Année 1822

2 janvier 1822 Etrennes
Les ventes et cadeaux de bonbons n’ont pas eu tant de vogue cette année que la précédente. Cela fait ressortir la misère du temps, qui va croissante dans toutes les classes de la société.

9 janvier 1822 Accident sur le terrain du château Trompette
Une maison qu’on achevait de bâtir sur le terrain du château Trompette est croulée en plein jour. Quatre maçons y ont été tués. La police a à s’imputer cet évènement pour n’avoir pas fait cesser toute construction pendant l’hiver, parce qu’ils avaient lieu sur un terrain vendu par la ville et dont elle veut favoriser l’aliénation par faits et méfaits.

21 janvier 1822 Faillite de Beaujolais
Hier a été déclarée la faillite du sieur Beaujolais, directeur des spectacles de Bordeaux. Aujourd’hui, il a été permis aux acteurs de jouer pour leur compte en se syndiquant pour les recettes et dépenses. Cette union ne peut durer que peu de jours, attendu que ceux qui la font sont gens d’un caractère bien susceptible et très indépendants. On pense qu’elle n’aura lieu que jusqu’à la clôture prochaine de l’année théâtrale. Jusqu’à présent, on n’avait parlé que des bonnes affaires que le dit Bojolais avait faites dans sa direction. Cependant, les observateurs avaient vu déchoir son crédit depuis qu’il a bâti ses montagnes de Caudéran. Cette entreprise ne semble pas de nature à couvrir les frais qu’elle occasionne par la difficulté surtout d’en surveiller tous les détails. Ensuite, cet homme, entraîné par l’exemple de la vie des personnes de théâtre avec lesquelles il avait des rapports, avait quitté son ancienne allure économique et simple, pour vivre dans le faste et dans la débauche. Ainsi il a vérifié le proverbe : ce qui vient par la flûte s’en va par le tambour.

Bernadau commence à écrire le nom de Beaujolais : Bojolais, orthographe qui semble avoir été retenue par la postérité.

28 mars 1822 La dame Lespinasse et le sieur Labroué
Une dame Lespinasse, demeurant rue Huguerie, tenait renfermée sa fille âgée de 16 ans dont elle espérait se débarrasser par des mauvais traitements. Celle-ci, ayant trouvé le moyen de s’échapper aujourd’hui de sa
cachette, s’est réfugiée chez un pauvre charpentier du quartier de Terre-Nègre. Là, des amis compatissants lui ont procuré des secours qui l’ont mise à même de demander à l’autorité la protection des lois contre sa mère. Cependant, cette dernière a cru prudent de disparaître et il n’est bruit en ce moment que de cette incroyable aventure. La jeune infortunée qui en est le sujet était depuis quatre ans renfermée par sa mère qui la faisait passer pour morte et, ce qu’il y a d’étrange, c’est que celle-ci l’avait eue par suite d’un adultère avec un particulier qui avait légué son bien à sa fille, la jouissance et éventuellement la propriété réservée à la mère. Cette dame Lespinasse vivait en ce moment avec le conseiller de préfecture Labroué qui avait été l’ami du défunt mari et l’amant de cette femme.

Labroué a déjà été cité par Bernadau de 27 janvier 1821.

22 avril 1822 Statue de Montesquieu
On a fait aujourd’hui à la Cour royale l’inauguration d’une statue en pied de Montesquieu, donnée à la ville de Bordeaux par le gouvernement. C’est Louis XVI qui, en 1787, avait projeté de faire faire la statue de quatre des plus illustres français. On a exécuté un peu tard ce beau projet. Il est étrange que la statue de Montesquieu n’ait pas été élevée sur une place, au lieu d’être relayée dans un obscur tribunal. Le législateur des Nations n’était point un simple jurisconsulte, quoiqu’ancien magistrat. Il semble qu’en France les rois les plus insignifiants doivent avoir seuls l’honneur d’être offerts à l’admiration publique.

Les statues colossales en marbre blanc de Montaigne et de Montesquieu, sculptées par Dominique Fortuné Maggesi, ont été installées sur la place des Quinconces en 1858.

24 avril 1822 Concert de bienfaisance de Rode
Le célèbre violon Rode étant en ce moment à Bordeaux, a donné hier un concert dont le produit est destiné aux musiciens attachés à l’orchestre du Grand théâtre de cette ville, où, depuis plus de 15 jours ils ne gagnent rien vu le défaut de représentation par suite de la banqueroute du directeur Bojolais.

1° mai 1822 Livraison du Pont de Bordeaux
On a livré aujourd’hui au public le pont en pierre de Bordeaux, sans pour cela avoir démoli celui qui est en bois parce qu’il devient encore une succursale utile au premier qui n’est pas achevé. Il reste à faire : 1° la séparation des trottoirs pour les piétons d’avec la chaussée pour les voitures ; 2° les garde-fous en pierre de chaque côté, n’y en ayant actuellement qu’en bois : 3° la pose des réverbères qui doivent servir à éclairer la marche des passants ; 4° les têtes de pont de chaque bout et particulièrement les chemins qui doivent y aboutir; 5° enfin, le grand chemin nouveau du côté de la Bastide, ouvrage considérable puisqu’il doit conduire en droite ligne de Bordeaux à Libourne. On s’est borné, pour le moment, à construire en pierre sèche à chaque bout du pont en pierre une montée en fer à cheval qui, du côté de Bordeaux est très raide parce que la chaussée du port se trouve plus basse de 20 pieds que celle du pont, et qu’on ne sait pas encore comment parer à cet inconvénient. Il n’aurait pas existé si, au lieu de faire des arches cintrées, on eut suivi le premier plan qui consistait à établir une route sur les piles par le moyen d’un plancher en fer.

