Année 1835

1er janvier 1835 Etrennes
Comme par le passé, on voit se continuer l’étiquette des visites ; mais une d’elles qui vient de commencer aujourd’hui, au grand étonnement des bordelais, c’est la visite des voitures publiques et particulières que les employés de l’octroi exercent minutieusement aux barrières de la ville. Les malles, portemanteaux et paquets des passants y sont ouverts de par la loi de 1816, qui était tombée en désuétude et qu’on n’a jamais exécutée à Bordeaux ; et les voyageurs y sont même tâtés sur leur personne, car les femmes faisaient ici la fraude des liqueurs, au moyen de vessies qui remplaçaient la gorge et les fesses. On s’élève déjà contre cette mesure fiscale qu’a ressuscité le nouveau régisseur intéressé de la ferme de l’octroi. Comme c’est un ancien contrebandier, il entend les roueries des fraudeurs et est impitoyable.

1er janvier 1835 L’ingénieur Deschamps
Comme on parle beaucoup de redresser la courbe de la Garonne et de faire un canal latéral à cette rivière, M. Deschamps, inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées, qui voudrait avoir l’une ou l’autre de ces deux entreprises éventuelles, publie un pamphlet intitulé : Recherches et considérations sur les canaux et rivières navigables. Son projet est lourdement écrit et d’une manière peu claire, même pour les gens de l’art. Ce qu’il y a de plus palpable, c’est qu’il faudrait employer 55 millions et 10 ans de travail, seulement pour redresser le cours de la Garonne, d’après notre ingénieur, qui aime beaucoup à faire durer la besogne, quoiqu’il ne la fasse ni belle, ni bonne, témoins le pont de Bordeaux et l’entrepôt de commerce.

Le titre exact de l’ouvrage de Cl. Deschamps est : Recherches et considérations sur les canaux et les rivières en général. Application particulière aux voies fluviales des départements du sud-ouest de la France, et plus spécialement à la jonction des deux mers par la Garonne entre Toulouse et Bordeaux, par C. Deschamps, in-4° de 9 feuilles et demie, plus 4 planches. Paris, chez Carilian-Gœury.

29 janvier 1835 Critique d’un éloge de Victor Louis
M. Marcellin Laclotte, architecte de Bordeaux, vient de publier un éloge de feu M. Louis, celui qui a construit en 1780 le Grand théâtre de cette ville et en l’honneur et gloire duquel on a placé il y a quelques jours, en cérémonie, le buste dans une des salles de ce théâtre. Cet architecte ne se borne pas à louer extraordinairement les talents de son défunt confrère, qu’il place à côté et même au-dessus du célèbre Palladio, il accumule force de bévues historiques pour en faire un martyr de son art. Il ose dire, contre toute vérité, que les ennemis des talents de Louis parvinrent à faire suspendre, sur ordre du gouvernement, la construction du théâtre de Bordeaux, afin que l’architecte fut privé de la récompense qui lui était promise à la fin de son travail, et que les ouvriers avec lesquels il avait pris des engagements le ruinassent en lui demandant des indemnités pour n’avoir pas tenu son engagement envers eux. L’auteur va jusqu’à dire que Louis fut obligé de vendre ses propriétés pour payer les ouvriers qu’il employait et qu’ils réclamèrent à lui ce qui leur restait dû lorsqu’on suspendit les travaux de ce théâtre. Ce fait et les inductions qu’en tire M. Laclotte sont inexacts. Nous avons vérifié dans les papiers de l’hôtel de ville que la construction du théâtre de Bordeaux fut suspendue en 1775 par ordre du ministre des finances parce que le gouvernement laissa ce bâtiment à la charge de la ville, en lui abandonnant les travaux qu’il avait déjà faits à ses frais et qu’elle manquait alors d’argent pour les continuer ; que Louis n’avait pour unique traitement que 6 liards par livre sur les dépenses faites jusqu’à l’achèvement (note de Bernadau : cet édifice, ayant coûté 1 698 639 F, procura une remise de 127 396 F à l’architecte pour ses honoraires qui sont certainement très raisonnables pour cinq ans de travail. Il construisit, dans le même temps, plusieurs maisons pour divers habitants, puis il fut chargé par le duc d’Orléans de la reconstruction du Palais royal. Cependant, on dit généralement que Louis est mort à l’hôpital. Ce ne peut être que par suite de son défaut de conduite. Au demeurant, on ignore comment il a terminé sa carrière et aucun de ses parents ou amis n’a donné de renseignements à ce sujet. L’éloge que publie ici M. Marcellin est vague et dénué de preuves historiques, dans sa partie anecdotique) de l’édifice dont il avait la direction, et que les ouvriers auxquels il était dû, lors de la suspension des travaux, ont été payés par la ville (voyez nos Annales de Bordeaux). Louis ne fut pas ruiné par cette suspension, car il ne possédait alors aucune propriété : elles lui sont advenues depuis 1781, époque où il commença ses grands travaux du Palais royal pour le duc d’Orléans. Ce fut au contraire le théâtre de Bordeaux qui fut l’occasion de la fortune de son architecte, en le faisant connaître dans cette ville où il construisit plusieurs belles maisons, entre autres celle de M. Fonfrède. L’auteur a voulu faire des phrases sur la persécution des artistes en créant les anecdotes que nous venons de réfuter. Au reste, son opusculine n’est qu’une amplification de rhétorique qui n’est ni d’un artiste judicieux, ni d’un amateur éclairé, ni d’un écrivain correct et de bon goût.

9 février 1835 Découvertes archéologiques au palais de l’Ombrière
En démolissant un vieux mur de l’enceinte du palais de Lombrière, à l’entrée de la rue des Argentiers, on trouve : 1- le fragment supérieur d’une statue du Christ en bronze assez régulièrement travaillé que nous possédons et 2- un vieux poids cylindrique qui est en bronze pesant 14 onces; sur une face de ce poids se voit un arceau de porte avec cette légende : I.LB COMUNA D BORDEU, et sur l’autre face, autour d’un croissant placé sur un léopard : AN. DOMINI M CCC XIII. Ces marques annoncent que ce poids date du XIVe siècle, du temps que Bordeaux était sous la domination anglaise. On sait que le palais de Lombrière, dans ces derniers temps le siège du Parlement, du Sénéchal et de l’Amirauté, fut la résidence des anciens ducs d’Aquitaine qui l’avaient fait bâtir en 911.

Cette statue du Christ en bronze que Bernadau dit posséder, on serait bien heureux de savoir ce qu’elle est devenue !

