Année 1839

L’année 1839 est marquée par la visite du duc d’Orléans à Bordeaux, décrite en détail du 17 au 23 août 1839, ainsi que par la parution de la seconde édition de l’Histoire de Bordeaux, qui permet à Bernadau de se moquer une nouvelle fois de ses concurrents, et en particulier Rabanis (voir en particulier 20 juillet 1835).

3 janvier 1839 Bibliothèque de Bordeaux
On ouvre ce soir la bibliothèque publique aux lecteurs qui s’y présenteront. Cette séance extraordinaire, qui est indépendante de celle du matin, est faite à l’instar de Paris, pour donner au peuple des moyens nouveaux de s’instruire en fréquentant cet établissement aux heures où il a fini sa journée de travail. La première séance n’a pas attiré beaucoup de lecteurs. Le peuple de Bordeaux ne se soucie pas plus de s’instruire que les classes aisées de cette ville. On a fait cependant, pour le recevoir, des dépenses assez considérables pour le chauffage et l’éclairage de ceux qui viendront y demander des livres, à tout hasard.

4 février 1839 Nouvelle édition de l’Histoire de Bordeaux
Publication de la première livraison de la nouvelle édition de l’Histoire de Bordeaux, corrigée et augmentée pour un éditeur qui m’a acheté cet ouvrage. Il a meilleure opinion que moi de cette publication qui étonnera bien des gens et réveillera la basse jalousie de la canaille littéraire de cette ville qui ne fait rien et nuit à qui veut faire.

L’éditeur de 1839 est A. Castillon, 15 rue du Cancéra à Bordeaux. L’annonce de la fin de cette livraison sera faite le 14 décembre.

9 février 1839 Une nouvelle Histoire de Bordeaux
On annonce une nouvelle espèce d’Histoire de Bordeaux sous le titre de Mélanges bordelais ou collection de pièces et des mémoires pour servir à l’histoire de Bordeaux. Il ne paraît que trois feuilles d’impression de cet ouvrage qui doit former trois volumes in-folio. Il est de la façon de MM. Chaigne, Vidal et autres jeunes beaux esprits de cette ville qui fournissent des articles historiques aux journaux du pays. Il y a loin du papillonnage périodique à une histoire qui demande la maturité du jugement pour mettre en ordre les documents qu’il est facile de ramasser dans de vieux livres. Nous parlerons plus au long de ces mélanges dont il faut connaître les développements pour pouvoir en apprécier l’importance.

Sur Vidal, voir 10 mars 1836.

13 mars 1839 Le chanteur Nourrit (voir 15 août 1833)
Le fameux chanteur français Nourrit vient de se suicider à Naples parce qu’il ne ne s’y trouvait pas autant applaudi qu’à Paris.

Adolphe Nourrit (1802-1839) fit une brillante carrière jusqu’à ce qu’il devienne paranoïaque. Le 7 mars 1839, après une réception en son honneur, il se défenestre du troisième étage de son hôtel.

15 mars 1839 Phare de la Teste
Un phare vient d’être construit à l’entrée du bassin d’Arcachon, sur la demande des habitants de La Teste qui s’imaginent qu’il va faire fréquenter leur havre à l’égal du port de Bordeaux. Non seulement ils se trompent, mais ils trompent cruellement les navigateurs. La côte plate des environs de La Teste, mais, de plus, la passe périlleuse de l’entrée du bassin d’Arcachon sont des obstacles qui repoussent les navires du plus petit encombrement qui tenteront d’aborder dans ce bassin. Tous ceux qui ont voulu s’y réfugier jusqu’à présent y ont fait naufrage, et un petit navire qui fut construit à La Teste il y a deux ans sombra en plein jour devant ce bourg.

Le premier phare du Cap-Ferret a été construit en 1840 (d’après Wikipedia). C’était une tour de 47,7 m pour une élévation de 51 m avec un feu fixe blanc. L’électrification eut lieu dès 1929.
Détruit par les Allemands en août 1944, il a été rebâti en 1947 à la pointe de la presqu’île.
Le phare du Cap-Ferret fut construit en 1840 (d’après http://www.pharesdefrance.fr/index.php/les-phares-a-voir/sud-atlantique/phare-du-cap-ferret) suite au programme de l’administration « des ponts et chaussés » de 1833. Positionné sur la presqu’île de sable du Cap-Ferret (anciennement commune de La Teste), pour signaler les passes et l’entrée du Bassin d’Arcachon. Il fut placé à 2,5km de l’extrême pointe, à 500m du cordon de dunes littorales et du Bassin d’Arcachon, afin de prévenir contre les risques d’érosions. Il avait un seul éclat blanc et fonctionnait à la vapeur de pétrole. En 1904 son feu passe à un éclat rouge toutes les 5 secondes. Il fut électrifié en 1928 avec l’arrivée d’un groupe électrogène et l’actuelle lentille de Fresnel. Il fut dynamité dans la nuit du 21 août 1944 au départ de l’armée allemande, et reconstruit à l’identique de 1944 à 1947. Son système optique d’origine, volé par l’armée allemande, fut détourné par des chemineaux français, puis récupéré après-guerre et réinstallé au sommet du nouveau phare.