21 mai 1822 Ventes au Muséum
L’usage actuel des brocanteurs étant de faire vendre à l’encan lorsqu’ils ont besoin d’argent, le sieur Rodrigues a commencé aujourd’hui la vente des objets de son Muséum, attendu qu’il ne prospère pas. On doute que sa friponnerie scientifique soit bien marchande.

Voir à ce sujet la note nécrologique de Bernadau concernant Isaac Rodrigues en date du 18 décembre 1822.

6 juin 1822 Duels
Un ancien officier retraité et un brassard nommé de Friac se sont battus avant-hier à Floirac par suite de discussions pour opinions politiques. Ce dernier a été tué. Comme on n’a pu lui procurer la sépulture ecclésiastique, l’archevêque l’ayant interdite à tous duellistes et ce avec beaucoup de raison, les amis du défunt l’ont inhumé avec certain appareil militaire, ce qui est [contre] les lois de l’État. Le colonel du régiment qui est en garnison à Bordeaux était de ceux qui portaient le coin du drap mortuaire et un détachement escortait le corps et a fait une salve de mousqueterie sur sa tombe. Les journaux de certain bord ont parlé de cet enterrement comme s’il s’agissait d’un événement mémorable.

Trois jours plus tard, Bernadau rapporte un autre duel, à Paris, opposant Benjamin Constant et M. Forbin des Issarts, tous deux de la chambre des Députés.

16 juin 1822 Serment de Fidélité au roi
On a exécuté hier dans l’église Saint-André une petite cérémonie inventée par le missionnaire Jambon, dont on ne trouve aucune trace dans le rituel romain. Tous les enfants qu’on a pu recruter à Bordeaux étaient réunis dans la cathédrale tenant à la main, les garçons un drapeau blanc et les filles un drapeau vert, marchant les premiers à la suite d’un buste du duc de Bordeaux et les secondes après celui de la duchesse d’Angoulême. On a fait prêter à ces enfants le serment de Fidélité au roi, Puis l’archevêque les a congédié en leur donnant sa bénédiction. Ce qu’il y a de particulier dans cette cérémonie, c’est que, pour y figurer, chaque enfant devait être muni d’un drapeau, qu’un homme commis par les missionnaires vendait trois francs à tout venant.

21 juin 1822 Bateau à manège sur la Dordogne
On a lancé aujourd’hui dans le chantier de construction de M. Courau ce qu’on appelle un bateau à manège pour le service du passage de la Dordogne devant Cubzac. Ce sont deux bateaux unis par un fort plancher à galeries, entre lesquels il y a une machine qui fera naviguer cette espèce de pont volant. Il a été entrepris par M. Church, consul des Etats Unis d’Amérique, le même qui a fait construire le premier bateau à vapeur qu’on ait eu à Bordeaux. Cet entrepreneur s’est muni d’un brevet d’invention pour neuf ans et a ouvert des actions pour faire les fonds et les recettes de cette invention.

Le Code des Ponts et Chaussées et des Mines de 1829 fournit les Statuts de la société anonyme du Bateau à manège de la Dordogne :
« Le passage de la Dordogne à Cubzac attire par son importance l’attention du gouvernement, ainsi que celle du public, et surtout celle du commerce de Bordeaux. Le retard des courriers, les dangers que couraient les voyageurs, et même l’impossibilité de pratiquer ce passage à certaines époques, furent souvent la source de vives sollicitudes ; néanmoins aucune entreprise n’est parvenue jusqu’à ce jour à prévenir ces désagréments, et établir un moyen de passage sûr, prompt et commode. Les comparants, dans le but d’y parvenir et de faciliter à toute heure et en toute saison, soit le passage des voyageurs, soit celui des voitures de toute espèce, même celles de roulage, avec l’assentiment de l’autorité supérieure et du gouvernement, résolurent d’établir un bateau à manège pour faire exclusivement le service de ce passage. A cet effet, M. Church, l’un d’eux, fit une soumission à M. le comte de Tournon , alors préfet de la Gironde. Cette soumission fut acceptée. Ces conventions ont depuis reçu l’approbation de son excellence le ministre des finances. Par suite, et en conformité de l’article 40 du Code de commerce, les comparants ont établi les bases et statuts de la société qui doit exister entre eux de la manière suivante : Art. i ». La société présentement établie sera anonyme, et prend la dénomination de Compagnie du bateau à manège de la Dordogne. Son siège sera établi à Bordeaux. 2° La durée de cette société anonyme est fixée à dix-huit années, compter du 1° janvier dernier. 3° Son objet est l’exploitation d’un bateau à manège établi à Cubzac pour le service du passage de la Dordogne. Elle ne pourra entreprendre aucune autre opération. 4° Le bateau à manège sera construit de la manière prescrite par les conventions arrêtées entre M. Church et M. le préfet de la Gironde. »