20 février 1835 Statues de Montaigne et Montesquieu
Le conseil municipal de Bordeaux vient d’arrêter qu’il sera élevé dans cette ville une statue à Montaigne et une autre à Montesquieu, au moyen d’une souscription à laquelle tous les Français seront invités à concourir. Il a souscrit au nom de la ville pour une somme de 15 000 F. Ces statues seront au-dessus de grandeur naturelle en marbre de Carrare ainsi que le piédestal, le tout de la composition du jeune statuaire nommé Maggesi, résidant depuis quelques années dans cette ville. On porte le devis de la dépense de ces deux monuments à la somme de 150 000 F. C’est une amende honorable, bien légitime de la part d’une ville, de glorifier enfin des magistrats qu’elle n’a pas su honorer de leur vivant ; c’est même, de sa part, un bel acte que d’élever à la mémoire des hommes illustres qui ont vécu dans ses murs, une statue en leur honneur ; mais nous ne croyons pas que les étrangers aillent s’empresser de donner leur argent pour un monument qui décorera une ville qui ne verront peut-être jamais. Aussi, nous regardons ce projet statuaire comme ne devant jamais être exécuté. On a déjà solennellement tenté d’ériger à Bordeaux une statue à Montesquieu aux frais de la ville (voyez nos annales bordelaises pages 232). Il a fallu que le gouvernement l’ait gratifiée de cette statue en 1822 (note de Bernadau : le sculpteur qu’on charge de la faire n’est connu par aucune production. Il semble que si tous les Français sont admis à payer ce monument, ils doivent désirer qu’il soit exécuté par une célébrité de l’époque. Il est à craindre que la statue ne ressemble, dans son imperfection, à celle que nous a donné le roi et dont la face ne rend pas les traits bien connus de Montesquieu. Nous avons essayé de caractériser les ouvrages de ce grand homme dans les vers suivants pour être mis en bas de son portrait qui n’a pas encore d’inscription : Il montre aux Nations la source de leurs lois / Sous un masque persan, des abus il sait rire / Dans l’orgueil du triomphe, il voit Rome aux abois / Et fait qu’à Gnide, il déguise sa voix / Dans ses moindres écrits le génie respire) pour qu’elle puisse être montrée aux étrangers dans une salle d’audience, au lieu d’être placée sur la place publique. Contentons-nous de ce monument et réservons l’argent qu’on mettrait à un nouveau pour servir à construire par exemple des fontaines qui intéressent plus le peuple que l’Esprit des lois.

Les Tablettes ont déjà évoqué ce projet en 1832, 1833 et 1834.
Dominique Fortuné Maggesi (1801-1892) est né à Carrare, célèbre pour ses carrières de marbre. Il y apprend la taille à l’école de sculpture où il est l’élève de Bartolem. Naturalisé français, il s’installe à Bordeaux dès 1829, dont il devient le statuaire officiel entre 1832 et 1888 après avoir été sollicité pour travailler à la façade de l’église Saint-Seurin. Maggesi y vit jusqu’à sa mort. Il réalise de nombreux bustes en marbre de Carrare, commandés par la bourgeoisie bordelaise. En 1833, il est élu à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, qu’il quittera en 1850 sans avoir effectué de communication. Il est inhumé dans le cimetière de la Chartreuse à Bordeaux.

27 février 1834 : trois pages (322 à 324) sont consacrées à la fraude à l’octroi portant sur les liqueurs et eaux-de-vie.

26 mars 1835 Bateau à vapeur en fer
Le premier bateau à vapeur qui ait été construit en fer à Bordeaux a commencé à être mis en service public le 18 de ce mois à Libourne. Il est destiné à naviguer sur la Dordogne, depuis cette ville jusqu’à Bergerac. Il ne va pas aussi vite que les bateaux de même espèce en bois, mais on espère remédier aux défauts qui ont été reconnus dans sa construction.

Le site http://riviereesperance.canalblog.com/archives/2010/05/26/17577040.html évoque cette première expérience qui n’eut que peu de succès : « On retrouve trace en 1835 d’un bateau à vapeur en fer, entre Libourne et Bergerac. Le 18 mars 1835 a lieu son premier voyage, salué le long du chemin par les acclamations des populations riveraines. Il s’agissait du  » Vulcain », d’une longueur de 27 mètres et 60 centimètres de tirant d’eau. Le  » Vulcain » connût de nombreux échecs, en effet il ne parvenait à remonter que jusqu’à Sainte-Foy-la Grande (33). Il cessa de naviguer en juin 1835″.

29 mars 1835 Le temple des Chartrons
Inauguration d’un nouveau temple que les protestants viennent de faire construire à l’entrée de la rue Notre-Dame aux Chartrons, au même endroit où il en existait un depuis près d’un siècle. Le temple actuel est d’une belle forme, décoré de colonnes et de tribunes, ayant dans l’intérieur un bel orgue et portant un clocher pour servir à appeler aux exercices les fidèles de la communion, ce qui est une nouveauté remarquable.

En 1831, le préfet autorise la construction d’un temple protestant financé par les fidèles et la Ville. Le projet, dessiné par Armand Corcelle, permet à la communauté protestante locale de quitter l’ancienne église des Filles de Notre-Dame en 1835. Le parvis du temple était initialement marqué par un portail de fonte relié par une grille à deux pavillons graciles, aujourd’hui détruits. Il a été inscrit au titre des monuments historiques le 29 octobre 1975.

31 mars 1835 Eau clarifiée
Le conseil municipal de Bordeaux, s’occupant en ce moment des fontaines à construire dans cette ville, tandis que les propriétaires des sources voisines en proposent la cession, les entrepreneurs des Bains des Quinconces viennent d’imaginer d’adapter à ces fontaines l’usage de l’eau clarifiée de la rivière. Personne n’avait encore songé à ce moyen, quoiqu’il fût sous la main de tout le monde. En conséquence, on voit en ce moment devant les bains une petite fontaine exposée aux regards et à la critique du public. L’eau qui l’alimente vient de l’intérieur de ces bains où elle est clarifiée par un procédé que les propriétaires de cet établissement se réservent de faire connaître lorsque le le concours sera ouvert pour la fourniture des eaux de nos fontaines publiques. Nous avons goûté cette eau filtrée ou bien clarifiée (car on ignore sa nature). Elle est très limpide et sans aucune saveur. Reste à savoir si elle sera plus coûteuse à préparer et à distribuer que celle des sources voisines de cette ville. Quant à la qualité de cette eau, elle doit l’emporter sur toutes les autres, parce que l’eau de rivière n’a point d’égal pour la légèreté et la salubrité, suivant des chimistes qui ne sont pas bordelais.

Bernadau semble oublier qu’il a évoqué dans ses Tablettes, le 8 décembre 1806, l’invention, par un certain Alexandre, d’un filtre permettant d’obtenir de l’eau de la Garonne « clarifiée ».

8 avril 1835 Francs-maçons
La loge anglaise s’est installée hier dans une des salles des Bains des Quinconces. Les francs-maçons ont cherché à donner à leur déménagement une certaine célébrité en publiant cette importante nouvelle dans nos journaux. Les sociétés de ce genre sont en ce moment en discrédit, parce qu’elles sont dégénérées de leurs institutions primitives et qu’elles ne songent plus, comme avant la révolution, à mettre du discernement dans leur composition et dans leurs réunions journalières. Les loges maçonniques sont maintenant transformées en tripots de jeux, où les frères se réunissent tous les jours, non pour causer de leur mythologie, mais pour déranger la fortune de leurs frères par toutes sortes de jeux ruineux.

Bernadau était-il franc-maçon, ou plutôt, à lire cette note, a-t-il été franc- maçon ? (voir Bernadau, le Grincheux de Bordeaux, page 116).

