Année 1837

Le 17 janvier 1837 L’antiquaire Johannet
On a trouvé beaucoup de vieilleries en démolissant l’hôtel Verthamon, près de l’Intendance. L’antiquaire Johannet, qui les a pompeusement décrites devant notre académie, s’extasie d’une manière plaisante devant un petit couteau à manche d’ivoire qui a été trouvé dans cette fouille. Quoi qu’il en dise, il n’y avait rien de vraiment curieux ni de bien conservé.

L’hôtel Verthamon avait été reconstruit en 1829 par Poitevin. Les « vieilleries » devaient provenir de ces « démolitions » …

24 janvier 1837 Essai d’une charrette « Diable »
On fait à Pessac l’essai d’une charrette qui traîne de lourds fardeaux plus facilement que les autres de même grandeur. C’est le négociant Cabarrus qui a imaginé cette charrette qu’il fait prôner dans les journaux bien plus qu’elle ne mérite.

On peut se demander si cette charrette n’est pas un Diable, « machine à deux ou quatre roues pour le transport de caisses d’orangers ou autres fardeaux » d’après le dictionnaire Littré de 1874, qui facilite le transport, par un seul homme, de charges importantes, en moyenne de 200 kg. C’est un tel diable qui a heurté Pierre Bernadau sur le pont de pierre au printemps de 1852. Il était pourtant averti des dangers que représentaient ces véhicules, puisqu’il avait noté en juin 1796 : « La brouette du courrier a renversé une vieille femme en sortant de débarquer. On connaît la brutalité de tous ces voituriers qui s’imaginent que la voie publique leur appartient ».

2 février 1837 Bernadau, toujours ennemi des Libournais
Il n’est bruit sur les journaux du pays que des oppositions que forment les Libournais que le tablier du pont de Cubzac ne soit pas baissé en dessous de la hauteur fixée par une loi, ainsi que l’administration des ponts et chaussées le demande actuellement. Les Libournais, qui furent toujours ennemis des Bordelais, sans savoir pourquoi ni comment, trouvent déjà que l’élévation de ce pont de 78 pieds au-dessus des plus hautes eaux n’est pas même suffisant pour laisser passer les petits navires qui vont dans leur ville. Ces pauvres gens voudraient sans doute pouvoir jouir depuis chez eux de la chaussée de ce pont, car elle est déjà une hauteur extraordinaire telle qu’il faudra prendre de très loin le chemin qui doit aboutir à ses abords.

8 février 1837 Les journaux bordelais
Deux nouveaux journaux viennent de surgir à Bordeaux. L’un a pour titre Le Publicateur et est fait par les imprimeurs Castillon et Teychonet qui ont été condamnés à dissoudre une société qu’ils avaient contractée avec M. Laloubère, lequel avait réussi, avec les Petites Affiches du premier, un journal qu’il avait monté sous le titre de Boussole commerciale. La rage des journaux est telle ici que nous en avons déjà neuf qui se traînent cahin-caha. Au nombre, il faut joindre L’Archiviste bordelais dont la fabrication est annoncée par l’abbé Sabathier qui se dit escorté d’une société d’historiographes pour faire ce second journal, car il rédige depuis quelque temps, à l’usage des bonnes âmes, une feuille hebdomadaire intitulée La Dominicale. Quant à L’Archiviste, il le dit uniquement consacré à publier les documents officiels des pièces authentiques qu’on voudra bien lui communiquer pour servir de matériaux à l’histoire du pays bordelais qu’il paraît avoir dessein de publier avec les historiographes qu’il dit avoir pour collaborateurs. Nous avouons franchement que nous n’avons aucune connaissance des prétendus historiographes dont il se prétend assisté, car il n’y a pas même ici de lecteurs d’histoire.

