Pierre Bernadau et la médecine

Pour des informations concernant Pierre Bernadau et ses Tablettes, consulter la rubrique : 65 ans de Faits divers à Bordeaux.

 

 

UN AVOCAT CHEZ LES MEDECINS

L’avocat Pierre Bernadau (1762-1852) et son intérêt pour la médecine,
de 1787 à 1837, à travers les Tablettes

Le chroniqueur, on le sait, s’intéressait à tout et ses Tablettes fourmillent de notes sur des sujets aussi variés que des appréciations sur les spectacles, les personnalités en vue, des données météorologiques, des données économiques, le prix des denrées, l’activité du port, et plus généralement tout ce qui se passe et ce qui se dit à Bordeaux, mais aussi en France et à l’étranger. La médecine n’est pas étrangère à ses nombreux intérêts.

Il annonce, dans les années 1800, avoir été reçu membre honoraire de la Société médicale d’Emulation, créée par un groupe de médecins et de chirurgiens « qui veulent se venger du refus qu’a fait la Société de Médecine de les appeler dans son sein ». Cette Société de Médecine de Bordeaux avait été fondée en 1798, entre autres, par le docteur Pierre Guérin, chirurgien-major de l’hôpital Saint-André qui en fut trois fois le Président. Guérin était renommé pour ses opérations de la cataracte, dont avait bénéficié le fils de Montesquieu.

Quant à la Société médicale d’émulation, elle avait été créée en 1798 par Jean-Baptiste Moulinié, installé chirurgien rue des Ayres. Ancien interne de l’hôpital Saint-André, ayant complété sa formation à Paris auprès de Desault, et membre du Collège de chirurgie, il avait eu le mérite d’entretenir en pleine Terreur un enseignement de la chirurgie en récupérant les restes de la faculté dissoute et en reprenant des cours dès la fin 1793.
D’autres sociétés de médecins virent le jour à la même époque :
– le 4 juillet 1796, une pétition de « citoyens zélés », anciens membres du Collège des médecins, conduisit l’aAdministration centrale du département à créer une société ayant pour but de venir au secours de l’indigent en donnant des consultations gratuites. Composée essentiellement de chirurgiens, elle prit le nom de Société Clinique de Santé et tint ses séances dans une des salles de l’hôtel de ville.
– sur l’instigation, en particulier, du docteur Caillau, une Société Philanthropique de Santé fut créée le 3 août 1796 et se vit attribuer, pour ses réunions, « une salle dans la maison des ci-devant Jacobins ».
Pendant deux années, les deux sociétés coexistèrent, jusqu’à ce que l’administration les pressa de se réunir. Pierre Guérin réussit à rassembler autour de lui 18 membres pour former le noyau de la nouvelle institution, et les Collèges de médecine et de chirurgie, auxquels se joint le Collège des pharmaciens, finissent par constituer le 23 juin 1798 la nouvelle Société, présidée par Antoine de Grassi.

La médecine dans les Tablettes

18 avril 1787 Petite vérole
M. Dudon, fils du procureur général, a sollicité dans les séances passées plusieurs arrêts de règlement, marqués au coin de la vigilance et des lumières les plus étendues. Il se montre jaloux de la police de cette ville et de tout ce qui peut concourir à y faire régner la propreté, la sûreté et l’harmonie dans tous les points. Il a pourvu d’une manière très efficace à la propreté et à la sûreté des rues de Bordeaux par un arrêt qui prescrit à chaque particulier de balayer tous les jours le devant de sa maison. Il a été défendu aux garçons charpentiers d’emporter avec eux, comme par le passé, les débris de bois, copeaux et rognures qu’ils feraient dans les maisons où ils travaillent. Il est très expressément défendu d’inonder dans la ville les faubourgs de cette ville, de crainte que la contagion de la petite vérole devienne plus forte et plus communicative par cette méthode et se propage au détriment des personnes saines. Tous ceux qui auraient été inoculés hors les murs ne pourront reparaître en ville que 14 jours après la parfaite dessiccation des boutons et plaies cutanées. Cet arrêt a paru singulier à bien des gens qui ne conçoivent pas comment on peut sérieusement s’occuper de dangers incalculables et métaphysiques, tandis qu’il existe dans d’importantes parties de la police des abus palpables à réformer. Le préambule du susdit arrêt est, comme on pense, d’une tournure recherchée et couverte d’un vernis prétendu philosophique ; on y cite la physiologie, Londres, la Chine et le méphitisme. Cependant, à travers la déclamation amphigourique, on entrevoit qu’il tient au vieux préjugés et qu’il n’a guère de foi en la salutaire pratique de l’inoculation.

La « petite vérole » (la variole) est une maladie très contagieuse connue depuis très longtemps. On disposait pour s’en prémunir de l’inoculation, introduite en 1718 en Angleterre par Lady Montagu, la femme de l’ambassadeur en Turquie. La variolisation ne s’imposa toutefois pas de façon générale, et concerna principalement les milieux les plus fortunés, sans incidence réelle sur l’épidémiologie de la maladie. Quant à la découverte d’un vaccin contre la variole, elle a été publiée en 1797 par Jenner (1749-1823).

9 mai 1787 Eau de Luce
Traitement simple et efficace employé dans l’hôpital d’Auxerre contre la morsure de vipère. On fait avaler au malade un verre de vin dans lequel on met 12 gouttes d’eau de Luce, on lave ensuite la partie empoisonnée avec un verre de vin dans lequel il faut mettre 24 gouttes de la sus-dite eau. Ce remède répété trois fois par jour produit une sueur abondante qui fait évacuer tout le venin et donne la santé au contagié dans une semaine. Ce remède a pour lui l’expérience et est plus sûr que l’inhumation pendant 24 heures de la partie mordue par le serpent.

L’eau de Luce est une liqueur laiteuse, volatile, très pénétrante, formée par la combinaison de l’esprit volatil de sel ammoniac avec une petite portion d’huile de karaté (Diderot – Encyclopédie 1ere édition, tome 9).

13 juillet 1787 Cors aux pieds
Moyen très simple pour détruire les cors aux pieds rapporté dans le journal encyclopédique par celui qui en a fait et réitéré l’expérience sur lui-même et par d’autres. Enveloppez le doigt qui a des cors avec une bande de mousseline ordinaire et tenez votre pied à l’aise. Au bout de 14 jours, vous trouverez le cors parfaitement desséché et qui tombera bientôt.

18 décembre 1787 Les docteurs Guérin et Tarboché (voir suite 9 janvier 1788)
Les anus masculins et féminins sont tellement délabrés dans cette ville que l’honneur lucratif de les réparer a excité de vives querelles parmi deux praticiens. M. Guérin, habile chirurgien de cette ville, était en possession de faire l’opération de la fistule par un moyen prompt et sûr, lorsqu’un médecin de Toulouse, Tarboché, lui a disputé cet avantage et est venu lui ravir les pratiques. Aussi cupides, aussi vains et aussi irascibles l’un que l’autre, ils se sont disputés bientôt en charlatans et en gascons. Ils ont vanté d’abord l’excellence et la nouveauté de leur méthode, puis ont eu recours aux injures. Le chirurgien a le premier levé impudemment l’étendard des hostilités et s’est bientôt repenti de son attaque. Tarboché a répondu à la lettre de Guérin par une autre plus vigoureuse et surtout plus appuyée d’autorités et de preuves. Il ne se défend pas d’avoir publié la guérison des malades abandonnés par son adversaire, mais il désirera que son adversaire fut plus modeste, qu’il ne cherchât pas à déprécier ceux qui courent aussi la carrière de la thérapeutique, qu’il ne se donnât point comme un homme de génie, qu’il ne donnât pas comme le fruit de ses découvertes des instruments et des opérations déjà connus et surtout qu’il n’est pas impossible que l’on guérisse des malades qui ont résisté à ses soins, puisque tout praticien a pour lui le concours de circonstances et de la nature. Ces Messieurs se sont disputés sous les yeux du public avec toute la chaleur des gens qui combattent pour leur réputation et surtout pour leur bourse. C’est toujours beaucoup que les docteurs fassent rire, eux qui portent ordinairement la douleur et la mort.

Bravo, messieurs de la fistule
Vos querelles me font plaisir.
Puissent-elle ne plus finir
A lasser le public crédule.
Sans frais, naître, vivre et mourir !

Pierre Guérin (1740-1827) était un chirurgien très connu dans Bordeaux (voir Colle Michel, Pierre Guérin (1740-1827) : une étonnante carrière de chirurgien, Les Dossiers d’Aquitaine, 2017). Il fut chirurgien-major de l’hôpital Saint-André et membre fondateur en 1798 de la Société de Médecine de Bordeaux dont il fut trois fois Président. Honoré par ses pairs et par la population, le nom d’une rue de Bordeaux l’honore depuis 1860.
Son fils, né à Bordeaux en 1776 et mort en 1835, était chirurgien à l’Hôpital Saint-André, spécialisé dans les maladies des yeux, membre de la Société de Médecine de Bordeaux en 1806 et élu par deux fois son Président.
On connaitra mieux le docteur Tarboché avec la note du 9 avril suivant.

18 janvier 1788 Un « jeûneur » à Bordeaux
Toute la ville court voir le juif polonais qui se baigne plusieurs fois par jour à l’eau froide, ne mange qu’une fois par semaine, ne fait aussi ses sécrétions que le samedi et est toujours debout dans la synagogue des Avignonnais à prier ou à étudier. Si il n’y a point de tromperie en cela, il faut qu’il ait l’estomac de dromadaire. Cet homme est de petite taille, très robuste, sans cheveux gris ni maladie, quoiqu’il ait environ soixante ans. Il parle allemand et hébreu. Il vient pour recueillir les aumônes des israélites pour leurs frères de Palestine et accomplit, par ce genre de vie austère, un voeu qu’il a fait, je ne sais pourquoi. On présume en quelle vénération il doit être parmi sa nation naturelle, aussi superstitieuse que friponne. C’est un nouveau Juste qu’ils ne manqueront pas d’encataloguer dans leur calendrier. De pareils tours de force ont valu l’auréole à nos saints.

Un jeûneur est le titre et le sujet d’une nouvelle de Franz Kafka.
 » Depuis quelques dizaines d’années, la vogue que connaissaient les jeûneurs professionnels a bien baissé. Alors qu’avant il était très rentable d’organiser, pur eux-mêmes et en grand, des spectacles de ce genre, c’est aujourd’hui complètement impossible. C’étaient d’autres temps. A l’époque, la ville entière se préoccupait du jeûneur ; l’intérêt qu’il suscitait augmentait à chaque nouvelle journée de jeûne, il y avait des abonnés qui restaient du matin au soir assis devant la petite cage à barreaux ; des visites avaient même lieu de nuit, à la lueur des torches pour qu’elles soient plus spectaculaires ; quand la journée était belle, on mettait la cage en plein air et c’était alors surtout aux enfants qu’on montrait le jeûneur professionnel ; alors que pour les adultes il n’était souvent qu’une attraction, qui les amusaient parce qu’elle était à la mode, les enfants regardaient ce spectacle bouche bée, en se tenant par la main pour plus de sûreté ; pâle dans on tricot noir sous lequel pointaient toutes ses côtes, l’homme dédaignait même de s’asseoir sur une chaise et préférait la litière de paille…  »
Le XVIIIe siècle voit l’arrivée à Bordeaux de 20 familles juives originaires d’Avignon et de ses environs. Autorisées en 1749 à demeurer dans cette ville, elles se spécialisent dans le courtage, le commerce des étoffes et des soieries. En juin 1776, Louis XVI leur donne l’autorisation de vivre selon « leurs usages ainsi qu’à leurs femmes et à leurs enfants… à perpétuité ».
Jusqu’au début du XIXe les synagogues étant interdites, le culte a lieu dans des oratoires installés dans des maisons privées. Au milieu du XVIIIe siècle, on estime leur nombre à sept. Le principal oratoire privé, appelé parfois « synagogue générale » se trouve rue des Augustins. Les autres sont établis chez l’avignonnais Petit, le portugais Léon Peixotto rue Bouhaut ou encore, rue Cahernan, chez un des membres de la famille des négociants et armateurs Gradis, ces deux dernières rues constituant maintenant la rue Sainte-Catherine.

9 avril 1788 Les docteurs Guérin et Tarboché, suite et fin
Le chirurgien Guérin vient de repousser vigoureusement l’attaque du docteur Tarboché dans une réplique à sa lettre qui contient la réfutation exacte des faits argués, le tout saupoudré de gentillesses un peu virulentes. Malgré l’adresse et l’effronterie du secrétaire du toulousain, il faudra se réduire au silence et le public y perdra, car nos messieurs de la fistule ne commençaient
pas mal à s’injurier.

Le Journal Médical de la Gironde, tome I, 1824, nous donne, à l’occasion d’une fiche nécrologique, toutes les explications sur cette affaire : « M. J.-B. Tarboché , docteur et agrégé de l’ancienne Faculté de médecine de Toulouse, membre honoraire de la Société royale de médecine de Bordeaux, est mort le 12 avril 1824, dans cette ville, à la suite d’une attaque d’apoplexie. Né en 1754 à Champitre, près de Vesoul, M. Tarboché fut confié, par une de ses sœurs, mariée à Toulouse, aux religieux doctrinaires de cette ville, et cette première éducation le mit à même de se livrer avec fruit à l’étude de la médecine, vers laquelle il se sentait entraîné par une vocation particulière. Fréquentant les hôpitaux de Toulouse, et suivant avec assiduité les leçons des professeurs de la Faculté de médecine de cette ville, il y prit ses premiers grades, et termina ses études médicales à Montpellier. De retour auprès de sa sœur, il obtint le bonnet de docteur et le titre d’agrégé de la Faculté de médecine de Toulouse. Le vicomte de Fumel, dont il sauva les jours, menacés par une maladie grave, le recommanda fortement et son frère le comte de Fumel, commandant supérieur à Bordeaux, lorsque M. Tarboché crut devoir venir habiter cette ville. Il y fut accueilli par ce personnage ; et, sous ses auspices, il pratiqua quelques opérations avec succès sur plusieurs Bordelais de la haute noblesse. Une guerre de plume, occasionnée par le mystère répréhensible dont il entourait son procédé opératoire des fistules anales, lui fut alors déclarée par l’un des chirurgiens les plus distingués de Bordeaux ; M. Tarboché, soutenu dans cette lutte polémique par un conseiller spirituel et méchant, répliqua vivement à l’attaque qui lui avait été faite. Les gens sages s’affligèrent de ces tristes débats, mais ils ne purent s’empêcher de déplorer en même temps l’obstination qu’on mettait à qualifier de procédé secret et inconnu une méthode décrite dans tous les traités de chirurgie publiés à cette époque. La révolution mit un terme à ces querelles scientifiques. M. Tarboché vit tomber les personnages qui le protégeaient, et dont il avait mérité la confiance. Il trouva des consolations à ses chagrins dans la pratique de l’art de guérir ; et c’est en faisant du bien à ses semblables, c’est en soulageant et guérissant leurs maux, qu’il traversa les journées orageuses de cette époque. La confiance publique vint bientôt le dédommager des pertes qu’il avait éprouvées. Il la conserva toute sa vie, et il lui dut la réputation de bon praticien et une brillante fortune, dont il faisait le plus noble usage envers les malheureux. Partageant ses loisirs entre des actions charitables et les entretiens de quelques bons et vieux amis, toujours actif et zélé pour les nombreux malades qui réclamaient les secours de sa longue expérience, plein d’une profonde estime pour le vénérable chirurgien qui jadis l’avait attaqué, dans l’intérêt de la science, mais dont il avait su depuis apprécier le noble caractère et le talent distingué, M. Tarboché était heureux, et ce bonheur, en un instant est venu le détruire ! Frappé d’apoplexie pendant qu’il commençait un frugal repas, il est mort à l’âge de soixante-dix ans, malgré l’emploi prompt et méthodique des moyens les plus rationnels propres à le guérir de l’affreuse maladie dont il venait d’être atteint. »

3 juillet 1788 Intoxications aux champignons
Remède éprouvé pour guérir les personnes empoisonnées avec des champignons. Il faut faire vomir le malade à quelque prix que ce soit, en lui faisant avaler tous les quarts d’heure deux ou trois grains d’émétiques délayés dans quelques cuillerées d’eau. Il prendra ensuite quelques verres d’oxicrat lorsqu’on n’aura plus besoin de vomitif.

« On doit compter parmi les stiptiques le vinaigre, soit pur, soit tempéré avec l’eau que l’on appelle alors oxicrat. L’oxicrat est plus ou moins fort, selon que l’on mêle plus ou moins de vinaigre avec la même quantité d’eau : on ne l’emploie guère dans l’hémoptysie, à moins que le malade ne soit dans un extrême danger. L’oxicrat opère des guérisons presque miraculeuses dans les hémorragies utérines qui surviennent aux accouchements ; on enveloppe la malade dans des draps trempés dans l’oxicrat ou bien dans le vinaigre. » (Bourguignon de Bussière de Lamure François, Nouveaux éléments de matière médicale, 1784).

13 septembre 1788 Puberté précoce
Une fille de neuf ans et quatre mois étonne en ce moment les libertins, les physiologistes et sa famille par une fécondité rare. Ce qui peut faire davantage croire à sa profonde corruption, c’est qu’elle s’obstine à taire le nom de celui qui l’a rendue enceinte.

Il s’agit là d’une des toutes premières descriptions de puberté précoce, pathologie aujourd’hui bien connue.