11 avril 1835 Charles-Henri Guilhe
M. Guilhe, instituteur des sourds-muets de Bordeaux, fait hommage au conseil municipal de cette ville de l’Histoire de Bordeaux, depuis les Celtes jusqu’en 1789, qu’il se propose de publier incessamment. Ce titre est une pure charlatanerie. Il n’existe, de témoignage historique sur l’origine de Bordeaux, que le passage de Strabon, lequel l’écrivait du temps d’Auguste, et qui dit que cette ville a été fondée par les Bituriges Vivisques dans un marais de l’Aquitaine où ce peuple est venu s’établir (il n’en indique pas l’époque) et vivre comme étrangers dans un port de commerce nommé Burdigala. Ainsi, l’origine attique indiquée par M. Guilhe est romanesque. Nous croyons qu’il en est également de son futur livre qu’il n’achèvera pas, supposé qu’il soit commencé, et que surtout il ne se vendra jamais à Bordeaux, où l’on se soucie peu d’apprendre ce qui a pu s’y passer anciennement. Il a été publié, au milieu du dernier siècle, deux Histoires de Bordeaux qui n’ont pas fait fortune. Cette ville a aussi sa chronique. Nous en avons publié, il y a 30 ans, une continuation qu’on n’a guère plus recherchée que l’ouvrage dont elle donne la suite. Une nouvelle histoire, survenant au milieu de ces quatre histoires, ne trouvera pas d’acheteurs comme l’auteur paraît l’espérer, car il offre son livre avant qu’il soit fait au conseil municipal, comptant que les membres le prendront et le feront prendre à leurs amis. C’est la première fois qu’on a dédié un ouvrage à un corps qui ne s’occupe pas de littérature. Comme nous ne pouvons pas faire connaître ce qu’il en est de ce projet, nous dirons quelques mots de celui qui le propose. M. Guilhe est un ancien fonctionnaire qui professait la philosophie au collège de Bordeaux. Il s’est d’abord créé professeur de théorie commerciale dans cette ville, puis s’est fait nommer instituteur en chef de l’école des sourds-muets. Il lit à l’académie des dissertations historiques et des vers brodés de sa façon. Il passe pour un génie universel chez les négociants où il va dîner. Les gens censés ne lui contestent ni beaucoup d’esprit, ni beaucoup de souplesse de caractère, mais ils croient qu’une histoire de Bordeaux est une entreprise au-dessus de ses forces, n’ayant ni assez d’acquis, ni assez d’habitude d’écrire pour rendre un pareil livre supportable et instructif.

L’ouvrage auquel Bernadau fait référence est : Annales de Bordeaux, contenant la continuation des chroniques bordelaises, d’après les registres de la Jurade, depuis 1700 jusqu’à 1789. Bordeaux, 1803.
Charles-Henri Guilhe (1756-1842) fut professeur de grammaire générale et de philosophie à l’école centrale de la Gironde, professeur de théorie commerciale à la « Bourse », directeur honorifique de l’école des sourds- muets, membre de la Société linnéenne, membre honorifique de l’Académie de Bordeaux , inspecteur général honorifique de l’Université. Guilhe a publié un grand nombre de mémoires et de pièces diverses dans le Bulletin de la Société philomathique, dans L’Ami des Champs, sous le pseudonyme de Le Campagnard, et, de 1835 à 1838, des études sur l’histoire de Bordeaux, du Lauraguais et de Carcassonne. Le 10 avril 1836, le Conseil municipal de Bordeaux prit à l’unanimité une délibération par laquelle il se chargea des frais de l’impression des Etudes sur l’histoire de Bordeaux, de l’Aquitaine et de la Guyenne, 1835. On retrouvera Charles Guilhhe en 1842, pour une notice nécrologique « à la Bernadau ».

14 avril 1835 François-Joseph Rabanis
On s’était plaint jusqu’à présent de la disette des historiens de Bordeaux. En voilà deux qui viennent de s’annoncer dans la même semaine. Trois jours après que M. Guilhe a présenté son Histoire dont nous parlons à la page suivante, un professeur d’histoire au collège de cette ville, ayant nom Rabanis, annonce dans les journaux qu’il vient de mettre sous presse le prospectus d’une Histoire de Bordeaux qu’il se propose de publier en deux volumes avec gravures et fac-similés de l’écriture de Montaigne et de Montesquieu. Nous verrons si cette concurrence sera utile à la perfection des ouvrages annoncés. En attendant, nous persistons à soutenir que nos futurs historiens seront mal récompensés de leurs recherches par les bordelais, en supposant qu’elles soient jamais publiées, ce dont nous doutons.

François-Joseph Rabanis (1801-1860), professeur à l’Université de Bordeaux de 1840 à 1852, publia en effet en 1835 son Histoire de Bordeaux en 2 tomes, chez Laplace, 5, allées de Tourny.

29 avril 1835 Journal de médecine pratique
Notre Société de médecine vient d’informer le public des travaux de ses membres dans un recueil qui sera publié chaque mois sous le titre de Journal de médecine pratique. Le Dr de Saint-Cricq est à la tête de cette entreprise périodique qui ne le mènera ni à la gloire, ni à la fortune. Ce médecin est un de nos encyclopédistes bordelais, car il fait des dissertations littéraires à l’académie des sciences de cette ville et envoie des articles historiques à nos divers journaux. Il a rédigé pendant longtemps celui de l’Indicateur puis le défunt Musée d’Aquitaine.

Sur le docteur de Saint-Cricq, voir 28 août 1834

1er mai 1835 Analyse politique
Le mauvais temps de la journée n’a permis d’exécuter aujourd’hui qu’à moitié la fête du roi. Les autorités constituées se sont réunies à Saint-André pour assister à la messe célébrée par l’archevêque. On a ensuite commencé à passer la revue de la troupe de lignes et de la garde nationale au jardin public. Ce dernier corps y était en très petit nombre, attendu le très petit zèle dont il fait preuve et parce que la pluie avait occasionné beaucoup de boue que redoutent singulièrement nos gardes nationaux, de peur de salir leurs souliers cirés. Le feu d’artifice préparé sur la promenade des Quinconces n’a pu être tiré, vu la grande pluie de l’après-midi. L’état-major de la garde nationale avait proposé une souscription pour un dîner au rabais de 30 sous et pour lequel il offrait de fournir le vin et les liqueurs ; et personne n’a voulu du banquet. Les bordelais se sont faits carlistes ou républicains, parce qu’ils disent que le gouvernement de juillet n’a pas tenu la parole qu’il avait donnée de réduire les impôts à la moitié de leurs taux antérieurs, et d’admettre tout le monde à voter dans les assemblées primaires et aux diverses fonctions publiques. Les pauvres gens délirent à qui mieux mieux sur des utopies administratives, qu’ils seraient bien fâchés de voir mettre en pratique, car ils n’aiment point l’égalité des rangs et les places gratuites qu’une république admettrait. Ils ne devaient pas ignorer que Charles X a été déchu parce qu’il avait attenté à la Charte par ses ordonnances du 25 juillet et qui tendaient à rétablir les abus et les privilèges de l’ancien régime. Ils se plaignent d’être mal gouvernés et mal administrés. Mais pourquoi ne nomment-ils pas des députés et des administrateurs plus éclairés et moins égoïstes que ceux qu’ils se sont donnés ? Le gouvernement nous paraît être ce qui convient à la France, mais ses habitants ne sont pas ce qu’ils devraient être, c’est-à-dire des hommes que l’expérience des révolutions de toutes couleurs devrait avoir guéris de la manie de vouloir en essayer de nouvelles.

