Année 1851

L’année 1851 voit le coup d’Etat du 2 décembre.
Bernadau en profite pour faire état des 10 révolutions auxquelles il aura assisté depuis 1789. Le début de ce Revolutiana se trouve page 582, puis il faut revenir aux pages 579, 566, 551, 530 et 532 (qu’il annonce 552). La fin de cette note est annoncée page 532 bis

8 janvier 1851 Etrennes
L’étalage des sucreries et objets d’étrennes a été plus considérable cette année que la précédente mais leurs ventes ont été moins fortes, ce qui ne prouve pas en faveur de l’invention de notre république qui est très économe de ses faveurs mêmes en fariboles, bien que ses partisans vantent beaucoup les biens qu’elle doit procurer un jour à ceux qui y croiront.

25 janvier 1851 Bernadau satisfait des déboires de Rabanis
Le maire de Bordeaux se transporte au lieu où se faisait le cours public d’histoire ancienne par M. Rabanis, doyen de la faculté des lettres de l’académie universitaire de cette ville et déclare ce cours provisoirement suspendu et son professeur révoqué de ses fonctions par un décret de M. le président de la république. Ce M. Rabanis s’est attiré cette disgrâces par les principes anarchiques qu’il débite dans ses leçons, par sa conduite à Bordeaux au commencement de la révolution de 1848, ayant alors présidé un club de socialistes, et par un discours révolutionnaire qu’il prononça à la dernière ouverture des cours publiques de l’université. Cet homme est aussi impudent qu’imprudent et se croit un personnage important en tous genres. En 1835, ayant proposé une Histoire de Bordeaux dont il n’a jusqu’à présent publié que cinq feuilles d’impression, il se donna des airs de supériorité en tout genre qui le fit élire à l’académie et au conseil municipal de Bordeaux où sa voix était prépondérante en tous genres de discussion. À l’époque de la révolution de 1848, il prêcha hautement le socialisme et se proposa publiquement pour candidat à la représentation. Depuis, son charlatanisme a été découvert et méprisé, son dernier échec l’a tout à fait déconsidérer et il est tombé dans le mépris qui voit frapper les intrigants.

Le discours en question est sans doute : Rapport sur les travaux de la Faculté des lettres de Bordeaux pendant l’année classique 1849-1850, lu par M. Rabanis, doyen de la Faculté, à la séance solennelle de rentrée, le 4 novembre 1850, impr. de H. Faye, 1850.

4 février 1851 Une centenaire à Bordeaux
Nous croyons devoir enregistrer ici un phénomène que nous n’avons pas encore vu arriver à Bordeaux : il est mort aujourd’hui à l’hospice une vieille femme nommée Philippine Murat, âgée de 109 ans.

20 février 1851 Le dernier ouvrage publié par Bernadau
On publie en ce moment un Supplément au catalogue de la bibliothèque publique de Bordeaux, classe d’histoire. Le conservateur de cet établissement, qui ne s’entend qu’à bien y aligner les livres dans les rayons, m’ayant demandé quelques notes sur l’ancien état de cette bibliothèque, je lui ai fourni une notice historique sur M. Bel qui donna, en 1726, à l’académie de Bordeaux sa bibliothèque composée de 1500 volumes et l’hôtel qu’il occupait rue Saint Dominique, sous la condition que cette société y tiendrait ses séances et qu’elle laisserait au public la jouissance de sa bibliothèque. Cette notice est divisée en trois paragraphes dont l’un contient la vie de M. Bel, l’autre l’indication des ouvrages qu’il a publiés et le troisième un coup d’œil sur les accroissements que cette bibliothèque a reçus depuis sa fondation. Mes diverses recherches à ce sujet apprendront au public bordelais bien des particularités qu’il ignorait sur cette intéressante fondation dont personne ne l’avait jusqu’à présent informé. Nos petits bavards académiques récompenseront probablement mon travail de leurs critiques, parce que j’ai eu le premier l’idée de célébrer avant eux un établissement éminemment patriotique qu’ile ne visitent pas assez pour leur instruction.

Notice historique sur la fondation et les accroissements successifs de la bibliothèque de Bordeaux (en collaboration avec J.J. Delas), Bordeaux, 1850, est le dernier ouvrage publié par Pierre Bernadau.

5 mars 1851 A nouveau le « triolet » d’historiens
Il circule actuellement à Bordeaux les vers suivants qui, par leur nature anecdotique, nous paraissent mériter d’être inhumés dans l’histoire du jour :
Triolet sur la concurrence que se font les futurs historiens de Bordeaux pour l’instruction publique.

