Année 1847

L’écriture de Bernadau devient de plus en plus difficile à déchiffrer et le manuscrit est parsemé de nombreuses taches.
Beaucoup de notes sont consacrées à ses règlements de compte avec les historiens de Bordeaux.

11 janvier 1847 Etrennes
La folie des étrennes a été comme l’an passé, ainsi que singularité des cartes de visite distribuées par des commissionnaires. Les perruquiers se sont distingués par des compliments plus ou moins singuliers affichés dans leurs boutiques pour exciter la générosité de leurs pratiques. Voici celui de notre barbier :
La barbe est un jardin que souvent on arrose,
Celui qui l’entretient mérite quelque chose.

11 février 1847 Latrines publiques aux Quinconces
On avait presque achevé de construire des latrines publiques à chaque extrémité orientale des promenades des Quinconces, lorsque des habitants, plus raisonnables que le maire qui avait ordonné ces constructions, les ont critiquées sans miséricorde dans les journaux. Le maire, sentant l’inconvenance d’une pareille décoration au milieu d’une belle promenade, a fait démolir ces latrines. Nous avons cru devoir noter un pareil fait pour montrer le goût qui dirige les embellissements de cette ville.

21 février 1847 Critique de la jeunesse
Malgré la surveillance de la police pour empêcher et faire punir les jeunes gens qui se permettent des gestes indécents dans les bals publics, on a arrêté aujourd’hui deux auteurs de danses échevelées au bal de la Comédie, qui était d’ailleurs assez bien composé, le prix des billets d’entrée étant élevé à cinq francs. La jeunesse d’à présent ne respecte plus rien parce qu’elle est mal élevée.

21 février 1847 Nouvelle critique de Rabanis
Dans cette semaine, un anonyme a appris dans le Mémorial bordelais qu’il s’était présenté plusieurs fois au cours public d’histoire universelle et qu’il n’y avait pas eu de leçon. Le lendemain, un avis également anonyme a appris au public de ce cours était suspendu sans en apprendre le motif ni l’époque où il serait repris. Les amis du professeur Rabanis disent qu’il a obtenu un congé pour aller à Paris où il va faire imprimer l’Histoire de Bordeaux qu’il avait annoncée en 1835 et dont il ne publia alors que 80 pages, sans prévenir ses souscripteurs de l’époque où il reprendrait.

24 mars 1847 Critique de Drouyn et de Lamothe
Il paraît en ce moment une brochure de 64 pages avec 12 lithographies qui portent le titre de : Quelques effets à ajouter à la description monumentale de Bazas, dessins par Léo Drouyn, membre de la société française pour la conservation des monuments, textes par M. Desmoulins, membre de l’institut des provinces, inspecteur divisionnaire de la société Française pour la conservation des monuments, de l’académie des sciences de Bordeaux. Ce pamphlet n’est autre chose qu’une nouvelle explication de quelques vieilleries que le graveur Drouyn a fait paraître sous le titre : Des monuments de sculpture historique de la Gironde, dont le paperasseur Lamothe avait donné les explications et qui sont de nouveau reproduites et redressées dans ce nouvel écrit, l’ancien ayant été mal accueilli l’an passé par le public. Ces quelques faits additionnels sont écrits avec beaucoup de prétention par le nouveau descripteur. Il s’appesantit, ainsi que son confrère le dessinateur, sur d’anciennes sculptures qui ne sont d’aucun intérêt pour l’art non plus que pour l’histoire locale et dont le public n’a pas accueilli avec bienveillance la fastidieuse description.

30 mars de 1847 Accident du chemin de fer à La Teste
Un accident, arrivé au chemins de fer lorsque que les wagons arrivaient à La Teste, vient d’occasionner de graves blessures à six voyageurs dont un a eu les deux cuisses cassées. De pareils événements qui se reproduisent fréquemment sur cette route périlleuse feront qu’elle deviendra déserte et que son établissement tombera en discrédit. Les actions de ce chemin de fer qui étaient de 500 F lors de leur première émission sont en ce moment baissées à 80 F.

6 avril 1847 Rue des Andouilles / rue de la Crèche
Arrêté du maire qui déclare qu’à dater du 1er mai prochain, la rue des Andouilles portera le nom de rue de la Crèche afin de faire disparaître le nom ridicule et de faire honneur à un établissement philanthropique formé dans cette rue. Cette explication est assez singulière, car il n’est pas plus ridicule d’avoir une rue des Andouilles qu’une rue des Trois Conils, qu’une ruelle des [illisible] et qu’une allée d’Amour. Au reste, on ne sera pas bien fixé sur la formation de l’établissement philanthropique d’une crèche car dans tous les dictionnaires, une crèche est une mangeoire pour les bœufs et autres animaux domestiques. Ce n’est que depuis peu d’années qu’on a donné ce nom à un établissement de charité où l’on garde les enfants du premier âge que des mères pauvres ne peuvent pas nourrir chez elle.