6 mai 1835 Parution de l’Histoire de Bordeaux de Rabanis
Des deux histoires de Bordeaux dont nous avons annoncé le projet, pages 332 et 333 de ce volume, la seconde en date présente, la première, son prospectus au public. On y apprend que cette histoire vaudra mieux que celle de Dom Devienne, ce qui ne serait pas difficile à croire et à faire, et qu’elle est due à la plume habile d’un homme distingué par l’éclat de son style, la profondeur et la variété de ses connaissances, ce qui n’est pas trop modeste, même dans un prospectus. Celui-ci est écrit sur un ton tout à la fois leste et avantageux, qui annonce un jeune adepte de la coterie des progressifs. Il se nomme Rabanis, professeur d’histoire au collège de cette ville. Il ne nous veut pas faire longtemps attendre son travail, car il annonce qu’il le publiera par livraisons de 5 feuilles in-8° tous les mois, à commencer du 15 juin prochain. On souscrit pour chaque livraison qui coûtera 1,75 F et pour l’ouvrage entier pour 16 F. Il sera accompagné de 14 à 16 gravures représentant des cartes, vues, portraits et fac-similés, et formera deux volumes grand in-8°. Puisque cette publication est sur le point de paraître, nous nous abstiendrons d’émettre aucune conjecture à son égard.

20 mai 1835 La Ferme expérimentale du duc de Bordeaux
On vient de mettre en vente la ferme expérimentale de la Gironde qui avait été fondée par souscription au nom du duc de Bordeaux dans les landes de Pessac et de Mérignac. Ce domaine avait coûté 100 000 F d’achat, non compris à peu près pareille somme pour les bâtiments qu’on y avait construits. Maintenant, il est estimé 48 000 F, quoiqu’on l’ait divisé en quatre lots pour le vendre avec plus d’avantages. Cet établissement est formé depuis une dizaine d’années et n’a profité qu’à ceux qui le dirigeaient dans le prétendu intérêt de l’amélioration de l’agriculture du pays. Tel est le sort des institutions faites par esprit de parti et sans autre raison que la mode. La ferme expérimentale fut achetée pour donner un domaine au duc de Bordeaux et y faire, en son honneur et gloire, des expériences agronomiques. Elle n’a servi qu’à faire parade de royalisme à ceux qui briguèrent l’honneur de souscrire pour son achat. Il est curieux de lire les noms des souscripteurs qui se donnaient alors pour zélés royalistes et qui maintenant font les grands libéraux, tels que MM. Beauvallon, procureur du roi, Brun, maire de Bordeaux Lopes-Dubec, municipal, etc. etc.

Le « Moulin de Noès » est le dernier témoin d’une « ferme expérimentale  » créée au XVIIIe siècle à l’ouest de Bordeaux, à cheval sur les « paroisses » de Pessac et de Mérignac. Les objectifs étaient la mise en valeur de terres inexploitées (friches, landes, marais) ou trop uniquement dédiées à la monoculture (vignes), dans le but d’accroître les cultures céréalières et la production de farine ; l’expérimentation et le développement de nouvelles cultures ou de nouveaux modes ou instruments d’agriculture ; la formation de nouvelles générations de jeunes agriculteurs à des outils et méthodes de travail plus efficaces.
La ferme se développa avec succès jusqu’à la Révolution où ses productions déclinèrent rapidement ; la dissolution par la Convention en 1793 des sociétés savantes, y compris les Sociétés d’agricultures qui soutenaient ce genre de projet, donna le coup de grâce à la ferme qui cessa brutalement toute activité organisée pendant trente ans. L’ensemble du domaine fut vendu à une nouvelle société qui prit le nom de « Ferme expérimentale du duc de Bordeaux pour le département de la Gironde » en témoignage de l’intérêt qu’il porte à la ville de Bordeaux.
Le domaine de la ferme s’étend sur 266 ha avec ses bâtiments ruraux, viviers et moulins mais, hormis une vingtaine d’hectares de vignes et autant de pins, il est couvert de bois, taillis et friches autrefois en culture. La première année est difficile en raison de retards dans les travaux et les achats indispensables. Les premières productions n’apparaissent qu’en 1825 mais ne permettent pas le financement durable de la ferme et dès 1828 on décide la dissolution de la Société et la mise en vente du domaine fractionné en différents lots.
(Voir sur ce sujet l’article très intéressant de Philippe de Ladebat, duquel sont tirés les éléments de cette note : http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article847)

2 juin 1835 Débordement de la Garonne
Durant cette nuit et la journée, les caractères de l’inondation opérée par la crue des eaux de la Garonne se sont manifestés dans ce port. Au point du jour, une Galiotte hollandaise, sur le point de partir et qui était mouillée devant la Douane, ayant dérapé a été échouer sur les sables des Queyries où elle s’est perdue. Cinq navires ont également eu leurs câbles cassés et ont été heurter d’autres navires de la rade, ce qui a occasionné beaucoup d’avaries. La rivière est extrêmement enflée et rapide et ses courants charrient des débris de bois de toutes espèces. On y remarque flotter une grande quantité de citrons et d’oranges, ce qui fait présumer que des couraux qui en étaient chargés ont péri sur la Garonne. Elle fait les plus grands ravages dans son cours qui est débordé considérablement sur les deux rives. Ses flots ont monté jusqu’aux halles de Cadillac et de Podensac et toutes les plaines riveraines sont ruinées par les eaux qui en ont détruit les récoltes. On n’a que des notions vagues sur les désastres occasionnés par cette inondation (note de Bernadau : les eaux ont été à deux pieds au-dessus de l’inondation du 24 mai 1827 et à un pied et demi au-dessous de celle du 8 avril 1770 qui sont les deux plus forts débordements que nous ayons vus), attendu que depuis deux jours il n’est descendu aucun bateau du Haut pays. Le courrier de Toulouse est en retard depuis quatre jours. Celui de Bayonne est arrivé à travers beaucoup de dangers et l’on ne passe l’Adour devant cette ville qu’avec les plus grandes précautions. Cette rivière, ainsi que la Nive, éprouvent les effets de la fonte des neiges qui est la cause du débordement que nous ressentons. Il paraît moins fort sur la fin du jour et la diminution de sa violence fait espérer que nous pourrons avoir demain des détails sur la cause et les effets de cette inondation. Elle s’annonce comme l’une des plus terribles qu’on ait éprouvé dans ce pays, depuis le commencement du siècle. Les atterrissements faits devant Bordeaux pour en agrandir le port et encaisser la rivière plus loin qu’elle ne coulait auparavant ont préservé cette ville de la submersion.

