Pierre Bernadau a-t-il été franc-maçon ?

Différentes signatures de l’annaliste pourraient donner un éclairage à cette question.

En 1797, le symbole en 8 horizontal existait déjà dans la signature de Pierre Bernadau (in Antiquités Bordelaises, de la librairie d’Audibert et Burkel), mais les trois points en forme de triangle dans celle de 1803 (in Annales politiques, littéraires et statistiques de Bordeaux) plaident en faveur de son initiation, entre-temps, à la franc-maçonnerie.

Lors de la Révolution de 1789, la franc-maçonnerie bordelaise adhéra au mouvement de liberté choisi par la nation. Sous la Terreur, elle interrompit son activité pendant plus d’un an, par peur des persécutions. Ce ne fut toutefois que provisoire et elle devint, au début du XIX° siècle, une entité incontournable.
Pierre Bernadau a pu y voir un moyen de pénétrer la « bonne société » bordelaise, préoccupation récurrente chez lui. 

Signature de Pierre Bernadau – 1797 

Signature de Pierre Bernadau – 1803

Une troisième signature, de 1849 (dans une lettre au maire de Bordeaux), semblerait indiquer que cet engagement ne fut que temporaire. 

Signature de Pierre Bernadau – 1849

Quelques références à la franc-maçonnerie dans les Tablettes peuvent être relevées.
Les deux premières, avant la Révolution, ne semblent pas très favorables à cet engagement :

25 juin 1788
Les francs-maçons, fidèles à leurs obligations, ont tenu le banquet avec autant de pompe qu’un temps heureux pourrait le permettre. Il eut peut-être été plus digne de remettre leur gala ou d’en consacrer le produit à quelqu’oeuvre de charité, qui aurait été d’autant plus profitable qu’ils ont ici 22 loges sans compter les affiliées, les partagées et les bâtardes.

18 novembre 1789
Un sieur Mossion a eu la cuisse déboîtée dans les cérémonies ou simagrées qu’on lui a faites à sa réception de franc-maçon. On dit à ce sujet qu’il faut que l’on maçonne bien mal dans cette loge, puisque les ouvriers se disloquent en travaillant.

Les notes suivantes semblent plus favorables :

25 novembre 1807
Les Francs-maçons réunis au nombre de 300 ont donné un Gala au Prince Cambacérès dans l’hôtel de l’Intendance. Le prince est grand Maître de l’Orient de France.
Le lendemain, le commerce de Bordeaux a donné une fête au Prince dans les galeries de l’hôtel de la Bourse. Elle a commencé à 10 heures et a duré toute la nuit. Il y avait 1800 invités en personnes des deux sexes. La réunion aussi belle mais plus brillante que celle de la ville. Elle a coûté 20.000 francs.

12 février 1821
Il y a eu hier bal paré à la loge des francs-maçons vis-à-vis le théâtre Français. Tout le monde à peu près a pu s’en procurer l’entrée, parce qu’on y jouait et que c’était un bal de spéculation. Aussi était-il mal composé, quoique peu nombreux, et les véritables maçons se sont fait un devoir de n’y pas paraître.

20 février 1821
Il y a eu hier un autre bal aux francs-maçons des Fossés de l’Intendance où il n’y avait que des joueurs et des catins.

Les dernières indiquent la prise d’un certain recul :

14 novembre 1823
On fait, avec une certaine formalité, les obsèques d’un riche juif bordelais nommé Sas-Portas, le doyen des Francs-maçons du rite Misraïm. Diverses oraisons funèbres sont prononcées sur sa tombe au grand scandale des préjugistes. Il faut observer que cet ordre maçonnique se dit supérieur au rite écossais, quoique plus récemment introduit en France par le fameux charlatan Cagliostro.

On trouve, dans le répertoire (F/7/6678-F/7/6784) Affaires politiques (police politique). Objets généraux (1815-1838) des Archives nationales (source Florence Mothe) un dossier (n°14) sur cette loge bordelaise et sa composition :
Dossier concernant une loge de la puissance de Misraïm fondée à Bordeaux (Gironde) par Michel Bédarrides (membres : Abraham Sasportas ; Jean Faget, fabricant de papier ; Abraham Mendès, négociant ; Henry Julian, négociant ; Noé, professeur ; Guy Waissier, étalonneur ; Élie Perpignan, négociant ; Astruc cadet ; Raphaël Lopez Diaz, agent de change ; Jacob Léon ; Jos. Léon ; Jacob Waille ; Marchand ; Abraham Pereyre ; Pautrizel).

8 septembre 1834
Il y a eu hier au Wauxhall un spectacle passablement singulier. C’est une députation des francs-maçons qui a distribué officiellement des prix d’émulation aux élèves des écoles d’enseignement mutuel de cette ville. Un jeune homme nommé Venot, poète et journaliste, présidait cette députation qui fait ce que la mairie n’aurait pas dû négliger, c’est-à-dire qui récompense la jeunesse studieuse. Quoi qu’il en soit, cette séance demi maçonnique ressent beaucoup la jonglerie.

8 avril 1835
La loge anglaise s’est installée hier dans une des salles des Bains des Quinconces. Les francs-maçons ont cherché à donner à leur déménagement une certaine célébrité en publiant cette importante nouvelle dans nos journaux. Les sociétés de ce genre sont en ce moment en discrédit, parce qu’elles sont dégénérées de leurs institutions primitives et qu’elles ne songent plus, comme avant la révolution, à mettre du discernement dans leur composition et dans leurs réunions journalières. Les loges maçonniques sont maintenant transformées en tripots de jeux, où les frères se réunissent tous les jours, non pour causer de leur mythologie, mais pour déranger la fortune de leurs frères par toutes sortes de jeux ruineux.

Il semblerait ainsi que Pierre Bernadau aurait pu adhérer, un certain temps, aux idées de la franc-maçonnerie …