Année 1834

1° janvier 1834 Voeux
L’étiquette des voeux de bonne année a été observée aujourd’hui comme par le passé et la vente des dragées et des cadeaux d’étrennes n’a pas été moins grande que dans le bon temps

1° janvier 1834 Claude Robillon, directeur du Grand Théâtre
La direction du théâtre de Bordeaux vient d’être confiée par la Mairie au-dit Robillon, se disant homme de lettres de Paris et frère d’un danseur de notre opéra. Le bail est pour trois ans, non seulement à ferme gratuite, mais encore avec 100 000 F que la ville donne au-dit Robillon la première année, 80 000 F la seconde et 60 000 F la troisième. Une pareille rétribution, jointe aux recettes journalières, doit mettre ce directeur à même de ne pas mal faire ses petites affaires. Aussi n’a-t-on pas été embarrassé d’en trouver un qui remplaçât le sieur Solomé, lequel va exploiter le théâtre de Nantes.

Le choix de Claude Robillon a peut-être tenu au traité qu’il a fait paraître en 1828 : Considérations sur l’art dramatique et les comédiens, sur les causes de la décadence des théâtres et des moyens de la prévenir, par C. Robillon, directeur du théâtre de Versailles, in-8. Versailles, chez Saltior.
Quant à Solomé, l’Almanach des Spectacles de 1834 indique une autre destination que celle des Tablettes : « M. Solomé, directeur des théâtres de Bordeaux, est nommé directeur du grand théâtre de Rouen; il est remplacé par M. Robillon ».
La gestion de Claude Robillon, aidé par son frère Philippe, sera désastreuse et Solomé reviendra en 1836.

9 janvier 1834 Un cas de lithopédion
Accouchement extraordinaire d’une femme qui paraissait enceinte depuis 10 ans. Il a fallu l’opérer par le côté, le fœtus résidant hors de la matrice. L’enfant était bien conformé, mais sans vie. La mère a survécu à l’opération. Tous nos médecins dissertent sur cet accouchement extra utérin dont il n’y a heureusement que peu d’exemples dans les annales de l’art, quoi que sa cause se renouvelle souvent, attendu la corruption actuelle des mœurs. Ce phénomène démontre que ceux qui l’ont produit avait usé contre nature des plaisirs de l’amour.

Le lithopédion est un fœtus, issu d’une grossesse extra-utérine, non arrivé à terme qui est mort sans avoir été expulsé et sans avoir été diagnostiqué. Il s’en suit une calcification et une tolérance pouvant dépasser un demi-siècle. Bien sûr, les hypothèses étiologiques émises par Bernadau n’ont pas été validées.

22 janvier 1834 Un faux certificat du docteur Gergeres ?
On apprend par le journal que le vol par escalade fait il y a quatre nuits chez la dame Mugnoz, veuve Bostro, rue de la Devise n’est qu’un conte imaginé par cette dame qui, après avoir mis en gage ses bijoux au Mont de piété, voulait s’en faire donner de nouveaux par un espagnol qui l’entretenait. C’est la Munoz elle-même qui a fait le triste aveu de ce nouveau genre d’escroquerie devant le juge d’instruction, qui avait commencé une procédure à l’occasion de cet étrange vol. Ce qu’il y a de plaisant dans cette affaire, c’est qu’un médecin appelé pour constater l’état de santé de la plaignante une heure après la fuite de ses prétendus voleurs, a certifié dans le procès-verbal du commissaire que ladite dame Mugnoz avait éprouvé une espèce de strangulation par ses voleurs et qu’elle avait une fièvre violente par suite des convulsions qui avaient dû la saisir dans cet événement. Il paraît que le docteur Gergeres tâte mal le pouls des femmes et qu’il s’y connaît peu dans leurs contusions et convulsions.

9 février 1834 Mort du curé de Blaye, empoisonné par les carlistes ?
Le curé de Blaye, Descambes, ayant annoncé dans son lit de mort qu’il mourrait empoisonné par les carlistes pour s’être montré ami de la tranquillité publique lors de l’emprisonnement de la duchesse de Berry, le sous-préfet a fait ouvrir le corps du défunt dans lequel on n’a reconnu aucune trace de poison. Certains disent que ce curé avait perdu la tête sur la fin de sa vie, d’autres qu’il avait voulu se rendre intéressant même après sa mort en se présentant comme victime d’un parti dont il n’avait pas voulu partager les fureurs. Au reste, il avait 80 ans …

La suite au 14 mars …

24 février 1834 Nouveau bateau à vapeur
Hier a commencé à naviguer pour le haut pays un bateau à vapeur appelé Le petit commerce appartenant à une compagnie de Langon qui avait organisé l’an passé un service régulier de yoles. Ce bateau va plus vite que ceux de la compagnie bordelaise avec lesquels il fait la concurrence, car il porte à moitié prix de ceux-ci. Il n’y a qu’un seul prix des places, n’ayant pas deux chambres distinctes.

28 février 1834 Le prestidigitateur Bosco
Hier a eu lieu à l’Athénée une représentation de tours d’adresse et de physique amusante par M. Bosco, célèbre prestidigitateur ou escamoteur pour parler correctement. Le public a été émerveillé de ses tours hardis et amusants qui sont d’un genre encore plus nouveau que ceux de Comus et de Pinetti, si renommés dans leur temps. On ne prenait point d’argent à la porte de ce spectacle. M. Bosco avait distribué des billets d’entrée par le moyen de ses affidés qui les faisaient payer secrètement. C’était pour éviter de payer aux hospices et la direction des théâtres de Bordeaux les droits qu’ils prélèvent sur les spectacles forains. Malgré cette supercherie, ces administrations ont intenté un procès à l’escamoteur pour revendiquer leurs droits et nous verrons comment il s’en tirera devant les tribunaux qui entendent qu’on n’escamote au préjudice des tiers.

Parmi les prestidigitateurs du XIXème siècle, Bartholomeo Bosco tient une place très importante, autant par son talent que par sa personnalité et sa vie aventureuse. Né à Turin, le 11 janvier 1793, il descendait d’une noble famille du Piemont. Sa renommée s’étendit très vite dans tous les pays d’Europe qu’il visita. Il était d’ailleurs particulièrement doué pour se tailler lui-même une réclame continuelle et audacieuse. C’est à lui certainement qu’il faut attribuer ce fameux tour des oeufs qui consistait, se rendant au marché, à acheter des oeufs, les casser devant la marchande et la foule ébahies, et sortir de chacun d’eux une pièce d’or… On comprend facilement qu’après de telles exhibitions les spectateurs se pressaient aux représentations que Bosco annonçait avec une aussi alléchante réclame.
Nicolas-Philippe Ledru dit Comus (1731-1807) était un prestidigitateur avant le mot, habile physicien et illusionniste, il alliait l’amusement à la science, sous Louis XV et Louis XVI. Il avait un cabinet, situé boulevard du Temple, à Paris, où il faisait diverses expériences, devant le public, sur le son, la lumière, l’électricité, le magnétisme, l’incompressibilité de l’eau, etc…
Giuseppe Pinetti, autrefois appelé en France le Chevalier Joseph Pinetti (1750-1800) est devenu célèbre par l’utilisation d’appareils compliqués, ses évasions et ses tours de mentalisme. Dans son cabinet de curiosités, il présenta et mélangea expériences scientifiques (telles que faire apparaître une étincelle électrique entre les bornes d’un excitateur …) et tour de magie (faire apparaître une gravure dans un miroir…).

