Année 1850

 

Les notes de Bernadau, maintenant âgé de 88 ans, perdent de leur intérêt : il se répète (voir l’histoire du deuxième prénom de Montesquieu, déjà largement évoquée les années précédentes) et il rabâche ses querelles, contre Arnaud Detcheverry en particulier.

3 janvier 1850
Une habile violoniste nommée Thérésa Millalo (?) exécute ici plusieurs beaux morceaux de musique espagnole qui sont fort applaudis par nos dilettantes. On a remarqué qu’elle se servait d’un archet presque aussi grand qu’elle, et qu’elle le déployait dans toute sa longueur.

23 février 1850 Le testament de l’abbé Chaminade
On a inhumé il y a quelques jours à Bordeaux un abbé Chaminade, prêtre qui a fait beaucoup de bruit et surtout une belle fortune, quoiqu’il ait été inhumé sans aucune pompe et que ses confrères ont presque été sur le point de le priver de la sépulture. Il a le premier fondé dans cette ville au commencement de ce siècle une réunion mi-politique et mi-pieuse connue sous le simple nom de la Congrégation, qui se tenait dans l’ancienne église du couvent de la Madeleine, rue Lalande. Au moyen des dons qu’il extorquait à des dévots légitimistes, il était parvenu à acheter tout l’enclos de cet ancien couvent. À l’approche de l’heure de sa mort, les hommes marquants dans cette congrégation, joints à ceux d’une qui existe depuis quelques années à l’ancienne chapelle de Saint Jacques, rue du Mirail, se réunirent pour s’assurer quelles dispositions testamentaires il a fait pour que les propriétés qu’il avait acquises des fonds de sa congrégation leur fissent retour. Ils surent que, n’ayant pas fait de testaments, elles seraient de droit acquises à ses héritiers naturels. Ils le forcèrent de faire un testament pour la moitié de ses propriétés à un prêtre qui desservait avec lui à l’église de la Madeleine, lequel s’engagerait devant la congrégation assemblée de lui conserver ce legs. Étant menacé de n’être pas inhumé canoniquement s’il ne consentait pas à se conformer à ce testament, il l’a exécuté mais ses héritiers, qui sont périgourdins et par conséquent très cupides, veulent faire casser ce testament. Cette affaire fait beaucoup de bruit ici dans une certaine classe. Nous en ferons connaître l’issue quand elle se consommera pour l’édification des bonnes âmes.

Le bienheureux Guillaume-Joseph Chaminade, né à Périgueux le 8 avril 1761 et mort à Bordeaux le 22 janvier 1850, est le fondateur de la Société de Marie (Marianistes). Il a été béatifié le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II.

22 mars 1850 La sorcière de la rue Naujac
La prétendue sorcellerie de la rue Naujac qui émerveillait les bonnes gens de nos faubourgs vient de prendre. C’était une petite servante d’un habitant de cette rue qui jetait des pierres dans la cheminée et contre les vitres de la maison où elle servait pour faire peur à sa maîtresse, pensant qu’elle ne ferait pas attention, ayant d’ailleurs mauvaise vue. On est parvenu à lui faire avouer ses petites espièglerie qui l’amusait par la peur que cela causait au quartier qui croyait y voir une opération de sorcellerie. Cette mauvaise farce avait fait mettre en prison deux voisins qu’on n’en supposait les auteurs. La servante a été remplacée pour un mois.

24 mars 1850 Inauguration des bustes de Saint André (voir 9 mars 1845)
On a inauguré aujourd’hui à l’hôpital Saint André les bustes de quatre de ses principaux bienfaiteurs : Vital Carles, qui le fonda en 1492, le président Bohier qui y fit une belle restauration en 1539, le duc de Richelieu qui lui fit don du majorat de 50 000 francs dont l’assemblée nationale l’avait gratifié en 1820 et M. Johnston négociant qui légua 350 000 francs en 1838 aux hospices.