25 avril 1839 Rue bitumée
On vient de faire l’essai d’un pavage en bitume au bout de la rue [un blanc] près la place Tourny. La ville en a fait la dépense parce qu’elle s’est chargée de cette opération pour toutes les rues au moyen d’un centime additionnel qu’elle prélève sur les quatre contributions des habitants.

28 avril 1839 Les faïences de David Johnston
La société Philomatique qui vient de ressusciter au milieu d’un cercle musical, rue Rolland, appelé le Casino, distribue aujourd’hui des prix d’encouragement aux artistes de cette ville. Il a été décerné une médaille d’or à M. David Johnston, le maire de Bordeaux, pour la faïence d’un nouveau genre qu’il fait faire dans une fabrique par lui établie au Chartrons. On dit que cette faïence lui coûte plus qu’il ne la vend et qu’elle est pour lui une entreprise de vanité plutôt que de lucre. Il est assez riche pour acheter au comptant la célébrité.

En 1834, David Johnston achète les anciens moulins des Chartrons sur le quai de Bacalan à Bordeaux. Il y installe une manufacture de porcelaine et de faïence anglaise. Il nomme Honoré Boudon de Saint-Amans (1774-1858) comme directeur : ce dernier dirige la construction des fours, l’organisation des ateliers et le recrutement du personnel. La manufacture produit des pièces de céramique à partir de 1835. En 1837, Boudon de Saint-Amans quitte la société et continue ses recherches sur la céramique de son côté. En 1838, la manufacture compte quatre fours en activité et 354 à 400 ouvriers, qui produisent 15000 à 18000 pièces par semaine : cette année là, Johnston reçoit une médaille d’or lors de l’exposition de la Société Philomatique de Bordeaux. En 1839, il envoie à l’exposition de Paris des pièces imprimées selon le procédé d’impression lithographique mis au point par le lithographe bordelais Jean-Baptiste Légé (1779-1846). Cette technique est une innovation pour le décor imprimé et est moins couteuse que le procédé anglais de report de la gravure en taille-douce sur cuivre. Le peintre Pierre Lacour fils (Bordeaux 1778-1859) travaille beaucoup pour David Johnston : c’est à lui que l’on doit les décors régionalistes, où les paysages urbains et monuments bordelais ornent la vaisselle, comme en témoigne une soupière sur son présentoir conservée au musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux. Malgré son succès, la manufacture de David Johnston se retrouve en 1840 dans une situation financière difficile. Johnston est obligé de faire un appel de fonds et c’est à ce moment-là qu’il prend comme collaborateur technique Jules Vieillard, le 22 août 1840. L’année suivante, il expose de nouveau à la Société philomatique et reçoit une nouvelle médaille d’or. La manufacture s’est agrandie : neufs fours sont en activité, produisant environ 70000 pièces par semaine, et 600 ouvriers sont employés. Le style anglais n’ayant plus le même succès, Johnston a tenté une nouvelle fabrication, entrainant une augmentation des employés et un renouvellement du matériel industriel, ce qui creusa le déficit de l’entreprise. Le 19 janvier 1844, la liquidation de la manufacture est décidée. Jules Vieillard la rachète l’année suivante et crée la manufacture J. Vieillard & Cie. (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Johnston_(homme_politique,_1789-1853).

5 mai 1839 Raymond Bousigues, directeur des Théâtres de Bordeaux
Après 13 jours de suspension de nos deux théâtres, ils ont été ouverts par une nouvelle troupe qu’a fait débuter M. Bousigues qui en est le directeur. La Mairie lui a concédé gratis, comme précédemment, l’adjudication des spectacles de cette ville. Il semble qu’on ne devrait que gagner dans un établissement privilégié qui ne coûte aucune location à son fermier. Cependant, depuis 10 ans, ceux qui ont pris cette ferme prétendent avoir perdu à son exploitation et ont fait banqueroute.

Ce M. Raymond Bousigues ne restera pas longtemps directeur du Grand Théâtre. On peut lire dans l’Annuaire Dramatique de 1840 : « Par suite de la déconfiture de M. Bousigues, le conseil municipal de Bordeaux a choisi pour continuer l’entreprise jusqu’au mois de mai 1840, MM. Raguenot , Fleury, Boucher, Léon, D’Hérou, Page et Dammour, tous artistes des théâtres de cette ville. »

27 juillet 1839 Société d’Horticulture, M. Vignes
M. R. Vignes, ancien négociant qui se croit agronome parce que le mauvais état de ses affaires l’a contraint de se retirer à la campagne, a réuni hier d’autres agronomes de sa force et a fondé une société d’horticulture dans une salle de la Mairie. J’ai pris acte de cette fondation de jardinage dans les journaux où l’on fait beau bruit de cette parodie scientifique. Nous verrons bien comment ces Messieurs s’y prendront pour nous procurer du persil dans l’hiver et des roses en toute saison, le tout à bon marché.

Née en 1839, la Société d’Horticulture de la Gironde (SHG) a été créée par Raymond Vignes, à l’initiative de Duffour-Dubergier, futur maire de Bordeaux (en 1841), afin de permettre à toutes les personnes qui le désiraient de mieux connaître « la vie et la culture des fleurs ». Elle est toujours active.
En mars 1844, Bernadau écrira une notice nécrologique à sa manière : « On inhume avec une certaine pompe M. Raymond Vignes-Ritou, fondateur de la Société d’Horticulture de la Gironde. Ce n’est qu’un vieux imbécile, qui avait la manie de cultiver les fleurs sans posséder aucune connaissance en botanique ».