11 juin 1835 Rupture du pont sur la Dordogne
Le pont suspendu sur la Dordogne, devant Brannes, s’est rompu lorsqu’on l’a chargé pour constater sa solidité avant de le livrer au public. Il est reconnu que ceux qui l’avaient entrepris avaient employé des matériaux de mauvaise qualité pour sa construction.

19 juin 1835 Uranorama de Charles Rouy
Un mécanicien étranger nommé Rouy, qui passait, disait-il, dans cette ville par occasion, y fait voir une machine assez ingénieuse qu’il appelle Uranorama à l’aide de laquelle il explique tout le système planétaire. Ce spectacle a été peu couru, d’abord parce que les bordelais ne sont pas élémentés dans aucune espèce de sciences et ensuite parce qu’ils trouvent qu’une démonstration sérieuse est trop payée de trois francs d’entrée. Ils les donnent cependant volontiers pour des exercices d’équitation ou d’escamotage.

Charles Rouy est l’auteur de : Uranorama familier : offrant aux yeux et à l’esprit tout ce que l’astronomie physique et géographique renferme de plus curieux (1812). L’Uranorama est un globe mobile montrant les astres et leurs mouvements.

21 juin 1835 Le magnétisme animal de M. de Brivazac
Nous avons ici un M. de Brivazac (note de Bernadau : c’est un chevalier d’industrie bordelais que Bonaparte avait créé commissaire-général de police au catalogue en 1807 et qui fut l’espion du duc Decazes à Londres pendant le ministère de ce dernier. Il est d’une loquacité et d’une effronterie imperturbable. Il parviendra) qui ressuscite la folie du magnétisme animal dont on se moqua en 1783 et qui vient d’établir un baquet pour ses expériences à Caudéran. On n’en parle pas encore beaucoup, mais cela peut venir avec le temps parce que c’est le siècle des charlataneries les plus absurdes. Celle-ci eut une certaine vogue à Bordeaux au moyen d’une loge d’harmonie qu’y avait fondé en 1783 le père Hervier, habile prédicateur et qui fut continuée par M. de Puységur, père de celui qui s’est mis à la tête de nos royalistes en 1815 et qui commandait les brassards bordelais lors de leur fuite devant le général Clauzel le 1er avril.

Louis C. Hubert de Brivazac, dit le comte de Beaumont-Brivazac, est né en 1780. Nommé en 1808 commissaire général de police en Basse-Catalogne, puis à Barcelone, il montra un grand zèle dans l’exercice de ses fonctions. Il fut ensuite commissaire de police à Gênes à partir du 1er avril 1813. Chargé d’une mission à Aix-les-Bains pour la surveillance de l’impératrice Marie-Louise, il fut nommé par décret du 6 août 1816 et sur présentation de Decazes inspecteur général au Ministère de la police, au moment où il était en mission extraordinaire à Londres, comme agent secret de Louis XVIII.
Il s’est de tout temps adonné aux sciences occultes et plus particulièrement au magnétisme. On le retrouve magnétiseur à Bordeaux en 1840, à Pont-de-Beauvoisin en 1845, à Fontainebleau et à Bourg en 1849, où il donna des cours publics et publie des brochures sur son art : Éléments de l’électro-magnétisme animal.

28 juin 1835 Suicide du peintre Gros (voir 20 août 1820)
Le célèbre peintre Gros vient de mettre fin à sa vie en se jetant une de ces dernières soirées dans la Seine. C’est lui qui a fait le tableau représentant l’embarquement précipité de la duchesse d’Angoulême à Pauillac le 2 avril 1815, dont le gouvernement a fait don à Bordeaux en 1820.

28 juin 1835 Vieilles légendes bordelaises
Nous consignerons ici comme anecdote locale les couplets suivants, chantés dans une fête de famille qui a eu lieu l’avant-veille de la Saint Pierre et à son occasion. Ils rappellent assez plaisamment d’anciennes croyances populaires qui se sont conservées jusqu’à ce jour, malgré leur absurdité.

….
Tout en célébrant ce grand saint,
N’oublions pas aussi un Confrère,
Martial, que le 30 juin
Le peuple de Bordeaux révère
Quand nos campagnes manquaient d’eau
On trempait en cérémonie,
Sa sainte crosse (A) à Figueyreau
Pour qu’elle fit venir la pluie.

On dit qu’un ogre (B), cantonné
Dans la vieille tour de Gassie (C)
Exigeait à chaque dîne
Pour dévorer, fille jolie.
Au lieu d’apporter ce tribut
A Martial on fit prière
Et l’ogre soudain disparut
Par la vertu du reliquaire

O toi, filleul de Martial (D)
Dont nous chantons aussi la fête
Promets que d’un ton amical
Chacun de nous te la souhaite.
Quand deux saints on veut célébrer
Il convient de pouvoir à plein verre
Comme si l’on faisait trinquer
Saint-Martial avec Saint-Pierre

Notes de Bernadau :
(A) Ce fragment du bâton pastoral du prétendu apôtre de l’Aquitaine est vénéré à Bordeaux sous le nom de verge de Saint-Martial. L’église de Saint Seurin le conserve de temps immémorial. On dit qu’elle l’emprunta au chapitre de Limoges pour chasser un diable qui s’était réfugié à Bordeaux dans une vieille tour de sa muraille et qui, de là, menaçait de souffler la peste sur cette ville, si les habitants ne lui donnaient chaque dimanche une fille qu’il dévorait dans la semaine. L’une des captives parvint à adoucir le monstre et, ayant appris de lui qu’il ne pourrait tenir devant le reliquat de Saint-Martial, elle informa de ce fait les habitants après l’avoir écrit sur une ardoise de sa prison qu’elle jeta adroitement de sa fenêtre. Ce reliquaire avait aussi la vertu de faire venir la pluie, si on le portait processionnellement à la fontaine de Figueyreau et qu’on le plongea dans le bassin en récitant certaines prières dont les chanoines de Saint Seurin avaient la formule. Ces processions de la verge de Saint-Martial sont indiquées dans les Chroniques bordelaises, et la dernière a eu lieu le 17 mai 1716.
(B) Certains prétendent que c’était un dragon volant.
(C) La tour de Gassie faisait partie de l’ancien palais de Lombrière et a été achevé de démolir en 1806.
(D) Un des convives se prénommait Martial, trois des autres s’appelaient Pierre, ce dont il est important d’avertir le lecteur ainsi que la postérité : il faut de l’exactitude, même en fait de chansons de table.

Le 29 juin 1834, Bernadau avait déjà transcrit ces couplets « pour la postérité ». Il fait référence dans ses notes à plusieurs légendes bordelaises, qu’il serait trop long de détailler (voir M. Colle, Contes et Légendes du vieux Bordeaux, Pimientos, 2014).

15 juillet 1835 Les trois Bazars bordelais
Ouverture au public d’un nouveau local pour les marchands de nouveautés sous le nom de Bazar bordelais. Il est bâti sur l’emplacement de l’ancien hôtel Saige, rue Sainte Catherine, en face de celle de Guiraude. On y compte 30 magasins séparés qui ont été loués ensemble 50 000 F à un spéculateur qui les sous-louera à perte, ou pour profit. Nous croyons que sa spéculation ne sera pas lucrative. Il y a déjà trop de magasins dans cette rue et l’on a remarqué que c’est celle de Bordeaux où il habite le plus de marchands en faillite. Le Bazar bordelais est bâti d’un bon genre. On voit sur la porte d’entrée les statues du commerce et de la marine sculptées d’une grande proportion mais en plâtre ; c’est l’emblème de la fragilité de cet établissement. Ainsi Bordeaux compte trois Bazars, celui de la Rigaudière, celui de la Galerie bordelaise et le Bazar bordelais dont il est ici question.