20 février 1837 Epidémie de grippe ou influence (sic)
Depuis quelques jours un rhume épidémique qu’on appelle l’influence ou la grippe sévit à Bordeaux mais d’une manière moins générale et plus bénigne qu’elle n’a faite à Paris et surtout à Londres. Cette maladie est un effet de la grande humidité qui règne en France, suite aux pluies presque continuelles qui durent depuis l’automne. Elle retient dans un état de fièvre et d’oppression de poitrine, avec inflammation de gosier de ceux qui en sont atteints. On provoque la transpiration des malades par de curieuses tisanes adoucissantes, sans autre remède. La durée de cette maladie est de huit jours pendant lesquels on souffre plus de peur que de mal.

Le mot « influenza » (abrégé en flu) a été utilisé pour la première fois en Angleterre au 18° siècle lors de l’épidémie de 1743, pour qualifier la grippe. Il semble provenir de l’expression italienne « influenza di freddo » ((sous) l’influence du froid). Ceci peut expliquer pourquoi Bernadau parle d' »influence ».

1er avril 1837 Mariage de Célina
Mariage de mon arrière nièce avec un pharmacien de Langon. La cérémonie religieuse a été célébrée le surlendemain dans l’église de St-Paul à Bordeaux. Puisse cette union combler les vœux que je fais pour sa félicité !

8 avril 1837 Concurrences et banqueroutes
Hier, à l’issue du pont, un commissionnaire d’un hôtel garni de cette ville a été écrasé par une diligence à la portière de laquelle il s’était cramponné pour distribuer aux voyageurs des adresses de cet hôtel, malgré la défense que lui en faisait le conducteur qui craignait l’accident qui est arrivé par la seule imprudence de celui qui en a été victime. Toutes les voitures publiques, par terre et par eau, sont habituellement assaillies à leur arrivée par une foule de distributeurs d’avis au public et par toutes espèces de gens du port, même par des filles publiques. La concurrence embarrasse en tout lieu.
Cette concurrence se fait aussi sentir d’une manière désastreuse jusque dans les affaires commerciales. Elles éprouvent ici maintenant de terribles crises. Il vient de se déclarer entre autres des banqueroutes assez singulières par la profession de ceux qui les ont faites. On cite un courtier de change qui manque pour 600 000 F, quoique la loi interdise toute spéculation commerciale aux courtiers, un cordonnier qui emporte 100 000 F à ses créanciers, un charpentier qui manque pour 120 000 F et un marchand vannier pour 60 000 F. De pareils gens qui ne courent aucun des hasards du commerce maritime et qui travaillent pour du comptant sont de véritables escrocs qui abusent de la facilité de ceux qui leur prêtent. Personne ne veut actuellement travailler avec prudence, économie et loyauté. Tout le monde se livre aux plus folles spéculations, advienne que pourra.

12 mai 1837 Constats de décès par des officiers de santé
On commence aujourd’hui à mettre à exécution un arrêté du maire portant que les décès seront constatés gratis par des officiers de santé qu’il a nommés pour s’assurer de la mort réelle des individus avant de les enterrer.

15 mai 1837 Télégraphe Bordeaux Toulouse
On vient d’établir une ligne télégraphique de Bordeaux à Toulouse pour communiquer les dépêches du gouvernement dans le Midi où elles ne parvenaient auparavant que par les courriers. Cet embranchement est utile, tant pour ce qui vient de Paris que pour les nouvelles d’Espagne.

10 juin 1837 Découvertes archéologiques quartier Porte-Dijeaux
On découvre près la glacière un aqueduc ancien avec des amas d’os de divers animaux. Nos antiquaires prétendent qu’il devait y avoir en cet endroit un abattoir. Il paraît plus vraisemblable de croire que là était le victimaire, ou l’égout où l’on jetait les débris des victimes sacrifiées dans le temple de Jupiter qui existait dans le quartier de la Porte-Dijeaux (de Jove) qui a pris son nom de ce temple suivant toutes les probabilités.