31 juillet 1839 Fausse rumeur au sujet d’une vente de la Brède
Le duc d’Orléans vient d’acheter pour 800 000 écus le château de la Brède que l’arrière-petit-fils de Montesquieu a été forcé de vendre parce qu’il n’a pas mené une vie philosophique comme son bisaïeul. Au reste, le pays ne peut que gagner à cette mutation parce que le duc d’Orléans sera jaloux d’entretenir en bon état ce séjour de l’auteur de l’Esprit des lois. On dit en même temps que ce prince se propose de visiter le mois prochain sa nouvelle propriété et qu’il séjournera quelques jours à Bordeaux où nos négociants espèrent qu’il apportera l’ordonnance royale qu’ils sollicitent pour le dégrèvement du sucre colonial.
(Note de Bernadau : au bout de quelques jours, on a reconnu que le propriétaire de La Brède avait répandu ce bruit pour faire naître l’envie de le réaliser au duc d’Orléans et obtenir sur ce bruit quelque répit de ses créanciers).

10 août 1839 Ceinture de sauvetage
On a fait aujourd’hui sur la rivière devant la place Royale l’expérience d’une ceinture de sauvetage imaginé par M. Cabirot (?). Cette expérience a bien réussi mais elle n’est pas nouvelle comme le prétend celui qui s’en glorifie. En 1767, l’abbé Lachapelle fit à Paris l’expérience du scaphandre qu’il avait réellement inventé pour sauver les marins dans un naufrage. En 1786, M. Cordé, tailleur de cette ville, fit l’expérience publique d’un gilet recouvert de bouchons de liège au moyen duquel toute personne qui ne savait pas nager pouvait se sauver dans un naufrage. Et en 1825, on essaya aussi à Bordeaux un moyen de sauvetage sous le nom de cuirasse nautique.

17 août 1839 Séjour du duc d’Orléans à Bordeaux
A trois heures de l’après-midi arrivent leurs altesses royales le duc et la duchesse d’Orléans dont le passage et le séjour dans cette ville avaient été annoncés officiellement depuis huit jours. Elles ont été reçues ce matin aux limites du département par le préfet et le commandant de la division militaire. Le maire les a harangués à l’entrée du pont du côté de la Bastide, sous un riche pavillon qui était dressé. La garde nationale et la garnison de la ville bordaient la haie depuis la descente du pont jusqu’à l’hôtel de la Mairie dont tous les appartements du rez-de-chaussée avait été meublés pour leur service de demeure. Le cortège a abordé à cet hôtel en passant sur le port, dans les rues du Chapeau Rouge, la place Dauphine, la rue Dauphine, le cours d’Albret et la rue Rohan. Le prince était à cheval, en habit de lieutenant général, et la princesse dans une calèche découverte avec ses deux dames d’honneur et son écuyer cavalcadour. La foule était considérable sur le passage de leurs altesses royales qui saluaient d’un air gracieux de tous côtés et à chaque minute les spectateurs qui, cependant, ne faisaient entendre aucune acclamation, même de simple politesse. Le prince paraissait vouloir essayer de faire rompre ce silence en ôtant son chapeau à chaque demie minute. Les habitants d’une ville légitimiste ou républicaine n’auraient pas fait pis et ceux qui sont de l’une ou l’autre de ces opinions ont dû jouir de l’immobilité de la foule dont la grande majorité ne partage cependant pas ces opinions. Au reste, nos bordelais ne sont pas expansifs dans leur joie parce qu’ils ne croient pas de bon ton de crier : vivat ; car nous nous rappelons que lors du passage de la duchesse de Berri, son entrée fut également très silencieuse ainsi que ses différentes courses en ville. Il y a plus, les duc et duchesse d’Angoulême, dans leurs divers voyages à Bordeaux, ne reçurent des acclamations que de la part des harangères de cette ville dont ils n’avaient accaparé les suffrages qu’en leur faisant des prévenances et parce que la police leur avait déjà permis d’insulter impunément les habitants connus par des opinions révolutionnaires. Au reste, la froideur avec laquelle le duc d’Orléans est actuellement accueilli, vient de ce que les négociants, qui font ici l’opinion publique, s’attendaient qu’il leur apporterait l’ordonnance du dégrèvement des sucres et que, d’un autre côté, le journal légitimiste de la Guienne s’est permis de publier aujourd’hui un article très indécent contre le prince à l’imitation de la Mode, feuille légitimiste de Paris, qui a été plusieurs fois punie de ses sorties contre le gouvernement actuel.
Leurs altesses royales ont été reçues dans leur logement par 40 jeunes demoiselles qui leur ont offert des fleurs. La fille du premier président qui était à leur tête a débité un compliment en vers pour lequel la princesse a donné le lendemain un crayon en or orné d’une topaze à M. Desmantes qui les avait composés et, à mademoiselle Roulet qui les a récités, une parure en perles et diamants.
Tous les corps constitués de la ville sont venus haranguer leurs altesses. On a remarqué l’esprit d’à-propos avec lequel le prince a répondu à chaque harangue.
Le soir, toute la ville a été illuminée et les musiciens du Grand théâtre ont donné une brillante sérénade aux altesses. Le duc a eu l’attention de se présenter à la fenêtre de l’hôtel de ville pour remercier les concertants et les a prié de vouloir bien répéter l’ouverture de la Muette de Portici dont la musique lui plaisait beaucoup.