28 février 1834 Critique du Guide ou conducteur des étrangers à Bordeaux
Tout ce qui est médiocre et de mauvais goût a droit à l’attention des bordelais. Ils ont singulièrement accueilli le livre intitulé le Guide ou conducteur des étrangers à Bordeaux, dont nous avons fait connaître les défauts innombrables en 1824, époque de sa publication. On en a fait au bout de deux ans un second tirage qu’on a intitulé seconde édition, puis une nouvelle édition corrigée et augmentée pour laquelle les âneries et les inutilités se sont vraiment augmentées. Ce n’est plus la ville de Bordeaux que l’auteur s’est avisé de décrire prolixement; il barbouille actuellement le tableau de tout le département et s’étend surtout sur les vins qu’il produit en énumérant non seulement les crus fameux, mais encore en donnant la liste de tous les propriétaires qui ont des vignobles dans toutes les communes et la quantité qu’ils en vendent avec leur prix courant. Quelques courtiers de vin ont dû fournir les notes fastidieuses que ce livre contient sur les récoltes du pays. Il y a aussi la liste des rues de Bordeaux, par tenants et aboutissants, qui augmente aussi la grosseur de ce livre, qui de 300 pages est enflé à 576 au moyen de ce remplissage. La critique ne peut pas s’abaisser à en parler : elle ne doit qu’examiner la partie purement historique de cette compilation, qui se compose d’emprunts faits à la chronique bordelaise de Baurein, à Don Devienne et à mes ouvrages. Notre guide donne aux étrangers et aux naturels qu’il promène dans le département tous ces plagiats comme des découvertes dues à ses élucubrations. C’est la qu’on apprend que Germanicus est venu à Bordeaux ; que les ducs d’Aquitaine assignèrent la rue Judaïque Saint Seurin pour la résidence urbaine des juifs de cette ville ; que la vigne du pape Clément produisait à Pessac un vin fameux ; que le clocher de Pey-Berland a été bâti dans le même temps et avec le même procédé que celui de Saint André, quoiqu’on assigne, dans un autre endroit, diverses dates de ces constructions ; que les piliers de Tutelle ont été démolis en 1650 ; qu’il y a une rivière de Leyrac dans les Landes ; que les Français entrèrent dans la Gaule en l’an 394 ; que l’entrepôt de commerce est un édifice magnifique et bien bâti ; que la place Dauphine est de forme circulaire ; que le tombeau de Montaigne est en marbre blanc ; que la fontaine de Saint-Projet, bâtie en 1733, est un des plus mémorables monuments publics dus à M. de Tourny ; etc. etc. On ne finirait pas de relever les ignorances accumulées dans ce guide aussi bêtement conçu que platement rédigé. Nous avons acquis la certitude qu’il est uniquement composé par un garçon imprimeur de cette ville nommée Hirigoyen qui n’a pas su lui-même copier ce qu’il y avait de bon dans les livres qu’il pillait. Il peut se vanter d’avoir fait le livre le plus ennuyeux qu’on n’ait encore publié à Bordeaux. Ce qui est aussi à remarquer, c’est que le graveur qui a exécuté au trait les dessins qui se trouvent dans ce livre a ajouté à l’inexactitude du texte, car aucun des édifices qu’il a voulu représenter ne ressemble à l’original. Il s’est permis d’enjoliver ses copies de traits qui les défigurent en les embellissant. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que cette composition s’est vendue comme si elle était bonne, circonstance qui plaide en faveur du mauvais goût et de l’ignorance de nos chers concitoyens.

Sur ce Guide, voir 9 décembre 1824. La seconde édition date de 1827.

14 mars 1834 Le curé de Blaye
Dans l’autopsie qu’on a fait des intestins de M. Descrambes, curé de Blaye, les gens de l’art n’ont trouvé aucune trace du poison qu’on disait que les légitimistes lui avaient donné pour le punir d’avoir signé le procès verbal de l’accouchement de la duchesse de Berri. Ce qu’il y a de plus remarquable dans la personne du défunt, c’est qu’on a découvert dans diverses cachettes de sa maison environ 100 000 F de numéraires, qu’il ne doit certainement pas à la générosité des légitimistes ni des constitutionnels. Il était assez mal vu par les uns et les autres, attendu son esprit cupide et peu aumônier. Avant d’être placé à Blaye, il était vicaire à St-Michel de Bordeaux et passait pour avoir des mœurs équivoque, quoique grand confesseur de femmes du peuple.

On trouve dans L’Ami de la Religion de 1834 cette note : « M. Descrambes, curé de Blaye, dont il a été tant parlé l’année dernière, est mort à Blaye au mois de janvier. Il parait qu’il a succombé au chagrin. Il ne supportait pas l’idée que quelques journaux avaient voulu donner de lui, en le peignant comme dévoué au pouvoir dans l’affaire de madame la duchesse de Berry. Ce qui acheva de l’affecter, c’est qu’on lui envoya l’année dernière la croix de la Légion d’Honneur et une indemnité de 4000 francs pour les services qu’il avait rendus à la princesse, à laquelle il allait dire la messe les dimanches et fêtes. Dès-lors il se regarda comme un homme perdu dans l’opinion, et il ne fit que dépérir. On prétendit, après sa mort, qu’il avait été empoisonné. Ce bruit était absurde, et a été positivement démenti par le rapport des médecins et chirurgiens chargés d’ouvrir le corps. Il n’y a donc eu ici aucun crime, et c’est à tort qu’on a voulu faire tomber cette mort comme l’ouvrage d’un parti auquel M. le curé de Blaye était devenu odieux. Le rôle de cet ecclésiastique dans l’affaire de Blaye ne paraît point devoir flétrir sa mémoire. 11 visita une princesse captive, il lui donna les soins de son ministère; il n’y a rien là qui soit indigne d’un prêtre, et nous savons que M. Descrambes jouissait de l’estime de ses supérieurs. Ce qu’on a dit des 100.000 francs trouvés chez lui est tout-à-fait absurde. Sa succession , qui représente à peine le patrimoine qu’il avait reçu de sa famille, ne s’élevait pas à 30.000 francs. »
On a, encore une fois, la preuve ici que les Tablettes reflétaient au moins autant ce qui se racontait dans Bordeaux, que ce qui s’y passait.

19 avril 1834 Canal de La Teste à Mimizan
M. Boyer-Fonfrède, de cette ville, demande au gouvernement une autorisation pour construire à ses frais un canal depuis La Teste jusqu’à Mimisan. Ce projet n’est ni aussi dispendieux ni aussi utile qu’il semble au premier coup d’œil. On peut l’effectuer au moyen d’un canal qui joindrait le bassin d’Arcachon à l’étang de Cazaux, qui est à cinq heures de La Teste, parce que cet étang communique déjà à celui de Biscarrosse, lequel se rend dans celui de Mimisan au moyen d’un cours d’eau qu’il s’agit d’élargir et de redresser. Mais ce projet ne paraît pas d’un grand avantage pour le pays où il serait ouvert et les capitalistes ne s’empresseront pas à prendre des actions de ce M. Boyer-Fonfrède.

