup de fortune et une grande réputation. On ne l’a mise en pratique en France que vers 1818. Depuis cette époque, les bateaux à vapeur se sont multipliés en Europe; Mais ce qu’il y a d’étrange, c’est que les mécaniques qu’on y emploie se fabriquent exclusivement en Angleterre et qu’elles sont très coûteuses. Nous noterons pour mémoire que les frères Périer de Paris avaient fait construire dans cette ville en 1786 une pompe à feu, au moyen de laquelle ils élevaient l’eau de la Seine sur la tour de la Samaritaine pour, de là, la distribuer dans les divers quartiers de la capitale où ils la vendaient. Ils établirent à cet effet une compagnie d’actionnaires dont ils étaient les directeurs et qui leur procurera une grande fortune. Ces mêmes mécaniciens avaient fait quelques années auparavant, en 1757, l’expérience d’un bateau dont le feu mettait en mouvement les rames. Mais elle n’eut aucune suite parce que leur bateau ne pouvait faire qu’une lieu à l’heure.
En 1778, le marquis de Jouffroy fit de nouveaux essais à Baume-les-Dames et établi sur la Saône un bateau à vapeur de 90 pieds : il eut peu de succès.
En 1807, l’américain Fulton construisit à New York un bateau à vapeur, le premier qui ait fait un service régulier et durable pour le transport des hommes et des marchandises. Il doit être regardé comme l’inventeur de ces machines qui promettent de grands avantages au commerce, à la marine et même à la guerre.
Ce ne fut qu’en 1813 que des services réguliers de bateaux à vapeur s’organisèrent en Angleterre et, deux ou trois ans après, en France.
Le 3 août 1818, a commencé à fonctionner sur la Garonne le premier bateau à vapeur que Bordeaux ait possédé. Ce bateau avait été construit dans cette ville; mais la machine qui le meut avait été fabriquée en Angleterre et l’entreprise a été conçue et dirigée pas le consul des États-Unis résidant à la Rochelle. Les bordelais accueillirent d’abord cette expérience par des objections et des plaisanteries, selon leur coutume, car ils ne savent pas voir le bon côté d’une invention et commencent toujours par critiquer ceux qu’ils ne conçoivent pas.

Pyroscaphe n’est pas une invention de Bernadau. C’était un bateau à vapeur, construit en 1781 par la marquis de Jouffroy, de 46 m de long et 4,6 m de large, avec roues à aubes latérales. Ce bateau a fait le 15 juillet 1783 une spectaculaire démonstration publique en remontant la Saône entre l’archevêché et l’île Barbe « sans le secours d’une force animale », et ce devant dix mille spectateurs.

2 septembre 1821 Le petit Pont en bois en service, faute d’argent pour le grand
Les grands travaux du pont de Bordeaux viennent de cesser faute d’argent, dont la ville n’a pas donné la quote-part promise. On se borne à mettre en état de servir au passage le petit pont en bois qui est adossé et dont on s’est aidé pour les travaux des arches. Par ce moyen, les actionnaires entreront en jouissance du pont (n’importe lequel pourvu qu’il tienne) et la ville, en attendant qu’elle ait fait des économies, sera dispensée de leur payer 500 Fr. d’indemnité par jour ainsi que le porte le traité avec le gouvernement.

6 septembre 1821 Epidémie en Espagne
Une maladie épidémique se manifestant à Barcelone, un cordon de troupes françaises est de suite établi sur les frontières de France pour empêcher la communication de la contagion. On ne voyait pas il y a 20 ans de pareilles épidémies en Europe et l’on croit beaucoup que c’est le commerce des États-Unis d’Amérique qui les y transporte.

29 septembre 1821 « Inauguration » du pont de Bordeaux
L’anniversaire de la naissance du duc de Bordeaux a été célébrée par l’ouverture gratuite du pont de cette ville où l’on a laissé passer le public pendant 2 heures de l’après-midi, en vertu d’un arrêté préfectoral qui donnait à cela le titre d’inauguration du Pont.