12 juin 1837 Maison pénitentiaire pour femmes, crée par l’abbé Dupuch
Le préfet va visiter la maison pénitentiaire établie dans le faubourg des Gahets pour les femmes condamnées correctionnellement à des détentions momentanées. On doit cette institution aux soins et au zèle de Monsieur l’abbé Dupuch, respectable ecclésiastique de Bordeaux, le premier qui se déclara le soutien des enfants des naufragés de La Teste en mars 1836.

L’abbé Antoine Adolphe Dupuch sera en 1838 évêque d’Alger et l’ami d’Abd el Kader.
A Bordeaux, son zèle infatigable en faveur des déshérités était unanimement reconnu. Il fonda plusieurs institution d’aides aux démunis, ainsi qu’aux détenus. En 1836, on peut lire, dans L’Ami de la religion et du roi : journal ecclésiastique, politique et littéraire : « On dit même que M. l’abbé Dupuch, dont le zèle ne connaît point de repos, se propose de rendre aux filles condamnées le même service qu’aux jeunes détenus, et d’ouvrir une maison pour elles… M. Dupuch a également visité les salles d’asile à Paris, et a reconnu sans doute qu’elles n’étaient pas tout-à-fait dans le même esprit que les siennes. Les protestants y dominent, ou au moins ont de l’influence dans le choix des maîtresses et dans celui des livres, et on semble s’y être proposé de donner aux enfants, un genre d’instruction qui dispense ensuite de les envoyer aux écoles de Frères. »

12 juin 1837 Réclamations de la famille de Vital Carles
Les journaux nous entretiennent de la demande formée auprès du maire de Bordeaux par la famille de Carles, pour qu’on conserve au moins un petit hospice sur le terrain de l’ancien hôpital Saint-André, où Vital de Carles, chanoine de cette ville, avait fondé en 1390 l’hôpital de ce nom, qu’on a transporté depuis un an hors de la ville par rapport à sa vétusté et son insalubrité. Cette réclamation est bien saugrenue et si les réclamants la portent devant les tribunaux, comme ils paraissent en avoir l’intention, ce ne peut être que pour faire du scandale, attendu que cette famille est hostile au gouvernement actuel et qu’elle partage les opinions obstinées de la caste nobiliaire à laquelle elle appartient. La fondation de Vital de Carles n’était que pour 26 ; l’hôpital actuel en a 700. On ne fait pas tort au fondateur par cette innovation. Les de Carles n’ont pas réclamé, il y a 10 ans que l’on commença à bâtir le nouvel hôpital, uniquement parce que cela se faisait sous un gouvernement qui leur convenait. Ils attendent la démolition complète du vieil hôpital sous un gouvernement qu’ils détestent pour réclamer une chose ridicule. On a pu et du le démolir, d’abord pour l’améliorer et ensuite parce que les hôpitaux, comme tous les établissements publics, étaient devenus des biens nationaux. Voilà le grand principe contre lequel les héritiers de Vital de Carles échoueront de prime abord. Ensuite, il leur sera impossible de justifier de leur qualité d’héritiers de ce pieux fondateur, parce qu’ils n’ont aucun titre pour établir leur généalogie depuis la fin du XIVe siècle. C’est un fait dont nous sommes certains, ayant personnellement connu leurs doutes à ce sujet. Il nous est démontré qu’ils ne savent comment commencer leurs poursuites ridicules et ils cherchent partout des titres pour en colorer l’absurdité par quelque vernis légal. Ils ne veulent que faire acheter leur silence par quelque argent. Ils ne connaissaient pas la portée de leurs réclamations lorsqu’ils l’ont faite faire dans les journaux, et ce n’est que depuis, qu’ils ont lu même l’acte de fondation de Vital de Carles, que je leur ai traduit du Gascon, dans lequel il est écrit en 1390.