Cette rue a connu antérieurement, comme beaucoup de rues de Bordeaux, de nombreuses dénominations. Connue au XIVe siècle comme rue Columbeyra, elle devient rue des Andouilles vers la fin du XVIIe siècle lorsqu’un charcutier, qui s’était établi dans cette rue, eut une grande vogue pour la préparation des andouilles. Elle reliait la rue des Menuts et la rue Maucaillou, dans laquelle était un puits auquel venait tirer de l’eau le voisinage du quartier Saint-Michel. En 1847 elle deviendra rue de la Crèche et en 1927 rue Ulysse Despaux, du nom d’un comédien régional à succès qui fonda même un cabaret artistique dans l’hôtel Sarget, cours de l’Intendance sous l’enseigne Bordeaux chez lui.
Un fait divers marquant l’a rendue célèbre en 1787.

7 mai 1847 La crèche de la rue des Andouilles
Ouverture de la première crèche établie à Bordeaux. Son siège est dans la rue des Andouilles dont on a changé le nom à cette occasion ainsi que nous l’avons remarqué à la page 380. On entend actuellement par crèche une maison de charité où l’on reçoit les enfants des pauvres femmes, depuis leur naissance jusqu’à l’âge de deux ans et l’on veille sur eux au moyen des berceuses que l’établissement soudoie. Les mères sont seulement obligées d’aller trois fois par jour à cet établissement pour donner à téter à leurs enfants. Par ce moyen, elles peuvent vaquer aux travaux de leur ménage et exercer une profession sans être obligées de les surveiller. Les dépenses des crèches sont couvertes par des souscriptions volontaires faites ou recueillies par les dames pieuses qui ont rejoint l’administration de l’établissement et qu’on appelle dames patronnesses. C’est un mot ancien de la langue auquel on a donné une acception nouvelle.

16 mai 1847 Nouvelle critique de Lamothe
Notes historiques sur le monastère des Feuillants de Bordeaux, tel est le titre de du 25e livret archéologique que vient de publier le fécond M. Lamothe. Il y apprend qu’il se propose de faire l’histoire de tous les couvents d’hommes et de femme qui ont subsisté à Bordeaux, travail qu’il prétend en faire des pages extrêmement importantes pour les annales de cette ville. Peu de gens partagent cette opinion surtout en lisant la petite brochure de 46 pages que nous indiquons ici et qui est on ne peut plus ennuyeuses par les détails que l’auteur fait des revenus et des dépenses des Feuillants, des fondations pieuses faites dans leur couvent, des sépultures qu’ils y ont vendues à divers particuliers, des réparations à diverses chapelles. Rien n’est moins historique et plus fastidieux que les détails ridicules de pareille minutie.

5 juin 1847 Contributions à l’Echo de la Gironde
On m’a sollicité de donner quelques mélanges littéraires pour un petit journal qui paraît à Bordeaux sous le titre de l’Echo de la Gironde qui se meurt d’inanition. Cédant à ces sollicitations, j’ai commencé hier à faire insérer mes articles dans ledit journal sous le titre de Mélanges bordelais. Cela distrait ma vieillesse. Les articles sont en forme de lettre au rédacteur et sont datés de Gironde près La Réole dont je me dis ancien bourgeois. Voici l’indication sommaire de leur objet :
De la ville de Gironde numéro du 24 juin
Notice sur un troubadour de Blaye numéro du 1er juillet
Médaille rare de Montesquieu Numéro du 11 juillet
Notice sur l’imprimeur Millanges numéro du 18 juillet
Sur des briques romaines fabriquées en Gironde, numéro du 23 juillet
Sur le palais de l’Ombrière, numéro du 29 juillet 1847.

L’Écho de la Gironde, Journal des intérêts industriels et commerciaux, judiciaire, scientifique et littéraire semble n’être paru qu’en 1847.

31 juillet 1847 Nécrologie élogieuse de M. Roullet
On a célébré hier avec la pompe prescrite les obsèques de M. Roullet, premier président de la cour royale. C’était un ancien avocat saintongeais qui passait pour un jurisconsulte très instruit, homme probe et excellent citoyen. Il avait été appelé à la présidence de la cour pour avoir fait preuve de loyauté et de courage lors des élections de 1830, en refusant hautement de voter pour le maire de Bordeaux que le parti légitimiste avait porté sur la liste de ceux qu’ils appelaient les candidats du gouvernement. Le vicomte du Hamel, alors maire de Bordeaux, qui était porté sur cette liste, destituât de ses fonctions d’avocat de la ville M. Roullet qui se borna à publier sa lettre de destitution avec une vigoureuse réponse que nous avons cru devoir publier dans notre Histoire de Bordeaux. Dans son acte de décès, on ne lui donne que 78 ans. Nous qui avons été son condisciple aux écoles de droit et qui avons été lié avec lui, nous assurons qu’il n’avait tout au plus que trois ou quatre ans de moins que moi. Au reste, le défunt a conservé l’exercice plein et actif de toutes ses facultés jusqu’à sa mort et il a rempli jusqu’à sa dernière maladie les devoirs de sa magistrature.

11 octobre 1847 Abaissement de la place de la Comédie
On travaille à baisser d’un mètre le pavé de la place de la Comédie et de ses deux côtés de manière que le Grand théâtre sera nécessairement entouré de six à huit marches ce qui lui donnera un aspect plus majestueux. Ce petit embellissement coûtera au moins 60 000 F, ce qui est beaucoup trop cher pour un [illisible]. Mais la ville a confié la direction de ces travaux publics à un architecte parisien, M. Devannes qui est fertile en projets dont la réalisation est plus utile à sa fortune qu’au public qui doit payer ces entreprises dispendieuses.

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