18 août 1839
Le duc d’Orléans assiste aujourd’hui dimanche à la messe de la cathédrale où l’archevêque a officié. La duchesse va au temple des Chartrons parce qu’elle est protestante. Leurs altesses ont été visiter le collège royal où elles ont causé avec les professeurs et les élèves avec beaucoup d’affabilité. Le prince a recommandé à ces derniers de se conformer surtout au règlement de la maison en observant que, lui-même, avait suivi pendant sept ans ces règlements au collège de Paris. L’après-midi, les altesses assistent à la revue du régiment en garnison au Château Trompette et d’un escadron de chasseurs à cheval qu’on a fait venir de Libourne pour leur garde. Pendant que le peuple danse aux Quinconces, le prince et la princesse assistent au dîner qui leur est offert par le commerce dans la salle basse de l’hôtel de la Bourse. Il y avait 200 couverts dont quelques-uns pour des dames. La salle du banquet et celle de la chambre du commerce où leurs altesses ont pris le café étaient brillamment décorées. On assure que le repas a été donné par adjudication à un traiteur qui a offert le meilleur marché de ces sauces : nos négociants portent partout l’esprit spéculateur.

19 août 1839
Leurs altesses royales vont voir monter et descendre sur un chantier de Lormont un navire tout chargé, opération extrêmement curieuse exécutée par un mécanisme fort simple par le constructeur Chaignaud.
Elles visitent ensuite aux Chartrons le magasin des vivres de la marine, l’atelier de fabrication de porcelaine montée par M. Johnston, puis les deux hôpitaux civils et militaires. Le soir, elles se rendent au Grand théâtre dans une loge qui était brillamment décorée. Ce n’est que dans cette circonstance que le public a commencé à faire entendre des acclamations en l’honneur de leurs altesses. Elles avaient donné la veille 12 000 F pour dégager du Mont de piété tous les objets mis en nantissement pour des prêts de trois francs et au-dessous : sur quoi, nous observerons, comme le tenant de bonne source, que cette somme n’a suffi que pour dégager un tiers des dépôts pour un écu, a attendu que ceux faits pour cette somme forment une masse de 37 000 F.

20 août 1839
Leurs altesses vont se promener par eau jusqu’au bas de la rivière. La princesse n’ayant pu descendre jusqu’à Cordouan, attendu qu’elle se trouve dérangée par ce qu’on appelle le mal de mer, le yacht aborde à Pauillac, puis remonte par eau jusqu’à Beychevelle où elles déjeunent chez M. Hugues Guestier, négociant et ex-député. Leurs altesses reviennent ensuite par terre à Bordeaux où elles emploient le restant de la journée à visiter divers établissements publics et particuliers, où elles font des observations qui annoncent de leur part beaucoup d’instruction et d’affabilité.

21 août 1839
Leurs altesses assistent à une revue de la garnison qui est suivie de joutes sur l’eau, de mâts de cocagne, de danses, de lancement d’un ballon et d’un feu d’artifice aux Quinconces. Ce matin, le prince a eu un entretien avec les membres de la chambre de commerce, pendant lequel il a fait preuve de beaucoup de rectitude d’esprit et de bonnes intentions sur les meilleurs moyens de venir au secours de cette place. Le soir bal.

22 août 1839
Le prince va visiter le bassin d’Arcachon sur lequel 12 jeunes filles de la Teste le promènent dans un bateau de pêcheurs. Il parcourt ensuite les dunes et tous les environs de La Teste et se mêle à tous les divertissements champêtres qui lui sont offerts dans le pays. Il en revient dans l’espace de 3 h 30. Arrivé le soir à neuf heures, il va rejoindre la princesse qui était au Grand théâtre et qui, dans l’après-midi, avait été voir lancer un navire à l’eau dans un chantier de Paludate.

Page 612, Bernadau décrit à la date du 23 août la visite de Libourne par le duc d’Orléans, puis il apporte cette correction : en fait la visite de Libourne a eu lieu le 22 août et la note du 22 août correspond en fait au 23 août.

