Le passage de Napoléon à Bordeaux en 1808 dans les Tablettes

ARC NAPOLEON
3 janvier 1807 Place Napoléon
La place des Salinières vient d’être appelée place Napoléon. Il est question d’élever un monument à l’Empereur sur la porte Bourgogne qui sera décorée en Arc de Triomphe. Le plan est tout tiré : il ne s’agit que d’avoir de l’argent pour l’exécuter.
C’est à la fin de l’année (voir 23 décembre) que les guichets latéraux de la porte Bourgogne seront démolis pour faire place à l’Arc Napoléon.

23 décembre 1807 Arc Napoléon
On a commencé la démolition des deux guichets latéraux de la porte de Bourgogne qui doit être désormais l’Arc Napoléon.

29 février 1808 Arc Napoléon
L’Arc-Napoléon est terminé. C’est tout bonnement l’ancienne porte Bourgogne qu’on a isolée, en abattant les deux portes latérales et dont on a bariolé l’architecture par des décorations qui lui donnent l’air de la façade d’une boutique d’ apothicaire.
Voici ce que c’est.
L’attique du monument du côté du port offre cette inscription:
Arc Napoléon
L’an M.DCCC.VIII
Au-dessous sont sculptés une couronne impériale, quatre étoiles et deux caducées, mis sur une même ligne. Sur les acrotères, deux aigles sont placés dans des couronnes triomphales : Leurs ailes couvrent en partie un trident et une rame. L’entablement porte des métopes, où se voient des trophées militaires et des décorations de la légion d’honneur. On a peint deux renommées aux deux côtés de la clef de voûte, sur laquelle est un casque, et chaque colonne est un bouclier commémoratif des journées d’Arcole, d’Ulm, d’Iéna et d’Eylau. Au-dessus est le chiffre de S.M. entouré de lauriers.
Sur l’attique de l’intérieur, on lit : « A Napoléon le grand, 1807 », et sur chaque acrotère : « À l’Empereur des Français, roi d’Italie. Au protecteur de la confédération du Rhin ». Ces divers ornements sont exécutés en relief, de bois peint imitant le bronze. Ceux qui couvrent l’arc-doubleau sont peints sur toile marouflée et représentent des caissons, des compartiments, des trophées militaires. Dans les pieds droits sont deux statues colossales au-dessus desquelles est écrit, d’un côté : « Aux Victoires de Napoléon le grand » et de l’autre : « A la Gloire de Napoléon le grand ».

Bernadau a rajouté plus tard : « On voit que tout cela a plus coûté d’argent que de génie pour le concevoir. Nous tenons de bonnes sources que l’idée de la dédicace de ce monument restauré a été proposée au conseil municipal par M. le chevalier de Castelnau, un de ses membres qui depuis… »

