Année 1829

11 janvier 1829 Grand Théâtre (voir 19 mars 1829)
Le directeur des théâtres de Bordeaux suspend ses paiements, ce qui achève de faire crouler son entreprise qui, depuis six mois, allait de mal en pis. Ce M. Baignol, ancien marchand de porcelaine de Limoges, n’entend rien dans l’administration scénique. Il faut être enfant de la balle pour diriger les comédiens, espèce de gens forts indisciplinables dont l’amour-propre et la susceptibilité est extrême et qui se révoltent communément contre les chefs qui ne sont pas de leur profession. Le vice radical de cette direction est d’être trop contenu. On ne fera jamais prospérer ici plus d’un théâtre. En en voulant monter trois, on multiplie les dépenses sans augmenter les recettes. On dit que cette direction va être confiée à M. Gausseran, ancien chapelier, actuellement marchand d’argent. Il regarde sans doute cette opération comme un nouvel agiotage qui doit donner argent et plaisir, mais il y mangera le produit de ses anciennes usures et sera berné par les actrices.

19 janvier 1829 Grands travaux de Bordeaux – Pont de pierre
M. Tranchère de Châteauneuf fait le procès à tous les travaux publics du pays dans une brochure de 48 pages qu’il vient de publier sous ce titre : De quelques monuments qui existent et des travaux publics qui s’exécutent dans le département de la Gironde. Il trouve, avec raison, que tout ce qu’on y a projeté depuis 20 ans n’a été exécuté convenablement, sauf les Bains publics qui sont une entreprise particulière. Nous sommes entièrement de son avis et nous pourrions même surenchérir sur sa critique. Le nouvel hôpital ne devait pas être placé à côté de nos bruyantes casernes. Nous l’aurions mieux aimé au superbe bâtiment destiné originairement à être un dépôt de mendicité et qu’on a abandonné au petit séminaire. On aurait ainsi rappelé à sa destination un édifice qui a coûté 2 millions et qui en aurait épargné 1 à la ville. La statue projetée à Louis XVI est attendue depuis deux ans que son piédestal est achevé. Ce monument est mal placé sur une aussi vaste place qui ne sera pas bâtie avant un demi-siècle. Le pont de Bordeaux devait être achevé par l’état et non livré par des capitalistes qui l’ont fait achever pour 2 millions et auxquels le péage en est accordé pour 99 ans avec la garantie d’en faire valoir le produit 190 000 F, tandis qu’il est de fait que les recettes imputées ne peuvent s’élever qu’à 140 000 F, c’est-à-dire à 400 F environ par jour. Ainsi la ville est tenue de bonifier aux actionnaires du pont la moitié de ce déficit annuel, comme elle y est obligée par la loi qui leur concède ce péage. C’est un fait certain. Mais un autre sur lequel nous différons essentiellement d’opinion avec M. Tranchères, c’est que nous pensons que ce qu’il appelle un magnifique monument n’est qu’un frêle édifice qui croulera avant un demi-siècle et occasionnera la ruine du port de Bordeaux. Les ponts sur la Dordogne et sur l’Isle paraissent des ouvrages mesquins et incomplets à l’auteur et à nous, parce qu’il convenait de les bâtir en pierre et non de les faire en fil de fer suspendu aux passages de Sainte Foix, de Guîtres et de Lombardemont. Celui qu’on a commencé de la même matière devant Langon sera inévitablement emporté par le premier débordement de la Garonne. Nous croyons aussi qu’on veut trop multiplier les routes et chemins dans ce département : il a assez de communications ouvertes par le moyen de la Garonne, de la Dordogne, de Isle, de la Drôme, du Dropt et de l’Eyre qui l’arrosent en divers sens. Il suffirait d’entretenir convenablement le marchepied de ces rivières et les anciennes routes qui y viennent aboutir. L’auteur de cette brochure dit quelques vérités, mais avec trop de précision et de retenue. Il paraît qu’il a craint de heurter l’administration en s’appesantissant sur les bavures dispendieuses. Quand on s’annonce comme écrivant sans flatterie, il faut dire courageusement la vérité tout entière.

Au sujet de la fragilité du pont de pierre, sur laquelle revient souvent Bernadau, un article de JL Eluard (SudOuest Le Mag du 27 février 2016) précise que le pont de pierre « pèse 5477 tonnes à l’étiage et 4842 tonnes lors des plus hautes eaux. Cette différence vient du fait que le pont « flotte ». Il ne repose pas sur le sol ou du moins pas sur la marne qui constitue le sous-sol rocheux. Les ponts plus récents, construits au XXe siècle, disposaient de matériel d’enfonçage suffisamment performant pour que les pieux en métal qui les soutiennent atteignent ce socle, mais pas le pont de pierre, achevé en 1822. Là, les pieux de bois reposent sur de la vase (plutôt rive gauche) ou des alluvions (plutôt rive droite). On en compte 250 par piles (16 piles pour le pont). Donc le pont bouge, et c’est tant mieux. »

4 mars 1829 Jeanne de Lestonnac
Il est question parmi les dévots de cette ville de faire béatifier la dame de Lestonnac qui a fondé le couvent des religieuses de Notre-Dame en 1608 et dont le cercueil a été extrait furtivement de l’église de ce couvent lorsqu’on l’a vendu aux protestants pour y établir leur temple en 1805. Ce cercueil, exposé d’abord dans une maison voisine rue du Hâ qui fut incendiée en 1819, vient d’être exposé, avec une certaine solennité, dans un petit couvent de filles ouvert depuis deux ans dans la rue du Palais Gallien. S’il y a assez d’argent pour obtenir une bulle d’apothéose en faveur de ladite dame, ce sera le premier saint que Bordeaux aura vu naître sans faire des miracles dans ses murs. C’est un certain abbé Renaud qui fait toutes les démarches pour l’achèvement de ce grand œuvre pie.