 

15 janvier 1790 Le docteur Guillotin
Sur la motion du docteur Guillotin, l’Assemblée nationale a décrété que les parents d’un condamné ne seraient point infâmés, qu’ils seraient admissibles à tous les emplois publics et qu’on délivrerait à sa famille le corps d’un supplicié pour être inhumé simplement comme tous les morts ordinaires. C’est ce médecin qui le premier a écrit pour la révolution un écrit sage qui a été le tocsin d’autres mauvais écrits. Il est intitulé : Pétition des domiciliés de Paris au Roi, 1789. L’auteur étant mandé au Parlement s’y rendit en robe et, sur ce qu’on lui demanda d’abord le motif de ce costume, il répondit qu’il venait de voir des malades et qu’il n’avait pas fini ses visites. Il répondit avec beaucoup de présence d’esprit et de vivacité. L’affaire en restera là, le docteur étant protégé de plusieurs de ces Messieurs. C’est lui qui est auteur de l’invention qu’on substituera à la potence.

Joseph Ignace Guillotin est né le 28 mai 1738 à Saintes. Il fait des études théologiques pendant sept ans dans le collège des jésuites de Bordeaux et y obtient son baccalauréat. Jésuite, il est remarqué par ses pairs qui lui confient la charge de professeur du Collège des Irlandais à Bordeaux.
En 1763, il cède à sa vocation et choisit d’étudier la médecine, d’abord à Reims où les études sont moins onéreuses, puis en 1768 à Paris, pendant trois ans grâce à une bourse d’étude. La carrière médicale de Guillotin est brillante, mais c’est ici surtout sa carrière politique qui nous intéresse. Guillotin était un humaniste au sens le plus noble, désireux avant tout de faire évoluer la société. L’assemblée constituante décidant de ne pas abolir la peine de mort, Guillotin chercha un moyen plus digne de supprimer la vie d’un condamné, soucieux de plus de donner la même peine pour tous et d’abolir les mesures infamantes et adjacentes sur la famille des condamnés. Lors de la séance du 10 octobre 1789, il commence par rappeler les divers décrets sur les droits de l’Homme et démontre la nécessité de réformer ce code : « La loi, dit-il, soit qu’elle punisse, soit qu’elle protège, doit être égale pour tous les citoyens, sans aucune exception ». Alors, il poursuit en proposant, conformément à la vérité de ce principe, une liste de six articles tirés de ses notes préparées la veille. Seul le premier sera accepté dans la séance : « Les délits du même genre seront punis par le même genre de peines, quels que soient le rang et l’état du coupable. » Les cinq autres articles prévoyaient que les délits et peines étant personnels, ils ne peuvent imprimer aucune flétrissure à sa famille; que les confiscations des biens des condamnés ne pourront être prononcées en aucun cas ; que le corps du supplicié sera délivré à sa famille si elle le demande ; que nul ne pourra reprocher à un citoyen le supplice, ni les condamnations infamantes quelconques d’un de ses parents. Enfin, le dernier article prévoit : « Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable. Le criminel sera décapité ; il le sera par l’effet d’un simple mécanisme. » Et Guillotin en termine avec l’évocation de la machine envisagée et de son mécanisme pour couper la tête, dans une formule … lapidaire : « La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus ». Il fallut vingt bons mois avant que l’Assemblée constituante adopte définitivement les idées émises par l’un de ses membres et surtout engage la fabrication de la machine, au prix d’innombrables difficultés.

8 juin 1790 Chirurgien sans études

Un certain étudiant en médecine nommé Cluzet vient de s’intituler publiquement chirurgien, sans avoir pris des patentes à Saint Côme. Il se moque des privilégiés dont il craint l’examen. Cet intriguant sans mérite, sans acquis, espère qu’on tolérera une impudence qui ne peut avoir que des effets funestes. Son ignorance est en raison inverse de son effronterie. Nous sommes éloignés de favoriser les corporations, mais nous croyons qu’un examen rigoureux devant les jurés est indispensable pour éloigner les charlatans qui, tels que le dit Cluzet, voudraient s’immiscer dans un art dont ils ignorent jusqu’aux éléments.

30 janvier 1791 Les Bénédictins et la fertilité
Tous nos journaux ont rendu compte dans les plus grands détails de l’accouchement de la femme d’un tonnelier de Sainte-Croix qui a mis au monde quatre enfants, tous ondoyés, dont un un a survécu à ses frères trois jours. Le voisinage des Bénédictins pourrait bien avoir influé sur cette rare fécondité.

21 Germinal 1794 L’hospice des pauvres
Le nouvel hospice des pauvres, pour lequel les citoyens ont souscrit et qui est dans l’ancien moutier des Bénédictins a été ouvert aujourd’hui pour sa destination. On y reçoit tous les mendiants invalides du District. Ils seront nourris du produit des travaux auxquels on les occupe suivant leur pouvoir. Indépendamment des souscriptions, la commission militaire applique à cet hospice les amendes données aux sans-culottes et tous les citoyens sont invités à envoyer les hardes et linges qu’ils voudront. On fait teindre en noir tous les habits, de sorte qu’il n’est pas rare d’y voir un pauvre diable en habit de soie et manchettes de point.

10 Ventôse 1795 Chauffage des hôpitaux par recyclage des « Montagnes »
Un décret vient d’ordonner la démolition de toutes les montagnes, collines et rochers que le fanatisme sans-culottier avait élevé dans divers coins de France. Si cela avait duré, on aurait vu les plaines du haut pays s’élever en autant de montagnes qu’il y avait de clubistes. Celle de Bordeaux a été démolie il y a trois mois et le bois a servi au chauffage des hôpitaux.

17 Prairial 1795 Confusion Desault / Dussault
L’Humanité vient de perdre le 15 du courant, Dussault, premier chirurgien de l’Europe, âgé de 49 ans. Il avait soigné dans ces derniers temps le fils de Louis XVI.

Bernadau semble faire ici une confusion, mais il n’est pas le seul : on trouve, entre autres, sous la plume de A.F. Desodoards la même erreur dans son Histoire de la Révolution de France, Paris, 1820, tome IV, p. 9. Mais il s’agit bien du chirurgien Desault.
Pierre Joseph Desault (1738-1795), était un chirurgien et anatomiste réputé. Il commença dès l’âge de 22 ans à faire des cours qui attirèrent bientôt la foule. Il fut nommé successivement professeur à l’école pratique, membre du collège de chirurgie en 1776, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité en 1782, puis de l’Hôtel-Dieu en 1788. Il enseignait l’anatomie sur des cadavres et non plus sur les planches murales ou sur des pièces de cire. Desault était également remarquable comme professeur et comme opérateur. La chirurgie lui doit un grand nombre d’inventions ou de perfectionnements importants, parmi lesquels on remarque ses appareils pour les fractures, en particulier de la clavicule, et pour les maladies des voies urinaires, dans lesquelles il fut le premier a utilisé les sondes en gomme. Il fut aussi dans les premiers à pratiquer la trachéotomie. Ses fonctions et sa notoriété l’amenèrent plus tard à être au coeur de l’action, en pleine Terreur. C’est lui qui, au décès de Marat, sera chargé, par le conseil général de la Commune, de présenter un rapport au sujet d’un mémoire du chirurgien en chef à la Charité, Deschamps, qui estimait à 6,000 livres les frais d’embaumement du corps de l’Ami du Peuple, montant ayant paru exorbitant. La réponse de Desault fut sans appel : « la somme demandée ne serait pas excessive s’il était nécessaire de satisfaire l’orgueil d’un riche héritier : mais qu’un républicain devait se trouver déjà dédommagé de ses peines par l’honneur d’avoir contribué à conserver à la patrie les restes d’un grand homme. »
C’est encore Desault qui, lors des évènements de Thermidor 1794, sera amené à donner ses soins à Couthon, grièvement blessé à l’Hôtel de ville, étant tombé de son fameux fauteuil-roulant de paraplégique et d’étant traîné sous une table où on l’avait retrouvé caché. C’est enfin lui qui sera chargé en 1795 de donner des soins au jeune fils de Louis XVI à la prison du Temple. I Il ne put le faire bien longtemps car il mourut dans un délire aigu dans la soirée qui suivit sa dernière visite au temple de l’enfant Capet qu’il fut le dernier à rencontrer.

2 Brumaire 1795 L’oculiste itinérant Tadiny
Depuis quelques mois un oculiste nommé Tadiny opère des cures merveilleuses à Bordeaux et nous croyons qu’il mérite une mention honorable dans ce « J’ai vu ».

Dans le Bulletin de la société archéologique, historique et artistique Le Vieux papier, on trouve mention, sans doute dans les années 1780, d' »un grand placard, malheureusement déchiré à l’un de ses angles, communiqué par M. Chamboissier, par lequel un oculiste ambulant annonçait son passage, de ville en ville, et faisait connaître les services qu’il offrait aux malades. »
Dans cette affiche, le Chevalier de Tadiny, qui se recommandait Oculiste de Monsieur Frère du Roi, offre ses services au Public pour toutes les opérations qui regardent son état. Il procure des soins pour toutes les maladies des paupières et il possède aussi une liqueur pour fortifier la vue. Il prie MM. Administrateurs des Hôpitaux de lui envoyer sitôt son arrivée les pauvres avec un certificat de pauvreté; le dit Sieur les opérera gratis en présence de MM. les Maîtres de l’Art. Cette opération se fait en tout temps aux personnes de tout âge.
Il a de plus des yeux d’émail pour toutes les personnes qui pourront en avoir besoin, de mêmes que des tubes à la mode de Paris et des remèdes pour les enfants qui louchent. Les personnes distinguées ne seront pas taxées pour le consulter, les autres paieront 34 sols, que le Sieur Tadiny emploiera pour les pauvres qu’il opère par charité. Il sera visible depuis huit heures du matin jusqu’à midi et depuis deux heures jusqu’au soir.

1° Nivôse 1795 Des dangers qui menacent les accoucheurs
Les vols les plus hardis se multiplient. Cette nuit, un chirurgien allant faire un accouchement a été mis par des voleurs dans l’état de nudité où était l’enfant qu’il allait recevoir.

19 août 1796 La maladie et le décès du père de Bernadau
François Bernadau tombe malade le jeudi 4 août 1796 : « Premier jour de la maladie de mon Père » déplore son fils, à cette date, dans ses Tablettes. Quelques jours plus tard, il y inscrit : « Jeudi 11 août, jour de ma naissance ». Enfin, à la date du 19 août, mais en précisant que « ceci a été écrit plus de deux mois après le malheureux évènement », Bernadau, encore très marqué par la disparition de son père, se confie à ses Tablettes :

Aujourd’hui à trois heures de relevé est mort mon père âgé de 59 ans, étant né le {un blanc} février 1737. Depuis 16 jours il était alité par une fièvre putride dont on n’a pas assez tôt saisi le vrai caractère, malgré tous les soins que nous lui avons donnés nuit et jour. La fatalité a voulu qu’il ait reçu pour le soigner un soi-disant médecin étranger nommé Dutisse que lui ont envoyés, pour le visiter, des personnes avec qui il avait des relations habituelles. Cela n’a été que quatre jours avant sa mort que frappés du caractère de malignité que prenait sa maladie et de l’insuffisance des remèdes, nous avons appelé les médecins et chirurgiens de la Maison. Ils ont changé de traitement en déclarant qu’ils craignaient d’avoir été appelés trop tard. La force de son tempérament a soutenu mon père jusqu’à la veille de sa mort qu’il a perdu la connaissance qu’il avait conservée pour se plaindre de quitter la vie avec tant de moyens pour en supporter encore longtemps les peines et les plaisirs. Il avait singulièrement connu les uns et les autres, heureux si la souvenance des premiers l’eussent rendu un peu plus circonspect sur l’usage des seconds.

Quant au soi-disant médecin Dutisse, on ne sera pas surpris qu’il lui règle son compte quelques temps plus tard, le 19 frimaire :

Un soi-disant médecin de Paris nommé Dutisse qui depuis quelques mois grossissait la cohorte charlatane qui dupe la crédulité bordelaise, ayant été reconnu pour le Président d’une Commission militaire qui massacrait jadis à Tours, le docteur a cru prudent de se soustraire à une vérification d’identité. Il faut convenir que ce misérable aime bien à verser le sang humain.

30 septembre 1796 La source du Tondut
On se rappelle la célébrité dont jouit depuis quatre mois une source obscure du Tondut près le moulin de Gourgues. On buvait de son eau jusqu’à 20 verres. Cette intempérance ayant été funeste à un boucher, le bureau central a consulté les gens de l’art sur cette fontaine prétendue minérale. Une société de médecins et de chirurgiens qui s’intitule l’Ecole philanthropique de Santé a répondu que l’eau du Tondut, loin d’avoir rien de minéral, n’avait que les qualités d’une bonne eau potable. Le chimiste Cazalet a décidé que l’eau du Tondut est à celle de Figueyreau comme griz : gris, que la première est plus légère que la seconde et que celle de Figueyreau contient un grain de plus de carbonate de chaux et demi-grain de sulfate de chaux que l’autre. Ces rapports et les événements qui les ont provoqués ont détruit la renommée aqueuse du Tondut.

5 novembre 1796 Le difficile mariage du Docteur Lanefranque

Hier, il s’est passé une aventure amoureuse donc il convient de consacrer ici les détails. L’imprimeur Racle aimait une demoiselle Pénicaud d’origine galante. La famille de celle-ci l’avait forcée de recevoir les assiduités d’un médecin de Paris et, en l’absence de l’amoureux, on avait conclu un mariage. Quelques jours avant le contrat, Racle trouve les futurs conjoints se promenant ensemble. Il se livre en leur présence à des scènes de dépit que la demoiselle crut apaiser en lui disant de passer le lendemain chez elle où, en présence de sa famille, elle lui ferait connaître ses dernières intentions. Il s’y rendit et on lui renouvela les protestations les moins équivoques d’attachement, en l’assurant que le mariage projeté n’aurait pas lieu avec le médecin. Cependant, la famille de la Pénicaud force ses inclinations et le mariage est arrêté. Mais, dès le soir où on célébrait paisiblement les accords à la campagne, Racle s’y rend avec un charivari nombreux. Grand tapage de toutes parts, Il y eut même des coups de feu tirés des deux côtés. Le résultat est que le mariage est suspendu pour une maladie que cette scène a occasionné au médecin, dont la future s’est, dit-on, consolée avec son amant favorisé.
Le médecin parisien en question était le docteur Jean-Baptiste-Pascal Lanefranque, médecin de l’hospice de Bicêtre, puis médecin de l’empereur.
André-Théophile Racle, né à Bordeaux le 29 avril 1773, succéda à son père en 1793, rue Saint-James, et continua à être l’imprimeur de la Ville, plus tard de la Préfecture et en 1818 du Roi. Vers 1807, il transporta son imprimerie de la rue Saint- James, n° 17 ou 19, au n° 68 de la rue Sainte-Catherine, ainsi que sa fonderie en caractères créée par son père, mais qui n’avait que peu d’importance, tandis que sa maison de typographie était des plus florissantes : en 1810 il possédait douze presses, dont six montées, et employait de cinq à huit ouvriers.
Racle était fidèle en amour. E. Labadie nous apprend en effet qu’il épousa à Bordeaux, le 19 mai 1804, Marie-Catherine Penicaud, âgée de vingt-huit ans, veuve de Jean-Baptiste-Pascal Lanefranque, médecin de l’hospice de Bicêtre, à Paris. La veuve Lanefranque avait deux fils : Joseph-Dominique et Edouard, nés en 1797 et 1798. 
Entre temps, la demoiselle Pénicaud avait contesté son premier mariage puisqu’on trouve dans un Recueil alphabétique de questions de Droit de 1810 une savante analyse des juristes sur la validité de ce mariage au motif qu’il avait été célébré hors la maison commune ! 

21 janvier 1797 Sociétés de santé et d’histoire naturelle
Quelques chirurgiens, apothicaires et possesseurs d’oiseaux et de coquillages se sont réunis depuis quelques mois et forment des sociétés de santé et d’histoire naturelle. Aussitôt, un journaliste s’est élevé au milieu de ces amateurs pour apprendre leurs occupations à l’univers. D’où est résulté un journal de santé et d’histoire naturelle qui paraît en ce moment à Bordeaux en deux cahiers par mois et que l’on donnera afin d’avoir du débit.

8 février 1797 Sociétés de santé
Tous nos médecins, chirurgiens et apothicaires ont arrangé, depuis quelques mois, deux espèces d’académies, dites, on ne sait pourquoi, sociétés philanthropiques de santé. L’une se rassemble à l’ancienne Académie des sciences et l’autre aux Jacobins. Cette dernière s’est avisée de sortir de son incognito et, il y a trois ou quatre jours, à tenir une séance publique dans une salle de district. Dix discours divers y ont été lus et tous parlaient d’observations chirurgicales ou chimiques, dont le public, qui n y assistait peu nombreux, n’a guère été amusé. Ensuite, il était plaisant d’entendre les plus jeunes sociétaires faire de la doctrine à la barbe des anciens.

14 mars 1797 Les théories de Cazalet
Il vient de paraître à Bordeaux un ouvrage d’un apothicaire nommé Cazalet sous le titre de Théorie de la nature. L’auteur, à qui l’on donne quelques connaissances chimiques, prétend que l’électrique et le calorique sont les principes de la création de l’univers et qu’il finira par la dessication. Nous laissons aux physiciens à apprécier cet ouvrage et son système qui est un vrai rêve.