PASSAGE A BORDEAUX PRINTEMPS 1808
4 au 12 Avril 1808 Napoléon passe par Bordeaux
Lundi, la Mairie et la garde d’honneur avec tous les habitants attendent l’Empereur sur le quai Napoléon depuis 10 heures du matin, la troupe bordant la haie jusqu’à la préfecture où on lui prépara son logement en hâte hier au soir ; car jusque-là, on ne savait rien de bien positif sur son passage par Bordeaux. À 10 heures du soir, le général Drouet reçoit à la Bastide un courrier annonçant l’Empereur pour demain matin. C’était lui-même qui avait expédié le courrier, étant à Cubzac à deux heures et voulant rentrer en ville incognito. En effet, à huit heures du soir, l’Empereur arrive sans suite à Bordeaux ; et sans être remarqué, il se rend à la préfecture dans sa voiture de voyage .
L’Empereur a tenu conseil d’administration, les ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur et le secrétaire d’état étant arrivés. Personne n’a été reçu au palais. L’Empereur en est sorti le soir pour aller passer une heure au spectacle… Ensuite il passa les troupes en revue au Jardin public à trois heures et, de là, se rendit sur le port, mais toujours au galop, passant par les allées de Tourny et les fossés du Chapeau Rouge. Il s’embarqua dans le brigantin de la ville à la porte de la Monnaie, descendit jusqu’au magasin des vivres de la Marine, puis revint jusqu’au Château Trompette dont il visita les remparts. De là, il se rendit au palais pour dîner. A neuf heures du soir, il voulu aller à la Comédie, mais, ayant été conduit par son cocher à la grande porte du péristyle tandis qu’il voulait entrer par celle de l’esplanade du café, il se retira lorsqu’il fut parvenu sur le perron du grand escalier et s’en revint en colère au Palais, où il se fâcha beaucoup contre le Maire de ce qu’il l’avait laissé seul et ne l’avait pas fait entrer au spectacle par la porte latérale.
Il y a eu illumination générale pendant deux soirs en ville. On ne parle que de l’Empereur et les contes les plus pitoyables se multiplient sur ses conversations. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il a fait bon accueil à tout le monde, a parlé longtemps avec les chefs des Corps constitués et toujours dans la langue de leur profession. Il n’y a que la Société des sciences qui n’a pu être présentée, quoi qu’elle l’ait sollicité.
L’Empereur ne sortit point hier, ayant travaillé tous le jour. Il n’a pas voulu recevoir l’ambassadeur du nouveau roi d’Espagne, ce qui annonce quelque projet. Aujourd’hui, il était à huit heures sur le port du Chapeau-Rouge, où il s’est embarqué dans le brigantin de la ville pour aller visiter le Bec d’Ambès ; mais la contrariété de la marée et un gros vent de nord l’ont forcé de s’en revenir, étant parvenu vis-à-vis Lormont. Il n’est pas sorti du reste de la journée, comme s’il avait de l’humeur des obstacles que la nature opposait à celui qui aime à les vaincre.
L’hôtel de la Préfecture étant déclaré Palais Impérial, le préfet en a délogé et a établi ses bureaux rue Rohan. Pour lui, il loge rue Font d’Audège.
L’Empereur est allé se promener du côté du Tondut et, ayant pris la traverse des communes de Pessac et de Talence, il s’en est revenu par le chemin de Bayonne, après s’être reposé un instant dans le bien d’agrément de MM. Raba. Depuis son séjour ici, il a toujours paru à cheval, courant le grand galop, ce qui est une démarche peu grave pour un souverain qui se montre à ses peuples.
Tous les après-midi, il tient conseil d’administration, y ayant ici le secrétaire d’État, les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, avec plusieurs maréchaux d’Empire.
