Année 1846

10 janvier 1846 Spéculations sur la gare de Bordeaux
Depuis trois mois les journaux de cette ville surabondent en observations sur le placement de la gare du chemin de fer de Paris à Bayonne passant par Bordeaux et l’on y débat la question de savoir s’il convient mieux de placer cette gare sur la rive droite de la Garonne que sur la gauche. Il n’est pas de négociant, pas de marchand, pas d’armateur de Bordeaux, pas de propriétaire, pas de maire de la campagne de l’entre-deux-mers qui n’énonce plus ou moins longuement son opinion sur cette grave question, suivant ses intérêts et ses petits moyens littéraires ou statistiques. Chacun des auteurs de lettres au rédacteur déraisonne à son gré sur cette matière et couvre de sa prose les colonnes de nos journaux qui accueillent toutes les réclamations parce que cela fait de la copie payante. En lisant ce rabâchage sur notre chemin de fer à venir, on est étonné du grand nombre d’illustrations patriotiques que recèle le département de la Gironde qui rêve sur le bien public à qui mieux mieux. Il n’est aucune d’elles qui après avoir fait sa petite observation de voyance ne se croit digne de l’élection à la prochaine chambre des députés ou au moins à l’académie des sciences de Bordeaux.

La gare Bordeaux-Bastide, édifiée en 1852, est l’une des plus anciennes gares de France. Le 20 septembre 1852, elle accueillit ses premiers trains en direction d’Angoulême. Les premiers trains en provenance de Paris arrivèrent en juillet 1853.
En 1852, la Compagnie du Paris-Orléans ouvre la ligne entre Bordeaux et Angoulême permettant la liaison entre Bordeaux et Paris. Les trains partent alors de la gare de Bordeaux-Orléans (Bordeaux-Bastide), ouverte rive droite. En 1853, la Compagnie de chemin de fer de Bordeaux à La Teste est reprise par Compagnie des chemins de fer du Midi. En 1855, la gare de Bordeaux-Ségur est supprimée et remplacée par la gare Bordeaux-Saint-Jean. On a alors deux réseaux principaux avec deux gares principales appartenant à deux compagnies différentes. Cette situation s’explique par le fait qu’il n’y avait pas de pont ferroviaire permettant de traverser la Garonne. Les voyageurs partant de Paris et souhaitant se rendre vers le Sud de l’Aquitaine devaient descendre à la gare de Bordeaux Orléans, traverser la Garonne et reprendre le train à la gare Saint-Jean. Une passerelle de liaison est construite entre les deux gares en 1860 par Gustave Eiffel. La gare d’Orléans reste cependant la tête de ligne de la Compagnie du Paris-Orléans (vers Clermont-Ferrand, Lyon, Paris). En 1898, la gare Saint-Jean actuelle est construite afin d’accueillir plus de voyageurs. La gare d’Orléans perd alors peu à peu son utilité et la fusion des deux compagnies ferroviaires (Paris-Orléans et Midi) en 1934 et la création de la SNCF en 1938 sonne le glas définitif de cette gare au profit de la gare Saint-Jean.

14 janvier 1846 Sévère critique de Lamothe au sujet de son ouvrage sur Baurein
M. Lamothe qui depuis cinq ou six ans n’avait publié que des pamphlets de quelques pages sur des questions d’archéologie bordelaise vient de s’élever jusqu’à la fabrication d’un livre de 163 pages. Il lui a donné ce titre singulier : L’abbé Baurein, sa vie et ses écrits, avec quelques fragments inédits de cet auteur. C’est l’éloge de la personne et des écrits d’un ancien prêtre qui publia sur la fin du siècle dernier à Bordeaux diverses recherches topographiques concernant le pays bordelais, qui n’y eurent pas grand cours. Elles consistent en articles insérés dans les journaux, en dissertations manuscrites lues à l’académie de cette ville et en une topographie de la moitié de l’ancien diocèse de Bordeaux qui a été imprimé en six volumes (1784 à 1786). Quoi que Baurein ait été agent des commanderies que l’ordre de Malte possédait dans l’ancienne Guienne, membre de l’académie des sciences de Bordeaux et du Musée de la même ville, bénéficié de la paroisse de Saint Eulalie et qu’il a été chargé de mettre en ordre les archives de l’archevêché de l’Intendance et de l’hôtel de ville de Bordeaux, ses travaux littéraires sont peu connus et ce n’est que par notre secours que notre historien actuel est parvenu à recueillir les quelques renseignements personnels qu’il débite. On verra à la fin de son livre comment M. de Lamothe a reconnu les communications obligeantes que nous lui avons faites dans cette occasion et dans plusieurs autres, ce qui ne nous empêche pas d’être impartial en parlant de son livre. Il est aussi peu intéressant que l’écrivain qu’il y apologiste.
……
Il faut être soi-même un intrépide compilateur de vieilleries les plus pitoyables pour se permettre d’imprimer une aussi singulière absurdité.