A la date du 19 décembre 1822 – et pour illustrer les reproches faits à Bernadau en terme d’erreurs – nous avions pointé les inexactitudes concernant cette affaire Jeanne de Lestonnac. D’autres inexactitudes sont ajoutées ici, en particulier l’enlèvement du cercueil de Jeanne de Lestonnac qui ne date pas de 1805, mais de 1792 !

9 mars 1829 Incendie aux allées de Tourny
Il y a eu hier un violent incendie aux allées de Tourny. Quatre maisons ont été la proie du feu. Elles occupaient ce qu’on appelle la baraque de Blondin où l’on joua la comédie en 1798.

12 mars 1829 Sur la signification de divaguer
Le maire de Bordeaux ayant annoncé il y a quelques jours qu’il serait jeté du poison pour détruire les chiens qui divaguent, les journalistes se sont un peu égayés sur cette expression impure des magistrats qui devraient avoir un commis possédant la langue française sur un si grand nombre d’employés que paye largement la ville. Divaguer est un verbe qui ne signifie pas errer dans les rues, mais mal raisonner ou s’écarter de l’objet d’une question.

La définition de « divaguer », dans le dictionnaire français académique de 1798, est : « s’écarter de l’objet d’une question dans la discussion ».
Pour l’année 1835, la première définition est : « Errer çà et là ». Il est précisé : « dans le langage ordinaire, signifie s’écarter de la question, du sujet sur lequel on parle ou on écrit ».
(Source : http://www.la-definition.fr/definition/divaguer)

16 mars 1829 Aqua-célérifère
Un bijoutier de Bordeaux nommé Gipoulon ouvre une souscription par actions pour exécuter un appareil de son invention au moyen duquel il prétend mieux faire naviguer les bateaux que par les machines à vapeur. Prenons note de cette annonce jusqu’à ce que le projet qu’elle concerne soit mis à exécution. Cet appareil est appelé aqua-célérifère.

19 mars 1829 Directeurs du Grand Théâtre
La Mairie vient d’agréer pour directeur du Grand théâtre M. Pratviel, ancien caissier de l’avant dernier directeur. Le bail est gratuit, comme il l’était pour M. Baignol. Cependant on avait trouvé un particulier de Paris nommée Mourens qui offrait quelques avantages à la ville ; mais lorsqu’il a voulu faire rédiger les conventions dans lesquelles la Mairie ne dominait pas dans la direction, comme par le passé, et que les entrées gratuites aux commis de l’hôtel de ville étaient nettement réfrénées, le maire a refusé de consentir le bail à un homme qui ne voulait pas divertir gratis la clientèle municipale. Notez que, pendant l’interrègne de la direction, elle était provisoirement confiée à M. Constant, un des acteurs de la troupe, et que tant les représentations que les recettes ont été fort mal durant cette anarchie.

Le Journal des Comédiens du 10 mai 1829 fait état des relations tendues entre MM. Pratviel et Baignol : « Les journaux de Bordeaux contiennent des lettres de M. Pratviel, le nouveau directeur, et de M. Baignol, l’ancien, dans lesquelles ces messieurs s’attaquent, se défendent. Nous voyons avec peine ces discussions. A Bordeaux, il y a une animosité fort grande entre la direction actuelle, le public, les journaux. Il est à souhaiter, dans l’intérêt du théâtre, que cette guerre funeste finisse promptement. »

16 avril 1829 Saint Fort
Le maire de Bordeaux, pour faire sa cour aux prêtres, a transféré à après-demain la foire de St Fort et, ce qu’il y a de plaisant, c’est que ceux de Saint Seurin ont eux-mêmes renvoyé au lundi 18 la fête concélébrée dans cette église de temps immémorial le 16, en exposant à la vénération des fidèles les reliques du dit saint Fort. Cette petite exposition rend beaucoup d’argent à cette église. Les nourrices et les bonnes d’enfants y portent les marmots qui sont faiblement constitués, parce que le dit Saint Fort a la vertu de donner de la force à ceux qui lui font des offrandes. MM. Lamothe, dans la préface de leurs Commentaires des coutumes de Bordeaux, prouvent qu’on a pris pour un saint le nom de Forté donné à un reliquaire subsistant dans l’église Saint Seurin et sur lequel on faisait certains serments, d’après ces mêmes coutumes.

Selon la tradition locale, le fait d’asseoir les enfants sur le tombeau de saint Fort procurait des rondeurs aux filles et rendait les garçons virils ! Mais c’étaient surtout les maladifs qui faisaient l’objet de ce rite, comme l’évoque le Musée d’Aquitaine de 1823 : « Et tous les ans, quand le mois de mai nous ramène la fête du saint, les mères ou les nourrices d’enfants cacochymes viennent en foule visiter ce monument religieux. Elles font neuf fois le tour du tombeau, et à chaque tour elles passent légèrement sur la pierre sépulcrale l’enfant chéri dont l’état maladif les inquiète, espérant que leur dévot pèlerinage lui rendra la force et la santé ».
Le « serment sur le Fort » – qui signifierait le cercueil, le tombeau ou la châsse – de saint Seurin, était le plus solennel qui puisse exister et d’un plus grand poids que les autres, puisque celui qui était soupçonné de se parjurer aisément en d’autres occasions était cru lorsqu’il avait juré sur le Fort ; il se différenciait en cela du « serment sur le Plan », serment simple et sans formalité.