Jean-André Cazalet était chimiste et apothicaire, mais aussi physicien, professeur, bref, toutes activités susceptibles de faire parler de lui. Il n’avait pas que des amis et Bernadau le décrit comme « un de ces intrigants qui peuplent les grandes villes, ont un peu de talent, beaucoup de langage et un grand fond d’impudence. »
Dans les années de fièvre aérostatique, il avait tenté, sans succès, de lancer un ballon gonflé à l’hydrogène, produit en attaquant de vieilles ferrailles par de l’acide sulfurique dilué.
Son ouvrage sur la Théorie de la nature avait cependant reçu en son temps un accueil favorable.

1° Frimaire 1797 Crainte de la peste
Un bijoutier de Bordeaux étant décédé subitement il y a trois ou quatre jours, on avait répandu le bruit dans cette ville que c’était de la peste et, comme les bruits les plus absurdes sont ceux qui se propagent plus promptement, chacun craignait la contagion. Les bonnes femmes disait qu’elle provenait de la grande mortalité des chats qui a eu lieu et qu’elles intitulaient male-rage. Le bureau central a invité des chirurgiens et médecins à fixer l’opinion à cet égard. Ils ont reconnu que cette mort subite qui avait tant causé de frayeur était la suite d’un érésypèle phlegmoneux et que ce n’était ni charbon ni aucune maladie pestilentielle.

29 décembre 1797 Capelle père et fils (suite le 17 Floreal 1798)
Une scène extraordinaire s’est passé hier dans les prisons du fort du Hâ. Capelle père, qui y est détenu, s’est jeté sur le geôlier et lui a donné plusieurs coups d’un rasoir qu’il tenait à la main. Cet homme est une espèce de fou, qui fut condamné il y a quelques temps par la police correctionnelle à six mois de détention, pour avoir donné du soufflet en rue au président d’une section du tribunal où il avait perdu un procès ridicule contre un de ses fils. Le terme de la détention était prés d’expirer ; il soutenait au geôlier qu’il devait être fini et demandait qu’il lui ouvrit les prisons. Ce dernier prouvait par son écrou qu’il y avait encore certain nombre de jours à faire. Sur cela, le prisonnier s’est jeté sur lui et l’a frappé de son rasoir; les plaies ne sont pas heureusement dangereuses. Le prisonnier a été resserré plus étroitement et cette voie de fait pourrait bien lui valoir une nouvelle détention. Ce Capelle est un petit homme, ancien boulanger qui failli à se faire une affaire sérieuse en 1793, pour avoir frappé des municipaux de campagne qui allaient faire la visite de son grenier à blé. Il fut arrêté quelques mois et se tira d’affaire vu son imbécillité connue et certain patriotisme, car il fait banqueroute. Son fils cadet est un petit soi-disant médecin qui se fourre partout et se prétend propre à tout. Il est auteur du Journal de santé qui va se traînassant et qui ne procure ni honneur ni profits à son rédacteur. Ce docteur avait fait en 1788 un mémoire sur l’administration des hôpitaux qui fut couronné par l’Académie. il déclara abandonner ce prix pour la fondation d’une rosière. La fermeture de l’Académie de Bordeaux n’ayant pas permis de distribuer ce prix conformément aux vues du dit Capelle, il dénonça les académiciens comme des voleurs et des aristocrates pour tâcher à ravoir ses cent écus. Mais la nation s’est emparé de tout et notre médecin, qui comptait sur le produit de sa médaille, fut obligé d’aller chercher de quoi vivre dans les hôpitaux des frontières où il a travaillé sur les malades.

Jean-Félix Capelle (1761-1823) fut un professeur de médecine honoré à Bordeaux. Les détails donnés par Bernadau sont, comme souvent, en contraste avec les avis plus « offficiels » et en particulier l’Eloge prononcé par M. Dutrouilh à l’Académie de Bordeaux lors de sa séance publique du 28 août 1834 : Jean-Félix Capelle naquit à Bordeaux en 1761. Il fut très jeune placé par son père au collège de Guienne où il fit ses études avec un grand succès. Lorsqu’il les eut terminées, il suivit les cours de l’université de Bordeaux et alla prendre le grade de docteur en médecine à Montpellier. Revenu, en 1787, de Paris où il fut l’élève de Desault, il se présenta au collège des médecins de la ville de Bordeaux afin d’y être agrégé.
En 1789, l’Académie de Bordeaux ayant proposé, pour sujet d’un prix, le meilleur moyen d’améliorer le sort des classes indigentes, Capelle lui adressa sur ce sujet un mémoire qui remporta le prix et qu’elle couronna dans sa séance publique du mois d’août 1791. En 1795, il fut nommé médecin à l’armée des Pyrénées occidentales, et chargé du service de l’hôpital de Saint Sébastien. En 1798, se forma la société de Médecine, dont il fut l’un des fondateurs et l’un des membres les plus zélés : c’est sous ses auspices qu’il publia deux rapports sur la vaccine. Il en fut le président en 1809.

20 Pluviose 1798 Les deux Sociétés de médecine
En Messidor de l’an IV, plusieurs médecins, chirurgiens et apothicaires formèrent à Bordeaux deux sociétés hippocratiques. La première sous le nom de Société clinique de santé se réunit à l’Académie, l’autre s’intitulant Société philanthropique de santé alla s’établir aux Jacobins. Ces deux académies viennent d’être ridiculisées dans nos journaux par un soi-disant malade hollandais. Elles ont senti l’insignifiance de leurs dénominations et se sont de suite rebaptisées tout bonnement en Société de médecine. On dit qu’elles se proposent de se réunir en une seule. Nous le désirons, car l’amour propre et l’esprit systématiques sont bien funestes chez des académiciens guérisseurs.

11 Floreal 1798 Le Papier vinaire de Tournon (voir suite 10 Floreal 1799)
Un médecin libraire de cette ville nommée Tournon a annoncé avec beaucoup d’emphase qu’il avait trouvé dans une barrique un tissu formé de la lie et sur lequel on pourrait écrire ou dessiner. Il appelle cela papier vinaire. Le moindre tonnelier aurait pu apprendre au docteur qu’il n’y a pas là de quoi phraser, à moins que l’on ne veuille embêter les sots par des sornettes et faire parade de niaiseries comme le dit Tournon est coutumier du fait depuis 10 ans qu’il vante son talent à Bordeaux sans que personne s’en doute.

Dominique-Jérôme Tournon, médecin en chef des hôpitaux militaires de Bayonne et de Bruxelles, ancien professeur de botanique, professeur-adjoint à l’école de chirurgie de Toulouse, ville où il est né, est plus connu par sa pratique que par ses ouvrages, parmi lesquels on peut citer : Liste chronologique des ouvrages des médecins et chirurgiens de Bordeaux, et de ceux qui ont exercé l’art de guérir dans cette ville, avec des annotations, ou encore Flore de Toulouse, ou Description des plantes qui croissent dans les environs de celte ville, 1811. Il a écrit dans le Journal de Santé et d’Histoire naturelle, dans le Journal de Médecine, et il a été membre de l’académie des sciences de Bordeaux, et de plusieurs autres sociétés savantes.

17 Floreal 1798 Capelle, suite du 29 décembre 1797
Le tribunal criminel vient de condamner à deux ans de réclusion et au poteau le vieux Capelle qui avait frappé de deux coups de rasoir le geôlier du fort du Hâ où il était enfermé correctionnellement pour avoir frappé le président du tribunal qui avait prononcé un jugement civil qu’il attendait moins défavorable. C’est un fou digne des petites maisons, ainsi que toute sa famille, notamment son fils le médecin qui fait ici un journal scientifique que personne ne lit.

10 Prairial 1798 La fille de la vache
On parle beaucoup de l’accouchement monstrueux d’une vache qui a mis bas une fille. On rappelle à cette occasion qu’une vache de Figueyreau accoucha il y a une trentaine d’années d’une fille qui a vécu avec du poil à une joue et qu’on appelait en conséquence la fille de la vache. Nous ne croyons rien à tout cela, le regardant comme un de ces contes dont les femmes du paganisme se servaient pour couvrir quelques intrigues, en mettant les suites sur le compte d’un dieu amoureux.

Plus de deux siècles plus tard, ces fantasmes perdurent, comme en témoigne ce « document » vu sur Internet : « Les habitants de la ville Ajohnton Ekiti au Nigeria ont été surpris de constater qu’une chèvre a donné naissance à quelque chose qui ressemble plutôt à un bébé humain qu’à un chevreau !
Selon l’Agence de Nouvelles du Nigeria, les habitants de la ville Ajohnton Ekiti, sud-ouest du Nigeria ont été surpris, et pris de panique après avoir constaté qu’une chèvre qui vient de mettre bas a donné naissance à quelque chose qui ressemble plutôt à un humain. Les habitants de la région ont déclaré que le petit de la chèvre est né avec deux mains, un visage, des cheveux, une tête humaine. Ses organes génitaux sont semblables à ceux des êtres humains. Les populations ont souligné que le petit est mort après quelques heures en raison du manque de soins médicaux. »

1° Thermidor 1798 Saillies contre les journaux de Capelle et de Caillau
Deux journaux-affiches viennent de paraître aujourd’hui à Bordeaux sous le titre d’Indicateurs : le prospectus de l’un d’eux est de ma façon. Deux autres journaux bordelais ont cessé de vivre en même temps: L’un est le Journal d’histoire naturelle par un soi-disant docteur nommé Capelle; l’autre est le Journal des mères de famille par un prétendu médecin nommé Caillau, qui s’était fait ici le docteur des enfants et des nourrices. Ces feuilles allaient depuis deux ans. Ainsi tout est compensé.

9 novembre 1798 Une nièce victime de la Picote
Mon unique nièce est morte à Lormont des suites de la picote. Elle était dans ses 12 ans et promettait beaucoup, malgré qu’elle fut un peu disgraciée de la nature.

La petite picote correspondait à la varicelle, alors que la grosse picote correspondait à la variole.
Cette nièce était la fille de la soeur de Pierre Bernadau, Jeanne, née en 1761 et qui avait épousé Jean Lafaurie, avec lequel elle eu un autre enfant, un fils qui aura lui-même 4 enfants, dont deux, Célina et Alfred, ont vécu et qui ont été les héritiers de Bernadau.

25 Brumaire 1798 Hygiène militaire
Un chirurgien marmandais nommé Tessier vient de publier un petit ouvrage à l’usage des troupes sous le titre de Hygiène militaire. Il n’a pas eu grande vogue, car comme on va à l’armée par force, on ne s’embarrasse pas beaucoup de s’y porter bien. Au contraire, on y désire une maladie pour avoir le droit de s’en revenir. Pour qui et pourquoi se bat-on ?

Le véritable titre de cet ouvrage est : Hygiène militaire, ou règles diététiques, pour conserver la santé des Militaires, tant de terre que de mer, par P. Tessier 12, Bordeaux, an 7.

2 Frimaire 1798 Fermeture des Veyrines
L’administration du Département publie un arrêté qui ordonne la suppression des Veyrines. On appelait ainsi, dans le bordelais, des trous pratiqués dans les murs de certaines églises de campagne par où le peuple faisait passer les petits enfants pour les guérir de certaines maladies. Cette superstition est ici très ancienne et rendait beaucoup aux cures qui avaient eu l’adresse d’en établir dans leurs églises. On compte que l’archevêque de Lussan, visitant un jour le diocèse, trouva une de ses veyrines pour laquelle il gronda beaucoup le curé et où il fit passer son chien pour s’en moquer. On ne dit pas si il la fit fermer. Il est assez singulier qu’une administration civile ait été plus scrupuleuse que lui sur le fait des roueries d’une religion dont on se moque assez constitutionnellement.

Les veyrines avaient dans le peuple un certain succés, moindre cependant que le tombeau de Saint-Fort dans l’église Saint-Seurin. A la saint Fort, de nombreux parents conduisaient leurs enfants au « tombeau de saint Fort » et les faisaient passer neuf fois au-dessus de la châsse du saint pour leur assurer force et santé. Pourquoi neuf fois ? Sans doute parce que ce chiffre symbolise une suite de prières dans la tradition chrétienne, comme les neuvaines par exemple. Selon la tradition locale, le fait d’asseoir les enfants sur le tombeau de saint Fort procurait des rondeurs aux filles et rendait les garçons virils ! Mais c’étaient surtout les maladifs qui faisaient l’objet de ce rite, comme l’évoque le « musée d’Aquitaine » de 1823 : « Et tous les ans, quand le mois de mai nous ramène la fête du saint, les mères ou les nourrices d’enfants cacochymes viennent en foule visiter ce monument religieux. Elles font neuf fois le tour du tombeau, et à chaque tour elles passent légèrement sur la pierre sépulcrale l’enfant chéri dont l’état maladif les inquiète, espérant que leur dévot pèlerinage lui rendra la force et la santé ».

1 Nivose 1798 Société de médecine
Il existait ici depuis 3 ou 4 ans deux société de guérisseurs, l’une dite clinique et l’autre philanthropique de santé. Ces dénominations étaient aussi ridicules que ceux qui les portaient. Tout cela vient d’être épuré et établi en une Société de médecine, où on est encore étonné de voir les noms de beaucoup de chirurgiens voire d’apothicaires.

Cet étonnement de Bernadau témoigne sans doute du vieux conflit entre médecins et chirurgiens, ces derniers étant issus des barbiers, formés sur le tas, et mal considérés par les médecins formés à l’université et parlant en latin. C’est en 1798 que ces vieilles querelles s’éteignent avec la création de cette Société de médecine rassemblant médecins, chirurgiens et apothicaires.

16 Germinal 1799 Racle et la demoiselle Pénicaud (suite du 5 novembre 1796)
On ne parle ici que du procès que l’imprimeur Racle vient de perdre à Paris pour une femme de Bordeaux nommée Pénicaud, catin prononcée comme sa mère, quoique de bonne famille. Elle fut marié par son père à un chirurgien de Paris nommé Lanefranque, ayant toujours conservé des liaisons avec Racle fils. Celui-ci a forcé sa maîtresse à demander la nullité du mariage et l’amoureux a eu l’impudeur d’intervenir au procès, comme père des enfants survenus depuis. Il a chez lui la Pénicaud et ne veut pas la rendre à son mari. Le mariage a été déclaré valide et Racle a été condamné à remettre les enfants à Lanefranque. C’est une infamie dont ce dernier est victime et que sa femme et son amoureux n’auraient pas dû susciter pour leur honneur.

10 Floreal 1799 Règlement de compte contre Tournon (suite du 11 Floreal 1798)
Un soi-disant médecin toulousain nommé Tournon vient de publier à Bordeaux une petite brochure, sous tous les rapports, intitulée : Liste chronologique des officiers de santé qui ont écrit leur art dans cette ville. C’est un catalogue des divers ouvrages des auteurs, médecins, chirurgiens ou apothicaires, morts ou vivants à Bordeaux avec une très succincte notice historique. J’ai eu la complaisance de lui en fournir 19 que le faiseur de liste ne connaissait pas et cependant il a vendu 30 sous sa brochure dont personne ne veut pour rien. Ce prétendu médicastre est un aventurier plein de suffisance qu’il voulait usurper la place de démonstrateur de Botanique sur Latapie qu’il dénonça en 1793.
A l’époque, il trouva le moyen de se faire nommé Commissaire pour l’arrangement des biens trouvés dans les maisons nationales, puis être pendant quelques temps Garde de la bibliothèque publique de Bordeaux. On l’accuse d’avoir escamoté beaucoup de livres qu’il vend en ce moment avec les bouquins de feu Pallandre, son beau-frère.

On comprend mieux l’aigreur de Bernadau contre le médecin Tournon, beau-frère du libraire Pallandre que Bernadau avait dénoncé en 1791.

10 Floreal 1799 Suite des hostilités avec Caillau
Le soi-disant médecin Caillau vient de publier contre le prétendu médecin Tournon une réfutation des inepties et erreurs répandues dans la brochure que ce dernier a imprimé il y a quelques mois sous le nom de la Liste des auteurs médecins et chirurgiens. Il y a du sel mais pas d’aigreur dans cette critique : les charlatans se respectent pour le malheur du public. Le catalogue médicinal du docteur toulousain est bien dans le cas d’éprouver de plus vives censures si l’on voulait prendre la peine d’en relever les bévues et les inexactitudes; mais on a respecté le malheur d’un sot qui n’a pu vendre son papier barbouillé.

22 mai 1799 La Callipédie de Quillet traduite par JM Caillau
Le soi-disant médecin Caillau vient de publier une traduction en prose de l’œuvre de la Callipédie de Quillet. Il a l’air de vouloir faire beaucoup de bruit d’un travail qui reste peu utile et fort ordinaire. Mieux ferait-il d’étudier les médecins plutôt que les poètes. L’impression de cet ouvrage fait honneur aux presses de Pinard de cette ville.

Jean-Marie Caillau avait fait allusion dans ses Petites Affiches au chroniqueur en parlant de ses « soporifiques compilations sur les rues de Bordeaux ». Le ton était donné, Bernadau n’était pas l’ami du docteur Caillau qui le lui rendait bien. On comprend ainsi la saillie de Bernadau lorsque le pédiatre s’attaque à une traduction de la Callipédie, ou la manière d’avoir de beaux enfants.
Les Pinard, père et fils, étaient établis imprimeurs et marchands de papier d’abord rue de la Chapelle Saint-Jean, puis de 1785 à 1795 au n° 96 de la rue Notre-Dame aux Chartrons. En 1795, après avoir été pendant quelque temps les associés des frères Labottière, ils achètent le fonds de ces imprimeurs de la place du palais de l’Ombrière, devenue place Brutus, qui avait été ruinés par la révolution.
Les Pinard surent vraisemblablement mettre à profit les circonstances de la Révolution en s’enrichissant rapidement. Leur imprimerie ayant pris de l’importance, ils s’établissent aux numéros 5 et 6 de la rue des Lauriers. En 1816, Pinard transporta son imprimerie au n° 7 des fossés de l’Intendance, puis il quitta Bordeaux et alla s’établir à Paris.