20 juillet 1835 Critique de l’ouvrage de Rabanis
Le nouvel historien de Bordeaux publie une nouvelle livraison de son livre : elle contient deux feuilles d’impression (note de Bernadau : s’il faut à l’auteur un mois pour publier trois feuilles de son livre, il ne sera fini que dans deux ans, supposé qu’il se termine un jour, ce dont nous doutons beaucoup à en juger par le peu d’empressement du public liseur et par l’ignorance que l’auteur lui-même montre pour l’histoire de Bordeaux). On y trouve la fin de l’introduction à notre Histoire et 12 pages du commencement de cette histoire. Le premier travail termine son hors-d’œuvre préliminaire, qui tend à démontrer, ainsi que nous l’avons précédemment dit, cette vérité triviale que le royaume de France est formé de divers petits états que la force, l’astuce ou le besoin lui ont successivement donnés et dont nos rois ont fait leur patrimoine, en y introduisant un nouvel esprit national et cherchant à y anéantir l’ancien. Cependant, cet ancien esprit territorial se conserve toujours, suivant l’auteur, et c’est dans la recherche de ses traces et de ses effets, dans ces petits états, qu’il prétend trouver l’explication des événements qui s’y sont passés et qu’il présentera sous un nouveau jour. Il prend de là occasion d’improuver la marche des anciens historiens qui, suivant lui, ont mal compris leurs devoirs, d’où il suit nécessairement qu’il va les surpasser en tout et partout. Il n’est pas de localité, ajoute-t-il, sur laquelle les divers ordres de faits dont l’exposition a été négligée jusqu’à ce jour, puisse être étudiés d’une manière aussi complète que la ville de Bordeaux, parce qu’il n’en est aucune qui offre, à toutes les époques, une personnalité plus distincte, plus reconnaissable, plus fidèle à elle-même. L’intelligence prématurée du mécanisme social, l’esprit des affaires, l’instinct politique, l’indépendance de caractère, ce sont les attributs propres de sa population qui devance toujours ses contemporains et se fait représenter aux époques caractéristiques de l’histoire moderne par des noms d’une haute puissance intellectuelle. Ainsi Montaigne, l’homme du libre arbitre, la protestation vivante de l’individualisme éclairé, paraîtra au milieu de l’intolérance des guerres religieuses ; Montesquieu écrira l’histoire comparée du droit et posera les principes du développement libre et rationnel des empires au moment où la royauté arrive au point culminant de sa puissance absolue.
Après 39 pages de ces emphatiques et inutiles préliminaires, l’auteur arrive à l’histoire de Bordeaux et, démentant tous les historiens, assure que les aquitains fondateurs de cette ville appartenaient à la race ibère, famille de Gaëls (gaulois) qui s’est dispersée comme ces dernières sur toute la surface de l’Europe. Cette assertion, tout étrange qu’elle soit, n’est appuyée d’aucun témoignage historique. Notre auteur se borne à écrire en note : « Il ne faut pas douter que le nom d’Aquitaine ne vienne de la racine Ausk ou Eusk et du mot Euskualdum, prononcé et orthographié à la façon romaine. Tout ce que va dire notre historien sera sans doute aussi puissamment raisonné, et non moins simplement écrit.

17 août 1835 La manie des chiens Bull dogs
Ordonnance qui prescrit à tous ceux qui ont des chiens Bull dog de les tenir muselés, sous peine d’être poursuivis comme laissant vaguer des animaux malfaisants. C’est maintenant une manie des bordelais de se promener, suivis de pareils chiens qui sont d’espèce hargneuse et qui courent sur tous les autres chiens pour les étrangler, ce qui occasionne souvent des disputes sérieuses entre les maîtres des chiens, battus et battants. Cela semble les déterminer à se procurer de ces chiens Bull dogs, qui ne sont cependant bons, ni pour la chasse, ni pour la garde des maisons, et qui sont d’ailleurs fort laids et peu caressants. Cette manie est ridicule, comme beaucoup d’autres que nos chers concitoyens ont adoptées et qui ne font honneur ni à leur raison ni à leur bon goût.

Difficile de savoir, d’après cette note, si Bernadau parle bien du Bull dog anglais, ou bien du Dogue de Bordeaux …

20 septembre 1835 Référence à Jasmin
Notre académie royale des Belles-lettres, Sciences et Arts a tenu hier sa séance publique annuelle. Il y avait beaucoup de monde et peu de bonnes choses. Le président qui est un architecte (note de Bernadau : M. Durand qui a fait la ridicule fontaine de la place Royale, qui a manqué le bâtiment trop vaste de l’abattoir en en plaçant le sol au-dessous du niveau des terrains voisins, et qui a construit la petite et obscure boutique du bazar bordelais) fait un discours sur la nécessité de conserver les monuments du Moyen Âge. On apprend par le secrétaire que les académiciens ont produit d’excellents écrits dans les assemblées particulières. Pourquoi ne les ont-ils pas réservés pour cette séance publique ? Puis on a distribué des médailles d’encouragement à des agronomes et à des artistes du pays qui ont fait aussi d’excellents travaux que personne ne connaît. Il n’y a eu qu’un prix de distribué : c’est celui de poésie. Il a été adjugé à une ballade intitulée : Le Gentil Page par M. Casalis de Bordeaux. On a été heureux d’entendre couronner un ouvrage dans un genre parfaitement oublié depuis Boileau, et qui même était très faible. C’est payer trop cher une vingtaine de strophes romantiques. L’académie a donné pour petite pièce l’Abuglo de Castel-Cuilher, conte en patois agenais, par le perruquier Jasmin que nous avons fait connaître ailleurs comme voulant ressusciter le génie facile et jovial de Goudelin, de gasconne mémoire.

Nous n’avons pas d’informations sur le poète Casalis.
Jacques Boé, dit Jasmin (1798-1864), était un coiffeur et un poète occitan. Il composait des chansons et de petits poèmes qu’il récitait à ses clients. Encouragé à persévérer par des amis puis par des critiques, il écrivit des œuvres plus importantes, utilisant l’occitan auquel il donna une impulsion nouvelle. En 1836, la récitation à Bordeaux de L’abuglo de Castèl-Cuilhèr lui assure une renommée nationale.