24 août 1839
Leurs altesses royales sont parties de Bordeaux ce matin à 11 heures. Pendant que, sur leur route, elles posaient la première pierre de la tête du chemin de fer de Bordeaux à Pessac, on a reçu une ordonnance du roi en date du 21 de ce mois qui diminue de 12 F par quintal métrique les droits sur les sucres venant des colonies françaises. C’est le taux auquel le bureau de la chambre des députés avait proposé le dégrèvement demandé par les négociants qui ne trafiquent pas sur le sucre de betterave. Les fabricants de ce dernier sucre vont sans doute crier contre cette ordonnance et les oppositions légitimistes et républicaines ne manqueront pas de s’emparer des mécontentements de ces fabricants pour décrier le gouvernement selon la coutume scandaleuse de la double faction.
En partant, leurs altesses royales ont remis au maire une tabatière ornée de leur portrait comme un témoignage de son zèle dans les fêtes que la ville leur a données et une somme de 4500 F pour diverses aumônes et gratifications qu’elles font dans Bordeaux. On compte en outre qu’elles ont répandu environ 30 000 F en divers cadeaux, dons en argent et témoignage des munificences qu’elles ont laissées dans cette ville pendant leur séjour. Les habitants sont généralement satisfaits de l’affabilité que le duc et la duchesse leur ont témoigné dans toutes les occasions. On eût surtout l’occasion d’apercevoir cette affabilité qui part du cœur, uni au tact des convenances, dans le bal auquel ils ont assisté au Grand théâtre que la ville leur a offert le 21 de ce mois et dont nous avons omis de parler dans l’article des fêtes de ce jour. Ce bal était extrêmement brillant. Il y avait 1500 dames invitées et un nombre double d’hommes. Le prince a fait distribuer six billets d’entrée par chaque compagnie de la garde nationale. Lors de l’entrée de leurs altesses, toutes les dames étaient placées sur trois rangs de gradins élevés autour de la salle et les hommes dans les loges. Le coup d’œil de cet arrangement, aussi brillant qu’imposant, que leurs altesses ont contemplé sur une riche estrade élevée au fond de la salle, les a étonné et le prince, se tournant vers le maire, s’est écrié avec le plus aimable abandon : « Messieurs les bordelais, vous nous conduisez vraiment dans un palais de fées ». M. le duc a ouvert le bal en dansant avec la femme du préfet et la duchesse dansant avec M. le Maire. Leurs altesses royales ont ensuite pris part à plusieurs contredanses, puis se sont mêlées sans étiquette, et avec la plus aimable familiarité, à la foule de spectateurs, adressant la parole à tous ceux qui les approchaient. Elles sont restées quatre heures entières au bal qui a été une véritable fête de famille.
Somme toute, on a été enchanté de l’affabilité que le duc et la duchesse ont montré pendant leur séjour à Bordeaux et ceux des habitants dont les opinions politiques leur étaient hostiles, n’ont pu s’empêcher de convenir que ce jeune couple méritait le respect et l’amour du peuple par leur bonne qualité de cœur et d’esprit. Le duc et la duchesse, dédaignant la morgue de l’ancienne cour, vivent familièrement entre eux, se tutoyant bourgeoisement et s’appelant sans façon Ferdinand et Hélène. Ils parlent toujours à quiconque les aborde avec bonté et esprit, sans aucun ton supérieur qui insultait autrefois chez les grands, lors même qu’ils affectaient un moment de se faire petits. La duchesse montre surtout beaucoup de connaissances dans la littérature française et n’a nullement aucune des manières allemandes. On lui avait donné, pour dames de compagnie, les femmes du premier président, du préfet, du commandant de la division et du maire. Elle les a comblées de toutes sortes de prévenances et leur a fait le présent d’une riche parure de diamants. Les pauvres, eux aussi, ont reçu des marques de sa bienfaisance.
Leurs altesses se rendent à Port-Vendres où le prince va s’embarquer pour visiter nos possessions de l’Algérie et lui faire exécuter les mesures prises par le gouvernement pour assurer définitivement cette conquête.

Du 17 au 24 août 1839, le duc et la duchesse d’Orléans font un séjour à Bordeaux avant le départ du duc pour l’Algérie.
Ferdinand Philippe Louis Charles Éric Rosalino d’Orléans (1810-1842), duc de Chartres puis (1830) duc d’Orléans et prince royal de France, est le fils aîné de Louis-Philippe Ier, roi des Français et de Marie Amélie de Bourbon, princesse des Deux-Siciles.
Il se marie le 30 mai 1837 au château de Fontainebleau avec la princesse Hélène de Mecklembourg-SchwerinN, fille de feu le prince héréditaire Frédéric de Mecklembourg-Schwerin et de la princesse Caroline de Saxe-Weimar-Eisenach. En 1835, lorsque le maréchal Clauzel est renvoyé en Algérie comme gouverneur général, le duc d’Orléans demande à son père comme une faveur de l’accompagner pour combattre l’émir Abd El-Kader. Il participe avec l’armée de Clauzel à la bataille de l’Habrah, où il est blessé, à la prise de Mascara en décembre 1835, puis de Tlemcen en janvier 1836. Il rentre à Paris tout auréolé de gloire militaire. À l’automne 1839, le duc d’Orléans repart pour l’Algérie pour réaliser, avec le maréchal Valée, la prise de possession par la France de la partie intérieure du pays, entre Constantine et Alger.
Le 13 juillet 1842, les chevaux de sa calèche s’étant emportés, route de la Révolte à Neuilly-sur-Seine, il est projeté hors de la voiture et décède.