« Depuis sept ans, Brunet, Detcheverry, Delpit,
Pour faire un livre, ont mis en commun leur esprit,
Et le tout Bordeaux ne peut qu’applaudir au projet,
Que méditent Delpit, Detcheverry, Brunet,
Espérons que dans peu, nous lirons, Dieu merci,
L’Histoire de Brunet, Delpit, Detcheverry,
A moins qu’advienne avant celui que Rabanis,
Aurait, depuis seize ans, aux souscripteurs promis. »

22 mars 1851 Les statues de Montaigne et de Montesquieu
Une commission nommée dans le sein du conseil municipal de Bordeaux pour déterminer le lieu où seront placées les statues de Montaigne et de Montesquieu a décidé qu’elles seraient élevées à chaque bout des ci-devant allées de Tourny. Elle apprend en même temps que les deux souscriptions formées depuis 15 ans pour les frais de ces deux monuments n’ont recueilli qu’une somme de 65000 F et qu’il faut encore 22 000 F pour solder toutes les dépenses. Ce petit incident va retarder l’inauguration de ces deux statues qui nous semblent plus chères qu’on le croyait. Quoiqu’il en arrive, nous croyons que l’opinion de la commission municipale sur le placement des susdites statues sur la chaussée de Tourny ne devrait pas être adoptée, 1 parce que sur la place de Tourny où aboutit cette chaussée est déjà érigée la statue de Tourny et que par conséquent il ne faut pas accumuler nos chefs-d’œuvre sur une même ligne; 2 qu’il conviendrait mieux de les placer séparément sur deux places publiques du port où elles frapperaient les premiers regards des étrangers qui y aborderaient soit par le haut ou le bas de la rivière, soit par les grandes routes des côtes de l’océan ou de Paris, ainsi que nous l’avons proposé l’an passé dans les journaux, c’est-à-dire sur le quai vertical et sur la place Royale ou celle de Bourgogne.

20 mai 1851 Antiques place Puy Paulin
En fouillant la terre de la place Puy-Paulin où l’on abaissait le sol au niveau des rues de l’Intendance et de la Porte-Dijeaux, on a découvert diverses antiques plus ou moins bien conservés mais qui tous sont d’origine romaine. Ce sont des inscriptions latines, des fragments de colonnes, des tumulus, des vases et quelques monnaies gauloises impériales et d’Aquitaine. On a transporté tous ces débris au musée de la ville pour y être déchiffrés par les archéologues bordelais lorsqu’ils en auront le loisir ou le talent. Ce qu’il y a de positif pour ces divers antiques, c’est qu’ils ont été trouvés sur le terrain de l’ancien campaure où passait le mur de clôture du Nord de l’ancienne Burdigala du temps des Romains et qu’ils doivent avoir tété démolis aux temps que cette ville fut saccagée par les Visigoths et qu’ils furent enfouis en cet endroit lorsqu’au 10e siècle les ducs d’Aquitaine firent reconstruire les murs d’enceinte de Bordeaux avec les débris de ses anciens monuments romains. Nous reviendrons sur cette découverte quand elle aura été dûment emmagasinée au musée.

12 août 1851 Eaux des fontaines insalubres
Un arrêté du maire proscrit à Bordeaux la vente des eaux de la fontaine de Laroche comme ayant été déclarées insalubres et malsaines par la commission de salubrité publique. Il n’est pas inutile d’observer qu’il y a plus de 20 ans que ces eaux se vendaient publiquement dans cette ville comme celle de la fontaine de Figueyreau dont les sources sont voisines.

9 septembre 1851 L’institutrice Hétier, rue des Menuts
J’ai inséré dans le Journal d’éducation que publie un instituteur de Bordeaux un article qui fait connaître une institutrice de cette ville qui y enseignait aux jeunes gens la langue latine dans le dernier quart du XVIIIe siècle. Cette institutrice nommée la demoiselle Hétier tenait une pension renommée rue des Menuts. C’est un petit phénomène littéraire qu’une pareille institutrice et j’ai cru devoir en conserver la mémoire.

1er novembre 1851 Dernière publication
Il paraît dans le cahier de la deuxième année du Journal d’éducation un article de ma composition concernant une Notice historique sur les théâtres dramatiques ouverts à Bordeaux jusqu’à présent.