7 juillet 1822 Courses de chevaux à Gradignan
Les 2, 3, 4 et 6 de ce mois ont eu lieu, à l’hippodrome établi à Gradignan, suivant les formes ordinaires, les courses de chevaux pour les prix que le gouvernement distribue. Ils sont au nombre de 4 et sont de 500 à 2000 Fr. Nous n’avons pas cru devoir annoter ici le nom des vainqueurs parce qu’il n’y a aucun mérite d’être propriétaire d’un cheval qui parcourt environ une lieu dans moins de trois minutes, et qu’on n’ose pas même conduire par soi-même le coursier admis au concours galopant. Il y a plus, c’est qu’il est difficile de se persuader que la fondation d’un prix pour le plus léger coureur puisse produire un résultat favorable à l’agriculture. Les chevaux destinés au concours et qu’on élève six mois à l’avance par des moyens artificiels sont bien peu propres à améliorer l’espèce, par la propagation.

9 juillet 1822 Télégraphe de Bordeaux à l’embouchure de la Garonne
On a fait hier l’expérience des signaux de correspondance de Bordeaux jusqu’à l’embouchure de la Garonne, proposée aux amateurs de cette ville par un anglais nommé Luscombe, qui dit avoir exécuté un pareil projet au Havre. Les signaux partaient d’un pavillon de la Bourse de Bordeaux et se répétaient sur une hauteur de la commune de Bordeaux. Les journaux disent que cela va on peut pas mieux et que l’on ne saurait qu’encourager un procédé aussi utile que simple. Nous verrons à l’exécution, supposé qu’on puisse trouver parmi les amateurs de ce port assez de souscripteurs pour payer les frais d’une ligne télégraphique de 20 lieux.

13 juillet 1822 Lazaret de Trompeloup
Les journaux nous informent qu’on vient de bénir en grande pompe le Lazaret construit à Trompeloup près Pauillac, destiné à faire faire quarantaine aux navires venant de quelque port où régnerait quelque maladie contagieuse. Beaucoup de gens ne conçoivent pas la nécessité d’avoir dépensé 30 000 Fr. pour construire en planches un établissement assez inutile. Car les bâtiments qui pourraient venir de quelque port pestiféré ne sont jamais ici assez nombreux pour ne pas les laisser faire quarantaine au large, sous la surveillance d’une patache d’observation qu’on tient toujours à l’entrée de la rivière pour empêcher la contrebande. Mais d’autres gens prétendent qu’il faut créer des places toujours utiles à ceux qui en sont gratifiés et que ce qui ne profite pas aux malades sert beaucoup au médecin.
Depuis deux mois, le gouvernement envoie sur les frontières d’Espagne beaucoup de troupes et fortifie même Bayonne sous prétexte d’entretenir le cordon sanitaire qui fut établi l’an passé sur le revers des Pyrénées pour empêcher la fièvre jaune de les franchir. Un pareil armement inquiète en France et bien plus en Espagne. Le temps nous révélera son objet.

Le 27 septembre 1821, une ordonnance a créé un cordon sanitaire autour de la Catalogne pour se prévenir de la fièvre jaune. Le 3 mars 1822, un règlement de police sanitaire est publié et un service dirigé par le Ministre de l’Intérieur nomme une commission de choix des sites et des plans des prochains lazarets à établir, dont un à l’embouchure de la Garonne, au lieu-dit Trompeloup à Pauillac.

16 juillet 1822 Les chevaux indésirables au Grand-Théâtre
Début de la Troupe-cabaret au cirque Bojolais, n’ayant pu obtenir de donner les exercices sur un des théâtres de Bordeaux, comme l’an passé. Il est en effet inconvenant de voir des acteurs dégrader la majesté de la scène par leurs batadinages [?], qui ne doivent se faire que dans des baraques ou autres spectacles de la Foire. La direction actuelle des spectacles a un peu plus l’idée des convenances que celle du Bojolais qui ne cherchait qu’à faire de l’argent en exploitant les théâtres, car elle a été jusqu’à y laisser paraître les chevaux de Francony. A la vérité, on avait pris quelques précautions pour qu’ils ne salissent pas matériellement le théâtre, puisqu’on leur avait attaché au derrière une poche pour recevoir leurs ordures, le cas avenant.

24 juillet 1822 Foudre sur le pont
La foudre a tombé cette nuit sur le pont de Bordeaux et a percé en deux endroits une de ses arches. La circulation des voitures y est interrompue, jusqu’à ce que le dégât soit entièrement réparé. Il ne parait pas dangereux pour la sûreté de ce monument. Voilà la seconde fois que le tonnerre l’a frappé, car l’an passé il fit quelques ravages dans les fers forgés qui sont auprès.