29 avril 1834 Statistique œnologique de la Gironde
Il paraît en ce moment une petite brochure intitulée Statistique œnologique de la Gironde qui contient les procédés usités dans ce département pour la culture de la vigne, la quantité d’hectares consacrés à cette culture, ses produits, le prix des vins par classe et le nom des crus où ils sont récoltés, la dénomination des cépages du raisin, les soins à donner enfin et le nombre des distilleries d’eaux de vie, de liqueurs et de bières. Tous ces objets sont traités assez superficiellement et n’apprennent que ce que tout le monde sait. Il y a seulement des calculs forts bien fait sur la quantité des vins recueillis dans le département. On en porte le total à 226 852 tonneaux qui sont produits par 64815 ha de vignobles, dont on évalue que chacun donne 14 barriques de vin. L’auteur a pu faire cette évaluation d’après des données sûres, parce qu’il est attaché à la direction des droits réunis. Quant aux autres articles de sa statistique, ils sont assez superficiels quoi qu’ils aient été recueillis dans quelques écrits qui ont déjà paru à Bordeaux sur cette partie. Les gens de lettres, comme les économistes, s’il en est de véritables dans cette ville, ont fort peu écrit sur les vins de ce pays, quoi qu’il fasse sa richesse. Pour ce qui nous est personnel à cet égard, nous observerons que l’auteur de la brochure dont il est ici question a pillé littéralement le chapitre que nous avons consacré aux vins du pays dans notre Tableau de Bordeaux (1819). Nous observerons sur le tout qu’il manque encore au pays bordelais une bonne statistique œnologique, quoiqu’il y ait été publié trois ou quatre brochures sur les vins et les vignes de ce pays. Cela nous rappelle les pétitions que les propriétaires viticoles des départements méridionaux présentèrent en 1827 à la chambre des députés pour obtenir une modération sur les impôts qui pèsent sur les vins de ce département. Aucun des députés qui les représentaient ne monta à la tribune pour appuyer les pétitions de leurs mandataires. Il n’y eut que M. Dupin, avocat de Paris, député de la Nièvre et qui ne boit que de l’eau, homme qui sous tous ces rapports ne connaît pas la partie des vins, qui parla sur cette pétition et ne parvint pas à l’empêcher d’être repoussée par un indécent ordre du jour. Comment se fait-il que dans une ville célèbre par ses vins depuis Ausone, où il y a une académie des sciences et des arts largement meublée de savants soi-disant, qui possède en outre une Société linnéenne où l’on parle à qui mieux d’agriculture, il ne se soit pas encore rencontré quelqu’un qui ait pu faire un traité passable sur les vins qu’on y recueille ? Cet ouvrage pourrait ici s’exécuter ex professo plutôt qu’en aucun lieu, même en Bourgogne où l’on aime trop le vin pour être en état de le bien faire chanter. Allons, Messieurs les beaux esprits bordelais, laissez vos plumes avec les serpes de vos vignerons : Prêcher sur la vendange est servir la patrie.

6 mai 1834 Pierre sépulcrale cours d’Aquitaine
En fouillant les terres au cours d’Aquitaine pour construire le canal qui doit porter les eaux du quartier des Gahets dans le Peugue derrière le fort du Hâ, on découvre entre les rues Berri et Tanesse une pierre sépulcrale de six pieds sur trois, reposant sur un cercueil et des ossements pourris. Sur cette pierre était sculpté un écusson barré, timbré d’un casque de chevalier et entouré de palmettes de chêne. Au-dessous, se lisaient ces mots :

Bertrand de Bourbon,
Prince de Roullye
décédé le 3 août
M DC XVIII

il faut observer que tant la partie de l’écusson aux armes de France, que la partie semestre qui portait les trois étoiles, offraient les charges placées dans l’ordre inverse où l’on pose les pièces qui vont par trois, c’est-à-dire qu’elles étaient disposées une en haut et deux en bas et que les armes fleurdelisées étaient barrées par en haut, comme les armes étoilées qui portaient en chef un soleil, ainsi que nous les avons figurés ci-dessus [dessin de la main de Bernadau]. Le placement des pièces et leurs barres sont signes de bâtardise du défunt. Son nom est totalement inconnu dans l’histoire et ne se trouve dans aucun nobiliaire. On pense que c’était quelque parent d’Henri IV ou du prince de Condé son oncle, lequel, comme protestant, aura été enterré hors des cimetières des catholiques de Bordeaux. Les savants de cette ville ne paraissent pas avoir fait attention à cette découverte.

10 mai 1834 Multiplication des Bazars
L’esprit mercantile multiplie ici ses spéculations d’une manière effrayante. À peine la galerie du bazar, au coin des rues Sainte-Catherine et Porte-Dijeaux, est-elle achevée qu’une nouvelle se bâtit, rues Sainte-Catherine et du Cancera. Depuis un an, un autre bazar s’est ouvert, passage la Rigaudière, allant de la place Saint-Projet à la rue du Loup. Des colonies de marchands de tout genre viennent peupler ces nouveaux établissements dont les locations sont d’un prix très élevé, comme si la ville ne contenait pas déjà trop de vendeurs en proportion des acheteurs et si ces derniers devaient se porter exclusivement sur ces brillants et superflus entrepôts, encans permanents de toutes sortes de marchandises, établis depuis peu aux allées de Tourny. Tant d’entreprises mercantiles ne mènent qu’à des banqueroutes de la part de ceux qui se livrent à ces spéculations hasardeuses.

17 mai 1834 Saint Fort
Hier et aujourd’hui a eu lieu la foire de saint Fort à laquelle les gens des campagnes voisines accourent communément pour acheter des meubles de toutes espèces. Ils n’y sont pas venus parce que les vins se sont mal vendus et la foire a été mauvaise. À propos du saint dont elle porte le nom, nous observerons qu’il n’est pas fait mention de lui dans aucun martyrologe. Il n’en est parlé que dans le propre des saints du diocèse de Bordeaux. On y dit que c’était un évêque martyr, suivant une ancienne tradition. Mais rien ne vient justifier cette tradition. Il paraît au contraire probable, d’après ce qu’on en dit dans la préface du Commentaire sur la Coutume de Bordeaux par les frères Lamothe, qu’on a métamorphosé en saint un vieux reliquaire qui est dans l’église de Saint Seurin sur lequel on jurait dans certaines occasions et qu’on appelle Forte se vira sancti Severini, suivant des titres anciens. Au reste, les prêtres de cette église tirent encore partie de ce Saint Fort, en faisant passer et agenouiller les petits enfants qui sont faibles sur son autel, moyennant une aumône. La superstition met à profit même l’équivoque des noms de l’imposture.