Cet article sera la dernière publication de Pierre Bernadau.

6 novembre 1851 Une note émouvante
Mon petit neveu Alfred Lafaurie est parti aujourd’hui pour aller chercher fortune en Amérique, attendu qu’il y est forcé par suite du dérangement survenu dans le commerce de son père. Il se rend à la Nouvelle-Orléans où il espère, comme tant d’autres jeunes gens, trouver de l’emploi en qualité de commis et parvenir à être associé aux affaires de quelque marchand ou négociant dont l’industrie aura prospéré dans cette contrée qui offre beaucoup de ressources à l’homme laborieux et probe. Je fais des vœux pour son succès. Il se rend en ce moment à Pauillac pour embarquer sur le navire l’Attica, capitaine Laulan. Je lui a payé son passage pour vivre dans la chambre de ce navire avec 17 autres passagers. Il emporte une petite pacotille en vins, liqueurs, confitures, oiseaux et quelques recommandations à de bonnes maisons de New Orléans.
Étant déjà nonagénaire, je ne peux pas espérer de le voir revenir encore favorisé dans ces entreprises ; mais je mourrai content si j’apprends qu’il a trouvé quelque appui des protecteurs qu’on lui promet et s’il est en position d’un état qui lui donne les moyens de revenir vivre heureux et tranquille auprès de son père et de sa mère. Que Dieu leur donne à tous bonne santé et un très heureux avenir !!! Je n’ai pas joui de ce double avantage, un peu par leur faute, mais je leur pardonne de bon cœur. J’ai voulu leur bonheur que je leur ai toujours désiré et auquel j’ai tâché de contribuer par mes avis et par mes sacrifices personnels. Adieu !

20 novembre 1851 Burguet et le comte de Peyronet à l’Académie de Bordeaux
Séance publique de l’académie des sciences de Bordeaux pour la réception de M. Burguet, jeune médecin, et de M. le comte de Peyronet, ancien avocat puis ex-ministre de la justice sous Charles X. Ces deux hommes doivent bien être étonnés de se trouver ici réunis. L’un est un savant modeste, citoyen utile, paisible et vertueux ; l’autre est un esprit ambitieux, homme politique dans toute la force du terme, avide d’honneurs et d’argent, déchu de places éminentes et perdu de réputation. Ils ont chacun prononcé un discours différent dans leur sujet et qui n’intéressait que leur amour-propre. Le médecin a voulu prouver que les progrès de l’hygiène ont contribué à développer la civilisation en Europe. L’autre a fait l’histoire littéraire de Bordeaux tout en prétendant qu’il a mérité d’y occuper une place et qu’il occupe à présent à l’académie le fauteuil de Montesquieu.

3 décembre 1851 Une 10° révolution
On apprend aujourd’hui à Bordeaux par la voix du télégraphe une nouvelle bien extraordinaire et à laquelle on était très éloigné de s’attendre ; c’est une 10e révolution qui vient de s’opérer en France. Par suite d’une mésintelligence qui régnait depuis quelques jours entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif de la république française, hier mardi matin du présent mois, M. Louis Napoléon Bonaparte, président de ladite république, a décrété qu’il abolissait l’assemblée nationale et qu’il faisait un appel au peuple français pour être autorisé à réviser lui-même sa constitution. En conséquence, il a fait fermer le lieu des séances du corps législatif, a supprimé le conseil d’état qui était chargé de préparer les projets des principales lois, renouvelé son ministère, arrêter et conduire dans les prisons de Paris les députés et généraux appartenant aux divers partis qui lui étaient hostiles, nommé une commission de 172 membres qu’il appelle auprès de sa personne pour lui servir de conseillés intimes, fait un appel au peuple en comice pour être autorisé à réviser lui-même la constitution actuelle de la république. En attendant, tous les départements de France sont mis en état de siège.

Le coup d’État du 2 décembre 1851 est l’acte par lequel, en violation de la légitimité constitutionnelle, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française depuis trois ans, conserve le pouvoir à quelques mois de la fin de son mandat, alors que la Constitution de la Deuxième République lui interdisait de se représenter.
Le matin du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte édicte six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République.

30 décembre 1851 Neveu Alfred
Mon neveu Alfred débarque à la Nouvelle-Orléans en bonne santé. Il a trouvé une place lucrative chez un confiseur grâce aux bons offices qu’il a reçus de M. Seignouret, négociant de cette ville.

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