18 septembre 1839 Exode de l’infant d’Espagne Don Carlos
A midi et demi, cinq grosses voitures de route entrent à Bordeaux par le chemin de Bayonne et traversent la ville sans s’arrêter pour joindre la route de Paris par le pont. Ces voitures étaient escortées d’un piquet de gendarmerie que dirigeait le commissaire central de police et que suivait un aide de camp du président du conseil des ministres. On apprend bientôt que la première de ces voitures est occupée par le prétendant Don Carlos, par la princesse de Beyra sa femme, par le prince des Asturies leur fils et par l’infant Don Sébastien.
Les autres quatre contiennent des hommes et des femmes de la cour de don Carlos. On ne pouvait pas distinguer les voyageurs, car les glaces de leurs voitures étaient dépolies et ternies dans l’intérieur. Ce cortège s’est arrêté au pied de la cité de ce nom dans la maison de campagne de M. Coupat où le préfet et le commandant du département ont offert à déjeuner au prince et à sa suite. Là, on a remarqué que le ce dernier avait un air sombre et distrait qui ajoutait à la mauvaise figure dont il est porteur. Il a cependant bien mangé. Sa femme semble avoir été belle : son air est dur et hautain. Comme c’était un jour de Quatre-temps, avant de s’attaquer au poulet et aux côtelettes qui étaient sur la table, elle a observé hautement qu’elle avait dispense du pape pour faire gras les jours maigres.

Bernadau assiste là à l’exode de l’Infant Don Carlos de Bourbon (1788-1855), prétendant malheureux au trône d’Espagne et fondateur du carlisme (l’extrême droite espagnole du XIXe siècle).
M. Coupat était alors le tailleur le plus en vue, le plus chic, et aussi bien sûr le plus cher de Bordeaux. Il édifia en 1820, cours du XXX juillet l’Hôtel Coupat, qui se transforma en café, le Café Montesquieu en 1830, l’actuel office du Tourisme.
Les Quatre-temps sont les trois jours où l’Église ordonne de jeûner et de faire abstinence en chacune des quatre saisons de l’année et où les évêques ont coutume de faire les ordinations. Autrefois, périodes de trois jours de pénitence et de jeûne (mercredi, vendredi et samedi) situées respectivement après : le 3ème dimanche de l’Avent, le 1er dimanche de carême, le dimanche de la Pentecôte, et le 17ème dimanche après la Pentecôte. Leur origine, très lointaine (les Quatre-Temps furent célébrés par le pape Sirice au IVème siècle), est mystérieuse. C’est probablement une reprise de célébrations païennes marquant les semailles, les moissons et les vendanges.

26 septembre 1839 Daguerréotype à Bordeaux
Expérience de daguerréotype répétée à Bordeaux par M. Foulquier, imprimeur et faveur de cette ville, qui du haut d’une fenêtre de la Mairie, a fixé sur le papier en huit minutes le panorama de l’église de Saint André. Les connaisseurs sont assez satisfaits du résultat de cette expérience. Ils ont seulement remarqué que l’ensemble du monument dessiné est un peu obscur dans les principales parties.

L’artiste et décorateur français Daguerre découvre ce procédé en 1835 et sa découverte est présentée à l’Académie des sciences par Arago le 9 janvier 1839. Le daguerréotype est constitué d’une plaque, généralement en cuivre, recouverte d’une couche d’argent. Cette plaque est sensibilisée à la lumière en l’exposant à des vapeurs d’iode qui, en se combinant à l’argent, produisent de l’iodure d’argent photosensible. Lorsqu’elle est exposée à la lumière, la plaque enregistre une image invisible, dite « image latente ». Le temps d’exposition est d’environ vingt à trente minutes, soit beaucoup moins que les méthodes précédentes qui nécessitaient plusieurs heures d’exposition. Le développement de l’image est effectué en plaçant la plaque exposée au-dessus d’un récipient de mercure légèrement chauffé (75 °C). La vapeur du mercure se condense sur la plaque et se combine à l’iodure d’argent en formant un amalgame uniquement aux endroits où la lumière a agi proportionnellement à l’intensité de celle-ci. L’image ainsi produite est très fragile et peut être enlevée en chauffant la plaque, ce qui produit l’évaporation du mercure de l’amalgame.

30 septembre1839 Parution d’Histoires
M. Dupin, ancien greffier du tribunal de la Réole, vient d’enrichir son pays de son Histoire archéographique et littéraire sous le titre de Notices historiques et statistiques de l’arrondissement de la Réole. Hors ce qu’il dit de la ville chef-lieu qui offre des recherches neuves et piquantes, son livre ne contient rien de vraiment intéressant. Il est écrit purement et sans prétention et contient 338 pages où l’on n’a pas épargné les grandes marges, les feuilles blanchies et les forts caractères pour en faire un volume qui eut une certaine grosseur. On nous menace d’une histoire du Bazadais, puis d’une autre sur l’antiquité de l’église de Saint Seurin de Bordeaux. Un certain M. Allary, curé de Saint Éloi, a écrit l’histoire de l’église Saint Jacques de Bordeaux, mais il s’est modestement borné à 7 pages d’impression. Un traiteur de Libourne nommé Guinodie apprête en ce moment une continuation de l’histoire de cette ville. Il ne reste plus à faire que les annales du Médoc et du Blayais pour compléter l’histoire générale du département de la Gironde, et nous pensons que quelques doctes contemporains ne tarderons pas à achever cette bonne œuvre.