L’ouvrage auquel Bernadau fair référence est : Coutumes du Ressort du Parlement de Guienne, par deux Avocats [les frères Lamothe] au même Parlement (Bordeaux, les frères Labottière, 1768)

24 mai 1834 Canal de la Teste à Mimizan
Le corps législatif a autorisé M. Boyer Fonfrède, de Bordeaux, à entreprendre à ses frais un canal de La Teste à Mimisan. Les gobe-mouches prônent cette entreprise comme un travail difficile, avantageux et productif. Or, il n’est rien de tout cela, ainsi que nous l’avons précédemment démontré. Nous pensons que son entrepreneur se ruinera à remuer le sable du pays de Born, comme se sont ruinés ceux qui tentèrent de défricher les Landes du voisinage vers 1770. C’était alors la mode des défrichements, comme c’est aujourd’hui la mode des canalisations. Chaque siècle à sa folie, quoiqu’il se dise plus sage que le précédent.

29 juin 1834 Bernadau sous un jour agréable
La fête de ce jour a produit quelques couplets que nous pensons qu’on excusera d’insérer dans nos Tablettes, parce qu’ils rappellent certaines traditions historiques du pays, et parce que leur auteur en est originaire, et parce qu’ils ont un ton de gaieté franche qui devient tous les jours plus rares au milieu de nos politicomanes dont les journaux du temps absorbent les délassements.

Les trois Pierre avec Martial,
Couplets de famille, sur l’air du curé de Pompone

« Le dernier Pierre du repas,
en bon apôtre boit et mange,
porte un vieux livre sous son bras,
et prêche, mais sur les vendanges.
Il entonne, au lieu d’un sermon,
quelque réjouissante antienne,
heureux, s’il plait par sa chanson,
quoique mise en musique ancienne. »

Cette chanson du milieu du XVIIIe siècle, qui connaît un regain de faveur aux périodes d’anticléricalisme, commence ainsi : « À confesse m’en suis allée,/Au curé de Pomponne. Le curé de Pomponne m’a dit :/Qu’avez-vous fait, mignonne /Le plus gros pêché que j’ai fait, c’est d’embrasser un homme./Ah ! il m’en souviendra, Larira,/Du curé de Pomponne ‘.
Il n’est pas très étonnant que Bernadau ait repris cette chanson, dans laquelle un curé et sa pénitente conversent dans quelques couplets égrillards, à l’occasion d’une réunion amicale.

15 juillet 1834 Noyades
Plusieurs cadavres de noyés sont découverts dans la Garonne. Ils appartiennent à des baigneurs imprudents que l’excessive chaleur du temps multiplie sur divers points de cette rivière. Cependant, la police a indiqué deux quais de la ville où elle a placé des bateaux de secours et a promis des récompenses à ceux qui sauveraient des gens en danger de se noyer. Mais l’heure des bains dans la Garonne est fixée à la chute du jour et l’on brave les règlements et la défense publiques en se baignant sur le port en plein midi. Le peuple se fait maintenant un jeu de braver toutes les lois, mêmes celles qui ont été établies dans son intérêt personnel.

23 juillet 1834 Accident au débarcadère de la place Royale
Un homme est tombé hier dans la rivière du haut de la chaussée qui borde le débarcadère de la place Royale. Ce n’est pas le premier accident survenu dans cet endroit. Il y a longtemps que les dangers de son approche ont été signalés à la police par les journaux. Elle finira sans doute par y faire mettre des garde-fous, comme elle l’a fait à la terrasse des Quinconces, après de nombreux accidents qui y étaient aussi survenus. La prévoyance n’est pas la vertu des administrateurs de Bordeaux, même dans les cas les plus simples.

Ces garde-fous seront installés à la fin de l’année 1834.

14 août 1834 Aménagement du parvis du Grand Théâtre
On baisse en ce moment d’un pied le pavé de la place de la Comédie afin de radoucir la pente des deux côtés de cette place qui était trop raide pour les voitures. À la vérité, il résultera de ce travail un grave inconvénient : c’est qu’il faudra mettre deux marches devant le péristyle, ce qui en rendra l’abord moins commode. On s’étonne que le célèbre Louis, qui a construit ce théâtre, n’ait pas paré à cet inconvénient en nivelant le sol de cet édifice avec le terrain aboutissant. On dit aussi qu’il aurait mieux fait de le bâtir à l’autre bout du Chapeau Rouge, sur le port, d’autant qu’il était maître d’en choisir l’emplacement, le terrain étant alors vide. En effet, la façade du Grand théâtre ne répond à rien et est dominé par les maisons de la place de la Comédie qui l’écrasent par leur élévation.

16 août 1834 Revue des journaux bordelais en 1834
Le journal intitulé Le Lutin, dont nous avons annoncé dans le temps le prospectus, paraît depuis quelques jours. Il s’occupe uniquement de littérature légère, des modes et des arts. C’est un salmigondis d’articles qu’on s’efforce de rendre plaisants et qu’une société de jeunes gens rédige à l’usage des dames. Il n’a aucun intérêt et ne peut pas se soutenir un trimestre, dans un temps et au milieu d’une ville où l’on ne parle que politique et spéculations commerciales. Nous avons à Bordeaux assez d’autres feuilles périodiques qui traitent déjà ces matières et qui se mangent entre elles, ayant trop de concurrence en journalisme voici la liste chronologique des folliculaires qui nous approvisionnent déjà, tant bien que mal.
1- Les petites affiches, qui ne contiennent que les services divers des brocanteurs.
2- L’Indicateur, journal politique, littéraire et commercial, très négligemment rédigé pour les deux premières matières.
3- Le Mémorial : ces deux matières y sont bien traitées et l’opinion est raisonnée et modérée.
4- L’Ami des champs ; on y parle d’un ton magistral d’agriculture et de littérature. L’instituteur Laterrade dirige ce verbiage soporifique.
5- Bibliothèque du commerce : c’est une notice des questions commerciales décidées dans le mois par divers tribunaux.
6- Feuille du dimanche : placard que la préfecture fait afficher dans les mairies du département et qui contient les nouvelles les plus remarquables de la semaine et les principaux actes administratifs.
7- Journal de la cour royale de Bordeaux, qui se compose de l’analyse de ses plus notables arrêts pour l’usage des gens de palais.
8- Journal de la Guienne : Feuille commerciale et littéraire et surtout politique, très hardie dans ce dernier article. C’est le manuel des légitimistes. Ses gérants responsables ont déjà été condamnés à diverses peines pécuniaires et personnelles et ont vu leurs nouvelles reconnues fausses, sans que cela les ait rendu plus circonspects et moins crédules.
9- La Boussole du commerce : ne se dirige spécialement que vers les spéculations commerciales et industrielles. La politique est modérée et ne vient qu’en sous-ordre dans ce journal.
10- Revue de la Gironde : c’est un cahier dans lequel on donne tous les mois des mélanges de littérature, d’histoire et de statistiques, qui n’ont pas tous été composés dans ce département, malgré le titre de ce recueil. Il est enjolivé de quelques lithographies que l’entrepreneur de cette revue grave par-dessus le marché pour faire venir des pratiques.
11- La Sylphide est une feuille qu’on vend tous les deux jours dans nos théâtres et où l’on rend compte des pièces qui s’y jouent et des acteurs qui les estropient.
12- L’Election : journal de commerce et de politique qui est bien rédigé et très républicain.
13- Le Lutin, feuille hebdomadaire qui promet de ne traiter que de la littérature romantique, des modes du jour et des arts agréables ; mais qui sera forcée de renoncer à ces futilités pour avoir des abonnés, comme ont fait tous nos autres journaux qu’on a vu changer de ton ou tomber à plat.
De ces diverses feuilles, il n’y a que les trois premières qui prospèrent, les autres font à peine leurs frais. Toutes se composent d’articles pris, en grande partie, dans les journaux de Paris. Cependant, elles se sont multipliées étonnamment depuis quelques années pour le malheur des imprimeurs trop crédules, et elles sont entreprises par des jeunes gens sans prévoyance comme sans talent, qui veulent régenter leurs contemporains. En ce moment, tout le monde se croit habile, sans avoir rien étudié.