L’Empereur passait en revue des troupes dans son jardin, lorsqu’on vint lui annoncer l’arrivée de son épouse. Il a été la recevoir affectueusement sur le perron du Palais à la descente de sa voiture. L’impératrice a débarqué sur le port de Bordeaux à 6 heures de l’après-midi. Toutes les autorités l’ont accueilli sur le quai de la Bastide pour se rendre au Palais, elle a passé sur le port, fossés du Chapeau-Rouge et de l’Intendance, place Dauphine, rue Bouffard et du Département. C’est une femme d’environ 45 ans, encore fraîche, figure longue, à traits prononcés et d’un abord gracieux.
L’impératrice reçoit dans la matinée les félicitations des autorités constituées et le soir tient cercle de 150 dames qu’elle se fait présenter et auxquelles elle fait une question banale : Quelle est la profession de votre mari ? Avez-vous des enfants ? Cette présentation d’étiquette est assez ennuyeuse : cependant, on la brigue.
Leurs Majestés sont allées se promener sur l’eau ce matin : elles sont revenues par terre depuis Bacalan et ont monté à l’hôtel de la Bourse où le tribunal et la Chambre de commerce les ont accueillies. L’Empereur s’est beaucoup entretenu avec les principaux négociants, leur a recommandé un peu de résignation et beaucoup d’économies, disant que les colonies espagnoles récompenseraient dans peu le commerce de Bordeaux de la privation momentanée des colonies françaises. « Je n’ai fait la paix d’Amiens que pour céder à l’impatience des commerçants. Ce traité était mal bâti. Je savais bien qu’il ne subsisterait pas longtemps. Mais celui qui se prépare sera durable ».
L’Empereur est parti ce matin à 4 heures pour Bayonne où il est arrivé à 8 heures du soir. Là, va s’instruire, on ne sait pourquoi ni comment, le procès contre les rois d’Espagne, père et fils.
L’Impératrice a visité hier le bien de campagne de MM. Raba à Talence. Elle est restée plus d’une heure et promis aux propriétaires de leur envoyer un buste de l’ Empereur, meilleur que celui qu’ils ont chez eux.
Elle a depuis effectué ce cadeau en porcelaine de Sèvres.
L’impératrice a tenu cercle tous les soirs pendant une heure et une centaine de dames y ont été présentées chaque fois. il y a eu un thé dans une de ces soirées où il y a eu un plus grand nombre d’invitations et surtout en hommes.
On a donné hier au Grand Théâtre l’opéra de Rivaux, paroles et musique de M. Bayle, fils d’un avoué de cette ville. La pièce n’a pas eu de succès et la jeunesse de l’auteur n’a pu le sauver de l’indifférence qu’on a témoignée pour son opusculine qui est sans talent et son goût. On espère ne pas avoir une seconde représentation de tout cela.
L’Impératrice a assisté hier pour la première fois au spectacle du commencement jusqu’à la fin. On donnait Les prétendus et Le mariage du Capucin, pièces aussi mal choisies que mal jouées pour une pareille circonstance.
L’impératrice est parti ce matin pour Bayonne où elle est appelée par son mari: elle a mis deux jours à faire ce voyage, ayant couché au Mont-de-Marsan.
On publie à Bordeaux un décret en date du 25 de ce mois par lequel l’Empereur fait don à la ville du terrain du château-Trompette et des constructions qui sont dessus, ainsi que d’une certaine somme en argent, à la charge par elle de bâtir sur ce terrain un palais de Justice, d’établir provisoirement les tribunaux à l’ancien théâtre Français et de construire un hospice pour 1000 lits dans le local de l’ancien couvent de la Visitation. Ces projets sont beaux, mais trop vastes pour le temps.