20 mai 1829 Fin du Kaléidoscope
Le dernier numéro du Kaléidoscope a paru aujourd’hui et toujours d’aussi faible intérêt que depuis un an qu’il va progressivement en déclinant. Le rédacteur de ce journal, M. Arago, est un homme d’esprit mais sans aucune instruction et plein de suffisance. Il n’entend autre chose que la partie des théâtres, mais il la traite avec une excessive partialité pour les acteurs. Il ne travaille d’ailleurs aucun de ses articles et répugne beaucoup à publier ceux qu’on lui adresse et qui pourraient jeter de la variété dans sa feuille. Il vivait avec une actrice nommée Herliska qui, n’ayant pas été engagée au théâtre des Variétés par la nouvelle direction, s’est mise au service d’un homme qui contribue à son bien-être, autrement que le pauvre journaliste. Une particularité bien singulière a signalé l’enterrement du Kaléidoscope ; c’est que le Propagateur, dont il disait constamment du mal, offre sa feuille aux abonnés de l’autre pour leur en tenir lieu.

24 mai 1829 Feux de la Saint Jean
Suivant l’antique et sot usage, les feux de la Saint-Jean ont eu lieu hier, ainsi que les détonations de pétards et de serpentins que la jeunesse lance inconsidérément dans ces occasions. La consommation de ces pièces d’artifice a été plus grande cette année que les autres et leur abus va toujours croissant. On jette dans toutes les rues ces pièces, non seulement au milieu des groupes de promeneurs, mais encore dans les maisons dont les croisées se trouvent ouvertes sans que personne soit aux fenêtres. C’est ainsi que dans plusieurs rues des rideaux des croisées et même de lit ont été brûlés.

1er juillet 1829 Mémoires d’une femme de qualité
Il n’est bruit que d’un livre intitulé Mémoires d’une femme de qualité sur Louis XVIII et sa cour. Ce n’est qu’un roman historique, mais il est bien écrit et les aventures qu’on y raconte ont une teinte de vérité qui trompe les bonnes gens. On laisse entrevoir que ce livre a été dicté par la dame Letellier, dernière maîtresse du roi défunt ou par la comtesse du Cayla, première favorite depuis la restauration.

Bernadau a déjà évoqué ces Mémoires dans une note du 28 mai 1814 (voir cette note à cette date), alors que les Mémoires d’une femme de qualité sur Louis XVIII, sa cour et son règne, ont été publiés en 1829. Cet ouvrage est attribué à Étienne-Léon de Lamothe-Langon (1786-1864), un auteur prolifique, un graphomane, avec de nombreux noms d’emprunts, qui a traité des sujets très variés dans le genre médiéval et gothique, des Mémoires qui se sont avérés être des faux.

8 juillet 1829 Jenny Vertpré
La dame Jenny Vertpré, du théâtre des Variétés de Paris, a débuté hier sur notre théâtre de Vaudeville. Cette actrice a du talent, quoique âgée et de petite taille, mais elle le vend trop cher. On lui donne 600 F par représentation.

Françoise Fanny Vausgien, dite Jenny Vertpré, née le 6 septembre 1797 à Bordeaux et morte le 3 novembre 1865 à Passy, est une actrice qui joua dès l’enfance sous le nom de Jenny au Théâtre du Vaudeville, puis devient une actrice phare du Théâtre des Variétés (1821-1825) puis du Théâtre du Gymnase (1825-1834). Directrice du St James’s Theatre à Londres, elle joue encore au Théâtre de l’Odéon en 1839, année où elle prend sa retraite. Elle a épousé en 1832 Pierre Carmouche.

26 juillet 1829 Le Fils de l’homme
M. Barthélemy vient d’être condamné à trois mois de prison et à 1000 F d’amende pour un poème qu’il a publié sous le titre du Fils de l’homme. C’est le récit épique d’un voyage qu’il a fait à Vienne pour tâcher d’y présenter au duc de Reichstadt le poème de Napoléon en Égypte qu’il a publié il y a quelques mois. Ce qui a été le prétexte de la condamnation du Fils de l’homme est une prosopée où l’auteur se demande ce qu’il arriverait en France si le duc de Reichstadt réclamait le trône sur lequel s’était assis son père Napoléon. Au reste, ce poème est inoffensif quoique plein de chaleur, et le gouvernement lui donne de l’importance en voulant le proscrire. La Pharsale de Lucain n’a occasionné aucun soulèvement à Rome, pas plus que les vers très républicains de Corneille n’ont effarouché la cour despotique de Louis XIV.

Marseille Auguste Barthélemy (1794 ou 1796 – 1867), est un poète satirique français, très lié à Joseph Méry (1798-1866), avec lequel il mena une étroite collaboration. En 1829, Barthélemy fut emprisonné et condamné à une amende de 1 000 francs pour la publication de leur Fils de l’homme, un poème sur le Duc de Reichstadt, fils de Napoléon. Libéré lors de la révolution de Juillet en 1830, il célébra en compagnie de Méry le triomphe du peuple dans l’une de leurs pièces les plus brillantes L’Insurrection.