3 août 1822 Le tragédien Victor
Hier a débuté sur notre Théâtre le tragédien Victor, qui s’intitule 1° Acteur du 2° Théâtre Français. S’il ne s’annonçait pas comme un comédien fameux à Paris, on l’aurait à peine remarqué à Bordeaux.Il joue les premiers tragiques d’une manière peu naturelle, s’étudiant à copier Lafond et Talma. C’est un homme d’environ 25 ans, de taille ordinaire, d’un physique grêle et sans dignité. On lui donne ici 300 francs par représentation. Il faut remarquer, à la louange de la Direction des spectacles, que le prix des places n’a nullement été augmenté, comme en abusait Bojolais au passage du moindre histrion.

Victor (Pierre-V. Lerebours, dit), tragédien de l’Odéon et du Théâtre-Français, dont il fût devenu le premier acteur sans le mauvais vouloir de quelques supérieurs. De caractère difficile, il rendit publique dans un volumineux Mémoire, son conflit avec le baron Taylor, administrateur du Théâtre Français.

11 août 1822 Voyage à la Teste
Je viens de faire un petit voyage à la Teste, dont le pays mérite singulièrement d’être observé. Son sel, ses productions et les moeurs de ses habitants offrent une ample matière aux pinceaux de Sterne et de Saussure. On n’a pas fait trois lieues dans nos Landes qu’on dirait être transporté dans les déserts de l’Afrique … J’ai tracé une esquisse de ce voyage qu’on trouve dans les Manuscrits in 4°.

Le Voyage de Bordeaux à La Teste est un morceau d’anthologie ! Du 8 au 10 août 1822, ce grand voyageur prend une calèche qui le conduit jusqu’au bassin d’Arcachon, … endroit où il se promet bien de ne plus jamais revenir ! C’est pour lui une expédition audacieuse. Ecoutons plutôt : « A peine on a perdu de vue les clochers de Bordeaux, on entre dans les oasis de l’Afrique, comme en trouvèrent les Juifs, lorsqu’ils eurent franchi la mer Rouge ». Après Canéjan, il trouve « une maison d’assez pauvre apparence, un mauvais cabaret appelé l’Aubergeotte, où l’on ne trouve que du pain de seigle et du vin dont on n’ose corriger l’acidité par l’eau noirâtre que fournit une espèce de citerne ». Après un arrêt obligatoire (c’est le seul possible) dans ce sale gîte, on plonge totalement dans la rase lande, pour n’en plus sortir pendant six heures de marche. Enfin, une rencontre : « Au milieu de cette fatigante solitude, j’aperçois quelques objets se mouvoir dans le lointain, autour d’une espèce de tronc d’arbre ». Ce sont des brebis « précédées d’un spectre ambulant qui avait beaucoup de ressemblance avec le personnage de Robinson visitant son île. » Le berger perché sur ses échasses veut bien lui adresser la parole et lui indiquer la meilleure auberge (car la seule) située au lieu dit La Croix de Hinx, assez bien équipée et très fréquentée par les marchands qui portent les poissons à Bordeaux. Après Marcheprime, on commence à apercevoir « blanchir à l’horizon les dunes de la côte ». Il n’empêche, « Le pays continue à être d’une belle laideur ». Et le voyage se poursuit jusqu’à l’Argentière, un village de la commune de Biganos, qui ne trouve pas plus grâce aux yeux de l’aventurier : « L’endroit le plus laid des Landes, et par conséquent, de toute la France, est à Argentière … »
Arrivons rapidement au Teich, village un peu plus animé, puis à Gujan et surtout Mestras « l’Elysée des Landes; il y a une boucherie, plusieurs cabarets et une salle de danse. »
De Gujan, on passe à La Teste, « un amas d’environ deux cents maisons isolées entre elles et éparpillées sans ordre, sur une vingtaine de sentiers raboteux. » Enfin, on arrive sur le bord du bassin, et l’on vient de loin pour les bains de mer que la médecine vient de mettre à la mode et qui plaisent surtout aux femmes affectées de vapeurs. Bernadau ira jusqu’à la chapelle des marins, mais une nouvelle déception l’attend : « Il faut ensuite s’empresser de quitter cette nouvelle Thébaïde, plus monotone et non moins stérile que l’ancienne, et dans laquelle on court le risque de mourir de faim et d’ennui. »
Suit une description des Landais et de leur mode de vie que, par respect, nous passerons sous silence, en dehors de cette appréciation à l’emporte pièce qui est assez obligeante : « Le moral des Landais est analogue à leur physique. Ils sont bornés dans leurs idées, entêtés jusqu’à l’excès, esclaves des vieilles méthodes, tristes et sombres, mais cependant point méchants. »
On ne connaîtra rien du voyage de retour, un vrai soulagement sans doute, le récit de l’expédition se concluant par : « Ce qu’il y a de positif, c’est que sous aucun prétexte, je ne recommencerai pas mon récit, pas plus que la course qui en est l’objet et que je suis bien aise d’être allé à La Teste, sans être tenté d’y retourner. »

Sterne et Saussure sont des auteurs de récits de voyages du 18° siècle.