2 juillet 1837 Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux
Mgr Donnet, coadjuteur de l’évêque de Nancy, nommé archevêque de Bordeaux, est arrivé hier soir incognito dans cette ville et a pris possession aujourd’hui de son siège en faisant une petite procession autour de la paroisse Saint André, escorté du clergé de cette église. Tout cela s’est passé sans beaucoup de bruit. On dit beaucoup de bien du nouveau prélat, comme c’est l’usage.

2 juillet 1837 Beauvallet et Paradel
Nous avons ici depuis quelque temps M. Beauvallet et Madame Paradel, acteurs renommés de Paris, qui jouent sur notre théâtre les tragédies de Racine et de Voltaire avec beaucoup plus de talent que de foule. Le beau monde assiste, par mode, à leurs représentations tout en criant contre les pièces de l’ancien théâtre. On donne 1500 F en pure perte à ces acteurs qui sont trop bons pour Bordeaux où le mauvais goût est à son apogée.

Pierre-François Beauvallet (1801-1873) s’est d’abord distingué comme acteur de mélodrame, puis est devenu tragédien ordinaire de la Comédie-Française.
Madame Paradel (1798-1843) fut célèbre en son temps et aura été, d’après l’Illustration, « la dernière de la grande race des reines tragiques ».

3 juillet 1837 Retour sur la déception de Bernadau pour son Histoire de Bordeaux
La chambre des députés vient d’approuver l’établissement d’un chemin de fer de Bordeaux à La Teste. Le gouvernement ne donne aucune subvention pour cette entreprise à ceux qui l’ont conçu et les laisse se ruiner pour la faire. Elle ne rapportera rien aux entrepreneurs, si tant est qu’elle se réalise, parce que ce chemin de fer ne sera fréquenté que par les marchands de poisson, auxquels seuls il est utile. Il nous paraît menacé du sort qui a frappé le canal latéral à la Garonne de Toulouse à Bordeaux, lequel projet a été abandonné quoiqu’il eût été approuvé par deux lois et que les actionnaires eussent annoncé que leurs fonds étaient prêts. Les bordelais sont devenus plus gascons qu’ils ne l’ont jamais été, quoiqu’ils parlent un peu mieux français qu’autrefois. À les entendre, toutes les entreprises proposées par eux sont faciles d’exécution ; mais ils ne s’y intéressent qu’en paroles.
Nous venons d’acquérir pour nous-mêmes la certitude de cette vérité, car la continuation de l’Histoire de Bordeaux que nous avions entreprise sur l’assurance que l’académie de cette ville donna il y a deux ans que cet ouvrage était généralement attendu et désiré, n’a trouvé qu’une centaine de souscripteurs. Cependant, cette académie nous a décerné un prix d’encouragement pour ce travail qu’elle a déclaré, en propres termes, être « consciencieux, de longue haleine, d’un mérite incontestable sous plusieurs rapports, pour l’ordre, la clarté, l’exactitude, la précision et l’impartialité qui y règne ». Par une bizarrerie inexplicable, cette société, après avoir trouvé seulement que notre travail ne remplissait pas entièrement son attente, parce que les faits n’y étaient pas racontés avec assez de développement, a retiré du concours le sujet après l’avoir annoncé comme très utile à entreprendre. Il semble qu’elle devait tenir le concours ouvert, puisqu’elle l’avait annoncé avec tant de distinction, parce qu’il était il eût été possible que de nouveaux athlètes se fussent présentés mieux armés dans la liste académique. Nous avions retouché notre travail, déjà environné des premiers suffrages de nos savants et nous avons eu la douleur de voir que, parmi tous ceux qui composent les sept sociétés scientifiques et littéraires qui peuplent cette ville, trois de leurs nombreux associés ont seulement souscrit pour notre livre.

L’absence de reconnaissance par ses contemporains aura toujours été, pour Bernadau, une blessure profonde.