30 septembre 1821 Passage sur le pont en bois
Le public a commencé hier à passer sur le pont de Bordeaux, c’est-à-dire sur le pont de bois qui est à côté de celui en pierre et qui a servi aux ouvriers qui ont bâti ce dernier. On appelle cet échafaudage le pont de service. Il a 35 pieds de largeur. Une moitié est assignée aux piétons, l’autre, qui en est séparée par une barrière, sert aux voitures, cavaliers et bestiaux. Cette dernière moitié est séparée en deux allées, dont l’une pour entrer en ville et l’autre pour aller à la campagne. Le péage est un sou par personne et sa charge, 5 sous par cheval et son cavalier. Les voitures payent suivant qu’elles sont à deux ou quatre roues. Elle ne peuvent aller qu’au pas et traînées par deux chevaux afin de ne pas ébranler le pont. 14 réverbères sont allumés dessus pendant toute la nuit où il est loisible de passer. Comme le jour de l’ouverture du pont s’est fait un dimanche, il a été extrêmement fréquenté par les curieux dont la foule a été considérable, tellement que la recette de ce jour s’est élevée à 1850 Fr. On observe que le péage en voiture est porté à un cinquième de moins qu’on payait pour traverser dans les bateaux de la ferme du passage de la Bastide. Cette ferme, qui se faisait au profit de la ville, était actuellement de 32 000 Fr. 12 gabares et deux bateaux plats y ont été jusqu’à présent occupés.
Deux motifs puissants ont nécessité de livrer le pont au public avant le terme fixé qu’il est le 1er janvier 1822. Le premier de ces motifs est le défaut d’argent qui se fait sentir pour la continuation des travaux qui restent à faire pour l’entier achèvement du pont seulement, sans comprendre la confection du nouveau chemin qu’on doit faire à la Bastide pour joindre en ligne directe celui de Paris au haut du Cypressa. Pour achever le pont de Bordeaux, il faut en paver la chaussée pour les voitures, former les trottoirs des piétons de chaque côté, y placer les garde-fous et construire de chaque bout un petit chemin de montée qui doit s’élever de 25 pieds au-dessus du niveau actuel du rivage, au-dessus des plus hautes eaux. On évalue ces travaux essentiels à 500 000 Fr. Quant aux dépenses à faire pour établir le chemin depuis la tête du pont du côté de la Bastide jusqu’au Cypressa, c’est à dire pendant une étendue d’une demi-lieue, on ne paraît pas avoir encore calculé cette dépense, car ce chemin n’est pas même tracé dans les Queyris et l’on se servira peut-être longtemps de l’ancien chemin de Poste.

Le Cypressat est un quartier de Cenon, et actuellement un parc réputé.

6 novembre 1821 Hommage à William Jonsthon
On a inhumé hier M. Williams Jonsthon, négociant de Bordeaux, recommandable par ses habitudes philanthropiques et son goût pour les arts. Les pauvres et les artistes perdent en lui un homme comme on en voit peu parmi les commerçants.

16 novembre 1821 Les prémisses d’une annexion de La Bastide
La mairie de Cenon La Bastide publie un Mémoire servant de réfutation d’une délibération prise par le Conseil municipal de Bordeaux, qui demande au corps législatif une loi pour être autorisé à étendre l’octroi jusqu’à la Bastide, attendu la construction du pont. Les deux mairies disent réciproquement de bonnes et de mauvaises raisons, comme dans tous les plaidoyers. Il est tout à fait certain que l’augmentation des droits d’octroi à Bordeaux, surtout sur le fer, les huiles et savons, a fait établir à la Bastide des dépôts de ces 3 articles qui, par ce moyen, échappent au fisc bordelais.

La Compagnie du pont bénéficiera d’un droit de péage. Celui-ci sera racheté par la ville de Bordeaux en 1863, ce qui permettra le rattachement de La Bastide à Bordeaux au 1er janvier 1865.

29 novembre 1821 Un nouvel engrais, la Poudre saline
Un sieur Housset, soi-disant agronome à Bordeaux, annonce la découverte qu’il vient de faire d’un engrais merveilleux qu’il appelle poudre saline. Cela pourrait être une contrefaçon de la Poudrette ou de l’Urate, qui sont des excréments humains préparés de manière à hâter la végétation sans altérer le goût des végétaux. Avec tous ces engrais qu’on prétend excellents et à bon marché, il ne parait pas que le sort des agriculteurs s’améliore.

On trouve la composition de cet engrais dans l’ouvrage de Gustave Heuzé, 1862, Les Matières fertilisantes. Engrais minéraux, végétaux et animaux, solides, liquides naturels et artificiels.
« 1821. 19 mars : Poudre saline, par M. Housset, à Bordeaux. Pour les terres à blé : chaux éteinte dans l’eau de mer, noir animal de raffineries, cendres (le goëmon). Pour les prairies : noir animal, plâtre calcine et gâché dans l’eau de mer. Pour les vignes: marne mouillée avec de l’eau de mer, noir animal. »

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