29 août 1822 Société de médecine
La Société de médecine a tenu hier sa séance publique dans laquelle il a été prononcé et couronné divers écrits qui sont dus au génie de plusieurs de ses membres, que leur modestie empêchera de parvenir au temple de mémoire, comme c’est d’usage. Nous observerons à cette occasion qu’aucune autre société savante de Bordeaux n’a tenu de séance publique, en dépit de l’usage antique et solennel qui avait établi, dans l’octave de la saint Louis, les Fêtes Littéraires. C’est notre Académie des Sciences qui nous prive de cette solennité, car elle vient de faire avertir dans les journaux que sa séance d’étiquette est renvoyée aux premiers jours de novembre prochain.

16 septembre 1822 Destruction du dernier pilier de la porte du Chapeau-Rouge
On commence à démolir le Pilier qui restait de l’ancienne porte de ville dite du Chapeau-Rouge, attenant le coin occidental de l’hôtel de la Bourse de Bordeaux. Le superbe groupe que Wanderworth avait sculpté sur ce pilier il y a une soixantaine d’années est enlevé pièce à pièce avec précaution. On dit que ce dernier monument des beaux-arts qui subsistait dans cette ville sera rétabli à l’entrée du cours du XII Mars. On est cependant fort embarrassé de trouver les débris du pendant de ce pilier qui subsistait il y a une douzaine d’années au bout de la rue Esprit-des-Lois et qu’on démolit aussi alors avec beaucoup de précaution, dans l’espoir de le placer ailleurs à la première occasion. Il est à craindre qu’on ne relève jamais aucun de ces deux piliers, tant on est ici peu soigneux de tout ce qui intéresse les arts. On a l’air de conserver ce que l’on abat ; mais après la destruction provisoire, on n’y songe plus. On dit que ce Pilier est démoli pour élargir la perspective de la rivière qu’il masquait sans faire attention que l’aile septentrionale de l’hôtel de la Bourse et surtout son pavillon qui est du côté du port, ne resteront pas moins en saillie de 20 pieds hors de la ligne des maisons qui forment le côté méridional du cours du Chapeau Rouge. Il fallait, lorsqu’on a construit la salle des spectacles, redresser l’alignement de ce cours en ordonnant que les nouvelles maisons qui seraient bâties sur le côté du midi de ce cours, prendraient la ligne déjà marquée de ce côté par l’aile de façade de la Bourse.

Bernadau apporte d’autres précisions dans son Viographe bordelais : « La porte Richelieu fut ainsi appelée du nom du dernier gouverneur de la province. On ouvrit cette porte lorsqu’on bâtit le massif des maisons qui sont à la suite du Grand-Théâtre. Elle offre dans sa construction quelques circonstances assez singulières. On prit pour la décorer un des piliers de la porte du Chapeau -Rouge, sa voisine, que l’on transporta, pierre par pierre, à l’un des côtés de la porte Richelieu, ce qui donna à toutes deux une forme irrégulière, en ce que chacune d’elles n’eut qu’un seul pilier d’architecture pour appui. En 1810, lorsqu’on voulut faire la façade septentrionale de la rue qui devait aboutir à cette nouvelle porte, on s’aperçut que le pilier transporté se trouvait au milieu de cette rue. Il fut abattu, ainsi que la porte qu’il soutenait. Quelques années après, on en fit autant à la porte du Chapeau-Rouge. Il est résulté de cette double démolition que les magnifiques groupes de personnages allégoriques, que le célèbre Wanderworth avait sculptés sur les deux piliers abattus, se trouvent actuellement confondus ensemble, c’est-à-dire qu’ils sont totalement perdus pour les arts. »

26 septembre 1822 La voltigeuse Romanini
Début sur notre théâtre Français de la famille Romaniny qui font leurs exercices de voltige sur le fil de fer dans l’entracte. Il y a une jeune femme qui montre beaucoup d’adresse et de courage dans ses tours en l’air.

Le Miroir des spectacles du 1° février 1823 est lui-même élogieux sur la voltigeurs : « Le Cirque Olympique va offrir à ses habitués un début qui ne peut manquer d’exciter vivement la curiosité. C’est celui de Mlle Romanini, danseuse équilibriste, arrivant des diverses cours de l’Europe, où elle a fait l’étonnement de tous les hommes d’état. On assure que cette demoiselle aérienne voltige sur un simple fil de laiton avec plus d’aplomb que n’en montrent de simples voltigeurs sur le parquet des antichambres des ministères. »

28 septembre Tombeau de la Maréchale Moreau
Les journaux de Bordeaux informent le public qui ne s’en doutait pas que la famille du général Moreau va faire élever à sa veuve, morte l’an passé dans cette ville, un mausolée en l’honneur de la dite défunte. Cela a donné l’occasion de parler de feu son mari, auquel le gouvernement se propose d’élever une statue, comme à Pichegru et autres illustrissimes français.

On connait, au cimetière de la Chartreuse, ce monument en pierre de calcaire, qui se présente sous la forme d’un petit temple antique. L’édifice a été érigé après le décès de la Maréchale Moreau en septembre 1821. Le cœur de son époux, le Général Moreau, mort en 1813 en combattant l’empereur Napoléon Ier, a été déposé à côté de sa dépouille.