15 Juillet 1837 Bernadau et Rabanis concurrents
Pour déterminer ceux qui hésitent à souscrire pour mon ouvrage, craignant qu’il ne se publie pas faute d’être achevé, comme l’Histoire de Bordeaux dont le professeur Rabanis a commencé à publier il y a deux ans passés 80 pages, j’ai fait répandre aujourd’hui un nouveau prospectus de mon livre sous la forme d’un spécimen. Ce moyen, accompagné de force annonces dans les journaux, réveille la curiosité publique que, dans ce moment, on est obligé de provoquer violemment et surtout par des ruses innocentes qui ne laissent pas de faire effet, quoique cousues de fil blanc quand elles sont nouvelles. Ce professeur Rabanis a pris l’argent des souscripteurs et a cessé les livraisons de son livre à la 80e page, parce qu’il n’avait rien composé, tandis que mon travail est achevé et que je ne demande aux souscripteurs aucune avance, mais l’assurance qu’il prendront mon livre à mesure que j’en publierai les quatre livraisons. J’ai quelque espoir de pouvoir le faire acheter aux bordelais qui devraient des remerciements et des prévenances à celui qui prend la peine de les instruire à grand marché.

L’ouvrage de Rabanis a été déjà fortement critiqué par Bernadau (voir 1835) qui, plus tard, en 1851, fera circuler un pamphlet se moquant d’auteurs se frottant à l’histoire de Bordeaux, dont Rabanis.

5 août 1837 L’abbé Sabathier (en fait Sabatier)
Depuis 1833, il y avait à Bordeaux un prêtre qui avait servi d’aumônier de la duchesse de Berri pendant sa détention à Blaye et qu’il a accompagnée dans sa déportation à Palerme. Il s’était imaginé que ce titre lui donnerait une grande réputation à Bordeaux et avait tenté plusieurs moyens pour l’acquérir. Ce prêtre se nommait Sabathier. Comme son homonyme, il a voulu régenter le pays. D’abord, il entreprit une espèce de journal hebdomadaire qui, sous le titre de Dominicale, traitait de matières ecclésiastiques. Ce journal n’ayant duré que trois mois, il a monté chez lui une chaire de morale d’où il lui a fallu descendre au bout d’un mois, faute d’auditeurs payants. Alors, il entreprit une autre espèce de journal purement historique local où, sous le titre d’Archiviste bordelais il se propose d’imprimer les pièces nécessaires pour la confection d’une nouvelle histoire de Bordeaux, voire même de l’ex province de Guienne. Il en a été encore pour ses frais d’esprit. L’archiviste n’a publié que quelques bribes de documents prétendus historiques. Il n’a paru que deux cahiers de cet espèce de journal, quoiqu’il fut annoncé rédigé par une société d’historiographes. L’abbé Sabathier insinuait que j’étais un de ses corédacteurs et que mon Histoire de Bordeaux avait été composée avec son secours. Quoi qu’il en soit de sa chute, notre abbé ne s’est pas tenu pour abattu et s’est retourné d’une autre manière. Il a présenté au conseil municipal de Bordeaux un mémoire fort adroit pour demander quelques secours à la ville dont il prétend rédiger l’histoire, à l’effet, disait-il, de payer les copistes qu’il emploie pour transcrire les titres et documents historiques qu’il découvre dans les archives de l’hôtel de ville et dans celles du département où on le voit quelquefois faire l’homme occupé. Cependant, le conseil municipal a eu la cruauté de passer à l’ordre du jour sur cette belle pétition, chose dont notre intrigant est singulièrement désappointé.

En 1839, l’abbé Sabatier poursuivait ses démarches, comme en témoigne ce passage du Journal général de l’Instruction publique : enseignement supérieur, enseignement secondaire, enseignement primaire : « M. Sabatier, professeur de théologie et correspondant pour les travaux historiques, entretient le ministre des nouvelles recherches qu’il vient de faire dans les archives de l’Hôtel-de-Ville de Bordeaux. Contrairement à l’opinion commune qui veut que les Anglais n’aient laissé que peu de choses, et que ce qui leur avait échappé soit devenu la proie des flammes, ce dépôt renferme de nombreuses richesses…. Cette collection a fait concevoir à M. Sabtier un projet en faveur duquel il sollicite l’approbation de M. le ministre. Il voudrait publier le résultat de ses recherches sous le titre de : Archiviste bordelais, ou recueil de titres et mémoires pour servir à l’histoire générale de Bordeaux. Son travail serait divisé en deux parties, dont la première embrasserait toute l’époque anglo-française, et la seconde l’intervalle qui s’est écoulé depuis le retour irrévocable de la Guienne à la France, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle ».