23 août 1834 Nouvelle numérotation des maisons de Bordeaux
De toutes les délibérations prises dans la session ordinaire que le conseil municipal de Bordeaux vient de terminer, on ne connaît en public que le projet qu’il a arrêté de faire refaire, sur un nouveau plan, le numérotage des maisons qui avait été exécuté dans cette ville en 1805. Il est question de changer l’ordre des numéros et de mettre les impairs d’un côté de la rue et les pairs de l’autre. On évalue à 15 000 F le coût de cette dépense qui autrefois était supportée par les propriétaires et qui devrait l’être encore. On dit qu’il y a 22 000 maisons à numéroter ; il n’y en eut que 18 000 en 1805.

28 août 1834 Séance de l’Académie
Séance publique de notre académie des sciences et arts dont les lectures sont littéralement annoncées dans les journaux, contre l’usage ordinaire. Cette précaution est bonne afin d’allécher plus particulièrement les curieux qui s’occupent peu de travaux académiques. Les affiches publiques font souvent faire foule au spectacle. La séance est ouverte par un discours du président de l’académie, M. Saint-Cricq, médecin. Ce discours, écrit avec beaucoup de prétention, quoi que fort mal, contenait une espèce d’histoire romantique de Bordeaux du temps des Romains. Le secrétaire, M. Bourges, autre médecin, lit le programme des prix et rend compte des travaux faits dans l’année par cette académie. Il nous apprend qu’elle a entendu la lecture de force mémoires de ses membres et dont on n’a pas eu l’envie de régaler le public. M. Dutrouilh, lui aussi médecin, prononce l’éloge d’un académicien défunt, le docteur Capelle, qui ne fit pas grand bruit, ni par ses cures ni par ses écrits, pendant qu’il fut en vie. Encore une autre nécrologie, c’est celle de M. Rateau, ancien procureur général à la cour royale de Bordeaux, qu’on ne s’attendait pas à entendre prôner dans une académie des sciences et belles-lettres, car il n’a jamais fait que des factures pendant qu’il fut avocat, et des réquisitoires durant sa magistrature. Pour petite pièce, on a donné lecture d’une méditation poétique de M. Lanet, morceau vague sur la peine romantique, dont l’auteur se montre comme un zèle partisan de ce mauvais genre. Tout cela a reçu les applaudissements d’étiquette de la part des auditeurs qui étaient en petit nombre, quoique, cette année on fut admis à la séance sans billet d’entrée, contre l’usage ordinaire. Notre académie reste toujours dans son ancien état de nullité, si elle ne l’augmente pas.

Ce M. Lanet, qui donne lecture d’une poésie romantique, était aussi l’inventeur d’un appareil de copie, le taxapographe (voir plus loin 30 septembre 1834).

30 août 1834 Statues de Montaigne et Montesquieu
Le conseil municipal arrête de faire élever dans cette ville une statue à Montaigne et une autre à Montesquieu au moyen d’une souscription qui serait ouverte pour tout le monde, et il se porte en même temps à la tête de cette souscription pour une somme de 15 000 F. Il déclare que ces deux statues seront exécutés par un M. Maggesi, jeune sculpteur dont le nom se trouve déjà dans les états des salariés de la ville, et ce en qualité de statuaire, quoi qu’il paraisse étrange qu’on accorde un traitement à un artiste inutile à nos travaux publics. Nous ferons quatre petites observations concernant ces deux monuments. 1- Nous assurons que la souscription ouverte ne se remplira jamais, parce qu’on ne s’intéresse pas à la mémoire de Montaigne ni à celle de Montesquieu et qu’au reste aucun de ces deux philosophes n’est originaire de cette ville. 2- En 1778, le buste de l’auteur de l’Esprit des lois fut délibéré par le corps municipal pour être érigé dans l’hôtel de ville et jamais cette délibération n’a été exécutée. 3- Nous avons déjà une statue de Montesquieu qui a été donnée par le gouvernement en 1822 ; il ne s’agit que de la sortir de la salle des pas perdus de la cour royale, où elle est incongrument placée, pour l’ériger sur une place publique. 4- Ouvrez à Bordeaux une souscription pour faire des fontaines publiques dans les places publiques des Salinières, des Capucins, Dauphine, des Quinconces et Féger où elles seraient si nécessaires, et tous les habitants contribueront à ces monuments plutôt qu’à vos statues philosophiques. L’utile avant l’agréable.

8 septembre 1834 Francs-maçons
Il y a eu hier au Wauxhall un spectacle passablement singulier. C’est une députation des francs-maçons qui a distribué officiellement des prix d’émulation aux élèves des écoles d’enseignement mutuel de cette ville. Un jeune homme nommé Venot, poète et journaliste, présidait cette députation qui fait ce que la mairie n’aurait pas dû négliger, c’est-à-dire qui récompense la jeunesse studieuse. Quoi qu’il en soit, cette séance demi maçonnique ressent beaucoup la jonglerie.

Ce M. Venot, poète et journaliste, serait-il le docteur Venot, auteur des Loisirs poétiques d’un spécialiste ?

21 septembre 1834 L’éléphant Kiouny
L’éléphant récemment arrivé à Bordeaux a débuté hier sur le Grand théâtre dans un drame vaudeville composé pour lui et sous son nom intitulé Kiouny ou le Sage et l’éléphant. Les personnes qui se sont le plus élevées contre l’abus de faire salir notre théâtre en y faisant monter un animal se sont un peu réconciliées avec lui en voyant sa rare intelligence. Il joue admirablement dans cette pièce le rôle d’un fidèle serviteur d’un prince persécuté par un rival ambitieux. Et ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’il remplit ce rôle sans être accompagné de son cornac, ni excité par celui-ci du fond des coulisses et qu’il n’a jamais paru troublé ni incertain dans ses mouvements scéniques qui sont très variés et bien rendus. C’est le seul acteur, après LeKain et Talma que nous ayons vu se passer du secours du souffleur. Il est très souvent en scène dans sa pièce en quatre actes qui n’est pas mal faite d’ailleurs pour être d’un genre indien et, même dans les monologues, il représente avec beaucoup d’adresse et d’aplomb, sans se méprendre dans les diverses situations où il paraît. Les acteurs et actrices (il y en a six sans compter les chœurs) ont mérité moins d’applaudissements que lui. Cet animal est âgé de neuf ans, a sept pieds de haut et est d’un poil parfaitement noir, couleur rare dans son genre si elle n’est pas factice. Pour que le poids de la bête n’enfonça pas le plancher de la scène dans les endroits où il y a des trappes mobiles, on l’avait revêtu d’un autre plancher en fort bois. Le jeu des machines, les lumières des coulisses, les coups de fusil et l’embrasement d’une forêt à laquelle il met lui-même le feu, enfin tout le vacarme de la scène et l’habillement varié des personnages qui paraissent ne l’ont ni troublé, ni dérangé dans son jeu dont nos meilleures pantomimes ne sauraient égaler l’expression rapide et assurée. Cet acteur éléphant est un prodige dramatique ainsi que son éducation mimique (note de Bernadau : il gagne 500 F pour chaque représentation, ce qui fait la moitié de ce qu’on a donné aux grands acteurs qui jouent par extraordinaire sur notre théâtre).