29 octobre 1822 Les galeries de la Bourse
La Foire de Bordeaux est prorogée de 8 jours, qui ne la rendront pas plus productive pour cela. Ce sont les malheureuses circonstances et non la pluie qui empêchent les spéculations sur cette place. Au reste, nous devons remarquer qu’il y a uniquement les baraques de la foire qui n’ont pas été ouvertes quoiqu’on ait supprimé les boutiques qui existaient auparavant dans les galeries supérieures de la Bourse. Une de ces galeries sert maintenant pour les bureaux d’assurance, une autre pour les audiences du Tribunal de Commerce dont on répare en ce moment les salles. Les deux autres galeries ne sont utilisées que par des marchands d’estampes et des vendeuses d’oranges et de pâtisseries.

16 novembre 1822 MM. Lacour, Jouannet, Saint-Cric et Bourges
Nous avons oublié de mentionner il y a une quinzaine le prospectus d’un journal purement littéraire, entrepris sous le titre de Musée d’Aquitaine par MM. Lacour, Jouannet, Saint-Cric et Bourges pour paraître au nouvel an en un cahier de 60 pages par mois, avec gravures. Il est bon de prendre date de cette annonce, d’autant que ceux qui la font ne paraissent pas compter beaucoup sur l’exécution de leur projet, puisqu’ils préviennent qu’ils ne le réaliseront qu’alors qu’ils seront assurés de 200 abonnés. C’est prudent. Ce quatuor de rédacteurs n’est pas bien accoutumé à réussir dans ses entreprises. M. Lacour a publié il y a 10 ans un recueil de gravures intitulé Monuments de la sculpture française qui n’alla qu’au 12e cahier et avec perte, puis, il y a deux ans, un livre sur les hiéroglyphes égyptiens qui n’a pas eu de ventes. L’année dernière, M. Bourges avait vu mourir entre ses bras le Guide du cultivateur fleuriste. Son confrère en médecine, le docteur Saint-Cric a été le dernier rédacteur du bulletin du Muséum Rodrigues et le pédagogue Jouannet fit, il y a trois ans, un petit journal littéraire intitulé l’Abeille de la Gironde qui ne passa pas le septième numéro. Il s’était en même temps chargé de la Statistique du département pour laquelle notre nouveau préfet a refusé de continuer de donner des appointements qui ne produisaient aucun travail utile.

Le 27 décembre 1823, Bernadau annoncera la fin du Musée d’Aquitaine et relatera une nouvelle fois ses griefs contre Jouannet qui « s’est borné à nous lancer quelques épigrammes indirectes dans ses feuilles, parce que nous n’avons pas eu la simplicité de lui ouvrir nos portefeuilles sur l’annonce de sa prétendue mission. »

30 novembre 1822 Voyage à la Brède
Nous venons d’achever la notice d’un voyage à la Brède que nous avons effectué le 24 de ce mois. On le trouvera dans le volume des mémoires historiques, manuscrit in 4° qui est dans notre bibliothèque.

Bernadau revient sur sa visite de la Brède dans son Montesquiana (voir à ce sujet : academie-montesquieu.fr) et précise :
« En 1822, nous y avons fait les vers suivants pour caractériser les divers écrits de ce philosophe :
Au monde il révéla l’origine des lois ;
Sous un masque persan des abus il peut rire.
Il peignit des Romains les malheurs et les droits,
Et sage et aimable, il adoucit sa voix,
Pour célébrer, dans Gnide, les amours et Thémire.

Nous avions terminé ces vers par une pointe galante, afin qu’ils fussent lus par les femmes, qui ne lisent pas même le temple de Gnide de cet auteur.
Dans un second voyage à la Brède, nous fîmes corrections à cette inscription en la terminant par une pensée plus mâle que la première. Tout cela ne paraîtra pas inspiré par le génie du lieu que nous visitions. Au reste, voici notre nouvelle édition :

Au monde il révéla l’origine des lois ;
Sous un masque persan il instruit sa patrie ;
Dans l’orgueil du triomphe il voit Rome aux abois,
Et alors même qu’à Gnide il déguise sa voix,
Toujours dans ses écrits respire le génie. »

1° décembre 1822 Le comique Perlet
Début au théâtre Français de Bordeaux du sieur Perlet, premier comique des Variétés de Paris où il jouit d’une grande réputation pour les grimes. C’est un jeune homme qui met beaucoup de finesse dans son jeu et le premier qui raisonne ses rôles dans un genre où les acteurs ne mettent pas beaucoup d’étude. Il a paru divin aux Bordelais qui sont habitués à de mauvais bouffons et qui n’aiment que les extravagances.