21 août 1837 Les statues de Montaigne et de Montesquieu
Le gouvernement vient d’accorder une somme de 4000 F pour les statues qu’on se propose d’élever à Bordeaux en l’honneur de Montaigne et de Montesquieu. Elles doivent coûter 100 000 F et, depuis trois ans qu’une souscription a été ouverte à ce sujet, il n’y a pas le quart de cette somme de prélevé.

31 août 1837 Encore la rage ! (voir plus loin 24 septembre)
La police fait empoisonner une femme du faubourg de Saint-Nicolas, reconnue atteinte d’hydrophobie incurable qui lui avait été communiquée par un petit chien qu’elle avait auprès d’elle. Un pareil fait devrait bien engager l’autorité à proposer un prix à quiconque découvrirait un traitement spécifique propre à guérir de cette terrible maladie, au lieu d’ouvrir des concours sur des objets futiles.

5 septembre 1837 Jouannet et la Statistique de la Gironde
M. Jouannet qui travaillait depuis 20 ans à la Statistique de la Gironde est parvenu à obtenir du conseil général de ce département une somme de 1000 F pour indemnités de ce travail qui n’est plus de mode. Il publie en ce moment un volume de ce travail de 429 pages. Cet ouvrage est passablement superficiel pour les parties d’histoire, de topographie, d’archéographie et d’économie qui sont les parties les plus à la portée du plus grand nombre des lecteurs. En revanche, il a bourré son livre de 42 pages de nomenclature d’objets d’histoire naturelle dans les trois règnes et il donne la série des animaux, des végétaux et des minéraux de toute espèce qu’on trouve dans le département. Il y a aussi copié les tableaux de population de toutes les communes qu’il contient et qu’on trouve dans tous les almanachs. Son livre renferme de longs articles sur les savants et les gens de lettres qui sont non seulement originaires de la Gironde ou qui y ont séjourné, depuis Ausone le père qui n’a laissé aucun écrit jusqu’au girondin Vergniaud qui vint de Limoges à Bordeaux pour aller faire du républicanisme à Paris où il se fit couper le cou par les maratistes qui jalousaient sa popularité pour commander eux-mêmes à sa place. Notre statistiquographe a allongé sa petite biographie par des articles emphatiques sur des militaires du pays qui sont morts à l’armée dans le plus petit grade. Il annonce deux autres volumes sur l’état administratif, agricole et industriel du département, travail qui ne sera pas moins ennuyeux que celui-ci, qu’il vend 10 F chaque volume à ceux qui voudront bien y souscrire. Celui qui paraît en ce moment ne fait pas grande sensation. Une partie de cette statistique est faite d’après les recherches du même genre que le préfet m’avait chargé de rédiger en 1802 et que je fus obligé de suspendre parce que le ministre Chaptal, qui l’avait demandé changea, et que son successeur ne voulut pas faire continuer. M. Jouannet a trouvé un moment opportun pour faire agréer sa compilation qui n’est pas plus curieuse ni utile que celle que j’avais commencée in illo tempore.

Bernadau fut en effet chargé pendant quelques temps de la Statistique du département, non pas en 1802, mais en 1803 (voir 24 septembre 1803). Cette fonction se terminera le 18 nivose 1805 (voir cette date) et cette mission sera reprise par François Jouannet, qui sera de ce fait l’objet des critiques de Bernadau (voir 1° juin 1820).