L’Abbé Baurein, sa vie et ses écrits, avec quelques fragments inédits de cet auteur par Léonce de Lamothe a été édité par T. Lafargue en 1845.
Les hostilités de Bernadau commencent en 1841. Léonce de La Mothe est âgé de 29 ans quand il publie ses Recherches sur l’hospice des Aliénés de Bordeaux. Bernadau n’apprécie pas l’ « un des grands paperassiers de cette ville » qui ose prendre « le titre vague d’Archéologue et qui divague sur nos Antiquités de la manière la plus assommante ». Cet auteur a droit à un petit couplet, de faible qualité :

« On le voyait sans cesse écrire, écrire
Ce qu’il avait jadis entendu dire
Et nous lassait, sans jamais se hisser. »

Un peu plus tard, en 1845, Léonce de La Mothe publie : L’abbé Baurein, sa vie et ses écrits, avec quelques fragments inédits de cet Auteur, ouvrage dans lequel il critique l’appréciation peu flatteuse de Bernadau sur les travaux de Baurein, et il accuse carrément notre viographe de plagiat : « Et si nous nous élevons contre ces plagiats de détail, que dirons-nous de ceux qui après avoir reproduit presque textuellement et isolément ses notices sur les rues de Bordeaux en composent plus tard des volumes et qui, sans doute pour chasser les soupçons, parlent avec dédain des écrits dont souvent ils copient textuellement les phrases. De tels faits sont étranges lorsque c’est à Baurein qu’il faut reporter presque toute la valeur des recherches dont on ose se donner le mérite à si peu de frais. Il restait encore une tâche honorable à publier le travail de cet auteur en le coordonnant, en le complétant, mais alors il ne fallait pas chercher à dissimuler ses emprunts en commençant par déprécier des recherches dont tout le monde reconnaît le mérite ».
Cela lui vaut une mise au point de Bernadau et une critique désobligeante, à la fois de l’auteur de l’ouvrage et de son sujet, en affirmant que « Lamothe est aussi peu intéressant que l’écrivain qu’il y apologise ». Il en profite pour préciser que lui-même, Bernadau, avait fourni à l’abbé beaucoup de matière pour son travail, en lui montrant d’ailleurs sa correspondance et il en concluait qu’il fallait « être soi-même un intrépide compilateur de vieilleries les plus pitoyables pour se permettre d’imprimer une autre singulière absurdité ». En 1846, La Mothe fait paraître un pamphlet reprenant ses accusations de plagiat, ce qui lui vaut une réponse de plusieurs pages, bien injurieuses.