31 juillet 1829 Colonnes rostrales
On a découvert entièrement aujourd’hui les colonnes rostrales auxquelles on travaillait depuis deux ans à l’entrée de la terrasse des Quinconces. Elles ont environ 60 pieds d’élévation, dans une circonférence qui n’est pas en proportion de leur hauteur. Le fût de ces colonnes offre sur quatre côtés et par étage des proues de vaisseaux, des ancres, des caducée et des étoiles. Au sommet et sur la tablette d’un chapiteau conique est une galerie qui borde une lanterne en pierre percée aux quatre points cardinaux. Par ces trous doivent jaillir des feux destinés à éclairer le port de Bordeaux comme jadis au phare d’Alexandrie, les colonnes étant creuses et renfermant un escalier qui règne dans toute leur longueur. Sur le cerveau de chaque lanterne dominent deux statues, dont celle du côté de la ville représente Mercure et celle du côté de l’embouchure de la rivière une femme ayant le bras gauche élevé en signe de commandement et tenant de la droite un gouvernail antique. Cette dernière statue, assez ressemblante au génie de Rome qu’on voit sur les anciennes médailles, pourrait être, ou une amphitrite, ou l’emblème du gouvernement, tout comme on voudra, car l’allégorie est passablement obscure. Ce monument, un peu mesquin pour l’étendue du local où il s’élève, est assez insignifiant et fort inutile. Une belle fontaine eût mieux figuré, et surtout eût été plus convenable, dans un quartier qui est entièrement dépourvu d’eau potable.

Ces deux colonnes sont ornées de façon symétrique par plusieurs symboles. Au dessus des rostres formés de deux faisceaux de trois glaives, on voit une ancre rappelant la navigation, un peu plus haut le caducée attribut de Mercure / Hermès et enfin une étoile dont on sait qu’elle guidait le marin.
Ces ornements seraient l’œuvre de Bonino, un décorateur (ornemaniste) d’origine Italienne. La colonne se termine par un petit espace abrité (édicule) avec un chemin de ronde protégé par une balustrade en fer forgé, l’ensemble étant couvert par une coupole.
Enfin, au sommet de chaque colonne on trouve deux statues en fonte qui de façon allégorique représentent le commerce et la navigation. Un panneau apposé pendant les travaux lors de leur rénovation en 2015 précisait qu’elles évoquent des phares avec leurs lanternons.
Concernant ces représentations symboliques, il s’agit de Mercure (Hermès) et d’Artémis (Diane). Ces 2 statues sont en fait des copies. Les originaux réalisés par le sculpteur Maggesi étaient à l’époque en terre cuite. On sait que les originaux auraient été utilisés comme modèles pour les statues actuelles.
(Source : http://www.33-bordeaux.com/colonnes-rostrales.htm)

31 juillet 1829 Pamphlet
Il circule clandestinement un pamphlet intitulé : Du nouvel hôpital de Bordeaux et par occasion du conseil municipal. C’est à peu près une satire générale des fonctionnaires publics de cette ville, où on leur dit gaiement de bonnes vérités sur l’apathie et l’égoïsme qu’ils mettent dans l’exercice de leurs fonctions. Il a fallu faire imprimer ce livre à Paris parce qu’aucun imprimeur de Bordeaux n’a osé prêter ses presses à cet effet, tant le chapitre des considérations est étendu dans cette ville, quoiqu’on y affecte du libéralisme.

2 août 1829 Globe aérostatique de Hugon
L’ascension d’un globe aérostatique, indiquée aujourd’hui au jardin de Vincennes, au faubourg de la Chartreuse, a manqué comme nous nous y attendions, attendu l’impéritie de l’entrepreneur de cette expérience. C’est un très jeune garçon peintre nommé Hugon qui s’imaginait pouvoir s’élever sans danger au moyen d’un ballon fait en papier vernissé. Si la police faisait à moitié son devoir, elle aurait interdit ce spectacle qui ne pouvait qu’être funeste avec de pareils moyens. Heureusement pour l’aéronaute, sa machine s’est déchirée pendant qu’on la remplissait. Les payants se sont fâchés de cette aventure : on leur a remboursé à chacun 10 sous par composition, quoi que les billets d’entrée fussent du prix de 20 et de 40 sous. C’est une banqueroute de 50 % de perte de fonds.

10 août 1829 Accident aux Quinconces
Un petit enfant qui s’égayait sur le bord de notre terrasse des Quinconces est tombé du haut en bas et a été blessé de sa chute. C’est la troisième victime de l’insouciance de la municipalité qui s’obstine à ne pas placer sur le bord de cette terrasse un garde-fou, puisqu’elle a fait la sottise de n’en pas élever le mur de bordure à hauteur d’appui comme cela se pratique partout. Cependant, depuis six ans que cette promenade est achevée, les journaux ne cessent pas de crier qu’il convient de placer une rampe au bord de cette terrasse du côté du port où elle s’élève de six pieds au-dessus du marchepied de la rivière.

13 août 1829 Jenny Vertpré (voir 8 juillet 1829)
La vaudevilliste Jenny Vertpré, femme Carmouche, a donné aujourd’hui sa dernière représentation au Grand Théâtre, attendu que celui des Variétés où elle a joué jusqu’à présent a paru petit pour contenir la foule de ses admirateurs. Elle a 600 F par représentation où elle joue dans deux pièces et chante en tout une vingtaine d’airs. C’est largement payé. Les fameuses Sainte-Huberty, Dangeville, Charmeroi, lorsqu’elles sont venues jouer à Bordeaux, se contentaient de 3 ou 400 F par représentation, qui étaient bien plus fatigantes que celle de gazouiller des comptines. La dame Vertpré est une très petite femme sur le retour, qui chanterait bien si elle avait de la voix. Elle a beaucoup d’aisance et de naturel et une grande habitude de la scène, ce qui suppléé à son talent musical que la nature lui a refusé. Elle phrase et déclame les couplets de ses rôles qui sont rendus avec d’autant plus d’agrément par elle que les petits vaudevilles dans lesquels elle paraît ont presque tous été faits pour elle à Paris où elle joue sous la direction des auteurs.