24 septembre 1837 Chiens enragés
Les chiens enragés se multiplient tellement à Bordeaux et, les habitants refusant de les tenir attachés comme leur prescrivait la police, elle a organisé une troupe de portefaix qui sont autorisés à tuer toutes ces bêtes qu’ils rencontreront non muselées dans les rues. Cette opération n’a duré que deux jours, attendu que les assommeurs ont été insultés grièvement en la faisant. L’apathie et la sottise des bordelais sont inconcevables dans une circonstance où il va cependant de leur santé et de leur repos. Cela rappelle leur démence lors de l’invasion du choléra en 1832. Ils allèrent jusqu’à détruire les ambulances qu’on avait organisées pour recevoir les cholériques indigents. Le peuple est un bien étrange animal.

24 septembre 1837 Les thermes romains de Burdigala
En faisant les fondements de la caserne de la garde municipale sur le terrain de l’ancien hôpital Saint-André, on a découvert quelques fragments d’antiquités romaines, tels que des débris de mosaïques, un aqueduc et de vieilles murailles en brique et en petites pierres symétriquement placées. On s’épuise en conjectures sur ces découvertes que nous croyons être les restes des thermes bordelais.

Près de deux siècles plus tard, l’emplacement des thermes dans le Bordeaux romain fait toujours l’objet de spéculation pour les archéologues.

17 novembre 1837 L’abbé Hamon, alias Huen-Dubourg
Un abbé Huen-Dubourg vient de publier un gros in-8 contenant la vie du dernier archevêque Cheverus. C’est un débordement d’éloges à l’occasion de ce prélat qui ne s’attendait guère à occuper le public de ses actions, lesquelles sont assez ordinaires. On outre tout dans ce siècle d’exaltation et de charlatanerie. Ce livre fera peut-être augmenter la somme des souscriptions ouvertes pour lui élever un riche mausolée. Cette somme ne s’élève encore qu’à 2000 F. Il en sera de ce projet comme de celui pour ériger une statue à Montaigne et une autre à Montesquieu, dont on ne parle plus.

Cet ouvrage s’intitule : Vie du Cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux par l’abbé Huen-Dubourg, Librairie catholique de Périsse frères, 1837. Huen-Dubourg est le pseudonyme de l’abbé Hamon (1795-1874), ecclésiastique français auteur de nombreux ouvrages traduits dans plusieurs pays. Il fut prêtre sulpicien et curé de Saint-Sulpice à Paris. D’une humilité extrême, il publia ses ouvrages la plupart du temps anonymement (ou sous un pseudonyme) et refusa 3 fois d’être nommé évêque.

27 novembre 1837 Eclairage de Bordeaux
Le conseil municipal a adjugé avant-hier l’éclairage de Bordeaux pour 90 000 F par an ; il procède aujourd’hui aux expériences du mode de cet éclairage. Il nous semble que l’opération a été faite en sens inverse. Il y a plus, elle n’est guère satisfaisante, car la lumière que les adjudicataires doivent nous donner paraît avoir moins d’intensité que celle que les précédents adjudicataires nous vendaient au même prix. Une commission est nommée pour donner son avis sur ces expériences. Attendons son rapport. Nous observerons seulement que, depuis deux ans, le conseil municipal avait délibéré que la ville serait éclairée au gaz comme Lyon et qu’il s’est rabattu à adopter l’éclairage à l’huile, parce que le premier est, dit-on, trop coûteux et offre beaucoup d’inconvénients.

C’est en 1839 que la ville de Bordeaux sera éclairée au gaz.

26 décembre 1837 Latrines publiques
On vient de substituer, aux latrines publiques spacieuses et commodes qui subsistaient vis-à-vis les portes de la Grave, du Caillau et de St-Pierre, des latrines à deux places seulement, sous prétexte que les anciennes nuisaient aux mouvements du port. L’idée est baroque et mesquine comme celle qui préside à tous les travaux publics qui s’exécutent à Bordeaux.

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