3 février 1846 Suite du conflit avec Lamothe par un courrier à lui adressé
« C’est avec regret et que je prends la plume, Monsieur, pour vous adresser quelques observations sur une assertion étrange qui me concerne et qu’on lit à la fin de votre opuscule sur l’abbé Baurein. J’étais loin de m’attendre à cette assertion après les relations qui ont subsisté entre nous et en songeant que c’est de moi que vous tenez les quelques renseignements que vous publiez sur la personne de cet auteur. Vous devriez surtout n’avoir pas oublié mes communications obligeantes lorsque vous avez rapporté, comme vous étant adressée, partie d’une lettre qu’il m’écrivait en 1790 et dont je vous ai montré l’original. Ce n’est pas que je crois que nos rapports littéraires dussent mettre mes faibles préventions à l’abri de votre critique, mais je suis seulement surpris de ce qu’elle est hors des bornes de la loyauté, pour ne pas dire plus.
Bien que votre double assertion ne soit étayée d’aucune apparence de preuve et qu’il me suffirait d’y répondre par ces deux mots de Pascal à son jésuite, mentiris impudentissime, j’ai dû la repousser comme étant une injure gratuite.
Vous osez affirmer page 156 que mon Viographe est la reproduction presque textuelle et souvent la copie littérale des notices de Baurein sur les rues de Bordeaux dont je me donne le mérite à peu de frais et que j’ai cherché à dissimuler mes emprunts faits à cet auteur en dénigrant ses recherches dont tout le monde connait le mérite…. »

Suivent 5 pages de critiques, qui se terminent par : « Recevez, Monsieur, en revanche des incongruités de votre Baurein, mes justes salutations archéologiques ».

16 mars 1846 Critique de Jules Delpit
Monsieur Delpit, jeune auteur de Bordeaux, vient de publier un petit écrit de 12 pages intitulé : Notes biographiques sur les Messieurs Lamothe, anciens jurisconsultes de cette ville. Cette note est très superficielle et d’un faible intérêt, d’autant que Messieurs Lamothe, père et ses deux fils, étaient des avocats dont les talents n’ont pas fait grande sensation au barreau de Bordeaux dans le dernier siècle où ils ont vécu. Le premier, professeur de droit français, et ses deux fils ont publié en commun deux volumes de commentaires sur la Coutume de Bordeaux qui avait déjà été commentée en latin et en français par Automne, Bohier, Ferron, Lapeyreyre et Dupin. D’ailleurs, le travail de ces commentateurs est devenu inutile au pays. M. Delpit ne l’ignore pas, mais il a intérêt à faire croire qu’il peut encore servir au moins aux antiquaires parce que Messieurs Lamothe ont les premiers fait imprimer en patois gascon le manuscrit des anciennes coutumes que l’on suivait à Bordeaux avant qu’elles fussent réformées et mises en ordre en 1523. Il ne manque pas d’insister sur l’intérêt historique qui résulte de la publication de ce manuscrit des 13° et 14° siècle pour connaître d’anciens usages singuliers de nos bons aïeux, parce qu’il est un des trois archéologues qui ont entrepris de donner une nouvelle Histoire de Bordeaux d’après les registres de la jurade conservés depuis 1510 et qu’il lui importe de faire revivre le souvenir d’une entreprise qu’il voudrait réaliser. Nous en parlons plus à la page 227 des présents Mémoires. En attendant, nous disons au futur historien et à ses deux collaborateurs : Vous être orfèvre M. Josse. Vous persistez dans un projet malencontreux pour lequel le conseil municipal n’a pas voulu vous accorder aide et subvention, parce que vous ne pouvez donner au public bordelais que les restes des anciens matériaux que Lacolonie, Dom Devienne et votre serviteur ont laissé dans les archives de la ville comme n’offrant aucun intérêt aux lecteurs. Vous aurez beau présenter vos regrets en style mirobolant, on n’y verra que des vieilleries retournées et si vous vous hasardez d’imprimer à vos frais votre livre, vous en serez pour votre argent. Croyez-moi, renoncez à votre projet à moins que vous n’imitiez M. Rabanis. Il s’est arrêté après avoir publié 80 pages de l’Histoire de Bordeaux qu’il a promis depuis 11 ans et il vit tranquille et honoré sur sa réputation d’historiographe futur.

3 avril 1846 Quai vertical des Quinconces à la Douane
On commence avec le mois les travaux du quai vertical qui doit se prolonger sur le port depuis les Quinconces jusqu’à la Douane. Ce quai doit faciliter l’abordage et les chargements et déchargements des navires. On estime qu’il coûtera 4 millions pour le construire dans l’espace d’un an. Cette entreprise sera-t-elle plus utile que celle d’un dock que l’on avait proposé il y a deux ans ? Nos libre-échangistes n’ont pas encore dit leur mot sur cette question, sans doute parce qu’ils sont dépités de n’en avoir pas conçu le projet. Pour nous, nous réservons d’en parler lorsque la chose sera expérimentée, nous contentant actuellement d’enregistrer cette date historique.