19 octobre 1839 Pont du Cubzac
On a commencé hier à essayer le pont de Cubzac en le chargeant de pierre dont le poids est sextuple de celui des deux plus lourdes voitures qui peuvent y passer dessus. Les arches du pont ne fléchissent pas, mais celles qui conduisent à ses deux côtés d’abordage pèsent tellement sur les rives que leur enfoncement a fait soulever la terre voisine et fait crouler des maisons en la soulevant. Le pavé de l’église de Saint Vincent s’est subitement élevé de manière qu’on ne peut plus pénétrer dans l’intérieur. Il paraît que les constructeurs du pont n’avaient pas prévu les effets du poids de ses routes d’abordage sur le terrain environnant et, ce qu’il y a de fâcheux et d’irrémédiable, c’est que le boursouflage de ce terrain peut se continuer longtemps, attendu que toutes les rives environnantes sont de nature très molle, étant formées de vase. L’accessoire pourrait bien nuire singulièrement au principal.

Le pont suspendu de Cubzac a été commencé en 1835. Les câbles de suspension passaient sur des fléaux oscillants ayant 2,50 m de hauteur, portés par des colonnes en fonte de 25,80 m de hauteur. Ces colonnes reposent sur des socles en maçonnerie de 13 m de hauteur au-dessus de l’étiage. Chaque colonne est formée de 20 assises en fonte à jour, réunies entre elles au moyen de 40 boulons de 0,035 m de diamètre. Des arcs en fonte, également évidés, entretoisent les deux colonnes d’une même pile, un peu au-dessous du tablier. Le tablier est placé à 22,50 m au-dessus des plus hautes eaux. Des haubans en diagonale, allant du sommet d’une pile à la base de l’autre, à hauteur du tablier, relient les sommets des fléaux à des points fixes. De longs viaducs d’accès permettent d’accéder au tablier du pont. Des tassements de ces viaducs ont entraîné des interruptions de circulation à plusieurs reprises. Les fléaux oscillants ont progressivement pris des inclinaisons importantes. Ces défauts ont conduit l’administration à ne jamais recevoir définitivement le pont. La circulation n’a été autorisée que sous certaines réserves et en diminuant les charges admissibles. Le 2 mars 1869, une violente tempête endommage une colonne. Le tablier s’incline fortement et pour éviter une effondrement complet le tablier est démolie. Les colonnes renforcées seront réutilisées pour un nouveau pont.

31 octobre 1839 Le Viographe consulté
La Mairie s’occupent en ce moment d’un projet pour régulariser les noms des rues de la ville et un nouveau numérotage des maisons. Elle veut faire disparaître les doubles emplois qui subsistent dans les noms des rues et dans certaines dénominations ridicules qu’elles portent et y substituer des noms d’hommes historiques de Bordeaux. On veut en même temps numéroter les maisons avec plus d’ordre que par le passé et donner aux numéros plus d’apparat et de solidité. Ce n’est pas ici une affaire de spéculation, comme on fit du temps de l’Empire où l’on exigea 45 sous des propriétaires pour une plaque de fer-blanc qui valait 5 sous au plus. On m’a fait l’honneur de me consulter sur les nouvelles dénominations à donner aux rues et j’ai tâché de répondre par mes recherches à ce qui m’était proposé. Tout ce que j’ai indiqué ne sera peut-être pas suivi, parce que les gens de bureau ne comprennent guère les gens de lettres.

Sur la numérotation sous l’Empire, voir 26 Messidor 1805.

16 novembre 1839 Ouverture des deux Facultés
Nos deux nouvelles Facultés ont fait hier la solennité de l’ouverture de leurs cours dans l’ancienne galerie des tableaux à la Mairie, où deux amphithéâtres ont été disposés séparément à cet effet. Le recteur de l’académie universitaire et le doyen de la faculté des sciences ainsi que celui de la faculté des belles-lettres ont chacun prononcé un discours, qui avait attiré un plus grand nombre de curieux des deux sexes qui nous paraît devoir surpasser la quantité d’auditeurs qui assisteront aux leçons des quatre professeurs qui vont commencer leur cours respectifs dés demain.

13 décembre 1839 Scandale du chanteur Troy au Grand Théâtre
Hier le chanteur Troy ayant paru sur le grand théâtre dans Le Domino noir dans un état visible d’ivresse fut accueilli par les sifflets de toute la salle. Son interlocuteur lui ayant fraternellement soufflé tout bas qui ferait bien de se retirer, il tomba sur lui à coups de poings. Il fallut que le régisseur et des garçons de théâtre vinrent l’enlever de dessus la scène, ce à quoi ils parvinrent difficilement. Cet acteur insolent fut envoyé en prison par le commissaire de police. Il y a longtemps qu’on n’a pas vu une pareille insolence dramatique.