Le site des Archives Départementales de la Gironde décrit précisément cette visite (http://archives.gironde.fr/exposition/napoleon.asp) :
Napoléon est de passage en Gironde au printemps 1808 à cause des problèmes diplomatiques qui surviennent avec la Cour d’Espagne à Madrid. Les difficultés faites pour le passage des troupes françaises vers le Portugal ennemi allié de l’Angleterre conduisent le roi d’Espagne Charles IV à s’opposer à son fils Ferdinand. Napoléon veut se rapprocher de l’Espagne pour faire pression sur la monarchie espagnole et prendre si nécessaire des mesures radicales d’invasion. Son arrivée en avril accompagné de l’impératrice correspond bien au contexte décrit plus haut.
Lundi 4 avril 1808
Entrée dans le département à hauteur de Laruscade vers 17 h ;
18 h à Saint-André de Cubzac;
Arrivée à Bordeaux vers 20 h par le port, installation au palais impérial (palais Rohan) avec le général Berthier.
Audience au général Monthyon, envoyé de Murat lui apportant l’épée de François Ier remise à Charles Quint après  la bataille de Pavie en 1526 et cédée par le roi d’Espagne Ferdinand VII.
Mardi 5 avril
Réception des autorités au palais impérial à 12 h : le général Drouet, commandant la 11e DM, le préfet Fauchet, l’archevêque, Mgr d’Aviau, le président du tribunal de commerce, Guestier, le Premier président de la cour d’appel, Brezetz, le président de la chambre de commerce Gramont, le maire de Bordeaux, Lafaurie-Monbadon, le pasteur Martin, président du consistoire de l’Eglise réformée.
À 15 h : revue des troupes sur le champ de Mars (Jardin public).
A 17 h : remontée en bateau sur le brigantin de la ville de Bordeaux le long de la Garonne jusqu’au magasin à vivres, quai des Chartrons, puis retour au palais impérial à cheval en passant par le Château-Trompette.
20 H : spectacle prévue au Grand-Théâtre, incident place de la Comédie où Napoléon est effrayé par l’immense foule et l’absence de service d’ordre. Retour au palais impérial.
Mercredi 6 avril
Travail au palais impérial toute la journée
20 h : spectacle au Grand Théâtre en compagnie de Berthier et Duroc (opéra Euphrosine et ballet Le siège de Cythère).
Jeudi 7 avril
Travail au palais impérial toute la journée, refus de recevoir les envoyés du roi d’Espagne Ferdinand VII;
18 h réception des 25 membres du conseil général de la Gironde avec à leur tête leur président, Leblanc-Nouguès.
Vendredi 8 avril
7 h, départ pour le Bec d’Ambès par bateau sur le brigantin de la Ville de Bordeaux ; en raison du mauvais temps, le bateau rebrousse chemin à hauteur de Lormont. Retour au palais impérial.
Samedi 9 avril
Travail au Palais impérial.
A 16 h : départ avec la garde d’honneur à cheval pour une visite des communes de Pessac et de Talence où il s’arrête au château des frères Raba ; retour à Bordeaux vers 18 h.
Dimanche 10 avril
Travail au palais impérial ; à 16 h, manoeuvres du 108e RI dans le jardin du palais impérial.
Arrivée de l’impératrice Joséphine à Cavignac à 14 h ;  entrée officielle de Joséphine dans Bordeaux vers 18 h sous l’arc triomphal de la ville (Porte de Bourgogne actuelle).
Lundi 11 avril
Travail au Palais impérial pour l’Empereur ; à 19 h 30 réception de 150 dames de la ville par l’impératrice Joséphine sur invitation.
Mardi 12 avril
A 13 h, départ avec Joséphine sur le brigantin de la ville vers Bacalan ; visite du moulin de Bacalan et de son entrepôt. De là, départ en voiture vers la Bourse de commerce, visite de la chambre et du tribunal de commerce. Mercredi 13 avril
A minuit, congé pris auprès des autorités et à 3 h départ de Napoléon en berline vers Bayonne. L’impératrice Joséphine reste au palais impérial de Bordeaux.
PASSAGE A BORDEAUX ETE 1808
31 juillet 1808 « L’Empereur et sa vieille épouse »
L’Empereur et sa vieille épouse sont arrivés aujourd’hui à Bordeaux vers 1 heure. Leurs Majestés avaient couché à Marmande. Au passage de Langon elles ont tenté la route de la Garonne, mais le montant et le vent contraire les ont forcés de descendre à Preignac et d’y reprendre leur voiture.
Le maire de Bordeaux a reçu leurs Majestés sur la route de Toulouse au Moulin d’Arc, où était une tente dressée à cet effet. L’Empereur, après avoir été complimenté dans sa voiture ainsi que sa femme, a continué son chemin. La porte d’Aquitaine était décorée de son chiffre et de beaucoup de guirlandes. Au tournant de la place extérieure, où leur majesté devaient passer, était suspendu, à deux poteaux, un tableau représentant d’un côté le port de Bordeaux et de l’autre côté deux renommées ayant pour même inscription : « A Napoléon le Grand, la ville reconnaissante ». Le cortège a passé par les cours d’Aquitaine et d’Albret et est entré au palais Impérial par la rue Rohan, à 1 heure et quart.
L’Empereur a congédié les prêtres de Saint-André et son aumônier qui attendaient au Palais pour dire la messe, attendu qu’il l’avait entendue, à ce qu’on prétend. Les acclamations n’était pas bruyantes sur la route, quoi que toute la ville fut sur le chemin de Toulouse.
2 août 1808 Projet de Pont en bois
Monsieur Lee, consul des États-Unis, publie un projet pour la construction d’un pont en charpente devant Bordeaux. Il doit être fait par une compagnie de capitalistes qui en demandent le péage pendant 30 ans. L’Empereur promet de donner 400 000 Fr. pour l’exécution de ce pont. On renonce à la construction de celui qui avait été projeté en pierre et qui paraît impraticable. Celui en bois ne se fera pas plus que tout autre. Depuis 50 ans, on a publié à ce sujet une infinité de plans; aucun n’a paru possible.