Adrien Perlet, reconnu comme comédien d’un talent original et supérieur, débuta au Théâtre Français en 1815, dans le rôle de Crispin de L’obstacle imprévu. Le succès qu’il y obtint le fit recevoir à ce théâtre, qu’il abandonna bientôt pour donner des représentations dans les départements et à l’étranger. La réputation qu’il y acquit détermina l’administration du Gymnase à l’engager dans sa troupe. Ce théâtre était alors nouveau, et dès l’ouverture, qui eut lieu en 1821, M. Perlet contribua plus que tout autre à y attirer la foule. Il refusa d’être pensionnaire de la Comédie-Française et on défendit alors au Gymnase de lui confier aucun rôle. Dès lors, il parcourut les provinces et l’étranger, dont il rapporta d’abondantes recettes. « Pour le naturel et la vérité du jeu et du débit, M. Perlet n’a point d’égal, ainsi que pour sa facilité à se grimer, à décomposer son visage, à imiter tous les idiomes, toutes tes caricatures, enfin par sa petitesse à changer de costume », peut-on lire dans la Biographie universelle et portative des contemporains de 1836.
Le succès de Perlet à Bordeaux sera considérable comme en témoigne la note suivante.

17 décembre 1822 Triomphe de Perlet
L’affluence est désormais si grande au représentations du sieur Perlet que la Garde ne pouvant y entretenir l’ordre aux Bureaux d’entrée, on y a établi des barrières où les spectateurs font queue pour prendre leurs billets, dont ils ne peuvent prendre que trois à la fois. La rigueur de la saison et la trivialité des pièces jouées n’empêchent qu’on attend à la porte du théâtre Français deux heures avant qu’elle ne soit ouverte. Il n’y a pas d’exemple d’une foule aussi grande et aussi constante pour aucun des acteurs qui ont passé jusqu’à présent à Bordeaux. Le sieur Perlet a la moitié de la recette pour sa part et elle va bien à 1000 francs, frais ordinaires payés, attendu qu’on a doublé le prix des places.
Le graveur Galard, qui s’occupe ici des caricatures en vogue, a fait une lithographie de cet acteur qu’on va voir chez les marchands de nouveautés, et que l’on n’achète guère.

18 décembre 1822 Mort de Isaac Rodrigues
Nous nous empressons de réparer l’oubli que nous avons commis bien involontairement en n’enregistrant pas, au commencement du mois, le décès du sieur Isaac Rodrigues, qui montrait sur les allées de Tourny depuis une quinzaine d’années une collection d’oiseaux, d’insectes, d’animaux empaillés et de coquilles, dans une échoppe qu’il avait décorée du nom de Muséum d’Instruction publique. Cet établissement a eu un moment de vogue, pendant que quelques amateurs compatissants et généreux s’y étaient attachés ; mais, depuis six ans, il allait tous les jours en déclinant et il y a deux ans qu’il était tombé, parce que le propriétaire n’avait pas su se ménager un reste de bienveillance qui lui avait été accordée dans le temps. Ce pauvre homme, qui subsistait d’abord assez honorablement de sa petite curiosité, avait vu déserter successivement ses patrons et ne survivait plus qu’en vendant les objets de son Museum qui était devenu une halle de brocanteur. Enfin, il est mort dans la misère, six mois après avoir remis à la Bourse son bilan, pour faire patienter ses créanciers.
Ce Rodrigues était un brodeur juif qui, s’étant faux-filé en 1795 avec quelques entomologistes Bordelais, se mit à chercher avec eux des insectes et des coquilles pour en faire commerce, ainsi que des oiseaux qu’il empaillait pour tous venants. Alors, il parvint par ses complaisances à se faire admettre dans une Société d’Histoire naturelle qui se forma à Bordeaux en 1796 et à laquelle il loua d’abord une chambre pour ses réunions. Cette société ayant successivement pris quelque consistance, et étant parvenue à obtenir de se rassembler dans l’ancien local de l’Académie des Sciences, Rodrigues devint, par commisération, un des nouveaux académiciens. Il forma un dépôt de ses collections qu’il montrait aux amateurs sous le nom de Museum. Associé d’abord avec un amateur brocanteur nommé Goëtals, il parvint à recueillir assez de souscripteurs pour faire bâtir une salle agréable rue Mably, qui est actuellement l’Athénée. Il se brouilla avec son associé et monta un autre Museum sur les allées de Tourny ; c’est celui où il est mort. Des amateurs y formèrent un Cercle littéraire et musical en 1808, sous le nom de Société philomatique, dont j’ai été le premier secrétaire, et qui doit sa fondation à mes soins. Je me suis retiré de cette société au bout de 4 ans, par suite des mauvais procédés que l’ai éprouvés de la part du dit Rodrigues, dont la grossièreté égale la risible ignorance. En 1815, le crédit de cet homme, ou plutôt la considération qu’il avait usurpée, étant totalement en baisse, son établissement commença à décliner rapidement. Le Journal scientifique que j’avais fondé, dans son intérêt en 1802 sous le titre de Bulletin polymathique, tomba faute de souscripteurs ; la Société philomathique cessa d’y donner d’aussi fréquents concerts comme autrefois, elle-même abandonna le Museum qui, dés lors, devint désert, ou abandonné à des jongleurs et à des politiqueurs. Il s’est trainé pendant deux ans, puis s’est fermé par la mauvaise administration du-dit Rodrigues, qui est enfin tombé dans l’état réel de misère et de mépris où il avait passé sa jeunesse et dont il n’était sorti, pendant quelques années, que par accident et à force de menées et de bassesses.