La Gazette musicale de Paris, dans son N°1 de 1840, relate cet incident : « Le Domino noir joue de malheur: voilà la troisième scène scandaleuse dont il es témoin : un de nos artistes, M. Troy, oubliant toutes les convenances, s’est présente devant le public dans un état d’intempérance impardonnable (il jouait le rôle de lord EfTord). Quelques marques d’improbation ont été manifestées, qui, au lieu de le rendre à la raison, l’ont mis dans un état d’exaspération tel, qu’il a apostrophé insolemment quelques spectateurs ; le rideau. s’est baissé, et il a fallu le secours de la police pour mettre un terme à cette scène, qui ne se terminait rien moins qu’en pugilat. Après une nuit en prison, le délinquant a reconnu sa faute, et il a fait publier dans les journaux une lettre d’excuses au public, que je ne reproduis pas par égard pour lui , mais je ne pouvais passer ce fait sous silence. »

14 décembre 1839 La seconde édition de l’Histoire de Bordeaux
La seconde édition de mon Histoire de Bordeaux est achevée de publier aujourd’hui et a été accueillie avec bienveillance par le public. Il paraît satisfait des corrections et des augmentations que j’ai faites à cet ouvrage pour en former en quelque sorte l’histoire civile archéographique et littéraire du département de la Gironde et de son chef-lieu. Dans les redressements que j’ai faits de quelques événements contemporains, j’ai montré que les critiques que les légitimistes se sont permis contre ma première édition ne m’ont point fait dévier des vérités qui les avaient choqués, et que je méprise leurs salles criailleries. L’éditeur avec lequel j’avais traité pour cette nouvelle édition ne parait pas mécontent de son opération. Aucune critique n’est venue le troubler pendant la distribution qu’il a faite, feuille par feuille, de mon ouvrage qui contient 528 pages d’impression et 7 gravures dont il a accompagné mon livre. Les deux éditions qui en paraissent dans l’intervalle de trois ans et qui en ont répandu 1100 exemplaires dans la seule ville de Bordeaux ont rendu cette histoire tout à fait populaire. Celle dont le professeur Rabanis menace le public depuis cinq ans révolus paraît complètement oubliée, quoi que ses partisans de l’académie de Bordeaux n’aient pas cessé de publier qu’il continuerait son travail et que, pour l’enrichir de documents jusqu’ici inconnus, il avait été compulser les archives de la Tour de Londres. Le fait est que le 25 juillet 1835, il s’est arrêté à la page 80 de la publication de son livre et que ce fragment n’a pas donné une haute idée de son travail, car la moitié de ce qu’il a imprimé ne contient qu’une introduction, dans laquelle il dit, avec beaucoup d’emphase, que le royaume de France s’est successivement formé de petits états, qu’il s’est agrégé par des conquêtes, des cessions et des traités, chose que personne ne pouvait ignorer, et que le reste de son fragment imprimé renferme le premier chapitre de l’histoire de Bordeaux où il emploie 26 pages pour trouver l’étymologie du nom de cette ville dans le mot basque beorda qu’il prétend signifier rives ou demeure et a été imposé à leur bourgade par les Gaëls ; plus 18 pages du chapitre second dans lequel l’auteur arrange à sa guise le précis des conquêtes des Romains dans les Gaules pour en venir à l’organisation politique de l’Aquitaine sous l’empereur Auguste, tout en disant avoir découvert que cette province s’appelait d’abord Escaldunac, autre mot basque d’invention Rabaniste ou Rabinique.
Nous terminerons ici nos remarques sur la future histoire qui devait éclipser toutes les autres en nous référant à l’analyse faite dans le temps dans le présent volume. Au reste, le champ de l’histoire est ouvert à quiconque se sent la force de le défricher. Nous avions rempli la tâche que nous nous étions imposés et nous désirons que M. le professeur Rabanis trouve dans nos recherches de quoi compléter les siennes, s’il est vrai qu’il persiste dans le dessin de mettre en lumière ses deux volumes historiques.

31 décembre 1839 Maillères (voir 30 juillet 1830)
Installations d’un nouvel adjoint de maire M. Lacoste, en remplacement de M. Maiillères fils, démissionnaire par amour-propre. Il commençait à être mal vu par les habitants, parce qu’il mettait de la hauteur et de l’indolence dans ses fonctions. On était étonné de les lui voir remplir après celles qu’il a exercées depuis la restauration. Lors de l’insurrection de 1830, il était membre du conseil municipal et reçut chez lui le préfet de Curzay lorsqu’il échappa à l’irritation populaire du 30 juillet. Il le conduisit le soir déguisé à l’hôtel de ville, lui a offert des consolations affectueuses pendant les deux jours qu’il y resta caché et le reconduisit ensuite à Audenge chez M. de Sauvage après l’avoir fait panser de ses blessures par le docteur Perrin, son beau-frère. M. Maillères, se trouvant à l’hôtel de ville le 1er août, fut un de ces adjoints temporaires que les chefs des corps donnèrent à l’ancienne mairie. Il chanta la palinodie le lendemain et se fit nommer membre de la commission municipale provisoire, fut présenté par elle au nouveau gouvernement pour être un des adjoints de la nouvelle Mairie. Depuis, il y a fonctionné avec une certaine mollesse qui entre dans son caractère d’homme ami des plaisirs. Dans le procès en concussion intenté contre l’agent surveillant du balayage Lambert, le nom de M. Maillères a figuré comme ayant des relations d’amitié avec ce commis prévaricateur, relation naturellement suspectée entre un magistrat et son subordonné. On n’a pas oublié à Bordeaux que le lendemain de l’entrée du duc d’Angoulême dans cette ville, il fut pourvu par ce prince de la place de directeur de la Douane et obtint peu après la translation sur sa tête de la charge de notaire qu’avait son père qui se fit alors nommer un des nouveaux juges de paix du nouveau régime. Il y a encore parmi nos fonctionnaires trop de caméléons politiques.

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