Dans Le Monde dramatique de 1835, on trouve cette critique du spectacle de l’éléphant Kiouny signée Alphonse Karr : « Kiouny est un éléphant ami de l’homme, s’il en fut jamais. Il sauve un jeune orphelin des pièges de toutes sortes que lui tendent des usurpateurs, et finit par le remettre sur le trône et le proclamer roi à son de trompe, si j’ose m’exprimer ainsi. Kiouny laisse loin derrière lui mademoiselle Djeck et miss Betzi, son intéressante élève. Nous n’admettons pas les mauvais propos qui prétendent que miss Betzi serait un enfant de l’amour, fille de miss Djeck et d’un éléphant inconnu. Kiouny dédaigne ce qu’ont fait les éléphants jusqu’à lui. Kiouny rougit d’être éléphant. Kiouny est gourmand et gourmet. Il a tous les vices que possèdent les hommes, et toutes les vertus qu’ils font semblant d’avoir. Il fait beau le voir jeter un pont sur un torrent, cueillir des fruits pour son protégé, mettre le feu à une forêt où grillent l’usurpateur et ses infâmes satellites. Puis, pour couronner l’œuvre, il danse sur la corde. Je ne vous dirai pas que cette corde soit un brin de fil, ni même un bout de ficelle; mais, telle qu’elle est, je voudrais vous y voir, ou plutôt je ne voudrais pas m’y voir. Si Kiouny, jeune encore, est arrivé à ce degré surprenant d’intelligence et d’adresse, que ne devons-nous pas attendre d’un tel artiste. Certes, je ne serai pas étonné d’ici à une année de lui voir faire des vaudevilles ; puis, quand il aura exposé au salon le portrait de son cornac ; il ne lui restera plus qu’à passer par le trou d’une aiguille. Il ne s’agit que de trouver une aiguille assez large. »

Henri-Louis Caïn, dit LeKain (1729-1778) fut un des premiers modèles de la manière dont un acteur doit écouter et suivre par la pantomime les paroles de son interlocuteur ; il plia sa diction aux nuances variées de la pensée et du vers. Il fut considéré comme l’un des plus grands tragédiens du 18e siècle.

28 septembre 1834 Accident au débarcadère
Un des embarcadères des bateaux à vapeur qui font le service dans la partie haute de la Garonne, a croulé hier au moment où un de ces bateaux abordait. Une centaine de voyageurs arrivant ou se disposant à partir sont tombés dans la rivière. Deux ont péri et bon nombre d’autres ont été plus ou moins grièvement blessés. Il est reconnu que la vétusté du tablier de cet embarcadère est la cause de ce malheureux événement. Il n’eut pas arrivé si la commission de sûreté publique, créée pour surveiller les bateaux à vapeur de cette ville, eut fait à demi son devoir. Les membres de cette commission ont cependant une rétribution fixe et, à leur tête, est le trop fameux Deschamps, inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées, homme aussi intrigant que cupide et qui se fait donner ici toutes les places qui rapportent de l’argent. Les commissaires de police et les agents de la police du port ne sont pas non plus exempts de reproches de vigilance à ce sujet et à bien d’autres. Nos hommes en place ne cherchent que les honneurs et surtout les traitements de leurs fonctions.

28 septembre 1834 La voiture à vapeur de Charles Dietz
Il n’est bruit dans les journaux que de la voiture à vapeur que le mécanicien Dietz vient d’inventer à l’imitation des wagons anglais et qui va de Paris à Versailles en trois heures traînant à sa suite deux omnibus remplis de voyageurs. Cette nouvelle voiture a l’avantage de pouvoir rouler sur toute espèce de routes et peut faire renoncer aux chemins de fer qu’il serait question d’établir sur plusieurs grands chemins de France. On craint même qu’elle ne fasse tomber les diligences nombreuses qui se multiplient de tous côtés et que, par suite, le prix des chevaux de trait de baisse beaucoup.

Charles Dietz (1801-1888) est un ingénieur allemand, constructeur de voitures à vapeur. En 1830 il invente, un « remorqueur à chaudière » à trois roues baptisé Protée, pesant 10 tonnes, mû par une chaudière tubulaire à vapeur, et capable de tirer deux diligences d’une quarantaine de personnes à 8 kilomètres à l’heure, consommant 160 kg de coke à l’heure, mais la Révolution française de 1830 retarde ses projets. Alors, Charles Dietz expérimente son « remorqueur à chaudière » Protée en Grande-Bretagne, mais une loi interdit « à tous véhicules sans chevaux de circuler, s’ils ne sont précédés d’un homme à pied, muni d’un drapeau rouge et d’une cloche ». Dietz s’installe donc à Paris et ouvre plusieurs lignes régulières.
En 1834, année de cette note, il crée la ligne omnibus « Rond point des Champs-Élysées, parc de Saint-Germain ». Selon le témoignage d’un journaliste : « Dietz prend le départ au rond-point des Champs-Élysées, arrivé à Neuilly, 17 minutes plus tard, il fait le plein d’eau en 8 minutes avant de repartir pour Nanterre. La foule regarde passer avec terreur ce véhicule étrange. Poursuivant sa route, Dietz met 13 minutes pour grimper la côte de Saint-Germain et 5 minutes pour la redescendre sans freins ! Il écrira : « Les perspectives d’une telle machine sont incalculables. »
En 1835 d’autres services réguliers automobiles sont mis en place en France tels que « Paris-Versailles » et « Bordeaux-Libourne ».

28 septembre 1834 Mort du sculpteur Marin
La mort vient de frapper à 75 ans le statuaire Marin que l’on dit être un habile artiste. Il n’a pas cependant fait preuve d’un beau talent dans la statue de Tourny, qu’il a faite pour la ville de Bordeaux. Cette statue et d’une pose roide et son piédestal qui ressemble à un poêle de corps de garde est de mauvais goût. Il n’y en a pas moins dans le style de l’inscription qu’elle porte. On y a estropié le nom de notre grand magistrat. Elle l’appelle Louis François Aubert, seigneur de Tourny, tandis qu’il est nommé dans toutes ses ordonnances Louis Urbin Aubert, marquis de Tourny.

Sur cette statue, voir 27 juillet 1825.