Rappelons à ce sujet la note du 18 Ventôse 1800 : « Un citoyen Rodrigues, marchand juif et qui fait le savant, vient de publier l’annonce d’un Muséum où il se propose de faire voir, pour 15 jours, une collection de curiosité des arts et d’histoire naturelle qu’il a formée. Cet homme a beaucoup de zèle pour le progrès des connaissances qu’il ignore. Son projet ne réussira pas, parce qu’il est utile. Ce petit Muséum est établi au dessus de sa boutique de Bordeaux, rue Sainte-Catherine ».

19 décembre 1822 Jeanne de Lestonnac : un exemple typique des « erreurs » et « approximations » reprochées à Bernadau
On a transporté hier processionellement, de l’hôtel de ville de Bordeaux dans une maison où se sont cloîtrées des religieuses, les cendres d’une dame de Lestonnac, morte durant la Terreur après avoir été supérieure du couvent dit de Notre-Dame. Cette Béguine descendait de la veuve de Lestonnac, nièce de M. Montaigne, laquelle en 1606 avait fondé le dit couvent en cette ville. Ses cendres, lors de la clôture des couvents, furent emportées nuitamment chez une bonne âme qui les cacha dans la caisse d’un piano. Cette bonne âme avait alors été arrêtée puis guillotinée, les cendres de la Lestonnac furent découvertes en inventoriant les effets de la condamnée: elles furent portées à l’hôtel de ville dans un matelas, où elles ont été déterrées tout récemment.

Cette histoire, en elle-même, n’est qu’anecdotique, mais elle peut être exemplaire de l’irritation que peut ressentir le spécialiste d’une question à la lecture de telles approximations. Et comme Bernadau a traité d’innombrables questions, il peut avoir ainsi suscité d’innombrables irritations. Examinons donc cette affaire, en rapportant le texte de la chronique et en anticipant sur les corrections que pourrait apporter un historien de la Terreur, ne serait-ce qu’en se référant à l’abbé Henri Lelièvre : Les Religieuses de Notre-Dame, Féret, 1900 :

On a transporté hier processionellement, de l’hôtel de ville de Bordeaux dans une maison où se sont cloîtrées des religieuses, les cendres d’une dame de Lestonnac, morte durant la Terreur {c’est faux, Jeanne de Lestonnac, née en 1556 est décédée le 2 février 1640} après avoir été supérieure du couvent dit de Notre-Dame. Cette Béguine {ce terme est juste : les béguines, ne prononçant pas de vœux, restent laïques, donc hors de la tutelle de la hiérarchie : mère de famille nombreuse devenue très tôt veuve elle se consacre à l’éducation des jeunes filles et fonde la Compagnie de Marie-Notre-Dame} descendait de la veuve de Lestonnac, nièce de M. Montaigne {Jeanne de Lestonnac était la propre nièce de Michel de Montaigne, fille de Jeanne Eyquem de Montaigne et de Richard de Lestonnac. Elle épousa en 1572 le baron Gaston de Montferrand-Landiras dont elle eut 7 enfants puis elle devient bientôt veuve} laquelle en 1606 {en 1607, ce n’est pas bien grave} avait fondé le dit couvent en cette ville. Ses cendres, lors de la clôture des couvents, furent emportées nuitamment chez une bonne âme {il parle un peu plus loin d’une voisine de la rue du Hâ, alors qu’il s’agissait de Monsieur de Galatheau, dans la rue Porte-Dijeaux} qui les cacha dans la caisse d’un piano. Cette bonne âme avait alors été arrêtée puis guillotinée {Monsieur de Galatheau n’a pas été guillotiné}, les cendres de la Lestonnac (sic) furent découvertes en inventoriant les effets de la condamnée: elles furent portées à l’hôtel de ville dans un matelas, où elles ont été déterrées tout récemment. »

On les a remises aux religieuses qui les ont réclamées pour être conservées comme une relique dans leur maison en attendant plus solennelle sépulture. Les journaux du parti ont fait grand bruit de cette découverte bienheureuse et, ce qu’il y a d’étrange, le préfet, la mairie et l’archevêque ont accompagné le cortège qui a opéré cette singulière translation dans un couvent de filles, rue du Palais Gallien.

19 décembre 1822 Télégraphe (voir 4 mars 1794)
Une ligne télégraphique va être établie de Paris à Bayonne et déjà l’on indique le clocher Saint-Michel de Bordeaux comme devant servir à l’appareil qui sera mis en mouvement de nuit comme de jour, d’après un perfectionnement ajouté au télégraphe de M. Chappe par M. Lair, dit-on ici sans y croire.

Jacques Lair est à l’origine d’une dynastie de directeurs et inspecteurs des Télégraphes. Fils d’un lavandier, il débuta comme stationnaire et deviendra, malgré ses origines modestes, directeur. Ses trois fils servirent également dans la télégraphie. Jules-César, fils aîné, suivra le même chemin et terminera sa carrière en Algérie. Clément, le deuxième fils deviendra inspecteur général puis émigrera au Canada. Emile Lair, troisième fils, démarre dans la carrière avec son père et la terminera comme directeur de station de télégraphie électrique !

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