20 Vendémiaire 1799 Le kystiotome de Guérin primé
La Société de médecine de Lyon vient de décerner un prix au citoyen Guérin, chirurgien de Bordeaux, pour un instrument par lui inventé, au moyen duquel il abat promptement la cataracte. Il en a fait, il y a 15 ans, l’expérience sur le fils de Montesquieu et a bien réussi. C’est le kystiotome perfectionné.

Le fils de l’immortel auteur de l’Esprit des Lois fut un des premiers malades chez lesquels Guérin fit l’application de son ophthalmostat à ressort.
Dans le fonds de l’Académie royale de chirurgie, se trouve un mémoire fort intéressant, dans lequel le chirurgien rapporte comment son patient, le fils de Montesquieu, refuse de se faire opérer tant qu’il n’a pas lui-même assisté à de semblables opérations. Ce fut dans ces circonstances que ce descendant de Montesquieu, après avoir recouvré la vue, engageait le docteur Guérin à se rendre à Paris pour faire part à l’Académie royale de chirurgie de la découverte qu’il venait de faire. Guérin se dirige vers la capitale et participe à la séance du 19 avril 1787. Il montre à l’Académie son instrument, en décrit le mécanisme, expose les succès qu’il a obtenus, et après l’avoir entendu, l’Académie le nomme par acclamation associé régnicole.

25 Vendémiaire 1799 Un coup des Fils légitimes à Saint-André
On a exécuté ce soir à l’hôpital Saint-André un coup aussi hardi qu’habilement exécuté. 18 hommes armés et équipés comme les chasseurs basques, un officier décoré à leur tête, se sont présentés à 7 heures du soir à la porte de cet hôpital et, après l’avoir fait ouvrir au nom de la loi, une partie en a gardé l’entrée et l’autre a forcé le concierge de les conduire à la chambre des prisonniers. Là, ils ont présenté la baïonnette et des pistolets à quatre soldats du guet qui étaient de garde et les ont forcé de leur livrer deux basques et un émigré, tous devant être jugés demain par la commission militaire comme embaucheurs royaux. Cela fait, ils ont tout amené à la porte et, après en avoir pris les clés, ont emmené leurs recrues et laissé les gardes et le concierge dans l’étonnement. Avant qu’ils aient eu sonné l’alarme dans la maison et au dehors, la bande était disparue, sans que personne en ait pu donner des nouvelles. Ce coup hardi a été exécuté par le moyen des Fils légitimes, bande secrète de royalistes qu’on dit organisée et dirigée par M. Papin, jeune marchand épicier de cette ville, qui s’est donné une réputation ostensible de patriotisme dont il use au profit de son parti. Il a été municipal en 1796.

Elie Papin était négociant à Bordeaux lorsque la Révolution commença. Il s’enrôla en 1793 dans un corps de volontaires nationaux, qui alla combattre les Espagnols à l’armée des Pyrénées orientales. Doué d’une grande bravoure et d’une intelligence militaire fort remarquable, il parvint rapidement au grade de général de brigade. Cependant il quitta le service militaire et il reprit, en apparence, ses opérations commerciales, mais ne s’occupa réellement que du rétablissement de l’ancienne monarchie des Bourbons.
Il créa dans ce but, à Bordeaux, une association qui, sous le nom d’ Institut royaliste, lutta longtemps contre les divers gouvernements révolutionnaires qui se succédèrent au pouvoir. La plupart des chefs de cette association ayant été découverts et arrêtés par la police du Directoire, en 1798, Papin réussit à la réorganiser en 1802, préparant, à la demande du Comte d’Artois, la révolte de l’Ouest de la France. Dans la nouvelle organisation, Papin fut chargé de l’armée de Guyenne. Mais le complot fut découvert en 1805 et Papin, obligé de prendre la fuite, fut traduit par contumace devant un conseil de guerre, à Nantes, et condamné à mort le 23 frimaire an XIV (décembre 1805), comme ayant concouru à des projets que dirigeaient les ennemis de la France, et particulièrement l’Angleterre.
Il se réfugia en Amérique, où, jusqu’à la Restauration, il ne s’occupa plus que d’affaires de commerce. Revenant dans sa patrie en 1814, il essuya un terrible naufrage, où il perdit une assez belle fortune que lui avait procurée le commerce, et fut grièvement blessé en se sauvant avec peine. Il mourut à Agen le 5 août 1825. Tous les honneurs militaires lui furent rendus dans cette ville, et son corps, transporté ensuite à Bordeaux, y fut enterré avec une grande pompe au cimetière de la Chartreuse (source Wikipedia).

1° Frimaire 1800 Les soupes économiques
On a publié aujourd’hui l’annonce de l’établissement des soupes économiques. C’est la société littéraire de cette ville qui l’a provoqué et dirigé. Elle a fait un rapport dont le préfet a ordonné l’ impression avec l’ouverture d’une souscription dont les payeurs dirigeront l’emploi. Ils seront remboursés sur les produits de l’ établissement ou en bons de soupe, dont chaque écuelle coûtera deux sous. La distribution aura lieu aux Orphelines, dans l’église desquelles on a établi les fourneaux. Rien ne s’y distribuera qu’en payant afin que ses soupes n’aient pas l’air d’une aumône et que les petits ménages qui en useront ne soient pas rebutés de cette marmite. C’est un petit médecin de Bordeaux nommée Capelle qui mène tout cela. Il veut singer l’allemand Rumford, qui avait conçu ces potages des pauvres.

D’après le Dictionnaire des Sciences médicales de Marie-Joseph Alard (1821), on désigne sous le terme de soupes économiques un aliment potager, propre par son économie et sa qualité à servir à la nourriture des indigents. Il fallait à cet effet trouver un mets sain et peu dispendieux, facile à préparer par des moyens économiques, et tellement en grand, que chaque portion ne revînt qu’à un prix si modique, qu’on pût en donner sans beaucoup de dépense, ou le vendre à très-bas prix. Ce problème a été résolu par M. le comte de Rumford , homme qui s’est constamment occupé de tout ce qui pouvait être utile, et dont la vie entière a été consacrée à l’humanité, par la publication de la manière de préparer les soupes économiques.
Le premier établissement dans lequel on a exécuté en grand la préparation de cet aliment a été fondé en 1800, à Paris, rue du Mail, par MM. Delessert et Decandolle. La société philantropique comprit de suite tous les avantages qui pourraient résulter pour les pauvres, d’établissements semblables; elle en ajouta de nouveaux, et dans ce moment plus de quarante fourneaux sont en activité, et on y distribue quinze à vingt mille soupes par jour. Les soupes sont distribuées dans ces manutentions depuis sept heures jusqu’à onze heures du matin, contre des bons délivrés par les souscripteurs ou par les bureaux de bienfaisance, ou bien on les vend à raison d’un sou à tous ceux qui se présentent (elles pèsent une livre et demie). Ces soupes nourrissent certainement mieux qu’une demi-livre de pain qui coûte le double ; un aliment chaud est toujours plus agréable; il est plus facile à donner aux enfants en bas âge. On a remarqué que, dans les quartiers où sont situés les fourneaux, ils se portent mieux et sont plus forts. Elles offrent le moyen de s’assurer que les secours que l’on donne par leur moyen servent directement à l’alimentation, avantage qu’on n’a pas toujours avec les secours en argent, que l’on distrait souvent pour des besoins moins nécessaires, parfois superflus et même nuisibles. Le pauvre honteux a la facilité de se procurer un aliment sain sans le mendier.

15 Ventôse 1801 La demoiselle Pénicaud (suite du 16 Germinal 1799)
La demoiselle Pénicaud, maîtresse de l’imprimeur bordelais Racle et qui voulait que ses enfants fussent de ce dernier et non du médecin Lannefranque son mari, a définitivement perdu son procès à Paris. Ainsi, elle ne sera pas déclarée adultère par jugement, quoi qu’elle le soit réellement. Une pareille instance est le scandale des moeurs et appartenait au siècle de la Révolution.

20 Ventôse 1801 A nouveau le docteur Caillau
La vaccination est à la mode dans toute la France et se répand de ce pays dans tous les autres de l’Europe. L’expérience prouvera si nous avons eu raison de substituer l’inoculation du virus de la vache à celle du virus humain. En attendant, il faut noter qu’un médecin de Paris nommé Raugue est venu à Bordeaux pour vacciner le monde crédule. Le préfet a créé à cet effet un professeur des maladies des enfants qui est le gascon Caillau, ancien instituteur, qui est devenu médecin par la grâce de la Révolution. Il a fait beaucoup de sauts et de courbettes pour se faire remarquer et devenir quelque chose.

10 Germinal 1801 Epidémie de « Bastringue »
Depuis quelques jours, les bordelais sont affligés d’un rhume avec fièvre scarlatine, espèce d’épidémie peu dangereuse qui parcourt l’Europe et que les Espagnols ont nommé le Rigaudon et nous le Bastringue, nom d’une contredanse à la mode.

Quelques jours plus tard, Bernadau parle de « Bastringue purpurine ».

27 Messidor 1801 Une plainte d’un patient contre un chirurgien
Le tribunal d’appel a retenti ces jours passés d’un singulier procès entre un chirurgien et son malade. Un riche bourgeois d’Angoulême avait une monstrueuse excroissance que personne ne voulait se charger de lui couper. Il trouve enfin un chirurgien qui entreprend l’opération et y réussi. Lorsqu’il demande cent Louis pour sa peine, on chicane. Le malade en offre 30 qui sont refusés. Procès gagné par ce dernier qui est seulement condamné à payer cette somme. Appel du jugement par l’Esculape qui insiste pour ses cent Louis. Il fait faire un beau mémoire qu’il orne de la gravure du monstrueux nez qu’il a rétabli en bon état. Le tribunal a ordonné, avant faire droit, que des experts chirurgiens lui feraient un rapport sur la difficulté de l’opération et sur le prix qu’ils estiment devoir lui est très alloué. Les plaisants ce sont fort égayés sur cette singulière contestation. Cependant, il faut convenir que le chirurgien qui réclame est un homme fort expert dans son art. Il avait naguère extirpé à l’ex ministre Delacroix une excroissance de plus de 30 livres de chair que celui-ci avait aux parties et qui lui dérobaient son sexe. Nous ne voudrions pas, pour tous les nez du monde, d’être impliqué dans une pareille affaire.

27 Fructidor 1801 Une séance de la Société de Médecine
La Société de médecine a tenu aujourd’hui une séance publique qui a été remplie assez brillamment par les lectures suivantes. Discours d’ouverture par Grassi, ordinaire. Le secrétaire Caillau a fait le compte rendu de ses travaux, qu’il a terminé par l’éloge de Mingelousaulx Père et Fils, médecins fameux à Bordeaux au XVIe siècle : assez intéressant. Duburcq et Capelle ont parlé de la vaccine, en apôtres de cette nouvelle inoculation qui prend en faveur en Europe et qu’on doit à l’anglais Jenner. Gaubert a lu un éloge du chirurgien bordelais Grossard qui ne méritait pas cet honneur. L’apothicaire Cazalet a fait quelques expériences de galvanisme. La séance a été terminée par l’annonce d’un prix proposé par la Société sur la meilleure analyse de la doctrine d’Hippocrate. Les travaux de cette espèce d’académie, quoique peu distingués, ont un caractère d’utilité et d’intérêt bien différents de ceux de la Société des sciences.

25 Pluviose 1802 Le nain Moreau
Il y a en ce moment au théâtre français un nain nommé Moreau qui joue les arlequins. Il y fait foule. Sa taille est de trois pieds huit pouces et son âge 40 ans.

Ce nain mesurait donc à peu près 107 cm. On trouve dans L’Esprit des Journaux de 1806 cette mention : « Ce nain, qui n’a que 40 pouces, est fort bien tourné, il a de l’intelligence et les traditions de son emploi. Sa petite taille qui contraste avec celle des autres acteurs, choque la vraisemblance et comme son organe caduc est très déplaisant, l’ennui succède promptement à l’étonnement qu’excite la petitesse de son corps ».

16 Fructidor 1802 Cranioscopie de Gall
Un médecin de Vienne nommé Gall vient de publier un livre de physiologie intitulé Enthélo-cranioscopie qui fait un certain bruit. L’auteur prétend déterminer le degré d’intelligence de chaque homme par la forme de sa tête. C’est ce qu’on appelle le système de l’angle facial. Il est plus spécieux que solide. L’expérience et les observations comparées en assureront le mérite ou la chute.

Franz Joseph Gall (1758-1828) est un médecin allemand, considéré comme le père fondateur de la phrénologie, qui visait à déceler les facultés et les penchants des hommes par la palpation des reliefs du crâne. Ce lien direct qu’il y aurait entre facultés mentales, anatomie cérébrale et morphologie du crâne pose les fondements d’une discipline qu’il baptisa « crânioscopie » et que l’un de ses disciples, Johann Gaspar Spurzheim rebaptisa « phrénologie » en 1810.

4 Frimaire 1802 La Société médicale d’émulation
La Société médicale d’émulation vient de publier la notice de ses travaux en un cahier de 32 feuillets in 8°, dont la suite paraîtra tous les deux mois sous la forme périodique. Le ministre Chaptal a agréé l’ hommage de ce travail. Cette société est formée de plusieurs médecins et chirurgiens qui veulent se venger du refus qu’a fait la Société de médecine de les appeler dans son sein. La Société médicale d’émulation a obtenu de tenir ses séances dans l’ancien collège des Lois, où son fondateur, M. Moulinié, tient une école gratuite pour l’étude de l’art de guérir. Cet homme est très zélé pour son état et pour l’instruction. On m’a reçu membre honoraire de cette société qui s’est associée quand en cette qualité plusieurs gens de lettres de cette ville.

Bernadau fut même l’un des secrétaires de cette Société où il côtoyait le docteur Jean Marie Caillau et le littérateur Laboubée !

7 Nivôse 1802 Un guérisseur vénérien
Un guérisseur vénérien de cette ville nommée Delage vient d’être bâtonné par des jeunes gens qu’il avait dupé. Peu de jours après, la police l’a chassé de Bordeaux pour avoir osé concocter certaine drogue qui procurait l’avortement.

On trouve, sous la plume de Joseph Capuron, dans son ouvrage paru en 1807 : Aphrodisiographie ou tableau de la maladie vénérienne les propositions thérapeutiques de l’époque : « les saignées générales ou locales, les bains, les laxatifs, les fermentations émollientes, les cataplasmes avec la mie de pain, le riz, la farine de graine de lin bouillis dans du lait, les injections adoucissantes avec la décoction de racine de guimauve, le lait de chèvre, une légère infusion de safran, seront plus ou moins indiqués, selon le tempérament du malade et l’étendue ou le degré de la maladie. Leur vertu est de produire un relâchement salutaire, de modérer la force et les progrès de l’inflammation, et de mettre en quelque sorte la nature en état de triompher seule et sans effort.
Dans la seconde période, on peut administrer les excitants en général , tels que la térébenthine de Chio ou de Venise, seule ou avec la rhubarbe, le baume de Copahu ou du Canada , depuis un jusqu’à deux grammes, délayés dans un jaune d’œuf, dans quelque liqueur ou sirop approprié, ou en bols avec du sucre. Le lait d’ânesse avec une légère décoction de squine, convient aux tempéraments lymphatiques, et avec la décoction de grande consoude ou de fraisier, aux sujets maigres, bilieux, mélancoliques ».

25 Floreal 1803 Notice historique sur l’art de guérir à Bordeaux
La Société médicale d’émulation a tenu aujourd’hui une séance publique à l’ancien collège des Lois, le lieu où se donnent les leçons de l’école élémentaire de médecine. Plusieurs lectures d’ouvrages ont été faites; Nous ne croyons pas devoir les rappeler comme étant hors de notre portée. Nous y avons lu, comme associé honoraire, une notice historique sur l’art de guérir à Bordeaux depuis les premiers temps.

30 Thermidor 1803 Examen des sages femmes (voir 25 Prairial 1802)
On a fait aujourd’hui à la Préfecture l’examen des sages femmes élèves de la dame Coutanceau, professeur breveté par le Gouvernement pour l’art des accouchements à Bordeaux. Les élèves n’ont pas paru bien instruites. En général, cette partie de l’instruction est ici bien négligée et les sages femmes sont aussi rares dans le département que les femmes sages.

Madame Coutanceau était pensionnée par le gouvernement pour faire des cours à des élèves sages femmes dans l’hospice de la Maternité des Incurables depuis 1794.

15 Fructidor 1803 Société Médicale d’Emulation
Ce mois est la Fête des Muses. Voici ce qu’en dit celle des sciences physiques sur la société médicale d’émulation de Bordeaux. Après la distribution des prix faite aux élèves en l’art de guérir qui ont paru avoir le mieux profité des leçons de l’année au jugement d’un jury de médecins et chirurgiens qui les ont examinés hier et avant-hier, le président a fait ouverture de la séance par un discours sur l’art de guérir et ses progrès. Il y avait d’excellentes vues pratiques.
M. Saint-Cric a lu une dissertation sur les avantages et les inconvénients des demi-bains chez les femmes grosses.
M. Ducros a parlé des avantages de la saignée chez les femmes enceintes affectées de convulsions.
Le secrétaire a lu le rapport des travaux de la société dans l’année.
On a lu pour le compte de M. Massé la description d’une machine par lui inventée pour réduire le tendon d’Achille.
M. Laboubée a disserté historiquement sur l’art de guérir.
M. Ducastaing a lu des observations sur les diverses températures de l’air influent sur les femmes en couche.
J’ai donné une notice sur la vie de Sylva, célèbre médecin bordelais
Comme je n’entends rien aux matières dont s’occupe cette société, quoi qu’elle m’ait appelé dans son sein comme associé honoraire, je ne me permettrai pas de juger ses travaux. C’est le devoir des gens de l’art dont la salle était remplie.