1er mai 1846 Critique de Drouyn et Lamothe
Le graveur Drouyn vient de terminer son livre des types de l’architecture ancienne existant dans la Gironde. Ce livre est fort court et très cher. Il contient 50 gravures et 67 pages de leur explication qui se vend 60 F. La prose qui lui sert de description est de M. de Lamothe, le grand fabricant d’articles d’antiquités locales. Cet auteur est toujours lourd et peu instructif, comme le graveur. Leur opuscule a peu de débit, car ils publient qu’ils n’ont que 65 souscripteurs. Ils font sans doute ce pénible aveu pour exciter la commisération de leurs concitoyens.

Léo Drouyn publie Choix de types les plus remarquables de l’architecture du Moyen Âge dans le département de la Gironde, recueil de cinquante gravures à l’eau-forte, accompagnées d’un commentaire historique et descriptif fait par Léonce de Lamothe, secrétaire à la commission des Monuments historiques.

7 mai 1856 Notice nécrologique de l’acteur Lafon
Enterrement pompeux de M. Lafon, ex-tragédien célèbre qui s’était retiré à Bordeaux, sa patrie, où il est mort âgé de 72 ans. Comme il s’était jeté dans la dévotion et qu’il faisait des articles dans la Revue catholique, un prêtre et trois journalistes portaient les coins du drap mortuaire et le rédacteur du journal la Guienne a prononcé l’oraison funèbre du défunt. Le panégyriste n’a pas cru devoir rappeler au public que M. Lafon avait été membre d’un club à Bordeaux et qu’il avait entendu siffler sa tragédie de la mort d’Hercule dans laquelle il avait joué pour son début le rôle du centaure. Le lendemain de cette cérémonie, on a vendu par la ville deux discours composés en 1834 et 40 par le défunt, dont il avait prononcé le premier à l’inauguration de la statue de Corneille à Caen, et l’autre sur la tombe du célèbre tragédien Talma. La seconde de ces pièces est moins faible d’invention et de style que la première. Lafon est mort à l’âge de 72 ans et avait encore conservé dans leur entier ses facultés morales. Il avait formé à Bordeaux une petite société littéraire composée de dévots qui s’occupaient de littérature et y jouait assez bien son rôle.

Sur l’acteur Lafon, voir 6 janvier 1802.

7 octobre 1846 Critique de Grellet-Balguerie
M. Grellet-Balguerie, principal fournisseur des journaux, publie dans le Mémorial bordelais deux longs articles de prose descriptive qu’il intitule : Voyage de Bordeaux à Bayonne par les grandes Landes. Ces fragments sont passablement ennuyeux parce qu’ils n’offrent aucun intérêt et qu’ils sont écrits d’un ton soporifique et dans un style plus que négligé. Quoi que l’auteur parcourt fort lentement sa route depuis la commune de Talence jusqu’à celle de Saint Vincent d’Origne, le lecteur n’est nullement amusé dans son voyage, parce qu’on ne lui apprend rien de curieux ni de réjouissant sur le pays qu’il parcourt.

Louis-Charles Grellet-Balguerie a fait paraître en 1883 une « Biographie et Bibliographie » (14 pages) de lui-même qui commence ainsi :
GRELLET-BALGUEME (Louis-CHARLES), né à Bordeaux le 23 septembre 1821, élève du collège de cette ville, avocat à Bordeaux, se livra à l’élude de la Philosophie et de la Littérature, puis à celle de l’Histoire et de l’Archéologie. Il écrivit dans divers journaux de Paris et de Bordeaux, d’abord sous le pseudonyme de CHARLES BAL. C’est sous ce nom qu’il publia, à Bordeaux, en 1848, chez Balarac, imprimeur, un opuscule intitulé La vérité sur la fixation des Dunes (littorales du golfe de Gascogne), travail complété par un second essai imprimé, cette fois, sous le nom de l’auteur, en 1880, à Sauveterre-de-Guienne (Gironde), in-8°, Jean Chollet, éditeur. – Dans cet essai, il restituait au savant abbé Desbiey une partie de la gloire attribuée en entier à Brémontier. Le même auteur fit paraitre, sous son pseudonyme, dans le journal l’indicateur, de Bordeaux, un roman historique qui eut une véritable vogue locale Une larme du sire de Lansac, réimprimé quatre fois dans le Journal de Lavaur, l’Avenir de Blaye, la dernière fois en volume. Absorbé un moment par la politique, en 1848, cet auteur publia, en 1849, dans la Guienne historique et monumentale de M. Ducourneau , divers articles, entre autres Découverte et description de la crypte romane (XI- siècle) de la Libarde, près Bourg (Gironde)…..