20 août 1829 Châteaubriand
Chateaubriand, le Beaumarchais du temps, passe aujourd’hui à Bordeaux. Il vient des eaux et se rend à Paris, ayant fini son rôle d’ambassadeur extraordinaire à Rome. Peut-être va-t-il en jouer un nouveau aux Tuileries, car ce caméléon politique est propre à tout, quoiqu’il donne assez convenablement dans le libéralisme depuis que Villèle l’expulsa brutalement du ministère des affaires étrangères en 1825.

À la chute de Villèle, Chateaubriand est nommé ambassadeur à Rome (1828), mais il donne sa démission à l’avènement du ministère Polignac, ce qui fut son déclin politique. A la date de cette note, Chateaubriand vivait un dernier amour avec Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac : la jeune femme de 26 ans lui écrit d’abord des lettres enflammées, et ils se rencontrent uniquement en août 1829 dans la station thermale de Cauterets dans les Hautes-Pyrénées. Cette rencontre, platonique ou non, Chateaubriand l’évoque dans un chapitre des Mémoires d’outre-tombe avec l’expression « la jeune amie de mes vieux ans ».

20 août 1829 Fontaine de la place Royale de Poitevin
Les travaux commencés depuis deux ans sur notre place Royale viennent d’être abandonnés. Il est reconnu que l’eau de la fontaine de Saint Projet ne peut pas parvenir à celle qu’on bâtissait sur la place Royale et que le quai de déchargement formé au même endroit est inservable et encombré de vase. On a dépensé une centaine de mille francs pour ces travaux qui eussent été utiles s’ils avaient été conçus par un ingénieur moins ignorant que M. Poitevin. La ville doit cet homme au député Marcellus qui nous l’a envoyé de la Réole où il bâtissait les chapelles d’une manière édifiante.

25 août 1829 D’Haussez ministre de la Marine
Les bordelais viennent de donner au nouveau ministère une petite leçon en applaudissant les passages qui l’injurient dans le Tartuffe et en sifflant le personnage de la Bourdonnaye dans Paul et Virginie. Le préfet, qui a pu entendre ce vacarme du théâtre depuis son hôtel, pourra en porter le récit à son collègue du ministère de l’intérieur, car le bruit se répand que ledit baron d’Haussez est nommé ministre de la Marine. On n’espère pas, sans doute, trouver aucun homme de mer qui veuille actuellement ce portefeuille.

25 août 1829 Jardin Botanique
On parle d’un projet adopté par le conseil municipal de Bordeaux pour transférer au milieu du Jardin public le jardin de botanique. L’exécution de ce projet coûterait 100 et quelques mille francs, ce qui est un peu fort dans un moment où tant de dépenses plus utiles seraient réclamées. Il semble que cette translation devrait d’autant plus être abandonnée que l’académie, consultée à ce sujet, a répondu que le sol du jardin public était impropre à la culture des plantes et que, quelque amendements qu’on pût y faire à grands frais, elles dépériraient insensiblement. Il y a à l’hôtel de ville des hommes bien intéressés à remuer des pierres, n’importe pourquoi.

11 septembre 1829 Mlle Tagliani
La demoiselle Tagliani, première danseuse de l’opéra, a débuté hier ici au milieu des applaudissements des Bordelais dont le goût est maintenant tourné au futile. Cette femme cabriole merveilleusement et gagne 1000 F par séance.

Marie Taglioni (1804-1884) est considérée comme la première grande ballerine romantique. Fille d’une dynastie de danseurs et d’un père chorégraphe, elle crée en 1832 à l’Opéra le ballet La Sylphide où apparaissent à la fois le tutu romantique et la technique des pointes sans effort apparent. La renommée de « la Taglioni » s’étend alors à l’Europe entière : pendant quinze ans, elle se produit de Londres à Berlin et de Milan à Saint-Pétersbourg, en s’illustrant notamment dans les rôles de La Fille mal gardée ou de La Laitière suisse.
Taglioni, élégante et raffinée a laissé à la postérité une parfaite maîtrise de l’art que son père lui avait enseigné, une technique aérienne et une personnification de la plus pure période romantique.

14 septembre 1829 M. de Curzay, préfet
M. le Vicomte de Curzay, ancien préfet du Morbihan, arrive à Bordeaux inopinément pour occuper la préfecture de la Gironde. C’était un des arcs-boutants du parti ultra-royaliste à la chambre des députés et préfet de la Vendée, sa patrie.

François Boleslas Casimir Duval de Chassenon de Curzay (1780-1842) mena une carrière préfectorale dans l’ouest de la France (Deux-Sèvres, Côtes-du-Nord, Vendée, Ille-et-Vilaine, Gironde) qui lui vaudra d’être fait officier de la Légion d’honneur en 1826. Parallèlement, il était maire de Curzay et député de la Vienne de 1820 à 1830, démissionnant après l’avènement de la Monarchie de Juillet par fidélité à Charles X dont il était gentilhomme ordinaire de la chambre.

21 septembre 1829 Gaffe de M. de Curzay
Les journaux de Bordeaux ont salué singulièrement notre nouveau préfet à son arrivée. Il l’avait annoncée par une circulaire aux maires de ce département, auxquels il a eu l’imprudence de dire qu’il espérait mériter l’affection de ses administrés comme il avait eu jadis celle de Charrette et de Laroche-Jacquelin dans les cohortes de la Vendée. D’un autre côté, ayant reçu la visite du tribunal de commerce de cette ville, il a répondu au président qu’il connaissait les difficultés qu’éprouvaient momentanément les épiciers du département dans leur commerce et a demandé à ce magistrat de lui fournir un mémoire pour aviser du moyen de les soulager. Le président, M. Baour, a répondu que son tribunal rendait des jugements et ne faisait point de mémoire administratif. Tout cela a été bientôt public et a fourni matière à diverses sorties comme contre M. le comte de Curzay qui s’honore d’avoir concouru à la guerre civile dans la Vendée et qui ne voit, dans les négociants de Bordeaux, que des marchands épiciers. Si l’esprit de parti de l’aveugle pas uniquement, il doit bien se repentir de son imprudente circulaire et de son insultant dédain des commerçants Bordelais qu’il considère comme de petits marchands d’épicerie. Au reste, il s’est assez prononcé dans ses principes par ses écrits et ses discours pour que l’on ne soit pas induit à erreur sur son caractère. Ils l’annoncent publiquement et l’on sait maintenant à qui l’on aura à parler dans ce nouveau fonctionnaire.