25 septembre 1835 Gassiot plagiaire et retour sur Pallandre
Il paraît depuis quelques jours une nouveauté locale intitulée : Résumé de l’Histoire de Bordeaux, suivi d’un itinéraire dans cette ville, petit in-18 en gros caractères et de 245 pages, y compris la préface, la table et les feuilles blanches des fins d’article. M. Gassiot aîné, libraire, se dit l’auteur de cette opusculine qu’il a composé aux deux tiers avec mes Annales et mon Tableau de Bordeaux, et le restant avec les Histoires de cette ville par Lacolonie et Don Devienne. Le plagiat n’est pas une médisance, car celui qui l’a commis s’en vante effrontément. Le peu qu’il y a mis de son cru est plein de bévues et d’inexactitudes les plus palpables. Le résumé est, comme on pense, un abrégé de notre Histoire, qui est vague et inexact jusqu’à l’époque de 1789 où j’ai fini mon récit ; le restant n’apprend rien, ou est défiguré par des fautes sans nombre. Ce qui est donné comme un itinéraire est une indication des établissements publics qu’on trouve dans divers quartiers de la ville où l’éditeur promène les curieux sans leur apprendre aucune particularité historique sur les édifices qu’il leurs montre, en courant dans les rues. Leur indicateur contient 62 pages de ce livre : les objets y sont aussi succinctement décrits que les événements arrivés à Bordeaux, il y a partout force bévues, omissions et ignorances. Ces dernières sont bien grossières : par exemple on y dit à deux reprises que la Bastide est une petite ville située en face de Bordeaux ; que la place Dauphine est de forme circulaire ; que les écoles publiques des ignorantains furent fondées en 1735 par les soins de l’archevêque de Bezons, tandis que leur établissement dans Bordeaux est de 1758 et que l’archevêque de Bezons était mort depuis 1725 ; que M. Duranteau père était doyen des avocats en 1771, tandis que les almanachs font foi que c’était M. Saint Martin, etc. etc. Nous aurions trop à faire de dresser l’errata de notre libraire qui s’est fait auteur à la manière de son confrère Pallandre, lequel publia en 1785 une Description de Bordeaux dont il avait pris mot à mot les articles dans l’Histoire de cette ville et dans mon Almanach, moins quelques âneries qu’il y avait mises, comme M. Gassiot aîné.

On avait déjà rencontré les libraires Pallandre à plusieurs reprises entre 1788 et 1791. Il existe aux Archives municipales une lettre de dénonciation du libraire Pallandre, signée Bernadau … (voir cette affaire dans M. Colle, Bernadau le Grincheux de Bordeaux, Les Dossiers d’Aquitaine, 2016).
Quant au libraire Gassiot, voici ce que Bernadau écrit dans son Histoire de Bordeaux de 1839 : « Gassiot, libraire de cette ville, a imprimé peu avant sa mort une Revue de l’histoire de Bordeaux, suivie d’un Itinéraire dans cette ville, 1835. Ce petit livre est fait d’après d’autres plus étendus, dont l’abréviateur s’est approprié les recherches. »

30 septembre 1835 Nécrologie de Lynch
Il est mort il y a quelques jours à Paris le pair de France Lynch, celui qui, en maire nommé par l’empereur en 1810, avait ouvert les portes de Bordeaux aux Anglais quatre ans après et qui, s’étant échappé de cette ville avec la duchesse d’Angoulême en 1815 après avoir invité les bordelais à périr avec lui pour la défendre contre Bonaparte et avoir été comblé de faveur de Louis XVIII et de Charles X, avait prêté serment de fidélité au roi des Français en 1830. Le défunt mérite une place dans le dictionnaire des girouettes révolutionnaires qui forme déjà un gros volume.

Lynch a été évoqué à de nombreuses reprise dans les Tablettes, en particulier en 1814.

Le 7 octobre 1835 Analyse des eaux de Bordeaux à Paris
On apprend par les journaux de Paris que la Mairie de Bordeaux a envoyé à l’Institut national un échantillon des diverses eaux des sources proposées pour les fontaines de cette ville, afin qu’il en fasse l’analyse. Sans doute que notre académie n’a pas paru capable de ce travail. Cette révélation est un bel affront pour les savants bordelais dont l’administration semble douter de leur lumière.

7 octobre 1835 Homéopathie
Le docteur Hahnemann, inventeur d’un système médical qu’on appelle l’homéopathie vient d’établir ses tréteaux à Paris espérant y faire fortune plus prompte que dans son pays. Quoi qu’il administre les remèdes toujours en petites quantités, il se fait largement payer de ses visites. Les parisiens, après l’avoir fêté par caprice, pourraient ne pas tarder à se moquer de lui, comme il en advint, en 1785, au Dr Messmer qui avait inventé ce qu’on appelait le magnétisme animal, qui ne fut qu’un air à la mode.

30 octobre 1835 Bateau à vapeur à hélices (?)
Il paraît dans le port un bateau à vapeur venant de Marmande où il a été construit ayant une forme nouvelle. Sa coque est toute entière de fer battu et les ailes qui le font mouvoir sont placé sous la quille, contre l’usage des bateaux à vapeur existants, qui les ont sur les deux côtés et en dehors. Il navigue aussi vite que les autres. Nous n’avons pu nous procurer d’autres détails sur cette nouvelle invention que l’on vante un peu trop.

3 novembre 1835 Histoire de Bordeaux de Guilhe (voir 11 avril 1835)
Etudes sur l’Histoire de Bordeaux, de l’Aquitaine et de la Guienne depuis les Celtes jusqu’à la première révolution française, formant une histoire complète, par Henri Charles Guilhe, chevalier de la Légion d’honneur, membre de l’académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, ancien professeur de philosophie au collège de Guienne, professeur de grammaire générale à l’école centrale de la Gironde, professeur de théorie commerciale à la Bourse et instituteur en chef à l’institut royal des sourds-muets, Bordeaux, imprimerie de Lavigne jeune, 1835, un volume in- 8 de 346 pages. Tel est, sans etc., le frontispice du livre dont nous allons faire l’analyse, autant que le décousu des matières qui le composent l’a permis à notre impartialité. Le livre est précédé de 7 feuillets presque blancs contenant : 1 – une dédicace de l’auteur à la ville de Bordeaux ; 2 – une délibération du conseil municipal qui consent à faire les avances de l’impression du livre ; 3 – préface où l’auteur dit que, quoiqu’il y ait beaucoup d’Histoires, toutes manquant d’étendue et d’ensemble, il a senti le besoin de faire autrement. Il passe en revue les historiens, parmi lesquels il me cite honorablement parce qu’il a beaucoup pillé mes recherches ; 4 – un feuillet intitulé corrections où il relève huit fautes typographiques, sans indiquer la ligne où il faut les faire, puis annonce savamment qu’il écrit sépulchre avec un H parce que ce mot vient de sépulchrum. À la fin du livre, on trouve une lithographie représentant l’ancien plan de Bordeaux levé par Vinet, en 1565 et très mal copié par un dessinateur bordelais. Celui-ci est, on ne sait pourquoi, timbré du sceau de la Mairie. L’ouvrage est divisé en quatre livres. Le premier est destiné à faire connaître l’histoire de Bordeaux jusqu’à l’irruption des barbares ; le second continue jusqu’à Charles VII ; le troisième fini avec notre première révolution. Quant au quatrième, l’auteur, ne sachant quel titre lui donner, annonce qu’il renferme diverses Mémoires additionnels, c’est son expression. Ces livres se sous-divisent en chapitres et en paragraphes, sans plan comme sans conséquences. Il y a tant de divagations et si peu de faits dans tout cela que nous nous trouverons dans un grand embarras pour pouvoir en donner l’analyse …