13 octobre 1846 Critique du curé de Saint-Seurin
Le curé de Saint-Seurin publie une longue lettre dans nos journaux pour réfuter ce qu’a dit de peu révérencieux la commission des monuments historiques du département contre la prétendue relique de Saint Fort, qu’il soutient posséder dans son église et sur l’existence authentiques de ce saint qui continue à faire des miracles. On voit bien que ce prêtre prêche pour sa paroisse mais son sermon ne paraît pas devoir faire fortune.

31 octobre 1846 Visite du duc et de la duchesse de Nemours
Arrivée du duc et de la duchesse de Nemours à deux heures de l’après-midi par la route de Bayonne. Leurs altesses royales ont été reçues à deux lieux de la ville au lieu-dit de la Pyramide. Le maire les a complimentés sous un grand portique bien décoré. Alors le prince est monté à cheval, marchant à la droite d’une calèche découverte occupée par la princesse ayant à son côté sa dame d’honneur et sur le devant le général de la division et l’ambassadeur d’Espagne. Dans deux voitures suivantes étaient l’ambassadeur de France, le préfet, le maire, le commandant du département et des conseillers municipaux et préfectoraux. Devant et derrière suivaient la garde d’honneur bordelaise des princes et des détachements d’infanterie et de cavalerie. Le cortège a passé par les cours d’Aquitaine et d’Albret. Il a stationné sur la place du Hâ où le prince, placé sur l’avancée de l’hôpital, a assisté au défilé des troupes de lignes de la garnison puis s’est acheminé par la rue des Minimes vers l’hôtel de la Mairie où était préparé son logement. Leurs altesses royales ont reçu les félicitations des diverses autorités auxquelles le prince a fait des réponses avec beaucoup d’amabilité et d’aplomb. À six heures, il y a eu gala à la Mairie : il était de 50 couverts. Les augustes époux ont assisté ensuite à un bal paré qui a eu lieu au Grand théâtre, qui leur a été offert par la chambre du commerce et par la Mairie. Ils ont dansé avec beaucoup de grâce pendant deux heures. Il était brillant et plus ordonné que celui que la ville donna l’an dernier aux ducs de Nemours et d’Aumale. Toutes les édifices publics de la ville étaient resplendissants d’illuminations et la journée s’est passée fort tranquillement. Leurs altesses royales ont paru bien satisfaites de la réception qu’on leur a faite à Bordeaux. La jeune princesse s’efforçait pour sourire : elle a la gravité espagnole et n’est pas belle.

7 décembre 1846 Bernadau interrogé sur les débordements de la Garonne
L’ingénieur en chef du chemin de fer qui doit aller de Bordeaux à Cette me fait visite pour obtenir quelques renseignements sur la hauteur que les eaux pouvaient avoir atteint dans la première de ces villes lors de l’inondation qu’on y éprouva en avril 1770. Je lui ai communiqué le peu de détails que j’avais à cet égard et dont j’ai donné le précis dans ma Continuation de l’Histoire de Bordeaux qui a obtenu le prix au concours de l’académie en 1836 et dont j’ai publié deux éditions. Cet ingénieur, qui m’a paru un homme très instruit, a besoin de connaître quel fut l’étiage le plus élevé des eaux devant Bordeaux dans cette inondation qui a été la plus considérable du XVIIIe siècle, afin d’établir le sol de la gare qui doit être construite en Paludate à une hauteur qui met cette gare à l’abri des débordements à venir. Il m’a avoué qu’il n’a trouvé ni aux archives de l’hôtel de ville ni dans les bureaux de la marine aucune note sur l’inondation de 1770. Dans aucun temps les bordelais n’ont montré du zèle pour conserver les documents qui pourraient servir à l’histoire locale.

La Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à Cette (Sète) est l’un des plus ambitieux projet de développement des chemins de fer en France au milieu du xixe siècle, d’une longueur de 526 kilomètres, qui échoua après seulement une année, faute de fonds suffisants. La ligne devait progressivement rejoindre l’Atlantique à la Méditerranée, pour faire de la concurrence au canal du Midi et au canal latéral à la Garonne. Récupérée par les frères Péreire après la dissolution de la société en plein krach de 1847, le projet sera mené à bien par la Compagnie des chemins de fer du Midi.

7 décembre 1846 Abaissement de la place de la Comédie
Le conseil municipal de Bordeaux délibère que la place de la Comédie sera baissée d’un mètre afin de niveler la partie supérieure des fossés du Chapeau Rouge et qu’il y aura six marches à l’entrée du Grand théâtre. Cette décision est appuyée de l’opinion de plusieurs architectes qui ont intérêt à remuer des pierres dans les environs. Déjà il y a deux ans on a abaissé d’un tiers de mètre la même place sous le même prétexte et sans utilité. Le public ne partage pas l’opinion de nos architectes parce qu’elle amènera des dégradations pour l’entrée du Grand théâtre et pour ses péristyles latéraux et que nos réparateurs modernes ne respectent pas ce magnifique édifice.

13 décembre 1846 Critique de Moure et Lafargue
On publie une description très emphatique du nouveau Palais de justice de cette ville. On l’attribue à un jeune médecin nommé Moure. Dans un article concernant Montesquieu, le descripteur ayant estropié une inscription que j’ai publiée dans deux de mes ouvrages pour caractériser ce grand homme, j’ai écrit à l’imprimeur de cette description pour l’inviter à rectifier mes vers qu’il a dénaturés. Il ne m’a honoré d’aucune réponse, comme je m’y attendais. C’est un nommé Lafargue, ignorant de son métier et fripon par intérêt, qui n’imprime que des almanachs et des cantiques. Il vient d’être malmené ainsi que son auteur par les rédacteurs de L’homme gris, petit journal hebdomadaire qui critique souvent censément la sottise des écrivailleurs et même des fonctionnaires de cette ville.

23 décembre 1846 Bernadau  « Doyen » des historiens de Bordeaux
Un jeunes avocat sans cause nommé Grellet-Balguerie vient de publier deux longs articles de la biographie de Meste Verdié, ancien vannier de cette ville dont on a plusieurs pièces de poésie gasconne qui eurent une certaine vogue il y a 30 ans à Bordeaux. Le biographe, auquel j’ai communiqué quelques renseignements pour son travail, comme je le fais volontiers à beaucoup d’écrivailleurs souvent peu reconnaissants, m’a adressé quelques maussades compliments dans ses élucubrations en me gratifiant du titre de Doyen des littérateurs et des historiens bordelais. Il est malheureusement vrai que je suis le plus ancien barbouilleur de papier à Bordeaux, mais on ne peut pas m’appeler le doyen des historiens de cette ville car personne n’a travaillé sur son histoire depuis moi. Il existe seulement quelques prometteurs de cette histoire, tels que MM. l’abbé Sabatier, le professeur Rabanis, l’avocat Laferrière, le municipal Brunet, l’archiviste Detcheverry et le compilateur Delpit qui ont donné leur prospectus d’Histoire de Bordeaux dont ils promettent la publication depuis maintes années.

Louis-Charles Grellet-Balguerie a publié chez Coudert en 1846 : Essai sur les poésies françaises et gasconnes de Meste Verdié, poète sous le pseudonyme Charles Bal.
On trouve dans cette note un trait caractéristique de Bernadau : le titre de Doyen des historiens ne lui convient pas car il se considère comme LE SEUL historien de Bordeaux !

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