Jean-Baptiste Silva (1682-1742) est un médecin né à Bordeaux dont le titre de gloire est d’avoir été appelé à donner son avis sur la maladie de Louis XV en 1721; il préconisa une saignée du pied qui réussit. Grâce à ce succès, il acquit une grande réputation. On lui doit à cette occasion, un Traité de l’usage des différentes sortes de saignées, principalement de celles du pied (1727), resté célèbre. Dès lors, la fortune lui sourit jusqu’à sa mort, et il devint médecin fort à la mode, surtout auprès des dames.

2 Floreal 1804 Allocation à la Société médicale d’Emulation
Dans une délibération de ce jour, le conseil municipal a voté le paiement d’une somme annuelle de 1200 Fr. en faveur de la Société médicale d’Emulation de Bordeaux, pour l’indemniser des dépenses qu’elle fait pour l’instruction publique, par les divers cours que ses membres font à cette école élémentaire de médecine de cette ville. Cette somme a été accordée sur une pétition que j’ai faite au nom des élèves en l’art de guérir pour les professeurs qui les instruisent gratuitement. C’est M. Moulinié, ancien professeur de chirurgie, qui est le fondateur de cette société et de l’école qui lui est attachée. Il a fondé cet établissement en l’an II et l’a soutenu avec un zèle et une persévérance extraordinaires.

Et Bernadau rajoute curieusement, manifestement plus tard, : « C’est un coquin ». Ses relations avec le docteur Moulinié avaient évolué !

15 Floreal 1804 Comité central de vaccine
Le préfet a formé hier à Bordeaux un Comité central de vaccine pour correspondre avec la société que le ministère vient de créer à Paris pour la propagation de cette découverte. On est étonné de trouver le nom de plusieurs négociants, avocats et rentiers dans un établissement purement de médecine pratique.

Bordeaux fut, après Paris, une des premières villes à s’intéresser à la vaccination contre la variole, à tel point que, dès avril 1801, le Comité Central de la Vaccine à Paris annonçait que « les médecins bordelais se réunissent pour suivre en commun les essais et qu’un établissement de vaccination gratuite se formait à Bordeaux sous les auspices du préfet de la Gironde ». En effet, un rapport de la Société de médecine de Bordeaux du 13 septembre 1801 indique que « au mois de nivôse dernier, les citoyens Guérin et Grassi firent venir de Paris le virus vaccin et l’employèrent avec succès, mais obligés de lutter sans cesse contre les préventions des patents, ils ne parvinrent pas toujours à les vaincre. »

24 octobre 1804 Fièvre jaune américaine
Le préfet vient de prendre un arrêté pour s’opposer à l’introduction dans le Département de tout ce qui peut venir d’Espagne, attendu que la maladie épidémique qui est à Malaga gagne la partie occidentale et menace de se changer en Peste. C’est la fièvre jaune américaine.

En 1823, un éminent membre de la Société médicale d’Emulation de Martinique, Pierre Lefort, publie un Mémoire sur la non contagion de la fièvre jaune, qui débute ainsi : « Je n’eus pas plutôt reconnu que la fièvre jaune n’est point une maladie contagieuse, que j’adressai au gouvernement mon opinion sur cette question, d’une si grande importance, et j’exposai dans un mémoire particulier, sous la date du 1er août 1819, les motifs de mon opinion. Depuis la publication de ce mémoire, imprimé par décision de la Société de médecine de Paris, et inséré dans son Journal général du mois de novembre 1820, de nouveaux et nombreux témoignages reçus des médecins les plus distingués de l’Amérique et des Antilles, avec les quels je suis en correspondance, et ma propre observation, m’ont de plus en plus confirmé dans la rassurante doctrine que j’y établissais sur des arguments et des preuves que jusqu’ici les partisans de la doctrine contraire n’ont point essayé de combattre. Alors qu’il était question de former une commission sanitaire en France, je crus qu’il était bon de rassembler, sur une question regardée comme indécise encore, le plus de documents possibles; ainsi, non content d’offrir au ministère auquel j’ai l’honneur d’appartenir, le fruit de mes recherches et de mes propres observations, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le mettre à même de connaître aussi l’opinion des médecins qui, fixés depuis longtemps à la Martinique, ont eu de fréquentes occasions d’étudier la fièvre jaune, et ont pu conséquemment se former une juste idée du caractère de cette maladie. »

22 décembre 1804 La Société médicale d’Emulation
La société médicale d’émulation de cette ville publie aujourd’hui son règlement. Je l’ai composé comme étant du comité de rédaction de cette compagnie, où je me trouve avec quelques amateurs des sciences qu’on y a admis en qualité d’associés libres. Nous sommes là pour sauver l’ennui des séances chirurgicales qui seraient peu suivies sans cela. Cette société était auparavant sans règles ni sans considération. On laissait ces guérisseurs tout seuls auparavant et ce n’est qu’au moyen de cette réorganisation qu’on a vu des gens sensés songer à entrer dans cette société. Elle était auparavant livrée à quelques élèves de l’hôpital et à la domination du bavard Moulinier, chirurgien qui a plus de jactance que de talent et qui, surtout, est passablement ennuyeux.

22 juin 1805 La crainte de la rage
On a commencé aujourd’hui à jeter dans les rues de Bordeaux des saucisses empoisonnées pour faire mourir les chiens qui sont en grand nombre et dont quelques uns sont hydrophobes. La police aurait mieux fait de faire assommer toutes ces bêtes inutiles dans une ville.

Dans de nombreuses villes, des ordonnances interdisaient de laisser les chiens errer dans les rues et obligeaient leurs propriétaires à les garder chez eux ou à les promener en laisse. De fortes amendes frappaient les contrevenants qui se voyaient en outre exposés à voir leurs animaux abattus par les agents de la force publique.

8 Thermidor 1805 Fièvre épidémique
Il paraît reconnu qu’une fièvre épidémique ravage les faubourgs du Marais, Sainte-Eulalie et des Chartrons. La mortalité est effrayante dans ces quartiers par défaut de récurement du Peugue.
La société médicale d’émulation a été consulté hier par le préfet par intérim, à l’occasion des maladies qui affligent les faubourgs. Elle a remis un rapport, à la rédaction duquel j’ai concouru, et duquel il résulte que le curement du Peugue et la stagnation des eaux de ce ruisseau sur le marais de la Chartreuse sont la cause de cette épidémie.

L’Album du voyageur à Bordeaux : contenant les vues et monuments les plus remarquables de la ville, avec un texte explicatif de 1837 explique : « Les marais de l’Archevêché s’étendaient depuis les confins de la ville jusqu’à l’enclos des Chartreux; couverts tour à tour par les débordements du Peugue et de la Devèze, par les eaux même de la Garonne, qui au temps des hautes marées, s’engorgent dans le canal de ces deux ruisseaux, ils exhalaient pendant les fortes chaleurs, des miasmes dangereux que les vents d’ouest poussaient sur la ville; alors se déclaraient ces fièvres épidémiques que les bordelais, décimés, confondirent plus d’une fois avec la peste.

10 Fructidor 1805 Banqueroute du chirurgien Lapeyre
On apprend aujourd’hui que le chirurgien Lapeyre vient de déclarer une banqueroute de 50 mille écus et a assemblé ses créanciers pour leurs opposer l’état de ses affaires et leur demander une remise de 60 %. Une pareille proposition est révoltante de la part d’un homme qui ne fait point d’affaires commerciales et dont la profession rapporte au moins 10 000 Fr. par an. Il est bon qu’on sache que cet homme fait chez lui une dépense extraordinaire, qu’il a une maison de campagne avec serres chaudes et statues de marbre, qu’il va voir ses malades en voiture, donne des festins et les joue gros jeu tout le carnaval. Il serait bien temps qu’on fit un exemple des fripons qui se jouent de la foi publique et vivent aux dépens des créanciers crédules.

Jean Baptiste Lapeyre est né à Mérignac en 1753. Après des études à Paris, il est nommé lieutenant du premier chirurgien du Roi à Bordeaux en 1783. On le trouve en 1789 sur la liste des 90 électeurs, puis en 1792 sur la liste des électeurs du Département de la Gironde chargés de nommer les députés de la Gironde à la Convention Nationale. Il y figure en bonne compagnie puisqu’on y trouve aussi un certain…Jean Baptiste Lacombe, alors instituteur. En 1793, il était l’un des commissaires du Conseil général de la commune de Bordeaux. 
Lapeyre était chargé depuis 1784 du cours théorique d’accouchement au collège des chirurgiens. En 1804, il succède au Docteur Coutanceau qui, avec son épouse, rendit de grands services à la cause de l’obstétrique, à la tête de la Maternité de l’Hospice des Incurables. Les Almanachs de la préfecture de la Gironde de 1806 à 1813, puis les Calendriers administratifs du département de la Gironde de 1814 à 1818 nous indiquent que Jean Baptiste Lapeyre était directeur de l’hospice de la Maternité d’une part et professeur d’accouchement, rue des Incurables d’autre part, depuis 1807 jusqu’à 1816, année où il est rejoint par Lapeyre fils comme directeur-adjoint. Il décède en 1817 d’une maladie cruelle d’après l’éloge prononcé par son confrère Guerin sur sa tombe. Jean Baptiste Lapeyre fut par ailleurs connu comme ayant un esprit aimable, doux et conciliant, coeur on ne peut plus généreux.

1° janvier 1806 Euthanasie pour cause de rage
On parle beaucoup d’un malheureux jeune homme de la rue Causserouge qu’on a été obligé d’empoisonner avec de l’opium, attendu qu’il était devenu enragé incurable par suite de la morsure d’un chien hydrophobe. C’est la police qui s’est mêlée de cette affaire, après avoir appelé et consulté les gens de l’art. Le théâtre de la Gaité vient de donner une représentation au profit de la mère du défunt.

Bernard-François Balzac, le père d’Honoré, publie vers 1810 une Histoire de la rage :  » Il y a des exemples où l’avidité de succéder a fait étouffer comme enragés des individus attaqués de simples convulsions que la peur, ou la crainte, avaient données, ou qui étaient sous l’effet de quelque violente passion, de quelque transport fiévreux, dont ils auraient été guéris ». Il poursuit en citant quelques cas dont il avait connaissance : « Une jeune fille de 18 ans, prise de rage, ne fut sérieusement malade qu’une demi-joumée, et mourut à ÏHôteI-Dieu de Paris le 3 mai 1780, faisant des prières pour qu’on ne l’étouffat point ». Ou encore : « Le 23 septembre 1781, un jeune homme attaqué de rage demanda à sa famille son curé, uniquement pour empêcher qu’on l’étouffa dans le cas où il viendrait tout-à-fait à perdre la raison. Ce sujet fut guéri, preuve évidente que la rage était purement imaginaire. Ainsi, plusieurs de ces malades imaginaires se voient étouffés, ou étranglés, ou noyés ».
La simple idée qu’il ait pu se commettre de pareils assassinats fait frémir. Une loi peut seule les faire cesser, prétend-il. Et il propose un « Projet de loi : Il est défendu, sous peine de mort, d’étrangler, d’étouffer, de saigner des quatre membres, ou autrement faire mourir aucun individu attaqué de rage, d’hydrophobie, ou autre maladie quelconque donnant des accès, des convulsions aux personnes, les rendant folles, furieuses et dangereuses, de quelque manière que ce soit, sauf à l’ordre public, et aux familles, à prendre les précautions qu’exigent la sûreté publique et particulière. »

8 janvier 1806 Mesures contre les chiens
Le maire vient d’ordonner aux particuliers de tenir leurs chiens enfermés, ou de leurs mettre un collier, faute de quoi ils seront tués par les agents de la police. On jette aussi toutes les nuits des viandes empoisonnées dans les rues pour détruire tous les chiens parmi lesquels on en soupçonne d’enragés. Il est sûr que jamais le nombre de bêtes de tous genres n’a jamais été aussi considérable qu’en ce moment.

8 juin 1807 Nominations à Saint-André
Un décret impérial vient d’attacher à l’hôpital Saint-André de Bordeaux 6 professeurs de diverses parties de l’art de guérir. Nous doutons que cette institution soit utile au public. Le profit n’en sera que pour quelques intrigants qui palperont l’argent sans rien faire et qui seront placés là par leurs compères, comme cela est à présent pour les places de médecins et chirurgien des hospices.

18 septembre 1807 Fin de la Société médicale d’Emulation ?
Il y a eu hier soir séance publique à la Société de médecine, où de Grassi, Caillau, Lamothe, Cazejus et Guérin fils ont lu des mémoires relatifs à leur profession. Il est bon de consigner en même temps que la société médicale d’émulation, qui existait depuis six ans à Bordeaux, a tenu une séance publique le quatre de ce mois et qu’il paraît que ce sera la dernière, attendu qu’elle n’a plus ni considération, ni moyens pécuniaires pour se maintenir. Nous cherchâmes, il y a deux ans, à retarder l’époque de sa dissolution très prochaine par des règlements que nous fîmes adopter pour sa régénération lorsque nous y fûmes appelés comme associé honoraire. Mais ces médicastres n’ont pas voulu profiter de nos avis, croyant se connaître mieux que nous en fait de mort. Celle de leur société est arrivée, quoi qu’ils en aient dit. Dieu fasse paix aux pauvres trépassés.

Les Mémoires des médecins de la Société de Médecine devaient porter sur la vaccine, puisque le lendemain, Bernadau précise : « La société de médecine publie une notice sur la propagation de la vaccine dans le département de la Gironde ».

2 juin 1808 La noix de galle, contre-poison
Depuis quelques temps, un apothicaire de cette ville nommé Chanterelle a annoncé comme un préservatif contre le poison la dissolution de noix de galle. Cette découverte qui n’est qu’un rêve lui a valu deux pamphlets assez plaisants, l’un en prose intitulé : lettre à Monsieur Canulet, l’autre en vers sous le titre de La Chantellarade, en six chants. On attribue cette méchanceté à un médecin sans malade nommé Caillau.

La noix de galle est une excroissance produite sur le chêne, par la piqûre de certains insectes et qui servait à teindre en noir et à faire de l’encre.
Dans son Histoire abrégée des drogues simples 1837), Nicolas Jean-Baptiste G. Guibourt décrit l’expérience de l’utilisation de noix de galle contre l’empoisonnement par l’angusture : « J’ai voulu essayer si quelque substance ne pourrait pas détruire les effets d’un poison aussi énergique… A dix heures un quart du matin j’ai fait prendre au chien qui avait subi l’expérience de la véritable angusture, vingt-quatre grains de poudre de la fausse, mêlée à du miel. Trois minutes après on lui a fait avaler, autant que possible, l’infusé aqueux d’une once de noix de galle pulvérisée dans douze onces d’eau, et on l’a abandonné à lui-même. Aussitôt sa bouche a laissé couler une matière filante très-épaisse, il est devenu très abattu et s’est couché ; mais il se levait de temps en temps et cherchait l’air : il paraissait ivre. A une heure un quart il est sorti et a rendu une assez grande quantité d’une urine d’un jaune extrêmement foncé. Ses membres postérieurs sont devenus très faibles, ses pupilles très-dilatées, sa respiration haletante, ensuite pénible et bruyante; le ventre très déprimé : la faiblesse a toujours augmenté. L’animal est mort à deux heures, sans convulsions, et en rendant par la bouche une grande quantité d’un liquide sanguinolent. Il y avait trois heures trois quarts qu’il avait pris le poison. Bien que cet animal soit mort, le long temps qu’il a vécu après l’ingestion de la substance vénéneuse, et l’absence de convulsions, prouvent que la noix de galle agissait dans l’estomac sur le principe délétère, à mesure qu’il se dissolvait, et le dénaturait en le rendant insoluble. Mais le composé insoluble formé n’a-t-il pas, en exerçant une action délétère différente, contribué à la mort de l’individu ? Cela est possible; aussi ne m’appuierai-je pas de cette seule expérience pour annoncer la noix de galle comme le contre-poison de la fausse angusture. »

4 janvier 1810 La colique de Madrid
Un chirurgien des chevaux légers de cette Garde nommé Deplace vient en passant de publier deux opuscules de son métier. L’un est intitulé : « Aperçu sur la colique de Madrid », l’autre : « Titénéologie ou discours sur l’allaitement maternel ». Ce sont deux petites brochures qui ne contiennent pas beaucoup de doctrine. La première nous apprend seulement qu’une colique épidémique a fait de grands ravages parmi les régiment français en Espagne et à ajouter et a ajouté à la destruction de l’espèce humaine.