30 septembre 1834 Taxapographie
Un bel esprit de Bordeaux, nommé Lanet, a fait le 3 du mois dernier, en présence du préfet, du maire et de plusieurs savants de cette ville, l’expérience d’un procédé dont il se dit inventeur et qu’il appelle la taxapographie ou prompte copie, pour tirer en trois minutes des copies d’un dessin manuel ou d’une page d’écriture, sans altérer les traits ni la forme de l’original. Cette expérience a complètement satisfait l’attente de spectateurs qui en ont dressé le procès-verbal que les journaux viennent de publier. Ils annoncent en même temps que l’inventeur a ouvert une souscription pour ceux qui voudront concourir à la publication de ce procédé, dont M. Lanet espère pouvoir tirer pour lui un parti avantageux, ce dont nous doutons beaucoup. Quoique Bordeaux soit la terre promise pour les charlatans, ils n’y réussissent qu’alors qu’ils ne se font pas trop payer. Notre taxapographe demande 50 F pour chaque tirage de feuille à quatre exemplaires. C’est à ce nombre que se sont bornées les épreuves de chaque manuscrit, après lequel la couleur de ses caractères commence à s’altérer. Le manuscrit est tracé avec de l’encre que l’inventeur fournit. On voit, par ce seul fait, qu’il se sert d’une quelque encre sympathique, dont la propriété et les effets ne surprennent plus que les ignorants. Les procédés que la lithographie met en d’usage sont préférables et moins chers que ceux de cet taxapographie. Elle nous paraît d’ailleurs très dangereuse dans l’usage de la vie, en ce qu’elle peut faciliter la contrefaçon des écritures privées ou publiques et encourager l’art coupable des faussaires. Louis XV acheta d’un chimiste dauphinois le secret d’un feu grégeois qu’il avait découvert, à condition qu’il ne le publia jamais. On devrait payer M. Lanet pour qu’il cacha sa taxapographie en supposant qu’elle tienne ce que promet l’inventeur.

Le Bulletin des Lois de février 1836 fait état d’une amélioration de cette technique : « M. Lanet ( Edouard), homme de lettres de Bordeaux , représenté à Paris par M. Mathieu, demeurant passage et hôtel Violet, auquel il a été délivré, le 18 septembre dernier, le certificat de sa demande d’un brevet de perfectionnement et d’addition au brevet d’invention et de perfectionnement de quinze ans, qu’il a pris, le 27 février 1835, pour un nouveau système d’impression qu’il nomme taxapographie ou prompte copie, dont l’application principale est destinée à donner à chacun, au moyen d’un appareil usuel, la faculté de reproduire en une ou plusieurs copies, sur les papiers en usage et en peu d’instants, tout écrit, pièces d’écritures, plans, dessins, extraits , etc. , qui viennent d’être tracés. »

22 octobre 1834 Accident porte du Palais
Hier, une diligence qui passait sur la chaussée du port a écrasé un enfant en face de la porte du Palais. Cet accident a été causé par l’encombrement que forment en cet endroit les marchands colporteurs, auxquels on a permis d’étaler en dehors des bornes des maisons et qui rétrécissent tellement la voie publique en cet endroit que la circulation d’une seule voiture y est très embarrassée et que les piétons ont de la peine à y pouvoir passer. Ce fait a été reconnu par tout le monde présent à ce malheureux événement. Il a été dénaturé aujourd’hui par les journaux qui l’attribuent à l’imprudence du conducteur de la voiture, qu’ils disent avoir lancé ses chevaux au galop. Cette version est de toute fausseté. Elle doit avoir été donnée par la police qui voudrait couvrir son invigilance coupable. Cette invigilance est d’autant plus grande, qu’après cet événement n’est apparu sur les lieux aucun agent de l’hôtel de police, quoiqu’ils soient en grand nombre. Nous avons vu le fait dans tous ses détails. Il ne serait pas arrivé si la police avait empêché le fermier du droit de placage de permettre aux marchands colporteurs de faire leurs étalages le long de la chaussée du port, de manière à ce qu’ils rétrécissent la voie publique. Elle devrait avoir au moins 40 pieds de largeur, comme toute route de poste. C’est une erreur de croire que le placier a droit de louer tous les locaux vides et publics de la ville. La mairie n’a pu lui concéder un pareil droit. Elle n’a pu lui affermé que le passage sur les marchés, les places publiques et le marchepied de la rivière, où les marchands et les marchandises ont la faculté de stationner longtemps. Mais la chaussée du port, ainsi que les rues de la ville, ne doivent jamais être obstruées, ne peuvent pas être occupées par des étalagistes que le placier aurait autorisés à s’y établir, en leur en faisant payer le passage. C’est un abus révoltant que l’insouciance de la police bordelaise, ou la cupidité de ses agents qui trafiquent de leurs fonctions, autorise insensiblement le placier, qui grivèle et taxe tout le monde de la manière la plus scandaleuse. Nos fonctionnaires, grands et petits, tirent parti de tout. On obvierait à tous ces inconvénients en ordonnant que toutes les baraques de la foire et tous les étalagistes qui la forment se tiendraient sur la place des Quinconces qui n’est pas un lieu de grand passage comme le port.

Bernadau était en effet bien placé pour assister à cet accident, puisqu’il demeurait, à cette époque quai de Bourgogne n° 26, actuellement 25 quai Richelieu et rue du Quai Bourgeois n° 52, cette demeure donnant sur ces deux voies : Le numéro 26 est donnée par Bernadau lui-même dans le dernier Tome de ses Tablettes, rédigé « dans le Cabinet de l’Auteur, quai de Bourgogne, maison n° 26 ». Ce sera sa dernière demeure, au moins depuis 1817 (acte de décès de Jeanne Bernadau) et jusqu’à sa mort le 24 avril 1852.

1er novembre 1834 Les peintures de Notre Dame
On découvre avec une certaine solennité les peintures qu’on vient d’achever à l’église de Notre-Dame. Elles consistent en des rosaces et des caissons dont on a chargé la voûte ainsi que le chevet de cette église en ornements d’architecture gothique qui couvre les chapelles des bas-côtés. Les colonnes et les pilastres ont reçu d’ailleurs une couleur grise de porte, qui s’harmonise mal avec les tons des peintures de la voûte. Tout cela est assez ordinaire mais un peu clinquant et donne à ce vaisseau un air coquet et peigné qui ne convient guère à la majesté du lieu. On peut dire qu’on a fait trop ou pas assez pour la décoration. La voûte paraît trop travaillée, eu égard aux pilastres nus qui la soutiennent. Ce n’est pas dans ce genre que le fameux Berinzago a peint l’église de la Chartreuse de cette ville.

Cette église de la Chartreuse, maintenant Saint Bruno, est remarquable par la fresque en trompe-l’œil de la voûte, peinte entre 1767 et 1772 par le peintre italien Giovanni Antonio Berinzago, qui était professeur de géométrie et de perspective à l’Académie de peinture de Bordeaux, jusqu’à la Révolution.
Les peintures murales de 1834 ornant les voûtes de la nef, les murs et la voûte de l’abside ont été enlevées dans les années 1870, pour être remplacées par de nouvelles œuvres dont les trois peintures murales de l’abside illustrant des scènes de la vie de la Vierge du peintre Romain Cazes (1808-1881).

