Année 1852

La dernière page des Tablettes date d’avril 1852 ; c’est la page 589 du Tome XII, la 5611° page des Oeuvres héréditaires de Pierre Bernadau.
Elle est consacrée à une délibération du Conseil municipal au sujet d’une « souscription pour l’édification d’une statue en l’honneur de feu Claude Deschamps qui a fait exécuter le pont de Bordeaux » (9 avril), à l’annonce de la saisie, par le préfet, du Courrier de la Gironde et du Journal du Peuple ainsi qu’à un incendie chez un cafetier de la rue Delerm (15 avril). Les dernières lignes sont du 18 avril, six jours avant sa mort : « Seconde séance publique à l’hippodrome pour la distribution des prix de la course aux chevaux. Les concurrents étaient nombreux, d’autant qu’il y avait un prix de 3000 et un de 2000, tandis que ceux de l’Académie des Sciences ne passent pas 600 francs ».
Que le dernier mot écrit de Bernadau dans ses chères Tablettes soit « francs », sonne comme un ultime clin d’oeil pour un auteur en mal de souscriptions !

1er janvier 1852 Te Deum pour le Président de la République
On chante aujourd’hui un beau Te Deum à la cathédrale à l’occasion de l’élection de M. Louis Napoléon Bonaparte en qualité de président de la république française. Il marche sur les traces de son oncle qui s’empara du pouvoir par un coup d’état qu’il frappa en impromptu le 9 novembre 1799.

7 janvier 1852 L’abbé O’Reilly
J’ai reçu aujourd’hui la visite du curé de Montferrand, M. O’Reilly, qui se propose de publier une Histoire [illisible : de Bordeaux sans doute] pour l’exécution de laquelle il me demande de l’aider de quelques recherches. Ce n’est qu’un impudent charlatan qui, ayant publié une notice historique sur l’arrondissement de Bazas qu’il a habité et un autre pamphlet sur la chapelle de Verdelais, se croit appelé à remplacer M. Rabanis qui paraît avoir renoncé à continuer l’Histoire de Bordeaux dont il avait publié une livraison de 80 pages en septembre 1835.

Patrice-John O’Reilly est un ecclésiastique catholique d’ascendance irlandaise qui fut curé de Saint-Côme (Gironde), près de Bazas, dans le département de la Gironde en France, de 1823 à 1843.
Il quitta ce ministère au profit de celui de Saint-Louis-de-Montferrand près de Bordeaux.
Passionné d’histoire, il écrivit et fit paraître quelques essais historiques ayant trait à la région où il vécut et exerça son sacerdoce.
• Essai sur l’histoire de la ville et de l’arrondissement de Bazas (depuis la conquête des romains dans la Novempopulanie jusqu’à la fin du 18e siècle), 1840, éd. J. Labarrière, Bazas, 470 p.
• Histoire de Verdelais, ou Voyage descriptif, historique et pittoresque à l’antique monastère du Luc, dans le diocèse de Bordeaux, 1844, éd. J. Labarrière, Bazas, 387 p.
• Histoire complète de Bordeaux, 1857-1860, 6 vol. in-8°, éd. J. Delmas, Bordeaux7 mars 1852 Duel entre les jeunesses de Saint Seurin et des Chartrons

7 mars 1852 Duel entre les jeunesses de Saint Seurin et des Chartrons
La police a empêché des duels à coups de bâtons qui devaient avoir lieu entre eux les Saint-Surinais et les Chartronais suivant un ancien usage. Nous rappelons ce fait proposé quoiqu’il ne soit pas accompli comme une ancienne coutume pratiquée autrefois entre la jeunesse des deux paroisses voisines sans pouvoir entendre raison comme de tant d’autres vieilleries.

29 mars 1852 Evocation de l’Empire
Ouverture solennelle du corps législatif composé d’après la nouvelle constitution décrétée par le prince président de la république française. Cette cérémonie s’est bornée au discours prononcé par Mgr Bonaparte et par la prestation du serment prescrit aux membres du Sénat et de la chambre des députés des départements qui étaient tous dans un costume brillant qui leur était prescrit par des décrets présidentiels. Dans son discours, le prince président a parlé avantageusement de la révolution que les malheureuses circonstances l’ont contraint de faire pour le bien de la France qui fait constamment l’objet de ces soins mais renonce à refaire l’Empire à moins que des entreprises hostiles de la part des factions ne viennent lui commander cette mesure.

29 mars 1852 Dernière pique à Lamothe
Notre trop fécond archéologue M. Lamothe vient de publier le 39e pamphlet historique dont il enrichit la littérature bordelaise depuis 10 ans qu’il s’est chargé d’ennuyer le public de ses élucubrations. Cette nouvelle rapsodie est intitulée : Du couvent des Grandes Carmes de Bordeaux. Il y rappelle ce que les chroniques bordelaises ont fait connaître sur la fondation de ces couvents et les inscriptions que tout le monde a pu lire dans son église. Toutes ces recherches d’érudition inutile sont enfermées dans un cahier de 14 pages.

29 mars 1852 Dispensaire homéopathique
Ce mois a vu se former à Bordeaux le plus étrange des établissements. C’est un cabinet de consultations hygiéniques que donnent gratuitement des médecins sans malades et sans remèdes. Leur cabinet est décoré du titre de dispensaire homéopathique. Une pareille dénomination exige une explication toute particulière. Il y a une vingtaine d’années qu’un médecin allemand imagina la méthode singulière d’administrer les remèdes en commençant par les plus petites doses qu’il augmentait progressivement et il appela cela homéopathie. Elle trouve des partisans en France où la nouveauté est toujours bien accueillie quelque bizarre qu’elle soit. C’est cette méthode qu’on pratique au dispensaire homéopathique de cette ville. Nous ignorons s’il a bonne clientèle. Pour l’entretenir, il ne manque pas d’annoncer des consultations gratuites dans les journaux deux fois par semaine. Ce mode fait un peu charlatan. Mais qui ne l’est pas dans un pays qui a changé 11 fois de gouvernement dans l’espace de 63 ans ?

9 avril 1852 Une statue pour Claude Deschamps
Le conseil municipal de Bordeaux souscrit pour la somme de 1500 F à l’occasion d’une statue que la petite ville se propose d’élever en l’honneur de feu Claude Deschamps, né dans ses murs et qui a fait exécuter le pont de Bordeaux lorsqu’il était ingénieur en chef du département de la Gironde.

15 avril 1852 Eloge des Orléans sanctionné
Le préfet fait saisir le Courrier de la Gironde et le Journal du peuple car ces deux journaux parlent avec éloge de la famille d’Orléans.

18 avril 1852 Dernière note des Tablettes
Seconde séance publique à l’hippodrome pour la distribution des prix de la course aux chevaux. Les concurrents prétendants étaient nombreux, d’autant qu’il y avait un prix de 3000 F et un de 2000, tandis que ceux de l’académie des sciences ne passent pas 600 F.

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