Dans les Annales des sciences et des arts : 1809 (1810), 2 on trouve cet « Aperçu sur la colique de Madrid et de ses environs, par M. Deplace. L’auteur décrit d’abord les symptômes de la colique de Madrid, dont les principaux sont des nausées fréquentes, des vomissements presque continuels de matières verdâtres et tenaces, une constipation opiniâtre, des douleurs violentes à la région ombilicale, des angoisses cruelles qui arrachent des cris aigus et même des hurlements. L’abdomen se déprime et s’approche plus ou moins de la colonne vertébrale, il est dur et rénitent; le pouls est élevé, fréquent, mais point fébrile. Dans toutes les périodes de la maladie, les urines sont rouges et chargées. La paralysie est assez souvent la terminaison de cette fâcheuse affection. En recherchant les causes de la colique de Madrid, l’auteur croit les trouver dans la situation de la capitale des Espagnes, qui y rend la température sujette à des changements subits. Ces changements, en portant leur action immédiate sur la peau, dérangent ou suppriment la transpiration insensible, et il se fait alors un reflux sur le canal intestinal. C’est donc à une constitution spasmodique d‘une partie des intestins ou de tout l’abdomen, suite d’une suppression de la transpiration insensible, que l’auteur attribue la colique de Madrid qui y paraît endémique, et c’est d’après cette indication qu’il propose les pédiluves, les vésicatoires, les rubéfians appliqués sur la région lombaire et le bas-ventre, les antispasmodiques, les émétiques et les purgatifs ( Recueil périodique de la Société de médecine de Paris. Septembre 1809). »

16 janvier 1810 Projet d’un nouvel hôpital
Mémoire sur un projet d’hôpital à établir à Bordeaux dans la caserne de Saint-Raphaël, in 4°, 1809 : Tel est le titre d’un mémoire publié par M. Combes, architecte. Tous ses confrères s’évertuent sur ce sujet afin d’être occupés au nouvel hôpital qui doit être établi à Bordeaux pour y enfermer les mendiants du Département.

6 mai 1810 Comité de vaccine
Installation, à l’hôpital de la Manufacture, d’un Comité de vaccine par arrêté impérial, composé d’un certain nombre de médecins et chirurgiens, du maire, du préfet, du premier président et du procureur général de la cour d’appel, le tout présidé par l’archevêque. Il y a un médecin chargé nominativement du dépôt de vaccin sous le titre de Vaccinat. Il a 600 Fr. d’appointements. Le docteur qui en est revêtu est M. Lamothe, vieille caboche médicale, homme systématique qui a été tour à tour, inoculateur, mesmérien, browniste, crânologue et toujours médiocrement bête. Le gouvernement paraît beaucoup tenir à la propagation de la vaccine et charge même les curés de la prêcher à leurs paroissiens. Les prêtres d’autrefois ne furent pas si dociles pour propager l’inoculation.

3 septembre 1810 Une séance de la Société de médecine
Dans la séance que la Société de médecine a tenu aujourd’hui, il a été lu :
1/ un discours d’ouverture par M. Lapeyre, président : Beaucoup d’appareil de doctrine et peu de choses d’un véritable intérêt. Le tableau des progrès de l’art de guérir peint dans un jargon de ruelles.
2/ notice des travaux de la société, par M. Caillau son secrétaire général: Bavardage emphatique et mensonger.
3/ observations sur un vomissement de sang avec fièvre par M. Guitard: Le dissertateur annonce qu’après avoir fait prendre beaucoup de remèdes à son malade, il a eu la douleur de le voir mourir. On ne s’attendait pas à ce dénouement.
4/ réflexions sur l’inoculation et la vaccine par M. Ducastraing fils : toutes les trivialités rebattues font réfléchir dans ce morceau écrit d’un style précieux et qui vire à l’effet.
5/ conseils à un jeune médecin sur l’art de faire naître l’espérance au lit d’un malade par M. Caillau : ce sont des vers assez bien tournés mais un peu lourds que ce docteur s’amuse à faire au lieu de curer. Il eut mieux fait de garder ses conseils pour lui-même.
La société n’a point eu de prix à décerner, mais elle en propose un sur cette question : exposer le tableau des améliorations dont la ville de Bordeaux est susceptible sous le rapport de la salubrité publique.

5 novembre 1810 Agénésie anale
Il vient de naître, dans une famille juive, un enfant sans anus. C’est un phénomène en Israël et en médecine. On a fait un anus artificiel à cet enfant qui n’a pu survivre que peu de jours à cette opération.

14 juillet 1819 Caron : un bourreau chiropracteur
On vient d’arrêter le nommé Caron, oncle du bourreau de Bordeaux, comme prévenu d’être porteur d’un diplôme surpris à la faculté de médecine de Paris, au moyen duquel il exerçait dans la basse classe bordelaise. Voici les circonstances qui ont donné naissance à cette arrestation. Le peuple, dans toute les villes, a supposé chez les bourreaux un talent particulier pour réduire les luxations et les fractures. D’après ce préjugé, Caron était depuis quelques années appelé chez les gens du peuple pour panser les membres cassés ou disloqués, parce qu’il a été bourreau pendant la minorité de son neveu qui avait hérité de cette place. Un chirurgien de Bordeaux n’ayant pas guéri assez promptement une fracture au tibia il y a quelques mois, on appela Caron qui prétendit que la fracture existait toujours et qui fit un nouvel appareil au malade. Ce dernier ne s’en trouva pas mieux qu’auparavant et, de son côté, le chirurgien prétendit que Caron avait fracturé le malade pour prouver qu’il n’avait pas été traité convenablement. Ce dernier est présenté à des chirurgiens qui sont de l’avis de leur confrère. La faculté dénonce Caron à l’autorité comme se permettant d’exercer l’art de guérir sans connaissances ni autorisation. L’inculpé confond ses accusateurs en police correctionnelle en exhibant un diplôme de médecin. On prétend maintenant, ou que ce diplôme est un faux, ou que Caron l’a acheté de quelque élève qui l’a fait expédier sous ce dernier nom pour le compte de celui qui le porte, mais que le dit Caron n’a jamais étudié en médecine. C’est pour parvenir à éclaircir ces singuliers doutes qu’on a mis en arrestation ce docteur de fabrique pseudonyme.

3 octobre 1819 Mesures contre l’épidémie
Il a été installé aujourd’hui à Pauillac, en vertu d’un arrêté préfectoral, une commission sanitaire chargée de visiter tous les navires entrant en rivière et de faire faire quarantaine à ceux qui viendraient de quelque port dans lequel régnerait une maladie épidémique ou qui aurait à bord des malades suspects. Cette mesure a été provoquée par la nouvelle qu’on vient de recevoir de Cadix que la fièvre jaune y a été apportée récemment et que la contagion se répand de cette ville dans l’Espagne. L’entrée des frontières par les Pyrénées va être sévèrement interdite aux voyageurs qui pourraient nous apporter la peste de la péninsule. Ce malheureux pays est menacé de nouveau de ce fléau qu’il a reçu du vaisseaux l’Asia qui venait d’apporter au roi castillan le dernier gallon qu’il recevra très probablement des colonies de l’Amérique du Sud.

13 octobre 1819 Loups
D’après un relevé donné par le préfet de la Gironde dans son journal placard intitulé Feuilles du Dimanche, il a été tué dans le département pendant l’année actuelle 138 loups, louves et louveteaux. On s’y plaint encore beaucoup des ravages que font ces animaux, contre lesquels on néglige d’organiser des battues générales. Ainsi, le calcul préfectoral doit être enflé, comme toutes les nouvelles officielles.

13 juillet 1822 Lazaret de Trompeloup
Les journaux nous informent qu’on vient de bénir en grande pompe le lLazaret construit à Trompeloup près Pauillac, destiné à faire faire quarantaine aux navires venant de quelque port où régnerait quelque maladie contagieuse. Beaucoup de gens ne conçoivent pas la nécessité d’avoir dépensé 30 000 Fr. pour construire en planches un établissement assez inutile. Car les bâtiments qui pourraient venir de quelque port pestiféré ne sont jamais ici assez nombreux pour ne pas les laisser faire quarantaine au large, sous la surveillance d’une patache d’observation qu’on tient toujours à l’entrée de la rivière pour empêcher la contrebande. Mais d’autres gens prétendent qu’il faut créer des places toujours utiles à ceux qui en sont gratifiés et que ce qui ne profite pas aux malades sert beaucoup au médecin.
Depuis deux mois, le gouvernement envoie sur les frontières d’Espagne beaucoup de troupes et fortifie même Bayonne sous prétexte d’entretenir le cordon sanitaire qui fut établi l’an passé sur le revers des Pyrénées pour empêcher la fièvre jaune de les franchir. Un pareil armement inquiète en France et bien plus en Espagne. Le temps nous révélera son objet.

Le 27 septembre 1821, une ordonnance a créé un cordon sanitaire autour de la Catalogne pour se prévenir de la fièvre jaune. Le 3 mars 1822, un règlement de police sanitaire est publié et un service dirigé par le Ministre de l’Intérieur nomme une commission de choix des sites et des plans des prochains lazarets à établir, dont un à l’embouchure de la Garonne, au lieu-dit Trompeloup à Pauillac.

25 février 1823 Société chirurgico-médicale
Installation à l’Athénée de Bordeaux d’une réunion de jeunes médecins ou chirurgiens qui, ne pouvant être de la Société royale de médecine de cette ville, ce sont constitués en société chirurgico-médicale après avoir pris les autorisations nécessaires dès le mois de décembre passé. Cette société nouvelle informe le public de son existence en établissant un comité de vaccinations gratuites. Tous ces médicastres veulent faire du bruit et travailler pour leur compte, la pauvre humanité souffrante et payante. Il en est de cette profession comme de toutes les autres, où une jeunesse avide de primes se soustrait de bonne heure aux maîtres qui la forment pour s’établir à côté d’eux, sans avoir acquis l’expérience nécessaire, car, dans ce siècle, peu sont assez raisonnable pour attendre la maturité de l’âge qui donne l’activité et les connaissances indispensables à celui qui veut voler de ses propres ailes. Tous veulent commander, même ceux qui savent à peine obéir.

22 mars 1824 Loup enragé à Pessac
On vient de tuer à Pessac un loup énorme que l’on dit enragé et, comme il avait mordu des chiens du pays, le préfet a ordonné d’abattre à Bordeaux et dans les communes environnantes tous les chiens qui seraient trouvés non muselés et sans leurs maîtres.

28 juillet 1824 Certificats de complaisance
Le tribunal correctionnel vient de condamner à un an de prison deux chirurgiens qui ont tenté de faire épurer de la conscription un jeune homme en lui procurant une maladie supposée. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que c’est le conscrit qui a eu l’impudence de déférer aux tribunaux ceux qui ont cherché à le servir, lorsqu’il avait été convenu que ces derniers rendraient les 150 Fr. qu’il leur a comptés, dans le cas où le conscrit ne serait pas exempté du service. Les chirurgiens sont blâmables d’avoir fait un marché illicite, mais la morale réprouve celui qui a réclamé contre ses propres conventions et qui perd deux hommes sans rien gagner.

24 août 1824 L’électricité au secours du mal de dents
En ce moment un sieur Fosembas, ancien maître de pension à Bordeaux et maintenant directeur des Bains minéraux, se mêle de guérir du mal aux dents par le moyen de l’électricité. Cela coûte 2 francs par séance. L’opérateur n’a pas force chalands, ceux qui l’ont été ne paraissant avoir obtenu un soulagement momentané que par la puissance de l’imagination, qui est seule électrisée. On a tenté autrefois et sans succès de guérir les douleurs rhumatismales par le même moyen. C’est un réchauffé du fameux magnétisme animal inventé en 1783 par le docteur Messmer qui prétendait nous débarrasser des médecins en nous donnant des convulsions et des crises produites par l’exaltation factice de l’imagination et du somnambulisme.

26 octobre 1824 Euthanasie d’un enfant enragé
Un enfant de Caudéran qui avait été mordu par un chien enragé et qu’on n’a pu préserver de l’hydrophobie par les moyens curatifs les plus promptement administrés a été empoisonné par l’opium par ordre du Préfet, afin d’empêcher la propagation de son mal et pour abréger ses souffrances. C’est violent, mais prudent.

11 mai 1825 Rage
La police a fait étouffer hier un enfant de la rue Pont-Long, qu’on a prétendu être atteint d’hydrophobie. Cependant, à l’autopsie du cadavre, on a trouvé dans son estomac 18 grands vers que beaucoup de gens de l’art croient être la cause des convulsions que le malade faisait et qu’on prend pour des symptômes de rage. Il est certain qu’il y a eu dans cette affaire de la précipitation et des préventions. Les Bordelais sont extrêmement crédules et irréfléchis et, parce que des bonnes femmes ont cru voir des chiens errants, les convulsions d’un malade leurs paraissent des signes d’hydrophobie.

27 juillet 1825 Le priapisme de Tourny fils
On le voyait à toutes les dévotions de cette ville et il avait fait pratiquer une tribune dans l’église qui touchait à l’hôtel de l’Intendance. Là, il se rendait tous les jours pour y réciter le bréviaire. C’est pour cela qu’il n’avait pas voulu se marier, quoi que la nature lui eût fait un besoin particulier car il était affligé de la maladie dite priapisme. Nous tenons ce fait des familiers de l’Intendance.

Cette note est extraite d’une très longue chronique sur l’inauguration de la statue de Tourny (père) à la même date.

14 janvier 1832 Anti-tabac
On commence à ouvrir à Bordeaux des débits de certaines plantes pulvérisées pour remplacer le tabac, et qui se nomme Anti-tabac, comme pouvant faire tomber la plante américaine. C’est de l’invention d’un botaniste suisse établi à Paris (son nom est Clément Zentz). La régie n’a pu obtenir d’en prohiber la vente, ni de la frapper d’un droit ; aussi le prix est de la moitié de celui du tabac. Cependant l’Anti-tabac ne le vaut pas : il est trop odorant et pas assez doux.

8 février 1832 Trousse-Galant
Il y a division d’opinions entre les médecins sur la question de savoir si le choléra-morbus qui vient de se manifester en Angleterre est spasmodique ou sporadique. Le premier seul est celui qui vient de ravager la Russie ; l’autre n’est que la dysenterie depuis longtemps connue sous le nom de Trousse-Galants. En attendant que la question soit résolue par la faculté, on craint en France pour l’introduction de cette maladie.

Trousse-galant est le nom familier vieilli de choléra (qui enlevait le galant : le jeune homme). Le choléra-morbus est, de même, une appellation désuète et pouvait aussi bien concerner une forme de gastroentérite aiguë due à une salmonelle.
Le choléra est une toxi-infection entérique épidémique contagieuse due à la bactérie Vibrio cholerae, ou bacille virgule, découverte par Pacini en 1854 et redécouverte par Koch en 1883. Strictement limitée à l’espèce humaine, elle est caractérisée par des diarrhées brutales et très abondantes menant à une sévère déshydratation. La forme majeure classique peut causer la mort dans plus de la moitié des cas, en l’absence de traitement.

2 mars 1832 Mesures d’hygiène contre le choléra
Ordonnance de police qui prescrit des mesures de propreté à employer en ville contre l’invasion de choléra-morbus comme : balayage journalier des rues, défense d’y jeter des ordures et bêtes mortes, éloignement des matières méphitiques, submersion des vidures de poissons, d’agneaux et de volailles etc.. Le maire va jusqu’à défendre de pisser contre les édifices publics, tant il a peur de voir infecter les rues par suite de leur malpropreté qui est ici bien grande par l’invigilance de la police. Son ordonnance fera plus de mal que de bien en augmentant la crainte de l’épidémie cholérique, comme nos médecins appellent cette nouvelle épidémie, qui est déjà en Angleterre et dont les principes délétères peuvent nous être transmis par la navigation ou par le vent de nord-est. En attendant, nous dansons et nous faisons bombance, comme on faisait à Ninive quand Jonas y prédisait la ruine de cette ville.

Dans le judaïsme, Dieu envoie Jonas à Ninive, capitale de l’empire assyrien. Jonas désobéit à Dieu et se rend à Jaffa pour prendre la fuite sur un bateau en direction de Tarsis. Durant le voyage, le bateau sur lequel se trouve Jonas essuie une tempête due à la colère divine consécutive à sa désobéissance. Les marins décident alors de tirer au sort pour connaître le responsable de ce malheur. Le sort désigne Jonas. Ils le prennent, le jettent par-dessus bord, et à l’instant même, la mer s’apaise. Il est recueilli dans le ventre d’un grand poisson (souvent désigné à tort comme une baleine) durant trois jours et trois nuits. Le « gros poisson » le recrache ensuite sur le rivage.
De là, Jonas gagne Ninive et y remplit sa mission, en annonçant puis en en attendant la destruction prophétisée. Cependant les habitants de Ninive, tentent de se repentir, ils décident entre autres de jeûner. “Dieu vit ce qu’ils faisaient pour se détourner de leur conduite mauvaise. Aussi Dieu se repentit du mal dont il les avait menacés, il ne le réalisa pas”. Jonas en est affligé et désespéré. Que Dieu puisse revenir sur sa menace l’amène à se retirer, à s’isoler et à même souhaiter offrir sa vie. Il dit « Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal.» Jonas, se retire alors sur une montagne pour observer la ville et voir ce qui va lui arriver.
Dieu fait alors pousser un ricin qui fera de l’ombre à Jonas. Puis, il fait mourir la plante, et Jonas est fâché et accablé et exprime à nouveau le souhait de mourir: “ma mort sera meilleure que ma vie”. Dieu reproche alors à Jonas de se plaindre de la mort d’un simple ricin “pour lequel tu n’as pas peiné, et que tu n’as pas fait grandir”. Pourquoi Dieu n’aurait-il pas pitié, lui, d’une ville entière ? Dieu n’est-il pas libre à tout moment de pardonner au “plus de douze myriades d’humains qui ne connaissent ni leur droite ni leur gauche ?” (Source Wikipédia)

31 mars 1832 Mesures contre le choléra
Le choléra-morbus commençant ses ravages à Paris depuis le 26 de ce mois, la Mairie de Bordeaux prend aujourd’hui des mesures pour atténuer l’effet de cette maladie épidémique lorsqu’elle se fera sentir dans cette ville. 10 agents sanitaires y sont nommés pour en visiter chacun des 10 quartiers de police, pour examiner et faire détruire ce qui serait contraire à la salubrité publique dans les rues et les habitations particulières. Une salle est réservée dans l’hôpital aux cholériques qui y seraient transportés ; les charrettes de poissons et d’huîtres doivent rester sur la place Saint-Julien jusqu’au moment de l’ouverture du marché, et ce qui n’aura pas été vendu dans la matinée doit être reporté au même endroit jusqu’au lendemain matin. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que les droguistes et pharmaciens, abusant de la terreur panique qui fait que chacun veut avoir du camphre, ont brusquement décuplé le prix de cette drogue.