3 août 1808 Leurs Majestés quittent Bordeaux
Leurs Majestés quittent Bordeaux à 3 heures de l’après-midi. Elles vont visiter les côtes de l’océan et doivent être à Paris le 15.

PASSAGE INCOGNITO DE L’EMPEREUR
4 octobre 1808 Arcs de Triomphe pour la Grande armée
Le Corps municipal a été recevoir sur le port le commandant du premier Corps de la Grande armée passant par Bordeaux pour aller en Espagne. La troupe a défilé sous un Arc de triomphe élevé en bois près la Bourse à l’entrée des fossés du Chapeau Rouge. Là, des couronnes ont été attachées par le Maire aux aigles des régiments. Le soir, il y a eu spectacle gratis pour les militaires, distribution de vin aux soldats et Gala pour les officiers à Bardineau à six francs par tête.
On a élevé au milieu du Jardin public un obélisque assez mesquin et irrégulier, figuré en marbre rouge sur un socle de marbre blanc, le tout en toile peinte. Sur la face méridionale de l’obélisque, on lit ces mots : « 1808, Valeur, Héroïsme, Dévouement ». Puis trois sabres antiques et au-dessous : « Honneur, Patrie, Gloire. A la Grande armée ». Chaque face du piédestal de l’obélisque contient le nom d’une bataille célèbre.
L’Arc de Triomphe élevé au chapeau Rouge a 50 pieds de hauteur. Les pieds droits de l’Arc sont chargés en vues perspectives de diverses batailles mémorables. Tout l’édifice est peint à la détrempe.
Bernadau nous apprendra que cet Arc de Triomphe est démoli en avril 1809.

1° novembre 1808 L’Empereur incognito à Bordeaux
L’Empereur arrive incognito à Bordeaux vers midi. Le préfet, qui en fut prévenu un quart d’heure auparavant, envoya sa voiture sur le quai de la Bastide : l’Empereur s’en servit. Il était venu de Cubzac à la Bastide au galop sur un cheval d’artillerie qu’il avait trouvé sur le port, en attendant sa voiture. Il est parti de Bordeaux pour Bayonne 3 heures après son arrivée, sans avoir voulu recevoir aucune visite.

« DEMARIAGE » DE NAPOLEON
7 septembre 1809 Napoléon veut se démarier
On dit que Napoléon fait la guerre à son confrère d’Autriche, afin qu’il lui cède sa fille, celui de Russie lui ayant refusé une de ses soeurs. Il est question de se démarier avec sa femme Joséphine, parce qu’il veut avoir des enfants coûte que coûte. Il ne sera pas le premier ni le dernier souverain qui ait fait divorce et qui ait livré des batailles, pour finir par être cocu.