22 décembre 1835 Notice nécrologique élogieuse de Lainé
L’ex ministre Lainé, actuellement pair de France, est mort à Paris le 17 de ce mois, âgé de 68 ans. Les journaux de Bordeaux n’ont publié aucun article nécrologique sur cet homme dont on parla autrefois beaucoup dans cette ville, où il a tenu un rang honorable par ses talents et son élévation progressive. Fils d’un ancien capitaine de navire de ce port, il se fit d’abord connaître comme avocat distingué par son savoir et par son éloquence. Lancé dans la politique sous l’Empire, il fut nommé au corps législatif en 1809. Il y siégea jusqu’à la dissolution qu’en fit Bonaparte le 28 décembre 1813 à la suite d’un rapport que fit le même M. Lainé, au nom d’une commission de ce corps, pour l’inviter à négocier la paix avec les puissances étrangères qui se coalisaient contre la France. Il était à Bordeaux lorsque le duc d’Angoulême y vint le 12 mars 1814. Alors, il fut intime de ce prince. Il était président du corps législatif lorsque Bonaparte voulut se ressaisir de la France en 1815. Après les Cent-Jours, le roi, qui faisait grand cas des lumières et de la prudence de M. Lainé, le fit ministre de l’intérieur. Il fut déposé par Decazes, mais obtint cependant une fiche de consolation de la part de Louis XVIII qui le créa pair de France. Depuis, il n’a joué aucun rôle politique parce qu’il ne s’était pas montré assez docile aux volontés de la duchesse d’Angoulême en faveur des agents du gouvernement occulte, à la tête duquel cette princesse s’était mise. M. Lainé fut un homme droit, ferme et éclairé qui voulait le gouvernement constitutionnel pour le roi contre les républicains qu’il haïssait parce qu’il avait vécu au milieu d’eux en 1793. Transfuge de ce parti avec lequel il devait marcher dans sa jeunesse, il était devenu libéral par principe et courtisan par besoin et par ambition. On lui doit la première loi sur les élections que la cour trouva trop démocratique. Il la réforma au bout d’un an en en proposant une nouvelle que les libéraux trouvèrent par trop royaliste. Il louvoyait alors et cela le perdit aux yeux de tous les partis. Dans la révolution de 1830, il s’est montré l’ennemi du parti populaire en opinant pour l’hérédité de la Pairie. Cependant, il était pour les libéraux, mais il craignait qu’ils n’allassent jusqu’à la république qu’il n’a jamais voulu. Il eut été un excellent ministre dans un temps ordinaire, attendu son désintéressement et sa probité que personne ne lui conteste, mais il avait peur des changements politiques, parce qu’il savait que le français est trop ami de la nouveauté et qu’il dépasse le but vers lequel il marche. M. Lainé a peu augmenté son patrimoine ; il n’était pas pillard ni mendiant, comme Decazes et Villèle. Il vivait dans ces derniers temps très modestement à Paris où il avait appelé sa famille en collatéral qu’il avait bien placée pendant qu’il fut en crédit. Il il a demandé à être inhumé à côté de sa mère dans le cimetière de Saucats, commune où étaient ses propriétés. On croit qu’il a laissé des Mémoires sur la révolution ; s’ils existent, on pourra croire à l’exactitude et à la sincérité de leur contenu.

Joseph-Henri-Joachim, vicomte Lainé (1768-1835) fut reçu avocat en 1789 et plaida avec un grand succès à Paris. Nommé administrateur du district de La Réole en 1793, il reprend son métier d’avocat pendant le Directoire. Il est nommé membre du Corps législatif en 1808. Pendant les Cent-Jours, Lainé s’enfuit en Angleterre, accompagnant la duchesse d’Angoulême : Napoléon revenu annonce qu’il pardonne à tous, excepté à ses deux « plus grands ennemis », Lynch et Lainé. Préfet provisoire de la Gironde de fin mars à juin 1814, il fut à nouveau député sous la Restauration, président de la Chambre des députés de 1814 à 1816 et ministre de l’intérieur entre 1816 et 1818, pair de France. C’est lui qui dit, en 1830, à l’occasion des ordonnances : « Les rois s’en vont ! »
Son éloquence, au jugement des contemporains, était chaleureuse et entraînante.
Mais où est enterré Joseph Lainé ? Au cimetière du Père-Lachaise (Wikipedia) ? ou bien à Saucats, comme l’écrit Bernadau ? Le tombeau de Joseph Lainé se trouve bien à Saucats, derrière le chevet de l’église (http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article3519).

28 décembre 1835 Le chef d’orchestre Fournera
Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, le feu a consumé la salle de concert du Bazar bordelais. On est heureusement parvenu à préserver de l’incendie le restant de l’édifice, et les nombreux marchands qui l’occupent en ont été quittes pour la peur. Le feu a été mis par l’imprudence d’une société d’amateurs qui, ayant à répéter un concert qu’elle devait donner le lendemain, avait fait porter dans la salle de concert des terrines de feu pour sécher certains décors nouvellement faits. Elles y ont été laissées imprudemment et, au lieu d’opérer la dessiccation des peintures, elles les ont fait prendre à feu. Les musiciens qui y avaient laissé leurs instruments les ont perdus. Ils prétendent tous actuellement que ces instruments étaient d’un grand prix. Le chef d’orchestre, M. Fournera, y a perdu toutes ses partitions et a ouvert une souscription pour couvrir ses pertes qu’il dit être immenses. Il laisse même à penser que tous les musiciens du pays vont réunir leurs moyens pour donner un concert à son bénéfice. Ceux qui devaient exécuter celui qui se préparait au Bazar crient également qu’ils ont perdu dans son incendie les meilleurs instruments du meilleur des mondes possibles. S’il faut indemniser de leurs prétendues pertes tous ces musiciens qui poussent leurs lamentations sur tous les tons, une centaine de milles francs ne suffiraient pas. Les prétentions des trouvères de nos jours sont en raison inverse de leurs talents.

La Gironde, revue de Bordeaux : littérature, science, beaux-arts de 1834 fait une critique du chef d’orchestre du Grand Théâtre, dirigé par M. Solomé : « M. Fournera, homme habile et qui sent très bien la musique, est presque continuellement en lutte avec ses musiciens. C’est un général d’armée qui veut marcher et que ses soldats retiennent, il bat les mouvements qui sont dans l’intention du compositeur, mais c’est en vain : on ne peut le suivre ; sa troupe se compose ou de conscrits qui ont frayeur de son élan et de sa vigueur, ou d’invalides qui demandent plutôt le sommeil que l’action. … Dans les premiers violons , nous nous faisons un devoir de signaler M. Collot fils, qui seconde très bien M. Foumera; mais ne souffre-t-il pas souvent des efforts qu’il faut faire, pour mettre à sa mesure ses collègues de partie ? Faites-y attention M. Solomé, cet orchestre est mauvais, très mauvais, et tel qu’il est c’est une trahison que de lui confier les chefs d’œuvres de Rossini et de Meyerbeer…. »

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