4 Novembre 1834 Madame de Lestonnac
Les dévotes de Bordeaux sont parvenues à faire béatifier par le pape une des leurs qui vivait dans cette ville il y a deux siècles et qu’on avait totalement oublié. C’est Jeanne de Lestonnac, fondatrice de l’ordre des religieuses de la compagnie de Notre-Dame. Elle était née à Bordeaux de Richard de Lestonnac, conseiller au Parlement, et était nièce de Michel de Montaigne. Après la mort de Gaston de Montferrand, son mari, elle institua son ordre sur le plan de celui des jésuites pour l’instruction des jeunes filles. Il fut approuvé par le pape Paul V en 1609 et confirmé par Henri IV dans la même année. Cette compagnie se divisa, du vivant de la fondatrice, en religieuses Minimettes et en religieuses de Notre-Dame. Les deux couvents étaient établis dans Bordeaux. Madame de Lestonnac mourut dans ce dernier, le 10 février 1640, âgée de 84 ans. Sa vie a été écrite par le père François, capucin, Toulouse, 1671, in-12 et par le père Beaufils, jésuite, Toulouse, 1742, in-12. Le père Bouzonnier, jésuite de Bordeaux, a publié l’Histoire des religieuses de Notre-Dame, Poitiers, 1697, in-4. Voilà ce que l’on trouve dans tous les livres concernant madame de Lestonnac ; mais ce que bien peu de gens connaissent et que nous allons leur apprendre, c’est qu’en 1795 on découvrit chez une vieille religieuse morte dans la rue du Hâ un mauvais piano sous la tablature duquel était un corps desséché. Ce corps avec l’instrument qui le renfermait fut apporté à l’hôtel de ville où il resta dans un grenier jusqu’en 1822, qu’il fut réclamé par d’anciennes religieuses de Notre-Dame qui se réunirent en société dans la rue du Palais Gallien. Elles retirèrent en pompe ce squelette qu’elles prétendaient être celui de Madame de Lestonnac et le portèrent dans leur maison depuis l’hôtel de ville où on leur délivra un certificat circonstancié de toutes la susdite anecdote. Depuis, on a travaillé à recueillir des mémoires sur la vie, la mort et la découverte de ladite dame, dans lesquels la manière dont son cadavre a été conservé et retrouvé a été consigné comme un beau miracle. En 1829,un certain abbé Renault est venu me demander des renseignements historiques sur madame de Lestonnac afin d’en embellir l’enquête qu’on faisait alors aux fins de son apothéose. Il y a bien longtemps que le pape ne place plus de français au ciel et c’est bien pis pour les bordelais : il n’a entrepris qu’une seule fois de sanctifier l’un d’eux (Pey Berland), encore a-t-il laissé la besogne à moitié faite en 1481, quoique Louis XI l’eut prié de l’achever.

Jeanne de Lestonnac fut déclarée Vénérable par Grégoire XVI le 19 septembre 1834 et Bienheureuse par Léon XIII le 23 septembre 1900.
Voir les notes du 19 décembre 1822 au sujet de la découverte du cadavre de madame de Lestonnac et du 3 mars 1829 au sujet de l’abbé Renaud.
Les détails donnés dans cette note (par exemple, elle est morte le 2 – et non le 10 – février 1640), ainsi que ceux des notes précédentes sur le même sujet, sont entachés d’inexactitudes réitérées.

15 décembre 1834 Critiques du Grand-Théâtre
On a fait hier au Grand théâtre l’inauguration du buste (note de Bernadau : il a été exécuté à Bordeaux en marbre blanc par M. Maggesi, jeune statuaire qui promet beaucoup) de l’architecte Louis qui a construit de 1775 à 1780 le même théâtre et dont on ne parlait plus depuis une trentaine d’années qu’il est mort. Cette cérémonie consistait à porter d’une manière comme triomphale le buste de l’artiste, depuis la porte d’entrée de la salle des spectacles jusque sur le théâtre où il a été placé sur une estrade d’où le maire a prononcé un discours qui a été terminé par ces mots emphatiques : « Mânes de Louis, reçoit cette couronne au nom de la ville de Bordeaux reconnaissante ». M. Bonfin, portant la parole au nom du corps des architectes, a aussi prononcé son discours apologétique en l’honneur de Louis qu’il a déclaré au moins l’égal des Palladio et des Mansart. Aucun des panégyristes n’a voulu reconnaître que notre architecte avait placé d’une manière peu avantageuse cette salle qui eût été bien mieux sur la façade du port où le terrain était alors libre et à sa disposition. Les orateurs n’ont vu dans cet édifice que des beautés sans aucune imperfection depuis la cave jusqu’au grenier. La cérémonie a eu lieu en présence des chefs des corps constitués et des députations des divers ouvriers de cette ville et des abonnés des deux théâtres. Nous remarquerons que cette ovation était passablement mesquine et que ceux qui y assistaient ne comprenaient guère pourquoi on décernait l’apothéose à un artiste qui avait bâti sur un plan fort ordinaire la salle des spectacles de cette ville et le Palais royal de Paris qui sont loin d’être des chefs-d’œuvre d’architecture (note de Bernadau : on a remarqué 1- que la porte d’entrée de la salle est mesquine et trop petite comparativement au grand escalier qui y conduit ; 2- l’intérieur de cette salle est trop rond ce qui empêche les deux premiers rangs de voir le théâtre en entier, celle de l’avant-scène étant trop saillante sur le théâtre ; 3- que le dessous des loges ne finissant pas en arcade, elles ont l’air d’un tiroir de meubles ; 4- qu’il y a beaucoup trop de distance en hauteur d’un étage de loge à l’autre, ce qui fait voir les acteurs trop nains du haut du paradis ; 5- que le théâtre est trop large et pas assez profond par rapport à sa hauteur ; 6- que la coupe de la salle n’est pas favorable à l’harmonie ; 7- que les appartements adjacents sont mal distribués et se communiquent par des couloirs et par des escaliers trop étroits ; 8- que la rue qui sépare cette salle des maisons du Chapeau rouge n’a pas assez de largeur pour la préserver de l’incendie, le cas arrivant). On ne doit des éloges publics qu’à l’homme qui a reculé les bornes de son art par des productions jusqu’alors inconnues.

Ces quelques notes critiques ne doivent pas masquer l’admiration que Bernadau portait à Victor Louis pour son oeuvre.
A l’opposé, l’appréciation de Bernadau pour Maggesi est plus flatteuse que les précédentes (voir 21 février 1833).

26 décembre 1834 Source de Monjau à Villenave d’Ornon
Il y a quelques jours que le préfet et le maire, escortés de gens de l’art, ont été visiter la source de Monjau, qu’on dit assez abondante pour fournir l’eau à plusieurs fontaines qu’il est question de construire incessamment à Bordeaux. Cette source qu’on dit donner 80 pouces d’eau est dans la commune de Villenave d’Ornon, au milieu d’un domaine appartenant à M. Johnston, négociant de cette ville. Il offre de la vendre à la ville et même de se charger des travaux de conduite moyennant une certaine rétribution. Cependant, les habitants de la commune où cette source surgit en contestent la propriété à ce particulier et lui ont intenté un procès à ce sujet.

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