Le camphre a été utilisé pour lutter contre l’épidémie de choléra-morbus en 1831–1832 puis contre la grippe asiatique en 1957–1958.

11 avril 1832 Mesures contre le choléra
En attendant que le choléra-morbus nous arrive de Paris, notre Mairie commence aujourd’hui à prescrire des mesures de précaution contre cette future maladie en faisant préparer à l’hôpital une salle pour traiter les cholériques, en faisant enlever ordures et immondices entassées en plusieurs endroits publics, en faisant reblanchir les murailles des corps de garde, en assainissant un peu les prisons, en prescrivant aux pensionnaires du collège de faire soigneusement leur lit et prenant plusieurs moyens plus ou moins minutieux pour éloigner tout méphitisme qui est une cause prédisposante au choléra spasmodique qu’on redoute et dont on se moque trop généralement.

18 avril 1832 Les mesures anti choléra de Bernadau
En attendant que le choléra-morbus nous atteigne, la plume à la main, notons ici qu’il cesse un peu ses ravages sur la classe pauvre de Paris pour les étendre d’une manière terrible sur la classe aisée. On compte en ce moment jusqu’à 800 morts par jour dans les maisons particulières, ce qui est le double de ceux qui ont eu lieu dans les hôpitaux. La maladie s’étend au nord de la capitale et jusqu’à Amiens. La ville de Rouen est déjà la proie de cette peste nouvelle, quoi qu’on dise qu’elle n’est pas contagieuse. L’observation a prouvé que sa durée est de 7 semaines dont un tiers est croissante, l’autre stationnaire et la dernière décroissante pour convalescence. La propreté, un régime sec et stimulant, la chaleur entretenue par des sous-vêtements et par des frictions sèches sur le corps sont des moyens propres à préserver des influences de l’air vicié que voiture cette épidémie.

22 avril 1832 Choléra-morbus
Un homme qui avait la fièvre hier dans une auberge de Bordeaux a été l’objet de la visite successive de neuf médecins qui venaient voir s’il n’y avait pas chez lui un cas de choléra-morbus. Il tarde à ces Messieurs de pouvoir exploiter à leur profit cette maladie que nous craignons de vive voix apportée incessamment de Paris par les étrangers qui s’échappent de cette ville et qui passent en grand nombre par ici.

25 avril 1832 Choléra-morbus
La violence du choléra-morbus commence à diminuer à Paris mais faiblement. Il n’y a plus que 300 morts par jour, ce qui est encore beaucoup. En revanche, la maladie s’étend dans les départements environnants. Elle fait de grands progrès à Nantes. On ne conçoit pas comment Londres, qui est une vieille et grande ville, peut avoir été moins maltraitée que notre capitale. Pour la première de ces villes, la mortalité cholérique n’a pas passé 1400 personnes depuis deux mois de choléra, tandis qu’à Paris ce nombre est plus que décuplé et que le restant de la France est menacé, tandis que dans le restant de l’Angleterre l’épidémie est à peine aperçue. Nos prêtres disent que Dieu se venge ainsi de la mécréance des Français. Cependant, les luthériens, suédois, danois, saxons, hollandais, allemands, les mahométans de Turquie, les calvinistes de Suisse et les schismatiques de Grèce sont ménagés quoi que bons mécréants. Et lorsque les Italiens, les Espagnols les Portugais seront à leur tour cholérés jusque dans leur couvent, que diront nos préjugistes fanatiques ? Les épidémies se promènent indifféremment dans tous les pays. Celle de 1348, qui enleva le quart des habitants de l’Asie et de l’Europe, n’était pas envoyée pour faire la guerre aux philosophes, car alors la superstition et la crédulité étaient grandes dans les états les plus civilisés. Il faut ici remarquer que cette épidémie était une véritable peste comme celle de Marseille en 1720. On peut en lire les détails dans la grande chirurgie de Guy de Chauliac, médecin à Avignon, qui fut témoin et presque victime de cette grande calamité. On voit, par ce qu’il en rapporte au chapitre des Apostumes, page 417 de la traduction de Mingelousaulx, chirurgien de Bordeaux, 1672 que, dans le printemps 1348, cette peste vint de l’Orient puis qu’elle revînt de l’Allemagne en France en 1350, qu’elle continuât jusqu’en 1361, que sa seconde invasion fut plus meurtrière que la première, qu’elle attaqua d’abord les riches puis les pauvres, ce qui est l’inverse de notre choléra ; qu’elle se manifestait d’abord par des crachements de sang, puis par des bubons aux aines et aux aisselles, symptômes bien différents de notre choléra ; que le peuple accusa les juifs, puis les nobles d’avoir empoisonné les fontaines, ce qu’on a répété de nos jours ; que cette maladie se communiquait en approchant de ceux qui l’avaient et que par cette raison tout le monde se fuyait, même dans les familles. Chauliac, qui fut très malade à la seconde invasion de cette épidémie, donne pour la guérir la recette d’un remède composé d’un grand nombre de plantes du pays et de substances étrangères bouillies ensemble pour en faire une opiate dont l’effet devait être stimulant et confortatif. Il ne paraît pas que le traitement d’alors fut plus heureux que celui qu’on suit de nos jours.

24 juin 1832 Bâton de Saint Roch
Les prêtres de Sainte-Eulalie, qui ont hérité du bâton de Saint Roch que montraient autrefois les Carmes, viennent d’utiliser ce reliquaire en l’offrant à la vénération publique pour prévenir les bordelais de l’atteinte du choléra morbus. Ils vendent eux-mêmes une petite oraison en l’honneur de ce guérisseur de la peste. C’est un inutile à propos.

24 juillet 1832 Eaux thermales pyrénéennes
Un jeune médecin bordelais, nommé Marchant, publie un livre intitulé : Voyage médical aux Pyrénées. Il y fait connaître les diverses sources thermales qu’on voit dans ces montagnes et les maladies auxquelles chacune des eaux minérales de pays sont propres. Nous notons ce livre pour mémoire seulement, laissant aux gens de l’art se prononcer sur son mérite. Il est certain qu’il y a bien de l’arbitraire dans la vertu des bains des Pyrénées. Les médecins de nos jours y envoient indifféremment les malades auxquels ils ne savent plus que faire pour les soulager sans examiner la propriété spécifique de chaque source.

Dans l’ouvrage de Joseph-Marie Quérard (1833) « La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France, on trouve une notice sur Léon Marchant, médecin à Bordeaux, l’un des rédacteurs du Journal médical de la Gironde, qui a publié, entre autres : Essai sur le choléra-morbus épidémique, Bordeaux, de l’imprimerie de Peletingeas, 1831 et Recherches sur l’action thérapeutique des eaux minérales, avec une carte des Pyrénées. Bordeaux, et Paris, J.-B. Baillière, 1832. Léon Marchant place en exergue de cette ouvrage cette citation qui a sans doute conduit Bernadau à son analyse : « Il reste à découvrir les moyens de décider, en voyant une maladie , si elle est curable , si elle peut être guérie pas nos eaux ; quelle espèce mérite la préférence dans chaque cas, et quel est le mécanisme ou la raison de ces effets ».

6 août 1832 Bordeaux alarmée par le choléra
Une assemblée de médecins a constaté hier deux cas de choléra morbus arrivés à l’hôpital où sont morts la veille deux hommes peu après qu’ils y ont été transportés. Tout Bordeaux est en émoi à cette nouvelle dont l’authenticité est officiellement déclarée. Elle est d’autant plus alarmante qu’il paraît que l’épidémie asiatique a une influence plus terrible que l’on ne croyait d’abord puisque le choléra, après trois mois de ravages à Paris et un mois de son atténuation sensible (il n’y avait plus qu’une vingtaine de cholériques qui y mouraient par jour) a recommencé avec une nouvelle intensité qu’on a baptisée du nom de recrudescence. Il meurt en ce moment jusqu’à 200 cholériques par jour et surtout dans la classe élevée qui est le plus à même de prendre ses précautions à Paris.

12 août 1832 Choléra
Pendant le cours de la semaine qui finit aujourd’hui, les médecins de Bordeaux ont déclaré à l’Hôtel de ville qu’il s’est manifesté ici six cas de choléra morbus, dont quatre malades, méthodiquement traités sont morts comme cholériques. Ainsi, cette épidémie n’est pas encore à craindre car les docteurs ont pu faire erreur dans leur diagnostic, ce qui ne leur arrive que trop fréquemment, même dans les maladies ordinaires.

31 août 1832 Rumeurs autour du Choléra
Le choléra morbus est en ce moment assez bénin à Bordeaux : il n’y a que de six à huit morts par jour. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que la populace s’obstine à ne pas aller chercher le secours à l’hôpital ni aux ambulances sanitaires, prétendant qu’on y empoisonne les malades par ordre du gouvernement. Cependant, le roi a donné 10 000 F pour les premiers secours publics, ce qui est indépendant de ceux qui résultent des souscriptions recueillies en ville. La stupidité du peuple qui s’obstine et refuse tout secours est constatée par une nouvelle proclamation du maire qui invite les habitants à s’en servir dans l’épidémie actuelle.

Le 6 septembre 1832 Statistiques sur le Choléra
Le journal donne le résumé des ravages que le choléra a faits à Paris pendant le semestre, duquel il résulte que la mortalité moyenne a été de 157 personnes par jour, sans compter les décès de maladie ordinaire qui vont à 70 aussi par jour. Aucune capitale en Europe n’a été aussi maltraitée par cette épidémie. Nous avons cru utile de conserver ce résumé comme appartenant à l’histoire contemporaine :

Mars, du 23 au 31 : 90
Avril : 12 723
Mai : 812
Juin : 808
Juillet : 2577
Août : 908
Soit 17 978 décès

25 septembre 1832 Choléra
Les pauvres de Bordeaux s’obstinant à mourir sans secours dans leur domicile plutôt que d’en aller réclamer dans les hôpitaux temporaires que la ville a établis en divers quartiers pour leur usage, la Mairie vient de supprimer les deux tiers de ces hôpitaux par économie.

14 octobre 1832 Statistiques
Le tableau de la population porte le nombre des décès arrivés à Bordeaux dans le mois de septembre dernier à 621 individus, dont ceux de sexe féminin excèdent d’un tiers ceux du sexe masculin, ce qui est l’opposé des temps ordinaires. Ainsi, la mortalité a été plus importante que le mois précédent de 167. Cependant le choléra commence à diminuer ses ravages dans le mois actuel. Ils ont été jusqu’à présent considérables dans les faubourgs des Gahets et de Paludate. On croit que le vin frelaté qu’on y consomme a occasionné un plus grand nombre des décès chez les cholériques.

1° novembre 1832 Fin de l’épidémie
Le maire a publié hier que, depuis trois jours aucun cas de choléra morbus n’ayant été déclaré à l’hôtel de ville, il ne serait plus publié de bulletins sanitaires. Ainsi, suivant lui, Bordeaux serait délivrée de l’épidémie asiatique, ce qui n’est pas bien certain, car on a vu à Paris la recrudescence du choléra, comme on dit, reparaître en août dernier après un mois de sa prétendue cessation.

6 novembre 1832 Statistiques du choléra
Pendant l’invasion du choléra morbus à Bordeaux, l’hôpital de cette ville, qui a eu 579 malades par jour de terme moyen, n’a compté que 85 cholériques décédés, dont 50 de sexe féminin. Ce petit nombre de décès ne doit pas surprendre, si l’on se rappelle que les gens du peuple ont préféré manquer de secours chez eux que d’en aller réclamer à l’hôpital. Nos journaux n’ont pas fait la récapitulation du restant des cholériques morts dans leur domicile. Nous en estimons le total de 7 à 800, sans préjudice de ceux décédés depuis la cessation prétendue du choléra, qui a été déclarée officieusement par le maire pour plaire aux armateurs bordelais dont les navires étaient contraints de faire quarantaine dans les ports étrangers où l’on croyait à la persistance de l’épidémie dans cette ville.

20 décembre 1832 Société de Médecine
Séance publique de la Société de médecine, dans laquelle M. Gergerez, président, lit un discours sur le dévouement des médecins dans les temps d’épidémie. M. Bonnet disserte sur la contagion ou non contagion du choléra morbus et M. Dupuch, secrétaire, fait le compte-rendu des travaux auxquels la société s’est livrée dans le cours de la présente année. Cette société, quoique assez obscure, est louée outre mesure par ces trois orateurs dans leurs vespéries encore plus mal pensées que mal écrites. Tout cela a été débité devant une centaine d’auditeurs qui étaient les confrères ou les élèves de ces Messieurs.

10 janvier 1833 Le docteur Gintrac au chevet de la duchesse de Berry
On a extrait hier de la citadelle de Blaye le comte de Ménars qui y avait été transféré de Nantes avec la ci-devant de Berrry. Il est transféré devant la cour d’assises de Montbrison, comme impliqué dans le débarquement de conspirateurs qui a eu lieu à Marseille en avril 1832 par le navire sarde, le Carlo Alberto. Le jugement d’acquittement rendu par la cour d’Aix ayant été annulé par la Cour de Cassation, les prévenus ont été renvoyés par elle devant les assises de la Loire et c’est pour cela que M. de Ménars y est en ce moment traduit. La veuve Berry s’étant trouvée malade du chagrin de se voir séparée de son écuyer cavalcadour, le préfet lui a envoyé pour la soigner M. Gintrac, médecin en titre des épidémies du département, qui s’est borné à prescrire des calmants et des bains à la malade.

Né le 9 novembre 1791, Elie Gintrac, étudiant brillant et 
travailleur, est à 20 ans Lauréat de l’Ecole élémentaire de
médecine de Bordeaux. Il termine ses études à Paris par sa
thèse soutenue en 1814 : Recherches analytiques sur les diverses affections dans lesquelles la peau présente une coloration bleue et en particulier sur celles que l’on a désigné sous le nom de cyanose ou maladie bleue. De retour à Bordeaux, il ouvre un cabinet de consultation, en même temps qu’il enseigne l’anatomie à l’école de médecine Saint Côme, aidant son maître Moulinié, auquel il succède en 1819 dans la chaire d’anatomie et de physiologie. En 1821, il est secrétaire de l’École de Médecine et, en 1829, il réalise la fusion des deux écoles de Saint Côme et Saint André sous le seul nom d’Ecole Royale de Médecine de Bordeaux. L’année suivante, à l’avènement de Louis Philippe, il démissionne de ses fonctions car, légitimiste, il refuse de prêter serment au nouveau roi. Mais il s’est acquis une telle notoriété que c’est lui qui, en 1833, est appelé auprès de la Duchesse de Berry, lors de son internement à la citadelle de Blaye. En 1834, il est nommé médecin adjoint de l’hôpital Saint André, reconstruit en 1829, qui est alors un hôpital ultramoderne pouvant accueillir 620 malades répartis en 12 salles de médecine et 6 salles de chirurgie, tenu par les sœurs de charité de St Vincent de Paul. Gintrac est un excellent enseignant, clair, précis, méthodique. Pétri de respect pour les patients, il développe chez ses élèves le sens de l’observation « par la vue et le toucher afin qu’ils gardent en mémoire une impression durable ».
En 1841, il publie Les fragments de médecine clinique et d’anatomie pathologique et, en 1853, son fameux Cours théorique et clinique de pathologie interne et de thérapie médicale en 9 volumes constitue une véritable encyclopédie du savoir médical de l’époque. Directeur de l’École de Médecine depuis 1846 jusqu’à sa retraite en 1871, il n’aura de cesse d’obtenir sa transformation en Faculté de Médecine, au même titre que Paris, Lyon ou Montpellier, ce qui ne sera fait qu’en 1874. 
Comblé d’honneurs, heureux de la carrière de son fils Henri, il se retire, à l’âge de 80 ans, à sa Maison carrée d’Arlac, propriété qu’il avait achetée en 1827. Il s’occupera alors d’un procédé de culture des vers à soie et aménagera un vivarium pour recueillir les venins de serpents.
Il s’éteint le 4 décembre 1877 à l’âge de 86 ans (in Michel Colle, rue Elie Gintrac, La Revue du Conseil de l’Ordre des Médecins de la Gironde, n° 59, avril 2016).

19 février 1833 Réfutation de l’instrument du docteur Guérin
Il paraît une brochure intitulée : Réfutation raisonnée de l’instrument du docteur Guérin de Bordeaux pour l’opération de la cataracte par M. Bancal, médecin. On y fait le procès d’un instrument destiné à abaisser la cataracte. Il n’est pas de notre compétence de décider qui a raison des deux docteurs. Nous remarquerons que celui qui a fait ladite brochure écrit fort mal et que son titre est plus que bizarre. L’auteur a-t-il vu que l’on réfute sans raisonner, ensuite croit-il qu’on puisse réfuter un instrument comme le porte son titre ?