8 octobre 1829 Fontaine de la place Royale
La fontaine de la place Royale a été livrée au public aujourd’hui après un an et demi de travaux pour la construire. Elle ne va guère bien, mais on espère la rendre à sa destination au moyen de quelques ravaudages dont elle a bien besoin pour donner de l’eau. Elle se compose d’un bassin circulaire élevé de deux pieds au-dessus du sol, ce qui est très incommode pour mettre les cruches aux quatre mascarons en bronze, d’où l’eau sort jusqu’à présent en petite quantité. Vient ensuite un socle revêtu de marbre rouge. Sur celui qui fait face au port on lit : « 1829, du règne de Charles X, la première pierre de ce monument a été posée par S.A.R. Madame la duchesse de Berri ». Sur les trois autres faces de ce socle, qui a environ six pieds de hauteur, seront placés les noms des fonctionnaires de Bordeaux. Nous conserverons leurs grands noms à la postérité lorsqu’on les y aura gravés en lettres d’or. Au-dessus, s’élève une colonne aussi en marbre rouge, ayant les moulures de la base et le chapiteau en marbre blanc, d’ordre composite. Le tout est surmonté d’un globe en bronze, portant les petites armoiries de Bordeaux aux (caissons ?) dorés, couronnées par une petite pyramide quadrangulaire en bronze terminée en pointe, ornement passablement insignifiant que les plaisants nomment un éteignoir, comme ils appellent le bassin inférieur un plat à barbe ou un abreuvoir pour les chevaux. L’eau qui sort de ce bassin s’écoule dans un canal souterrain par une borne en pierre qui fait une assez pauvre décoration, ainsi que le bassin qui est de la même matière. Ce monument, puisque l’inscription l’appelle ainsi, a 30 pieds de hauteur. Le fût de la colonne paraît d’un module trop mince par rapport à son élévation et aux maisons qui forment la place. On dit que tout cela coûte 60 000 F, ce qui est un peu cher pour une fontaine qui ne donne qu’un filet d’eau et qui appauvrit celles de Saint Projet et du Poisson Salé qui viennent de la même source.

Cette modeste fontaine, en forme de colonne de marbre rose surmontée d’un chapiteau blanc et d’un globe, a été élevée à l’emplacement de la statue équestre disparue à la Révolution. Elle sera remplacée en 1869 par l’actuelle « fontaine des Trois Grâces » représentant Aglaé, Euphrosyne et Thalie, les filles de Zeus, dessinée par Louis Visconti, sculptée par Charles Gumery et coulée par la fonderie Thiébaut Frères .

12 octobre 1829 L’escalier de la Bourse
L’escalier de la Bourse de Bordeaux est livré au passage public aujourd’hui, depuis un an qu’on travaille à en refaire les degrés et l’enceinte où il est placé. On a conservé l’ancienne direction à la demie montée dans laquelle est divisé cet escalier, sauf que les angles des tournants qui étaient arrondis sont maintenant saillants, tant est mauvais l’ingénieur de la ville, Poitevin, qui a l’art de gâter tout ce qu’il retouche, comme de mal exécuter ce qu’il imagine. Les belles peintures dont Berinzago avait décoré les murs et le plafond de cet escalier en 1771 et qui représentaient des portiques d’architecture, des statues et une coupole d’une belle perspective, sont remplacées par une façon de muraille rustique, avec des caissons et une rosace au-dessus. Sur les faces latérales sont figurées deux niches. Dans celle du côté du Nord est peinte une statue de Mercure, entouré de divers pavillons, ayant sous ses pieds la carcasse d’un navire antique avec cette devise qui était auparavant en face de l’entrée de l’escalier : « Protectione et libertate quo non Commercium ».
Du côté du midi, on a peint une statue de femme très insignifiante levant un rouleau intitulé : « Code de commerce ». À ses pieds, on lit : « Hui stat legibus orbis ». Cette inscription, dont le sens est aussi vague que l’entourage de la statue qui est au-dessus, semble caractériser la législation commerciale qu’on a voulu personnifier ici. Au reste, cette devise peut s’appliquer à toutes les législations. On aurait mieux fait de donner à cette statue quelques attributs de la marine pour faire le pendant du dieu du commerce qui est vis-à-vis, ce qui aurait mieux caractérisé la place maritime et commerçante de Bordeaux. Il n’aurait fallu pour cela que transposer ici le navire qui est sous les pieds de Mercure et qui d’ailleurs n’a pas de pendant sous ceux de la nouvelle déesse. Sur la porte Nord, qui conduit de cet escalier dans les galeries supérieures de la Bourse, on lit cette inscription qui y était autrefois : « Artium conditor concordat gentes et pacis alunis chypeum ministrat in hostem ». Sur celle du côté du Sud, on a rétabli également l’ancienne inscription en ces mots : « Semetipsum judicans, decus, patriae, exemplar gentum, florescit commercium ».
De ces trois inscriptions anciennes, la première est la seule heureusement trouvée. Il n’est pas vrai de dire d’ailleurs que le commerce enfante les arts, qu’il entretienne la concorde parmi les nations et qu’il leur serve de règles. Le semer ipsum judicans est une pédanterie puérile, mis du côté qui conduit au tribunal de commerce dont les juges sont pris parmi les commerçants. Au lieu de ces latinades que les habitués de la Bourse ne comprennent pas, on eût pu inscrire des devises tirées du poème de la navigation d’Esmenard et surtout ce ver heureux de Lemierre : Le trident de Neptune est le sceptre du Monde.
Deux peintres de Bordeaux ont travaillé aux décorations de cet escalier, MM. Alaux et Olivier. Le premier a fait les figures qui sont roides et de bizarre invention ; l’autre a peint l’architecture, dont la partie ombré est d’un bel effet mais le fond est d’une couleur trop jaune.