4 octobre 1809 Académie impériale à Bordeaux
Création d’une Académie impériale à Bordeaux composée des facultés des sciences, des lettres et de théologie. Le médecin Bel-esprit Desèze en est le recteur. Tous les professeurs sont nommés, sauf ceux de la faculté des sciences. Ces nouveaux docteurs s’appellent Desèze (le recteur) pour la philosophie : il est singulier qu’il professe et qu’il gouverne en même temps l’académie; Toucar-Doyen, curé de Saint-Pierre : il devrait se borner à diriger sa paroisse : c’est un ancien officier de cavalerie vendéenne; Fitte, pour la littérature française; Abbal pour la littérature latine : ce sont des professeurs au Lycée; Latapie, pour la littérature grecque, espèce de savant qui professerait tout ce qu’on voudrait pourvu qu’on le payât; Darnaud pour l’histoire, maître de pension très obscur et ignorant; Moutardier, chanoine, pour la théologie dogmatique ; Counes, ex cordelier, brocanteurs de livres, pour la morale ; Delort, chanoine, pour l’histoire et la discipline ecclésiastique: le seul homme de mérite entre ces trois théologues, mais un tantinet brouillon et impérieux.
Par la même décision, le Grand maître de l’Université impériale a métamorphosé en collège une pension assez obscure formée depuis quelques années à la Réole. Tout cela est bien loin de nos anciennes institutions scientifiques.

Les académies ont été  créées par le décret impérial du 17 mars 1808, en application de la loi du 10 mai 1806 organisant  l’Université impériale. La demande du premier recteur de s’installer avec ses commis dans les locaux du couvent de la Visitation (à l’emplacement de l’actuel musée d’Aquitaine) qui abritait déjà le lycée est repoussée par le conseil municipal en 1810. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, les recteurs successifs sont donc obligés d’héberger leurs services à leurs domiciles personnels.
Paul-Victor de Seze (1754-1830), médecin et député, fut le premier recteur de l’Académie de Bordeaux, en 1809. Il était le frère de l’avocat Raymond de Sèze, et le père d’Aurélien de Seze, amant de George Sand.

15 décembre 1809 Divorce de Napoléon
La dissolution volontaire du mariage de l’Empereur Napoléon avec Joséphine Tascher-Lapagerie, veuve Beauharnais, a lieu aujourd’hui aux Tuileries. Les époux ayant fait appeler auprès d’eux le Prince Archi-chancelier, le ministre de la Justice et le chancelier d’État de la Maison impériale, l’impératrice-reine a déclaré que son union ne paraissant pas vouloir amener un successeur au trône, elle s’était décidée à faire dissoudre son mariage, par amour de la France et dans l’intérêt de son auguste époux. Celui-ci a ordonné au chancelier d’État de dresser acte de cette déclaration et a chargé le Prince Archi-chancelier de l’Empire de faire toutes les dispositions ultérieures en conséquence de cet acte, assurant son auguste compagne qu’il ne négligera rien pour la dédommager, par sa reconnaissance, du sacrifice qu’elle voulait bien faire en ce moment pour le bien de l’État. L’ex impératrice s’est retirée dans son château de Malmaison. On dit qu’elle sera remplacée par une soeur de l’empereur de Russie. Le clergé de Paris est sans doute préparé à faire sanctifier ce divorce, comme il l’a fait autrefois pour sept à huit rois de France qui ont trouvé les prêtres complaisants à approuver la dissolution d’un lien qu’ils disent cependant être indissoluble.
Il est avec le ciel des accommodements.

Voici la déclaration de Joséphine : « Avec la permission de notre auguste et cher époux, je dois déclarer que ne conservant aucun espoir d’avoir des enfants qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l’intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d’attachement et de dévouement qui ait jamais été donnée sur la terre. Je tiens tout de ses bontés ; c’est sa main qui m’a couronnée, et du haut de ce trône, je n’ai reçu que des témoignages d’affection et d’amour du peuple français.
Je crois reconnaître tous ces sentiments en consentant à la dissolution d’un mariage qui désormais est un obstacle au bien de la France, qui la prive du bonheur d’être un jour gouvernée par les descendants d’un grand homme si évidemment suscité par la Providence pour effacer les maux d’une terrible révolution et rétablir l’autel, le trône, et l’ordre social. Mais la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon cœur : l’empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte commandé par la politique et par de si grands intérêts a froissé son cœur ; mais l’un et l’autre nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie ».

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