Sur le docteur Guérin, spécialiste reconnu en son temps de la cataracte et inventeur d’un « ophtalmostat à ressort », voir 18 décembre 1787 et 20 Vendémiaire 1799.
 Quatre ans après la disparition du docteur Guérin, le docteur Antoine-Pascal Bancal fait paraître : Réfutation raisonnée de l’instrument du Dr Guérin de Bordeaux pour l’opération de la cataracte, lettre à un médecin, Bordeaux, 1831, dans lequel il écrit, à l’intention de son gendre et jeune confrère : « Si, lorsque ce vieillard respectable se traînait lentement vers la tombe, j’eusse entrepris de réfuter mathématiquement son invention, je fusse sans doute venu troubler la longue agonie de ce chirurgien, qui allait quitter la vie avec l’illusion agréable d’avoir fait une chose utile pour la science. Mais, vous le savez, Paul, j’ai toujours professé pour la vieillesse trop de respect et trop de vénération , pour porter de gaîté de coeur atteinte au repos de ses pénibles et derniers moments. Aujourd’hui, ce chirurgien n’est plus; mes scrupules ont cessé. Son invention appartient à l’histoire de l’art; déjà tous les écrivains qui m’ont précédé l’ont élagué, après un examen succinct, de la pratique chirurgicale Je dois à mon tour payer mon tribut à cette réfutation générale, surtout dans le pays où cette invention a pris naissance, et où elle a acquis tant de crédit, dont elle jouit peut-être encore en dépit de la raison, du bon sens et des progrès dont la chirurgie s’est enrichie pour le soulagement des infirmités humaines. Mêler ma faible voix à celle de tous ces hommes célèbres qui prennent la mission difficile de propager les lumières, c’est m’associer à leurs bonnes intentions, dans le but d’être utile au public. »

25 février 1833 Le médecin Mabit
Un jeune médecin bordelais nommé Mabit vient de publier un rapport sur le choléra dans lequel il vente le procédé qu’il a employé pour guérir ceux qui ont été atteints de cette maladie et qui lui permet de se féliciter de n’avoir perdu que trois malades sur quatre. Il dit que, grâce aux précautions prises par l’administration de Bordeaux pour prévenir les ravages du choléra avant qu’il n’arriva dans cette ville, la maladie ne s’est pas étendue au-delà et qu’elle s’est noyée dans la Garonne. C’est tout à la fois une ignorance et une gasconnade, car non seulement le choléra recommence ses ravages à Bordeaux en ce moment, mais encore il se propage en Espagne et au Portugal comme tous les journaux étrangers le publient.

Jules Mabit (1781-1881) fut médecin de l’hôpital Saint-André de Bordeaux, médecin de l’hospice des Enfants Assistés, membre de la Société médicale d’Émulation, membre de la Société de Médecine de Bordeaux, professeur de pathologie interne à l’ École de Médecine de Bordeaux, président de l’ Association des médecins de la Gironde. Élève de Laennec, il se distingua particulièrement dans le développement de l’Homéopathie.

2 mars 1833 Le docteur Gintrac, carliste
Le docteur Gintrac a été envoyé hier vendredi de Bordeaux à Blaye pour constater l’état de santé de la duchesse de Berri que les légitimistes d’ici affirment publiquement être affectée de graves maladies, et pour donner son avis définitif (car il n’avait pas encore rien dit sur les symptômes de sa grossesse) sur la grossesse qui peut exister par suite du mariage qu’elle avoue avoir contracté. Ce médecin s’est fait assister de trois de ses confrères, afin que son avis ne parut ni partiel ni partial. L’avis des consultants, qui a été unanime pour une grossesse de sept mois, a été adressé au gouvernement, qui déjà avait celui du Dr Ménière qu’il avait envoyé de Paris et en conséquence duquel une nourrice de Versailles est expédiée en poste. Les médecins consultants n’ont pas fait mystère de leur opinion à leurs amis de Bordeaux, quoique trois d’entre eux soient carlistes bien connus ; ce sont MM. Gintrac, Canilhac et Grateloup. Le seul M. Bourges passe pour être libéral. Malgré cette décision résultant de l’examen des faits évidents, le parti qu’elle gène dit actuellement que la femme qui a été l’objet de cette décision n’est pas la duchesse de Berri, que même celle-ci n’a jamais été renfermée à Blaye, etc. etc. Il serait trop long d’énumérer les absurdités qu’ils publient à ce sujet et que positivement les gros bonnets du parti ne croient pas intérieurement, mais ils font sonner ces bruits pour abuser leur populace. Nous ne faisons ici que relater simplement la marche de l’opinion du jour.

25 avril 1833 Le docteur Meynard
Un médecin bordelais nommé Meynard vient d’inventer un appareil propre à descendre au fond de l’eau sans danger pour en retirer les corps submergés.

12 juin 1833 Source d’eaux minérales à Cours. Le puits de M. Covy
On vient de découvrir une source d’eau minérale dans la commune de Cours, canton de Guignols prés Bazas. Ceux qui en sont propriétaires, d’accord avec les médecins et chirurgiens du pays, font vanter ses eaux comme étant souveraines pour guérir les mêmes maladies qu’on va noyer dans les bains des Pyrénées. Cependant, aucune analyse particulière n’est encore publiée des eaux thermales de Cours. Il en sera peut-être d’elles comme de celles du puits de M. Covy, rue de la Rousselle à Bordeaux dont on chantait les vertus il y a un demi-siècle et que les habitants de cette rue ne savent plus indiquer maintenant. Il en est de la réputation des choses comme de celle des personnes. Rien n’est durable. Autrefois par exemple, nos médecins n’ordonnaient les bains de mer qu’aux fous ; maintenant on va, pour toutes espèces de maladies, prendre ceux qui se sont récemment établis à Royan et à la Teste. Autant vaudrait cependant se baigner chez soi dans de la saumure que d’aller dans ces deux tristes et insalubres communes que la mode peuple dans l’été.

Au sujet de la source de Cours, on lit, dans le Nouveau conducteur de l’étranger à Bordeaux de 1843 (p. 195) : « A une demi-lieue de Grignols se trouve Cours, petit village qui possède des eaux minérales abondantes. Ces eaux sont recommandées pour les fièvres chroniques intermittentes ».
Quant au puits de M. Covy, son eau avait été analysée par le chimiste Cazalet dans le Journal de Médecine de novembre 1780, n°10 : Analyse de l’Eau minérale du puits de M. Covy , à la Rousselle.

9 juillet 1833 Epidémie d’esquinancie
La grippe règne en ce moment à Bordeaux et y fait cependant plus de peur que de mal. C’est une espèce d’esquinancie qui procure de la fièvre et de violents maux de gorge pendant une douzaine de jours. On prescrit du lavage, la diète et l’application des sangsues aux malades ; mais le plus grand nombre des Esculape bordelais fait des remèdes ad hoc, ou plutôt imposent le nom de cette épidémie aux maladies humorales que la variation actuelle de l’atmosphère procure. Ils en agissaient de même du temps du choléra qu’ils voyaient partout, faute d’avoir des principes arrêtés en pathologie. Dans ce siècle d’ignorance et de charlatanisme, on gagne plus à attendre du secours de la nature que les médecins.

L’esquinancie est une maladie qui fait enfler la gorge, et qui empêche d’avaler, quelquefois même de respirer. C’est une forte angine.

9 janvier 1834 Un cas de lithopédion
Accouchement extraordinaire d’une femme qui paraissait enceinte depuis 10 ans. Il a fallu l’opérer par le côté, le fœtus résidant hors de la matrice. L’enfant était bien conformé mais sans vie. La mère a survécu à l’opération. Tous nos médecins dissertent sur cet accouchement extra utérin dont il n’y a heureusement que peu d’exemples dans les annales de l’art, quoi que sa cause se renouvelle souvent, attendu la corruption actuelle des mœurs. Ce phénomène démontre que ceux qui l’ont produit avait usé contre nature des plaisirs de l’amour.

Le lithopédion est un fœtus issu d’une grossesse extra-utérine non arrivée à terme qui est mort sans avoir été expulsé et sans avoir été diagnostiqué.
Il s’ensuit une calcification et une tolérance pouvant dépasser un demi-siècle. Bien sûr, les hypothèses étiologiques émises par Bernadau n’ont pas été validées.

22 janvier 1834 Un faux certificat du docteur Gergeres ?
On apprend par le journal que le vol par escalade fait il y a quatre nuits chez la dame Mugnoz, veuve Bostro, rue de la Devise n’est qu’un conte imaginé par cette dame qui, après avoir mis en gage ses bijoux au Mont de piété, voulait s’en faire donner de nouveaux par un espagnol qui l’entretenait. C’est la Munoz elle-même qui a fait le triste aveu de ce nouveau genre d’escroquerie devant le juge d’instruction, qui avait commencé une procédure à l’occasion de cet étrange vol. Ce qu’il y a de plaisant dans cette affaire, c’est qu’un médecin appelé pour constater l’état de santé de la plaignante une heure après la fuite de ses prétendus voleurs, a certifié dans le le procès-verbal du commissaire que ladite dame Mugnoz avait éprouvé une espèce de strangulation par ses voleurs et qu’elle avait une fièvre violente par suite des convulsions qui avaient dû la saisir dans cet événement. Il paraît que le docteur Gergeres tâte mal le pouls des femmes et qu’il s’y connaît peu dans leurs contusions et convulsions.

9 février 1834 Mort du curé de Blaye, empoisonné par les carlistes ?
Le curé de Blaye, Descambes, ayant annoncé dans son lit de mort qu’il mourrait empoisonné par les carlistes pour s’être montré ami de la tranquillité publique lors de l’emprisonnement de la duchesse de Berry, le sous-préfet a fait ouvrir le corps du défunt dans lequel on n’a reconnu aucune trace de poison. Certains disent que ce curé avait perdu la tête sur la fin de sa vie, d’autres qu’il avait voulu se rendre intéressant même après sa mort en se présentant comme victime d’un parti dont il n’avait pas voulu partager les fureurs. Au reste, il avait 80 ans …

La suite au 14 mars …

14 mars 1834 Le curé de Blaye
Dans l’autopsie qu’on a fait des intestins de M. Descambes, curé de Blaye, les gens de l’art n’ont trouvé aucune trace du poison qu’on disait que les légitimistes lui avaient donné pour le punir d’avoir signé le procès verbal de l’accouchement de la duchesse de Berri. Ce qu’il y a de plus remarquable dans la personne du défunt, c’est qu’on a découvert dans diverses cachettes de sa maison environ 100 000 F de numéraires, qu’il ne doit certainement pas à la générosité des légitimistes ni des constitutionnels. Il était assez mal vu par les uns et les autres, attendu son esprit cupide et peu aumônier. Avant d’être placé à Blaye, il était vicaire à St-Michel de Bordeaux et passait pour avoir des mœurs équivoque, quoique grand confesseur de femmes du peuple.

On trouve dans L’Ami de la Religion de 1834 cette note : « M. Descrambes, curé de Blaye, dont il a été tant parlé l’année dernière, est mort à Blaye au mois de janvier. Il parait qu’il a succombé au chagrin. Il ne supportait pas l’idée que quelques journaux avaient voulu donner de lui, en le peignant comme dévoué au pouvoir dans l’affaire de madame la duchesse de Berry. Ce qui acheva de l’affecter, c’est qu’on lui envoya l’année dernière la croix de la Légion d’Honneur et une indemnité de 4000 francs pour les services qu’il avait rendus à la princesse, à laquelle il allait dire la messe les dimanches et fêtes. Dès-lors il se regarda comme un homme perdu dans l’opinion, et il ne fit que dépérir. On prétendit, après sa mort, qu’il avait été empoisonné. Ce bruit était absurde, et a été positivement démenti par le rapport des médecins et chirurgiens chargés d’ouvrir le corps. Il n’y a donc eu ici aucun crime, et c’est à tort qu’on a voulu faire tomber cette mort comme l’ouvrage d’un parti auquel M. le curé de Blaye était devenu odieux. Le rôle de cet ecclésiastique dans l’affaire de Blaye ne paraît point devoir flétrir sa mémoire. 11 visita une princesse captive, il lui donna les soins de son ministère; il n’y a rien là qui soit indigne d’un prêtre, et nous savons que M. Descrambes jouissait de l’estime de ses supérieurs. Ce qu’on a dit des 100,000 francs trouvés chez lui est tout-à-fait absurde. Sa succession , qui représente à peine le patrimoine qu’il avait reçu de sa famille, ne s’élevait pas à 30.000 francs. »
On a, encore une fois, la preuve ici que les Tablettes reflétaient au moins autant ce qui se racontait dans Bordeaux, que ce qui s’y passait.

7 octobre 1835 Homéopathie
Le docteur Hahnemann, inventeur d’un système médical qu’on appelle l’homéopathie vient d’établir ses tréteaux à Paris espérant y faire fortune plus prompte que dans son pays. Quoi qu’il administre les remèdes toujours en petites quantités, il se fait largement payer de ses visites. Les parisiens, après l’avoir fêté par caprice, pourraient ne pas tarder à se moquer de lui, comme il en advint, en 1785, au Dr Messmer qui avait inventé ce qu’on appelait le magnétisme animal, qui ne fut qu’un air à la mode.

19 juillet 1836 Mort de Mgr de Cheverus
L’archevêque est mort ce matin à six heures des suites d’une pleurésie qu’il avait gagnée dans une tournée faite il y a une quinzaine de jours dans les campagnes des environs de Sainte-Foy pendant les grandes chaleurs. Sa maladie a été mal connue, attendu qu’il avait quatre médecins après lui. Le grand zèle de ces docteurs lui a été funeste. Il était né au Mans en 1768, et avait commencé sa carrière ecclésiastique par être millionnaires dans les Etats-Unis où il avait émigré. Le pape créa pour lui l’évêché in partibus de Boston. Charles X le fit évêque de Montauban, puis archevêque de Bordeaux et pair de France. Son caractère doux et probe l’a fait convenir à tous les partis, parce qu’il n’était d’aucuns. Il emporte les regrets de tous les gens de bien.

Le 7 juillet, à la suite des grandes fatigues de ses obligations à Sainte-Foix, le cardinal de Cheverus « éprouva une perturbation d’idées et une absence de mémoire qui effrayèrent tous ses amis et lui firent juger à lui-même que sa fin était proche. Les médecins prescrivirent des remèdes; mais, estimant sa mort certaine et toutes ces prescriptions inutiles, il ne songea qu’à se préparer à son dernier passage, ajouta un codicille à son testament, se confessa encore le 13; et le lendemain, à cinq heures du matin, il fut frappé, comme d’un coup de foudre, d’une attaque d’apoplexie et de paralysie, qui, dès le moment même, lui ôta toute connaissance et tout sentiment, au moins d’après l’avis des médecins. On s’empressa aussitôt de lui administrer l’extrême- onction. » (André-Jean-Marie Hamon, Vie du cardinal de Cheverus, archevêque de Bordeaux, 1858).
Bernadau est, comme à son habitude, critique et sévère envers ses médecins, bien désarmés devant une pathologie si grave. Parmi ceux-ci, le docteur Gintrac dirigea tous les traitements, et le docteur Mabit passa plusieurs nuits auprès du cardinal, et reçut son dernier soupir.

20 février 1837 Epidémie de grippe ou influence
Depuis quelques jours un rhume épidémique qu’on appelle l’influence ou la grippe sévit à Bordeaux mais d’une manière moins générale et plus bénigne qu’elle n’a faite à Paris et surtout à Londres. Cette maladie est un effet de la grande humidité qui règne en France, suite aux pluies presque continuelles qui durent depuis l’automne. Elle retient dans un état de fièvre et d’oppression de poitrine, avec inflammation de gosier de ceux qui en sont atteints. On provoque la transpiration des malades par de curieuses tisanes adoucissantes, sans autre remède. La durée de cette maladie est de huit jours pendant lesquels on souffre plus de peur que de mal.

Le mot « influenza » (abrégé en flu) a été utilisé pour la première fois en Angleterre au 18° siècle lors de l’épidémie de 1743, pour qualifier la grippe. Il semble provenir de l’expression italienne « influenza di freddo » ((sous) l’influence du froid). Ceci peut expliquer pourquoi Bernadau parle d' »influence ».

12 mai 1837 Constats de décès par des officiers de santé
On commence aujourd’hui à mettre à exécution un arrêté du maire portant que les décès seront constatés gratis par des officiers de santé qu’il a nommés pour s’assurer de la mort réelle des individus avant de les enterrer.

31 août 1837 Encore la rage ! (voir plus loin 24 septembre)
La police fait empoisonner une femme du faubourg de Saint-Nicolas, reconnue atteinte d’hydrophobie incurable qui lui avait été communiquée par un petit chien qu’elle avait auprès d’elle. Un pareil fait devrait bien engager l’autorité à proposer un prix à quiconque découvrirait un traitement spécifique propre à guérir de cette terrible maladie, au lieu d’ouvrir des concours sur des objets futiles.

24 septembre 1837 Chiens enragés
Les chiens enragés se multiplient tellement à Bordeaux et, les habitants refusant de les tenir attachés comme leur prescrivait la police, elle a organisé une troupe de portefaix qui sont autorisés à tuer toutes ces bêtes qu’ils rencontreront non muselées dans les rues. Cette opération n’a duré que deux jours, attendu que les assommeurs ont été insultés grièvement en la faisant. L’apathie et la sottise des bordelais sont inconcevables dans une circonstance où il va cependant de leur santé et de leur repos. Cela rappelle leur démence lors de l’invasion du choléra en 1832. Ils allèrent jusqu’à détruire les ambulances qu’on avait organisées pour recevoir les cholériques indigents. Le peuple est un bien étrange animal.