3 novembre 1829 Accident de bateau à vapeur
Le fourneau trop vivement chauffé de la chaudière d’un bateau à vapeur venant hier de la Réole à Bordeaux a éclaté avec grand fracas devant Caudrot. Trois chauffeurs du foyer ont été tués par l’explosion et quelques passagers du bord ont été plus ou moins blessés. Les secours sont venus de terre pour préserver de submersion le bateau. Il se nomme l’Union et était depuis trois ans en activité du service de la Compagnie dite des deux rives de la Garonne. On attribue cet événement au trop violent feu qu’on faisait dans ce bateau pour passer devant celui de la Compagnie bordelaise, avec laquelle l’autre compagnie est en concurrence et qui veut la faire tomber. Depuis longtemps, l’autorité aurait dû surveiller ces rivaux et prescrire à leurs voyages un terme raisonnable qu’ils ne pourraient pas abréger sans encourir une peine. C’est ainsi qu’on les empêcherait de faire assaut de vitesse sans songer aux dangers qu’ils font ainsi courir aux voyageurs.

Sur la compétition entre ces deux compagnies, voir aussi 25 septembre 1828.

5 novembre 1829 Inauguration hôpital Saint André
On a célébré hier la Saint Charles par des mâts de cocagne aux Quinconces malgré le mauvais temps qui en éloignait les curieux. Le matin, l’archevêque a été bénir le nouvel hôpital sur lequel on doit commencer demain à évacuer les malades qui sont dans l’ancien et qu’on va abandonner. La saison est peu convenable pour cette évacuation, mais on a cru très royaliste de la commencer en ce jour de la fête du roi. Tant pis pour les malades que cette solennité dérange. Nous observerons qu’on a conservé à certaines salles les noms des anciens bienfaiteurs de l’hôpital, tels que ceux de Vital Carles, fondateur de l’hôpital Saint André en 1390, de Candale, bienfaiteur en 1590 et du duc de Richelieu, donateur de 80 000 F en 1819. On a oublié dans cette liste honorable le nom du président Boyer, déclaré co-fondateur de l’hôpital par arrêt du Parlement de Bordeaux du mois de mai 1538. Du reste, on s’accorde généralement à dire que le nouvel hôpital de cette ville est un des plus vastes et des mieux distribués de France pour l’arrangement de toutes les parties du service et la salubrité de toutes les salles. Il contient 750 lits en fer où les malades coucheront seuls ; l’ancien n’en pouvait recevoir que 400 au plus. On y remarque surtout un vaste puits, dont la pompe mise en mouvement par la vapeur élève l’eau dans tous les étages de l’établissement où elle est distribuée par des tuyaux qui sont cachés dans les murailles et peut même faire tourner un moulin mécanique capable de moudre la farine nécessaire à la consommation de la maison. Il n’y a que la chapelle qui est réellement trop petite et dont les colonnes du portique extérieur gênent l’entrée, étant d’un module trop gros et tellement rapprochées entre elles que deux personnes ne peuvent entrer de front.

Vital Carles, grand chantre et chanoine de l’église cathédrale, dont la fortune était immense, rédigea, le 24 décembre 1390, un testament en gascon faisant don à la ville  » à perpétuité et à jamais  » de 2 maisons (maison de Lambert et maison de la Prébenderie), et d’un vaste jardin. Il fut le premier hospitalier de Saint-André, et le demeura jusqu’à sa mort, le 15 mars 1398. Un siècle plus tard, les guerres, les malversations et l’administration déplorable des différents hospitaliers avaient contribué à transformer l’hôpital en un lieu insalubre ne remplissant plus son rôle d’hôpital.
Nicolas Bohier, président du parlement, légua, par son testament du 25 mars 1538, la presque totalité des ses biens à l’hôpital pour alimenter et nourrir à jamais les pauvres de Dieu  » Portant désormais le nom d’  » hôpital Neuf « , et on entreprit dès 1539, la construction de bâtiments nouveaux. Cette période faste pour l’hôpital Saint-André, se poursuivit jusqu’en 1614, date à laquelle l’  » hôpital Neuf  » s’avéra lui aussi insuffisant pour recevoir les milliers de personnes frappées par les épidémies de grippes infectieuses et de peste.
En 1825 fut lancé, grâce à l’appui du duc de Richelieu, un concours pour la construction d’un nouvel hôpital, les fonds étant fournis par la dotation Richelieu et par le produit de ventes des rentes et d’emprunts. Le 4 novembre 1829, les clés du nouvel hôpital, fruit du travail de l’architecte Jean Burguet, étaient remises au maire de Bordeaux devant une foule enthousiaste. Le vieil hôpital Saint André fut détruit en 1888, mais la porte de style gothique flamboyant de la chapelle échappa à la démolition à la demande de Léo Drouyn. Elle est conservée actuellement dans les collections du musée d’Aquitaine.