24 mars 1850 Histoire des israélites de Bordeaux
M. Detcheverry, archiviste de la Mairie de Bordeaux, vient de publier une petite brochure de 116 pages intitulée Histoire des israélites de Bordeaux. C’est tout bonnement l’énumération des moyens employés par les juifs pour s’établir à Bordeaux depuis deux siècles. Ce n’est pas là de l’histoire. Ce travail a été commandé à l’auteur par les juifs dont le plus huppé en a pris 100 exemplaires. L’ouvrage est d’ailleurs faiblement écrit. Il est de la façon d’un fournisseur d’articles des journaux de Bordeaux, qui promet depuis six ans une chronique de cette ville.

7 mai 1850
Detcheverry vient de découvrir dans les archives de la ville dont il est gardien des notices sur les marchands juifs qui avaient obtenu dans le siècle dernier de s’établir à Bordeaux et il publie ces petits faits dans un livret de 100 pages sous le titre imposant et mensonger d’Histoire des israélites de Bordeaux. Il n’y a rien de vraiment historique dans cette compilation, soit relativement au fait remarquable de ses héros, soit à l’établissement de leurs synagogues, soit concernant les juifs bordelais qui ont cultivé les lettres ou les arts. On dit que cet opusculine va ouvrir à son auteur les portes de notre académie qui n’est pas difficile dans le choix de ses membres.

Cette Histoire des israélites de Bordeaux a été publiée en 1850 chez Balarac jeune.

6 septembre 1850 Pétrin mécanique
Un boulanger de cette ville annonce qu’il vient d’inventer ce qu’il appelle un pétrin mécanique au moyen duquel il fait de meilleurs pains que celui qu’on fabrique par les procédés usités de temps immémorial dans l’univers connu. Conservons à cet événement le nom de ce nouvel inventeur : il s’appelle Brun.

7 septembre 1850 Statues de Montaigne et de Montesquieu
On procède aujourd’hui à indiquer sur le terrain des ci-devant allées de Tourny l’endroit où seront élevées les statues de Montaigne et de Montesquieu pour lesquelles le conseil municipal de Bordeaux a ouvert une souscription en 1835. Ces monuments seront donc enfin terminés dans quelques mois et, grâce aux recherches que j’ai faites et qui sont consignées dans le Courrier de la Gironde du 17 août 1849 sous le titre de Notice sur une médaille inédite de Montesquieu, on ajoutera sur le socle de sa statue le prénom de Louis à celui de Charles qui était seul donné dans tous les portraits et articles de biographie concernant l’auteur de l’Esprit des lois.

8 septembre 1850 Accident d’aérostat
L’ascension d’un aérostat portant un homme et un cheval a eu lieu dans la maison de plaisance de Bordeaux nommé Vincennes. L’expérience, commencée d’une manière satisfaisante, s’est terminée bien malheureusement. Celui qui l’avait entreprise, voulant aller à Cestas, commune des Landes à 6 lieux de Bordeaux, a été précipité de sa nacelle et s’est tué en tombant. C’est un anglais nommé Gate qui avait fait plusieurs expériences à Bordeaux et à Paris et avait même traversé la Manche, mais sans cheval comme aujourd’hui.

2 octobre 1850 Emplacement des statues de Montaigne et de Montesquieu
J’ai consigné dans le Courrier de la Gironde de ce jour un article concernant le placement des statuts de Montaigne et de Montesquieu qu’on va incessamment inaugurer à Bordeaux et sur la nécessité d’y apposer une inscription qui fasse connaître leur âge et les titres de leurs ouvrages qui leur a valu leur renommée. On était incertain sur le lieu de leurs placements et l’on n’indiquait simplement que leur nom ce qui était insuffisant pour la multitude et d’un autre côté on voulait mettre ces deux statues sur une même place. Je propose pour les recevoir l’hémicycle des Quinconces et la place Bourgogne.

21 octobre 1850 Télégraphe électrique
Première expérience d’un télégraphe électrique établi du Verdon à Bordeaux par la chambre de commerce qui communique les entrées des navires en Garonne dans une minute. On s’accorde à regarder cet établissement comme coûtant plus qu’il ne vaut.

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