16 novembre 1829 Jean-Jacques Bosc
Le collège électoral de la Gironde a élu hier à une majorité de 13 voix M. Jean-Jacques Bosc, membre de la chambre des députés. Chaque partie a fait des tours de force pour faire passer son candidat. Nous croyons superflus d’en particulariser aucun. Ils ressemblent tous à ce qui se pratique ouvertement dans les diverses élections actuelles. Celles qu’on faisait au commencement de la révolution était bien autrement libres, judicieuses et honorables. Il est vrai qu’on faisait alors état du mérite et des vertus et que l’aristocratie ne levait pas franchement sa tête. Le nouvel élu sera encore plus mal pour la discussion. C’est un vieux et riche négociant qui n’a jamais occupé aucune fonction publique parce qu’il est dépourvu de tout talent. On dit qu’il a assez de bon sens pour savoir distinguer les questions qui seront posées à l’assemblée et la couleur de la boule qu’il faudra mettre dans l’urne des votes.

Jean-Jacques Bosc (1757-1840) est un négociant et homme politique bordelais. Élu à la chambre de commerce de Bordeaux en 1827, il devint député de la Gironde du 13 novembre 1829 au 16 mai 1830 puis du 23 juin 1830 au 28 juillet 1830. Il siégea alors au groupe des constitutionnels. Il fut membre du conseil général de la Gironde de 1831 à 1833.
En 1807, Jean-Jacques Bosc fit construire, par l’architecte Jean-Baptiste Thiac, sa demeure, située au no 7 de la rue du Chai-des-Farines. Pour une curieuse anecdote concernant l’architecte, voir 3 septembre 1810.

29 novembre 1829 Comédie
Depuis quelques jours, on a supprimé les boutiques qui subsistaient dans les embrasures des portiques du fond des péristyles de la Comédie et qui donnaient un air mesquin à ce magnifique édifice. C’est une centaine de louis que la ville perd pour la location de ces ridicules échoppes. Il n’y avait que une vingtaine d’années qu’elles avaient été imaginées par le directeur Bojolais qui a le premier contribué à la chute et à l’avilissement du Grand Théâtre de cette ville par les spectacles maussades qu’il faisait jouer.

25 décembre 1829 Les périodiques de Paris et de Bordeaux

A l’occasion d’une note sur le Courrier Français, Bernadau ajoute : « Nous croyons qu’on nous pardonnera de donner ici la liste alphabétique des journaux qui se fabriquent à Paris. »
Suit la liste de 36 journaux imprimés à Paris et une liste de 6 journaux imprimés à Bordeaux.

25 décembre 1829 M. Chalu, bibliothécaire de la ville
M. Chalu vient de se faire nommer Conservateur de la Bibliothèque publique de Bordeaux, après avoir traité secrètement avec M. Monballon, que son âge avancé force de quitter cette place. Ce M. Chalu est le fils d’un ancien notaire de cette ville qui, n’ayant pas assez d’aptitude aux affaires pour occuper l’étude de son père, s’est fait le courtier des aristocrates pour les élections et que le maire avait nommé son délégué pour surveiller les théâtres et la bibliothèque. Il se tenait plus dans le premier établissement que dans l’autre, parce qu’il aime plus les filles que les livres. Il est de plus chef des espions secrets de la police dans les hautes sociétés de Bordeaux où il se glisse sans avoir aucun des moyens pour y faire supporter sa nullité. Ses amis disent ouvertement que sa place de bibliothécaire peut être pour lui une occasion de s’instruire.
Il avait pour compétiteur un bordelais qui n’est guère plus habile que lui, nommé De Conilh, qui, depuis quelques années, était à l’affût de cette place et qui, pour en connaître le matériel, avait obtenu du maire la permission de visiter quand bon lui semblerait la bibliothèque publique pour y faire des recherches bibliographiques par désoeuvrement. Il avait offert d’exercer les fonctions de bibliothécaire pour le seul logement qui y est attaché et de consacrer les appointements fixés à 3000 F à l’achat annuel des livres qui manqueraient à cet établissement, lequel se serait ainsi accru, tandis que la ville ne dépense que 900 F par an pour cet achat et pour les reliures reconnues nécessaires. Nonobstant cette offre désintéressée, il a été éconduit dans sa demande, parce que l’esprit de parti dirige actuellement dans la distribution de tous les emplois. M. Chalu n’eut pas été, malgré toute son impudence, se présenter au concours si on en eut ouvert un pour cette place comme le veut la loi portant création des bibliothèques départementales.

31 décembre 1829 Allées de Boutaut
Le peuple s’est porté pendant deux jours aux allées de Boutaut dont il a abattu les arbres pour se chauffer. On a établi aujourd’hui un piquet de gendarmerie pour arrêter ce désordre, d’autant plus étonnant que plusieurs dévastateurs vendent ce bois et en feront des provisions. Ce nouveau genre de spéculation est punissable. On excuserait le vol de bois pour se chauffer, mais, quand c’est pour vendre, il y a délit effronté. Les haies des environs de Bordeaux sont déjà toutes dévastées. D’un autre côté, les mendiants se multiplient dans la ville et demandent des secours d’un ton impératif.

Quand Conrad Gaussen s’occupa du dessèchement des marais de Bordeaux, au début du 17° siècle, il construisit, tout au long des canaux principaux, et de chaque côté de ces canaux, « de magnifiques chemins de dix mètres de largeur ». Les deux chemins qui longeaient la jalle Conrad devinrent les allées de Boutaut (A. Descas).
Pierre Boutaud (R. Coustet), marchand de Bordeaux, acheta des marécages insalubres et profita de leur bonification par Conrad Gaussen pour les revendre à la ville, en 1654.

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